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Iran : Violences meurtrières

Dernière mise à jour, le 8 décembre 2019 à 08:47

L’Iran a encore été touché lundi par « quelques » émeutes, selon le gouvernement de Téhéran pour qui la situation revient progressivement à la normale après plusieurs jours de violences meurtrières ayant suivi l’annonce d’une hausse du prix de l’essence.

Si deux morts (un civil et un policier) ont été officiellement confirmées depuis le début de cette vague de mécontentement vendredi soir, huit personnes au moins pourraient avoir perdu la vie dans ces violences, si l’on tient compte d’informations publiées par diverses agences iraniennes, généralement sans source ni beaucoup de détails.

Paris a dit suivre « avec attention la situation » en « regrettant la mort de plusieurs manifestants », tandis que Berlin appelait « Téhéran à respecter la liberté de réunion et d’expression » compte tenu d’informations « faisant état de décès et de nombreuses arrestations »

Pays limitrophe de l’Iran, la Turquie a dit espérer « que le calme revienne le plus vite possible » chez son voisin.

Dans un communiqué, les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, ont averti qu’ils étaient prêts « à réagir de manière décisive […] face à la poursuite de l’insécurité et d’actions qui perturbent la paix sociale ».

Avant cela, le porte-parole du gouvernement, Ali Rabii, avait déclaré à la presse que, par rapport à dimanche, la situation était « à 80% plus calme », lundi.

« Il y a (encore) quelques problèmes mineur (mais) demain ou après-demain nous n’aurons plus aucun problème d’émeutes », a-t-il assuré.

La situation reste cependant très difficile à évaluer à l’échelle du pays du fait de la coupure d’internet, encore largement inaccessible lundi soir, et ce depuis deux jours.

« Le niveau de connexion au monde extérieur est tout juste à 5% de ce qu’il est en temps normal » en Iran, a noté sur Twitter l’ONG Netblocks, qui surveille la liberté d’accès à internet de par le monde.

Selon les agences iraniennes, au moins 25 villes ont été touchées par les troubles, qui ont éclaté quelques heures après l’annonce d’une réforme du mode de subvention de l’essence, censée bénéficier aux ménages les moins favorisés mais s’accompagnant d’une très forte hausse du prix à la pompe.

« Complot des Etats-Unis »

Fait plutôt rare, la télévision publique iranienne a diffusé dès samedi des images de jeunes gens masqués dans des rues jonchées de débris en train d’incendier des bâtiments publics.

Cité par l’agence Isna, le général de brigade Golamréza Soleimani, chef du Bassidj, corps de volontaires islamistes fonctionnant comme une milice et chargé de certaines tâches de maintien de l’ordre, a fait état de « pillages » en certains endroits.

« Le complot des Etats-Unis a échoué », a-t-il dit alors que Téhéran et Washington sont des ennemis jurés et n’entretiennent pas de relations depuis 1980.

Réagissant à un tweet samedi du secrétaire d’Etat Mike Pompeo affirmant que les Etats-Unis étaient avec le « peuple iranien », le ministère des Affaires étrangères à Téhéran a vu dans ce message « l’expression du soutien (…) américain à un groupe d’émeutiers » et a « condamné ces remarques interventionnistes » et « hypocrites ».

Dimanche, la Maison Blanche a dit soutenir « les Iraniens dans leurs manifestations pacifiques » et condamné « l’usage de la force » par les autorités et « les restrictions de communications ».

Ces derniers jours, des contestataires ont bloqué certains axes de circulation, incendié des banques et des édifices publics.

M. Rabii a déclaré que le gouvernement avait « besoin de temps » pour fournir un « bilan définitif » des victimes.

« Recrutés »

Selon des informations relayées par les agences locales, près de 400 personnes ont été arrêtées depuis vendredi: 40 à Yazd (centre), 180 dans la province du Khouzestan (sud-ouest), et 150 dans la province d’Alborz, au nord-ouest de Téhéran.

Selon l’agence Tasnim, proche des ultraconservateurs, les 150 personnes arrêtées en Alborz étaient des « meneurs » de la contestation et, « sur la base (de leurs) aveux », « ils ont été recrutés et entraînés à l’intérieur et à l’extérieur du pays et ont reçu de l’argent pour mettre le feu » à des bâtiments publics.

Le retrait unilatéral des Etats-Unis, en 2018, de l’accord international sur le nucléaire iranien et le rétablissement consécutif de lourdes sanctions américaines contre Téhéran ont plongé l’économie iranienne dans une violente récession.

Le Fonds monétaire international estime que le PIB de l’Iran devrait chuter de 9,5% cette année après un recul de 4,8% en 2018. L’inflation, entraînée par la chute du rial face aux grandes devises d’échange, atteint officiellement 40%.

Annoncée vendredi, la mesure à l’origine des troubles prévoit que le prix de l’essence, très subventionnée, augmente de 50% et passe ainsi de 10.000 à 15.000 rials (11 centimes d’euros) pour les 60 premiers litres achetés chaque mois. Au-delà de cette quantité, le prix du litre doit tripler, à 30.000 rials.

Les autorités assurent que les recettes dégagées doivent bénéficier aux 60 millions d’Iraniens les moins favorisés, sur une population totale de 83 millions.

VIOLENCES MEURTRIÈRES EN IRAN

Les autorités iraniennes ont averti dimanche qu’elles ne toléreraient pas l »insécurité », après deux jours de manifestations violentes contre une hausse soudaine du prix de l’essence ayant fait au moins deux morts et ayant poussé Téhéran à couper l’accès à internet.

Depuis le début de la contestation, vendredi soir, plusieurs dizaines de personnes ont été arrêtées, selon des informations de la presse iranienne.

L’agence Isna faisait état d’un retour à la normale mais la situation restait très difficile à évaluer dimanche soir à l’échelle du pays du fait du black-out.

En conseil des ministres, le président Hassan Rohani a déclaré que l’Etat, face à « l’émeute » ne devait « pas autoriser l’insécurité dans la société », selon un communiqué officiel publié dimanche soir.

La colère populaire a été provoquée par la forte hausse du prix de l’essence annoncée vendredi par le gouvernement.

M. Rohani a de nouveau justifié cette mesure en expliquant que l’Etat n’avait pas d’autre solution pour aider mieux les « familles à revenu moyen et bas qui souffrent de la situation économique créée par les sanctions » américaines visant l’Iran.

Violente récession

Le retrait unilatéral des Etats-Unis, en 2018, de l’accord international sur le nucléaire iranien conclu en 2015, et le rétablissement dans la foulée de lourdes sanctions contre Téhéran ont plongé l’économie iranienne dans une violente récession.

Le Fonds monétaire international estime que le PIB de l’Iran devrait chuter de 9,5% cette année après un recul de 4,8% en 2018. L’inflation, entraînée par la chute du rial face aux grandes devises d’échange, atteint officiellement 40%.

Selon le plan annoncé par le gouvernement, le prix de l’essence, très subventionnée en Iran, doit augmenter de 50%, soit passer de 10.000 à 15.000 rials (11 centimes d’euros) pour les 60 premiers litres achetés chaque mois, puis à 30.000 rials au-delà. Les recettes dégagées doivent bénéficier aux 60 millions d’Iraniens les moins favorisés (sur une population totale de 83 millions d’habitants).

Soutenant cette mesure, le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a condamné dimanche les actes de violences commis par des protestataires et déploré que « certains [aient] perdu la vie » dans cette agitation.

Selon une source au sein du ministère de l’Information et des Télécommunications cité par Isna, les autorités ont drastiquement « limité » l’accès à internet depuis samedi soir « et pour les prochaines 24 heures ».

Des journalistes de l’AFP ont pu constater dès samedi soir que leur internet mobile était totalement coupé, de même que diverses connexions internet fixes. Dimanche vers 20h00 (16h30 GMT), seul l’accès au web iranien était possible avec un téléphone mobile.

Samedi soir, L’ONG Netblocks qui surveille la liberté d’accès à internet avait relevé que les communications étaient presque entièrement interrompues en Iran.

D’après les agences iraniennes, la contestation a touché ving-cinq villes, dont Téhéran, Machhad (Nord-Est) et Ispahan (Centre), les trois premières agglomérations du pays.

Selon l’agence officielle Irna, un officier de police est mort de ses blessures dans la nuit de samedi à dimanche, après avoir été la cible de tirs lors de heurts avec des « émeutiers » armés en marge d’un rassemblement à Kermanshah (Ouest).

« Réaction de hooligan »

Samedi, Isna avait annoncé, sans en préciser la cause, qu’un civil avait été tué et que plusieurs personnes avaient été blessées à Sirjan (Sud), où des manifestants ont tenté de mettre le feu à des dépôts d’essence.

Quarante personnes ont par ailleurs été arrêtées à Yazd (centre), toujours selon Isna, qui n’a pas précisé la date de ces arrestations.

Certaines entités opposées au pouvoir « se réjouissent » des troubles, a déclaré le guide suprême, demandant « que personne n’aide ces criminels ».

« Endommager et mettre le feu (à des biens) n’est pas (une réaction) de personne normale mais de hooligan », a aussi déclaré M. Khamenei.

Samedi à Téhéran, certains manifestants ont bloqué une route tandis que d’autres étaient rassemblés autour d’une voiture en flammes. Des scènes similaires se sont déroulées dans d’autres villes comme Chiraz et Ispahan (centre).

A Kermanshah, des « émeutiers » ont attaqué un commissariat dans lequel travaillait le policier tué, selon le chef des forces de l’ordre locales cité par Irna, Ali Akbar Javidan.

Le porte-parole de la police, Ahmad Nourian, a prévenu que les forces de sécurité n’hésiteraient « pas à faire face à ceux qui perturbent la paix et la sécurité », identifieraient les meneurs et les forces sur le terrain et les « affronteraient ».

A Washington, la Maison Blanche a condamné « l’usage de la force et les restrictions de communications contre les manifestants », ajoutant que « les Etats-Unis soutiennent les Iraniens dans leurs manifestations pacifiques contre le régime qui est censé les diriger ».

(avec Afp)

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