samedi , 23 mai 2020
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RDC : Fatshi dans une poudrière avec l’arrestation de Kamerhe

Dans l’histoire de la République démocratique du Congo, Vital Kamerhe est le premier directeur de cabinet d’un président de la République à être arrêté et conduit comme un citoyen lambda à la prison de Makala ce mercredi 8 avril. Cette incarcération vient éclabousser une présidence dont l’image est déjà ternie par un certain nombre d’affaires impliquant des proches conseillers de Tshisekedi. Au-delà de cette forme d’humiliation politique qui va s’inscrire dans les annales politiques congolaises,quels sont les scénarios pouvant gâcher la suite du mandat de cette coalition au pouvoir ? Ce feuilleton aux conséquences incalculables illustre le machiavélisme de Fatshi qui sacrifie au nom de soit disant  »indépendance de la justice » un ami qui l’a aidé grâce à leur hold up électoral d’accéder au pouvoir. Le symbole reste très fort, faire tomber le tabou : celui de voir pour la première fois un directeur de cabinet du Chef de l’Etat dans la geôle de Makala.

Du fondement juridique à la cacophonie politique

Il est évident qu’il faut lever l’équivoque sur une certaine opinion que veulent faire véhiculer des congolais dans la lecture de cette saga judiciaire. Le directeur de cabinet du président de la république, monsieur Vital Kamerhe est le collaborateur direct de Tshisekedi. De par ses fonctions, il gère les activités administratives, d’accompagnement de l’action du président, il doit avoir la capacité à rendre compte au président. D’où son statut renforce sa dépendance et sa proximité du président. Le directeur de cabinet du président est le manager de compétences politiques et techniques de la présidence. In fine c’est le président qui est responsable de cette institution républicaine. Faire croire aux congolais que l’incarcération de Kamerhe à Makala est une affaire seulement judiciaire, mais de qui se moque-t-on ? Les congolais ne sont pas de gogos. Nul n’ignore que cette affaire éclabousse Tshisekedi. Nous sommes comptables d’une grande expérience dans la gestion de cabinets ministériels. Un directeur de cabinet dans ses prérogatives doit rendre compte au président ou à son ministre. Tout engagement pris ou décision a un impact direct sur l’institution  »la Présidence » ou le ministère. Somme toute, l’arrestation de Kamerhe ternit l’image de Tshisekedi, ouvre la voie à plusieurs interrogations. Comment s’imaginer que Kamerhe n’assurait pas le suivi au président de la république ? Comment expliquer cet excès de zèle du directeur de cabinet du chef de l’Etat de diligenter de grosses dépenses sans respecter des règles relevant de la profession d’un directeur de cabinet ? Doit on interpeller Thsisekedi pour sa complicité factuelle ?

Les médiocres en politique banalisent les postures ou boutent en touche la déontologie professionnelle. Sinon cette affaire est la facette d’un président qui ne maîtrise pas les rouages de cette grande institution en se livrant avec son ami Kamerhe au spectacle machiavélique où ils passent outre des vertus telle que l’honnêteté chaque fois que la tromperie ou la trahison leur permet d’atteindre leur boulimie. Vital Kamerhe doit aussi avoir des dossiers sur Tshisekedi. Même s’il a été légitime pour Kamerhe à être entendu en qualité de  »renseignant » sur son rôle d’ordonnateur des dépenses de la présidence, cette fresque illustre la cacophonie ayant élu domicile à la présidence. L’amateurisme de Tshisekedi qui ne contrôle rien et se complaît à passer le gros de son temps à sillonner la planète terrestre demeure notoire.

La corruption systémique : l’un des fléaux occasionnant la pauvreté.

Au delà des annonces du président F. Tshisekedi, il n’ a rien eu de bien nouveau sous le soleil. Les congolais continuent à se poser cette question: où sont partis les 15 millions de dollars américains détournés du Trésor public ? L’inspecteur général chef monsieur Victor Batubenga attribue dans son rapport du 31 juillet 2019 la responsabilité du détournement de cet argent à votre directeur de cabinet. Le peuple congolais a longtemps souffert de la dictature de Mobutu et l’a vaincue sous la houlette de Laurent Désiré Kabila. En vous trompant des priorités dans votre programme des 100 jours pour faire de la parodie, aujourd’hui vous payez le fruit de votre traîtrise face à la nation congolaise pour votre hold up électoral. Ce n’est qu’une première récompense de votre machiavélisme. Des loups et des caméléons, monsieur Tshisekedi vous en aurez pour le mauvais service rendu à la nation d’avoir remis en selle le dictateur Kabila. L’amércain Herman Cohen avait même prédit la survie accourcie de votre mandat tout comme celle de la coalition Cach.

En Rdc, beaucoup d’études ont été menées depuis des décennies sur les mécanismes concrets de la passation des marchés et elles dévoilent un continumm de corruption à grande échelle érigée en système. L’une de ses formes est la collusion entre décideurs et entrepreneurs. Pour effectivement éviter la concurrence dans le cadre des marchés publics, on utilise une stratégie d’opacité dans les marchés de gré à gré. On n’évalue même pas la capacité technique, professionnelle des candidats, leur savoir-faire, leur efficacité, leur fiabilité. Si on arrive à toutes ces affaires qui éclaboussent la présidence, ce qu’il y a sous la magistrature de Fatshi la continuité du système précédent dont le leitmotiv demeurait la mafia. Les mêmes déficits démocratiques tel la mauvaise gouvernance et la culture du nivellement refont surface de manière cynique.

Ce modus vivendi génère des pratiques qui ne peuvent que conduire aux désastres. L’esprit de grandeur patriotique est bouté en touche. Un repris de justice, un homme sulfureux comme Samih Jammal ne pouvait pas s’octroyer des montants importants pour un marché de 114 millions de dollars américains. Sambo et Husmal Sarl appartiennent à la même personne . Suivant le site d’information en ligne : « Politico.cd, la rdc-a-la-une 2020/02/20 monsieur Samih Jammal est épinglé pour les opérations frauduleuses pour blanchissement d’argent et en 2005 il a été condamné pour plusieurs crimes par la United States District Court of Arizona ». C’est en Rdc que tous les grands criminels du monde ou des mafioisi peuvent trouver leur terrain de prédilection pour des sales besognes par manque des dirigeants compétents.

Quels scénarios possibles de poudrière pour la coalition au pouvoir ?

Cette arrestation qui revêt un grand caractère symbolique pour l’histoire politique congolaise est une grande forme d’humiliation. Elle peut être le déclencheur d’un affaiblissement graduel de la coalition au pouvoir au delà des déclarations des uns ou autres pour apaiser la situation. Comment un directeur de cabinet du président de la république peut il sortir politiquement indemne de la noyade dans le marigot de Kinshasa ? Nous sommes dans un système politique où le machiavélisme prime sur tout le reste, la confiance entre les animateurs de la présidence, les partisans de l’Unc et l’Udps pourrait paraître plus chimérique que jamais.

L’incertitude politique qui plane aujourd’hui sur la survie politique de Cach jusqu’aux prochaines échéances de 2023 et les différents feuilletons politico-judicaires apparaissant comme de la parodie vont être le signe de l’affaiblissement du président de la république. Vital Kamerhe pourra recourir à la politique de victimisation pour répondre à son humiliation comme le font ses partisans déjà et réclamer réparation pour laver l’affront. Dans ce contexte, Tshisekedi risquerait de perdre les liens avec les électeurs de l’Unc qui ont porté Cach à la deuxième place aux élections législatives et présidentielle suivant la vérité des urnes. Il serait suicidaire politiquement pour la coalition Cach qui ne dispose que d’une minorité des représentants dans les institutions de la république d’aller au crash. Quiconque prétend garantir la tournure des événements dans les prochains mois au regard des postures de deux leaders de Cach qualifiés des  »caméléons » politiques, se leurre. La dynamique vers laquelle Tshisekedi nous conduit demeure volatile et sans précédents. Les rebondissements pourraient être nombreux, l’issue de la présidence Tshisekedi paraît impossible à prédire. Et Kabila dans sa position concertante observe bien les deux amis se poignarder en plein dos. A qui profiterait cette saga judiciaire si elle reste une pièce de théâtre ? A personne sauf à Kabila, car il serait irréfléchi et même suicidaire de se lancer dans un tel stratagème qui mettra le feu à la poudrière.

(Professeur Florent Kaniki)

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