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Les élèves dans la cour d'une école en RDC.
Les élèves dans la cour d'une école en RDC.

RDC : Les enseignants plaident pour la meilleure qualité de l’enseignement

Dernière mise à jour, le 27 octobre 2019 à 03:23

La Synergie des syndicats des enseignants de la RDC, à savoir Syndicat National des Enseignants des Ecoles Conventionnées Catholique, Fédération de l’enseignement de la Centrale congolaise du travail, Force Agissante, Syndicat National des Enseignants des Ecoles Conventionnées Protestantes et Collectif des Femmes et Enfants pour la vie et le développement (Synecat-CCT-FA-SYNEP-COFEVID), a évalué les mesures de gratuité de l’enseignement dans les écoles publiques depuis la rentrée scolaire 2019-2020, au cours d’une assemblée générale tenue le samedi 28 septembre 2019, au siège de Synecat, dans la commune de Kalamu. En effet, après la longue bataille qui a consacré la gratuité de l’enseignement de base par le Chef de l’Etat, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, elle  plaide maintenant pour la meilleure  qualité de l’enseignement.  Sur ce, la synergie exige du Président de la République de prendre une Ordonnance portant sur la gratuité de l’enseignement en RDC, en vue de sécuriser cette exigence constitutionnelle.  Un ultimatum à l’attention du gouvernement a été lancé, pour convoquer la Commission paritaire, et doter les écoles des frais de fonctionnement. Faute de quoi, il sera tenu responsable de toutes les perturbations qui en découleraient.

En toile de fond, les enseignants ont dégagé trois constats positifs, à savoir la reconnaissance par le gouvernement du droit fondamental d’accès à l’éducation à chaque enfant congolais; l’acceptation par les enseignants de la politique de la gratuité qui confère à l’Etat son pouvoir d’être le seul Employeur des enseignants, et l’augmentation des effectifs d’élèves qui réduira à coup sûr les taux d’enfants de la rue.  Par ailleurs, ils ont déploré la non-convocation de la commission paritaire par le gouvernement pour déterminer le nouveau barème applicable à tous les enseignants et la prise en compte des Enseignants NP (Non payés) et NU (Nouvelle unité).  L’absence des mesures de sécurisation de la gratuité de l’enseignement donnant prétexte, à certains gestionnaires pour ne pas rembourser les acomptes perçus conformément aux directives du Secrétaire général à l’EPST et sommer les parents de payer les frais de motivation. Ils ont épinglé aussi l’absence de mécanismes de réalisation progressive de la gratuité de l’enseignement sur base d’un plan de financement efficient devant répondre aux besoins des écoles en termes des frais de fonctionnement.  

Dans la déclaration lue par Jean-Bosco Puna, Secrétaire général du Synecat et porte-parole, de la Synergie, il est demandé au gouvernement de convoquer la Commission paritaire Gouvernement-banc syndical pour fixer le nouveau barème des enseignants ainsi que les avantages sociaux y afférents; également de sanctionner les chefs d’établissements récalcitrants qui violent les dispositions relatives à la gratuité, tout en contraignant ceux qui ont perçu des acomptes de les restituer aux parents. Par rapport  au surnombre d’élèves, on exige la traçabilité du programme 1.000 écoles tel que prévu dans le plan intérimaire de l’éducation qui aurait dû résoudre le problème de pléthore des effectifs pour sauver la qualité de l’éducation; ensuite de restituer la gestion de la Mutuelle de santé aux enseignants, et de ne pas leur imposer une caisse de retraite aux contours affairistes.

Quant au Président de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), il lui est demandé de s’impliquer personnellement pour faire respecter la mesure de la gratuité dans toutes les écoles conventionnées catholiques de la RDC, afin de ne pas ternir l’image de l’Eglise.

Aux parents et Associations des parents, de ne pas céder aux intimidations des chefs d’établissements qui les obligeraient à payer les frais de motivation, les fournitures et uniformes car ces frais sont interdits par le gouvernement.  Il a également appelé les enseignants à soutenir la gratuité de l’enseignement en lieu et place de la prise en charge qui après 27 ans, les a exposés aux mutations et permutations punitives voire aux exclusions fantaisistes. Une façon de leur dire que les enfants des enseignants sont aussi concernés par la gratuité de l’enseignement. Ces professionnels de la craie ont pris rendez-vous le 5 octobre 2019 pour la journée dédiée aux enseignants à la Maison des Savoirs, et le 10 octobre 2019, à la place Golgotha de la Fonction Publique pour une grande assemblée générale des agents et fonctionnaires de l’Etat. 

LES ENSEIGNANTS DU SECTEUR PRIVÉ DU GRAND KIVU PRÊTS À UNE REMISE ET REPRISE AVEC LES GRÉVISTES DE L’ETAT

Conformément à la Constitution, que tout Congolais ne jure que par un respect strict, le président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, comme promis lors de sa campagne électorale, a matérialisé la gratuité de l’enseignement. Une manière de valoriser l’enseignant congolais longtemps clochardisé par la prise en charge des parents. Cet enseignant à la main tendue était prêt à vendre la science au profit de la main qui donne.

Curieusement, cette mesure de gratuité depuis qu’elle est  effective à la rentrée scolaire 2019-2020, certaines écoles, pour des raisons égoïstes s’opposent à la rupture avec la prise en charge de l’école par les parents. Et pourtant, ce sont les mêmes enseignants qui dénonçaient, dans le passé la démission de l’Etat. Ces enseignants, malgré toutes les garanties données par le gouvernement en ce qui concerne le réajustement de leurs salaires, ne veulent pas rompre avec la prise en charge, qu’elle est plus lucrative que l’enveloppe proposée par l’Etat.

Pour ce faire, des mouvements de grèves sont déclenchés pour faire croire à l’opinion que cette gratuité est une illusion. C’est le cas des enseignants du Nord et Sud Kivu. Ces derniers, depuis quelques jours, ont suspendu les enseignements pour exprimer leur mécontentement. Mais cette grève est mal perçue par leurs collègues du secteur privé. Dans une déclaration faite à la radio nationale samedi dernier, ces enseignants du secteur privé du Nord et Sud Kivu tendent la main à leurs collègues du secteur public. Ils estiment qu’ils peuvent faire une remise et reprise avec leurs collègues pour l’intérêt supérieur de l’enfant congolais. Examinant minutieusement les avantages offerts par le gouvernement, ces enseignants du secteur privé des deux Kivu sont arrivés à déduire qu’ils dispensent les mêmes matières, ont le même niveau d’instruction que leurs collègues du secteur public.  Mais, avec les nouvelles mesures prises par le gouvernement, leurs collègues du secteur public sont  mieux traités qu’eux. Comme ces derniers, pour des intérêts égoïstes, ne sont pas disposés à dispenser les cours, ils peuvent rendre le tablier.

Pour ces enseignants du secteur privé, il n’est pas normal qu’un enseignant, du reste parent, s’oppose à ce que le gouvernement mette fin à la prise en charge des enseignants pas les parents. Mesure pourtant salutaire pour la formation de tous les enfants. Car, ce sont ces mêmes enseignants qui sont souvent en difficulté de scolariser leurs propres enfants malgré qu’ils soit pris en charge par les parents.

GRÈVE DES ENSEIGNANTS DU RÉSEAU CATHOLIQUE DE BUKAVU

La grève des enseignants du réseau catholique de Bukavu, déclenchée au début de la semaine dernière et manifestement instrumentalisée par la hiérarchie provinciale de cette confession religieuse risque de se retourner contre cette dernière. En effet, pour exprimer leur mécontentement contre les grévistes et leurs parrains, visiblement opposés à la gratuité de l’enseignement de base, telle que voulue par le Chef de l’Etat et mise en œuvre par le gouvernement, les parents d’élèves de cette ville du Sud-Kivu ont réagi, le dernier week-end par l’interdiction et le boycott des messes. Ils ont reçu un soutien massif des paroissiens aussi bien catholiques que protestants.

Afin dedécourager d’éventuels opportunistes en soutane ou en veste, des pneus usagés étaient brûlés devant les différents lieux de culte. Le symbole le plus significatif était la présence d’un amas de pneus en feu devant la Cathédrale de Bukavu.

Le message envoyé aux curés et diacres des paroisses était clair : pas de messes sans écoles. Epinglés comme « alliés » des curés catholiques, des pasteurs des paroisses protestantes ont subi le même sort : pas d’école, pas de culte ! Bukavu a vécu, dimanche, des journées « cultes morts » dans les paroisses catholiques et protestantes.

On laisse entendre qu’il pourrait en être ainsi, pour une durée indéterminée, tant que les cours seraient suspendus, dans les écoles catholiques et protestantes du chef-lieu, tant qu’une rébellion qui ne dit pas son nom va se poursuivre contre l’initiative présidentielle, chaudement saluée par des parents d’élèves, tout contents de ne plus se saigner aux quatre veines pour permettre à leurs bambins d’apprendre à lire et à écrire.

Face à cette réaction inattendue et imprévue de leurs part de leurs fidèles, curés catholiques et pasteurs protestants de Bukavu se trouvent face à un choix cornélien, soit accompagner le gouvernement dans la voie de la gratuité, soit privilégier le business scolaire. Dans l’hypothèse de la primauté de l’argent sur l’éducation gratuite des enfants de leurs paroissiens, l’opinion serait fixée sur la motivation réelle du choix de la contribution des parents à laquelle ils refusent de renoncer.

(avec Jean-René Ekofo, Yves Kadima et LePhare)

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