mercredi , 11 décembre 2019
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Tueries à Beni : Trop c’est trop !

Trop c’est trop. C’est le cas de le dire au regard de nouvelles tueries à Beni. En l’espace de quelques jours, dix personnes, dont sept femmes, ont été froidement tuées, le 5 novembre, par des rebelles ougandais, communément appelés ADF. Curieusement, cette attaque intervient au moment où les troupes gouvernementales venaient de lancer des offensives de grande envergure à Beni et ses environs. Préoccupée par ces tueries à répétition, la Société civile locale appelle les Forces armées de la République démocratique du Congo à plus de vigilance. Surtout en ce moment où elles sont déterminées à rétablir l’autorité de l’État dans l’Est du pays. Cependant, la question fondamentale qui taraude les esprits est celle de savoir pourquoi les ADF ne veulent pas désarmer. Des intérêts camouflés seraient à la base de toutes les attaques lancées par ces rebelles ougandais, estiment certains analystes. Pour eux, ces forces négatives qui endeuillent et pillent la population de Beni est un danger permanent. Le sang a beaucoup coulé dans ce territoire du Nord-Kivu. Comment peut-on envisager un quelconque projet de développement dans un contexte d’insécurité ? Raison pour laquelle les mêmes analystes saluent la décision du gouvernement central. Celle de renforcer les dispositifs militaires au Nord-Kivu et surtout à Beni. Pour gagner un tel pari, l’Exécutif national a le devoir de mettre à la disposition de l’armée, des moyens conséquents pour lui permettre d’abattre un travail de titan sur le terrain. C’est de cette manière seulement que l’on peut facilement combattre l’énigmatique ADF dans l’Est du pays. Ce qui permettra aux populations locales de vaquer librement à leurs occupations quotidiennes.

PLUSIEURS MORTS À ERINGETI

Le territoire de Beni a de nouveau été le théâtre des atrocités sanglantes la nuit du samedi à ce dimanche 10 novembre, dont les rebelles ADF sont encore auteurs. Pourtant, les larmes n’auront pas encore fini de couler, puisqu’il y a peu, le mardi 5 novembre dernier, ces assaillants ont pris d’assaut la localité de Mbau, tuant à leur passage 10 civils.

Peu avant 20 h du samedi 9 novembre, les rebelles islamistes ont cette fois visé la localité d’Eringeti, en groupement Bambuba Kisiki.

La société civile de ce groupement, par la bouche de Bravo Vukulu, son président, indique que les victimes sont essentiellement des dépendantes des militaires basés à Eringeti. Un civil a également été abattu, ce qui porte à 5 le nombre des compatriotes tombés au cours de cette incursion.

Parmi les blessés, Bravo Vukulu dénombre trois blessés dont un major FARDC, en plus d’autres qui ont été emmenés dans les fins fonds. La population de la région se plaint de ne pas être sous abri en dépit des opérations dernièrement lancées par les soldats congolais à Beni.

« C’est hier vers 19h45 que les ADF sont entrés dans notre localité et ont encore tué 5 personnes dont 4 femmes et 1 homme. Les 4 femmes sont des dépendants des militaires. Il y aussi 3 blessés dont 2 femmes des militaires et un major. Pour le moment, la situation est confuse, la population a de la peur au ventre, elle ne sait plus sur quel pied danser« , s’inquiète-t-il.

Les opérations devraient être élargies jusque dans le triangle de la mort

Après ce énième cas de massacres dans la région, les forces vives du territoire de Beni lancent un appel pathétique à l’égard des autorités militaires engagées dans les opérations Sokola 1.

Elles notent avec regret que depuis le lancement des opérations dites de grande envergure par le chef d’État major général, ses coïncidences tardent à être perceptibles dans certains coins pourtant infestés par cette rébellion d’origine ougandaise.

Les parties trop sensibles qui doivent également être priorisées sont celles situées dans le triangle dénommé de la mort, à l’instar d’Eringeti, Oicha, Kainama.

Ainsi, la société exhorte l’armée à étendre son rayon d’action sur tout le territoire pour éviter de laisser champ libre à l’ennemi et que des incursions rebelles n’échappent plus au contrôle militaire. Ceci permettra, estiment les forces vives, de réduire les capacités de nuisance des ADF ou même de l’encercler.

« Nous lançons encore un appel vibrant aux militaires pour qu’ils voient comment ils peuvent encore bien organiser la protection de nos civils qui habitent les parties qui entourent leurs zones opérationnelles parce que nous avons constaté que les opérations sont lancées d’un seul côté, vers Nyaleke. Mais à Eringeti, Oicha, Kainama, il n’y a pas d’opérations. C’est pourquoi nous appelons les autorités à lancer les opérations sur toute l’étendue du territoire surtout dans le triangle de la mort tel que tracé par eux-mêmes », exhorte Bravo Vukulu.

Guerre contre les ADF : le constat reste le même

Depuis bien des mois déjà, nombre d’observateurs sont tombés sur un constat identique au sujet de la guerre menée contre les ADF à Beni. A chaque fois que des opérations militaires dites de grande envergure sont annoncées ou lancées contre eux, les rebelles ADF deviennent de plus en plus cruels. De l’autre côté, d’autres groupes Mai-Mai prolifèrent aussi comme pour déconcentrer l’armée et redonner de la santé à l’ADF. On dirait que l’ennemi est renseigné de toutes les étapes en rapport avec aussi bien la préparation que l’exécution du plan de guerre pour se préparer conséquemment de son côté. On semble ainsi penser que le niveau d’infiltration de l’armée a atteint un degré et une complexité au-delà de l’imaginable. A part la duplicité de certains éléments FARDC à identifier, il y a également la légèreté avec laquelle certains secrets sont gérés au point d’être médiatisés dans leur toute précision avant d’être appliqués. Aussi, il ne fait plus de doute que tous ces groupuscules qui pilulent dans la région sous l’appellation Mai-Mai sont des cornes sur une même tête, des pièces d’une même machine qui ensanglante Beni et ses environs.

UN CHEF REBELLE FDLR NEUTRALISÉ

Nouvelle prouesse des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) dans le territoire de Rutshuru ( Nord-Kivu). Après la mort de Sylvestre Mudacumura, chef des Forces démocratiques pour la Libération du Rwanda, (FDLR) actifs au Nord-Kivu, tué par les FARDC il y a peu, le commandement des opérations Sokola 2 Nord-Kivu, annonce avoir neutralisé, samedi 9 novembre dernier, un autre chef rebelle de cette milice.

La nouvelke a été nnoncée par le major Ndjike Kaiko Guillaume, porte-parole de la 34e région militaire basée au Nord-Kivu.

Le porte-parole militaire informe que c’est vers 14h du samedi 9 novembre, que Juvenal Musabimana de la faction dissidente FDLR radicale, a été abattu avec quatre de ses gardes rapprochés, au cours des combats que les FARDC ont engagés dans le groupement de Binza, près de la frontière ougandaise.

« Dans le cadre des opérations de grande envergure déclenchées par les FARDC et dont le go a été donné par le chef d’Etat-major général récemment à Beni, le secteur opérationnel Sukola 2 Nord-Kivu, d’une manière autonome et sous le commandement du général de Brigade Willy Yamba Kabangu, a neutralisé ce samedi 9 novembre à 14h, un autre leader radical du groupe armé FDLR/RUD, fraction dissidente du FDLR/FOCA . Il s’agit de monsieur Musabimana Juvenal, connu sous le sobriquet du général Jean Michel Africa. C’est après un affrontement intense qui s’est déroulé de 13h à 14h à Makoka et quatre de ses gardes du corps ont pu être neutralisés », annonce-t-il.

Par ailluers, major Ndjike Kaiko indique que, des opérations de fouille continuent pour que cette milice d’origine rwandaise soit complètement défaite et que le Nord-Kivu revive la sécurité tel que souhaité par les autorités congolaises.

LA MONUSCO EST-ELLE PRÊTE À JETER L’ÉPONGE ?

Tenant compte de la gravité de la violence qu’endurent les populations de l’Est de la RDC, l’Organisation des Nations-Unies (Onu) réfléchirait à retirer ses unités de casques bleus. Il s’agit du rapport d’un expert indépendant qui vient d’être remis au Conseil de sécurité. Toutefois, le mandat de la Monusco doit être renouvelé en décembre 2019. Donc, la Monusco a-t-elle failli à sa mission, s’interroge-t-on.

Le rapport sur la Monusco, réalisé par un expert indépendant après une revue stratégique de la mission, préconise un retrait des forces onusiennes, et en fixe le cadre. Gardant en tête l’approche de l’élection présidentielle en 2023 et les risques de résurgence de conflits qu’elle implique, l’expert recommande tout d’abord une transition réalisée sur trois années au moins.

En 2020, 16 000 casques bleus pourraient toujours patrouiller en RDC. Puis, les troupes stationnées dans les provinces de Tanganyika et du Kasaï pourraient se retirer dès 2021 ; il ne resterait plus de soldats que dans le Kivu et l’Ituri. Et enfin, en 2022, ceux-ci pourraient quitter la RDC.

Le rapport souligne que les vingt années de présence « bénéfiques pour la réunification » en RDC, et met en avant son rôle porteur dans la mise en place des élections de 2018. Dans le même ton, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres note, en introduction de ce texte, que cette première transition politique « réussie » fait nourrir tous les espoirs pour une stabilité complète en République démocratique du Congo.

Cependant, le number One de l’Onu reste prudent et conscient des défis qui attendent le président Tshisekedi, entre le virus Ebola et les conflits intercommunautaires dans le Nord, le Sud-Kivu et l’Ituri. Du coup, un retrait « responsable » des forces de la Monusco ne passera que par des institutions plus fortes, et un développement économique engagé. M. Guterres a rappelé au Conseil de sécurité qu’il n’était pas obligé de suivre les recommandations de ce rapport.

DES INCONNUS ATTAQUENT UN CENTRE DE SANTÉ IMPLIQUÉ DANS LA RIPOSTE CONTRE EBOLA

Vers 21h locales de ce mercredi 6 novembre, des assaillants non encore identifiés ont pris d’assaut une structure sanitaire, à quelques kilomètres de la commune rurale de Mangina, en territoire de Beni (Nord-Kivu). Ces derniers ont alors réussi à détruire quelques chambres et trois motos ont été calcinées.

Selon la société civile de Mangina, depuis que cette région est redevenue épicentre de l’épidémie d’Ebola, le centre de santé Ngoyo qui a été ciblé, s’est beaucoup penché dans l’éradication de la maladie.

Cependant, devant l’engagement communautaire contre Ebola toujours non effectif dans la région, où de nombreux paysans demeurent dubitatifs au sujet de la présence de la maladie, les risques de résistance contre les équipes de la riposte s’accentuent de plus en plus. Les forces vives de Mangina attribuent ainsi cette attaque à la résistance populaire face à la lutte contre l’épidémie d’Ebola.

D’ailleurs, elles indiquent que l’infirmier titulaire de ce centre de santé était également visé. Mais, celui-ci s’est sauvé de justesse à l’arrivée de l’envahisseur. Le domicile du comptable de la structure a aussi été envahi, même si aucune perte en vie humaine n’est à déplorer.

« C’est vers 21h qu’à Ngoyo, au Sud de Mangina, à au moins 25 km où il y a des personnes qui ne sont pas encore identifiées qui ont brûlé deux chambres construites sur place et elles ont brûlé trois motos. Et l’infirmier titulaire de ce centre de santé a été la cible mais Dieu aidant, il a fui. La résidence du comptable de ce centre a aussi été attaquée. Cela est présidé par rapport à la maladie à virus Ebola puisque aujourd’hui, c’est Ngoyo qui devient maintenant l’épicentre où des cas confirmés viennent de là. Et là, les gens continuent avec la résistance contre les équipes », dit-il.

Actuellement, dans les zones touchées par Ebola, la balance est en baisse par rapport au nombre des cas positifs et l’espoir est peu à peu permis, si l’on s’en tient même aux statistiques livrées par le ministère de la santé ces dernières semaines. Cependant, dans certains coins du Nord-Kivu et de l’Ituri, la résistance contre les équipes de la riposte n’a toujours pas faibli en dépit des milliers de citoyens déjà décidés de l’épidémie. Toujours incrédules, certains refusent de collaborer avec les agents de santé qu’ils soupçonnent de politiser la question. Mais pour leur part, les autorités sanitaires dénoncent ce blocage qu’elles considèrent toujours comme cause principale de la persistance d’Ebola à l’Est du pays.

Des miliciens Maï-Maï pointés du doigt

La société civile reconnait que des groupes armés, essentiellement des Maï-Maï, rôdent autour de la commune de Mangina. Leurs faits et gestes depuis de nombreux mois déjà tendent à faire penser qu’ils sont auteurs de plusieurs abus dans cette partie. Pour le cas échéant, les forces vives les soupçonnent d’être auteurs du vandalisme contre le centre de santé Ngoyo et rappellent qu’il y a peu, ceux-ci ravissaient régulièrement des armes aux agents de la police commis dans les positions proches avant que les autorités ne décident de les redéplacer vers des milieux plus sûrs.

« Puisque cette partie Sud de Mangina tel que Ngoyo, Kalibo, Madiwe, est contrôlée par des Maï-Maï, je pense bien que ce pourra encore être eux qui ont commis ces atrocités. Puisqu’il y avait même des recoins où on a déjà enlevé les positions de la PNC puisque ces miliciens ravissaient régulièrement des armes à ces agents de sécurité. C’est pourquoi, nous croyons ça serait toujours eux », dit-il

Dans la région de Beni, une certaine accointance se lit de plus en plus entre miliciens locaux et combattants ADF. Militaires congolais, forces vives et ONG sont presque maintenant convaincues que les Maï-Maï seraient bien à la solde de cette rébellion ougandaise et qu’une collaboration tacite entre les deux mouvements armés serait bien avérée. Ce qui appuie cette thèse, c’est qu’à chaque fois que les FARDC ont décidé d’attaquer avec détermination l’ADF jusque dans les profondeurs du territoire de Beni, les Maï-Maï agissent par derrière pour détourner l’armée de sa mission et l’obliger de replier vers les centres urbains. Ce qui inquiète au plus haut degré la société civile  qui redoute que la guerre traine à cause de la ruse des milices locales.

Il faut indiquer qu’au cours de la même nuit du mercredi, nombreuses maisons de commerce du centre de Mununze, à près de 10 kilomètres de Mangina étaient en train d’être mises en sac par un autre groupe d’hommes soupçonnés Maï-Maï.

(avec Charles M. Bin Kisatiro, Hervé Ntumba (lePotentiel RDC))

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