jeudi , 12 décembre 2019
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Kobané : Déploiement des forces syro-russes

Le régime syrien et l’allié russe ont accéléré vendredi le déploiement de leurs troupes à la frontière syro-turque, au moment où les Américains ont annoncé l’envoi de renforts militaires pour protéger des champs pétroliers dans une zone plus à l’est sous contrôle kurde.

Selon un photographe de l’AFP, un long convoi de transports de troupes, avec à bord des centaines de soldats agitant des drapeaux syriens, a fait son entrée dans la nuit à Kobané, une ville de l’extrême nord de la Syrie, pays en proie à la guerre depuis 2011.

Ils ont paradé dans les rues en chantant : « Un, un, un, le peuple syrien n’est qu’un ! »

Près de la ville à majorité kurde de Qamichli, dans le nord-est, des véhicules blindés arborant des drapeaux russes ont quitté une base du régime syrien en direction de l’ouest pour une nouvelle journée de patrouilles près de la frontière turque, conformément à un accord conclu entre Moscou et Ankara.

Conclu pour permettre un arrêt définitif d’une offensive turque contre les forces kurdes dans le nord syrien, l’accord s’est traduit par l’abandon de positions tenues depuis des années par ces forces kurdes. Il signe aussi la fin du rêve d’autonomie des Kurdes syriens dans cette région frontalière de la Turquie.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), environ 180 véhicules de l’armée du président syrien Bachar al-Assad sont arrivés dans la journée à Kobané.

Soldats russes venus de Tchétchénie

Les développements du conflit en Syrie profitent largement au régime Assad, allié de la Russie, qui récupère sans combattre de larges portions d’un territoire qui lui échappaient depuis des années.

Dans le même temps, selon Moscou, près de 300 militaires russes basés en Tchétchénie ont été envoyés en renfort dans le nord-est de la Syrie.

Ils appuieront les troupes russes déjà présentes sur le territoire, Moscou prêtant main forte depuis 2015 à Assad, son allié, dans la guerre.

Ces renforts seront déployés dans la zone de 30 km de large à la frontière syro-turque définie par l’accord russo-turc sur le retrait des forces kurdes. Selon l’armée russe, 20 véhicules blindés supplémentaires ont été envoyés en Syrie.

L’offensive turque avait été déclenchée le 9 octobre après un feu vert de facto du président américain Donald Trump qui avait alors spectaculairement lâché les Forces démocratiques syriennes (FDS) -composées majoritairement de combattants kurdes- qui avaient été déterminantes pour vaincre sur le terrain le groupe jihadiste Etat islamique (EI).

Les Américains se sont retirés de plusieurs bases du nord de la Syrie, mais M. Trump a annoncé jeudi l’envoi de renforts militaires pour protéger les champs pétroliers dans l’Est toujours sous contrôle kurde, les plus importants du pays. Quelque 200 soldats américains y sont actuellement postés.

L’opération se fera en coopération avec les FDS, qui restent présentes dans l’Est au delà de la zone frontalière « neutralisée » par les Turcs.

« L’objectif est d’empêcher ces champs pétroliers de tomber aux mains de l’EI ou d’autres groupes déstabilisateurs », a expliqué un responsable militaire. « Nous devons interdire à l’EI cette source de revenus pour prévenir toute résurgence » du groupe jihadiste.

Civils renvoyés par la force

L’attitude de Donald Trump a été largement critiquée par les autres pays occidentaux car les forces kurdes chassées par les Turcs assuraient la garde de camps de prisonniers de l’EI.

Washington a reconnu que plus de 100 prisonniers de l’EI s’étaient échappés en Syrie depuis l’offensive turque suspendue le 17 octobre après un accord de trêve arraché par les Etats-Unis à la Turquie.

L’offensive visait à éloigner de son territoire les milices kurdes -qu’elle qualifie de « terroristes »- et à faciliter le retour dans leur pays d’une partie des 3,6 millions de réfugiés syriens présents sur son sol.

Pour les Kurdes, cela impliquera d’importants déplacements de populations à leur détriment. Selon l’OSDH, quelque 300.000 civils ont été chassés depuis le 9 octobre.

Les ONG Amnesty International et Human Rights Watch ont accusé Ankara d’avoir déjà renvoyé par la force des civils syriens dans leur pays en guerre pendant les mois ayant précédé le déclenchement de l’offensive turque.

Déclenché en 2011 par la répression de manifestations prodémocratie, le conflit syrien s’est complexifié au fil des ans avec l’implication de puissances étrangères et de groupes jihadistes et a fait plus de 370.000 morts.

(avec Afp)

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