lundi , 18 novembre 2019
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Rutshuru : Insécurité depuis plus d’une décennie

L’insécurité au Nord-Kivu est d’origine politique, tribalo-ethnique. Elle est liée à la course au pouvoir. Par exemple, le tribalisme est devenu un grand fléau partout au Nord-Kivu. Parce qu’il y a des politiques en mal de positionnement et en perte de vitesse qui se sont alignés derrière le tribalisme pour avoir le pouvoir et cela entraine, d’une manière ou d’une autre, l’insécurité en province. Car, tout le monde voudrait se ranger derrière sa tribu. Il est temps de décourager ce comportement. Et nous devons fonder nos politiques sur l’intérêt général. Les ethnies et les communautés de la province doivent cohabiter, c’est à ce prix que freinera cette insécurité grandissante observée aujourd’hui.

C’est en marge de la célébration de la Journée internationale de la paix, célébrée le 21 septembre 2019, le député provincial Hope Sabini a, dans une interview accordée à Lepotentielonline, affirmé que Rutshuru reste parmi les territoires de la province du Nord-Kivu où règne l’insécurité depuis plus d’une décennie. Ce, avec des conséquences incalculables sur la population. D’après l’élu de Rutshuru, cette situation freine le développement de ce territoire en particulier, et du Nord-Kivu en général.

Ci-dessous, l’intégralité de l’interview du député provincial Hope Sabini

Le monde a célébré la Journée internationale de la paix, le 21 septembre, que représente pour vous le concept « Paix » ?

La « Paix » représente tout pour moi. Je suis élu pour représenter la population et toute mon action à cette fin ne pourrait être possible que dans un contexte de paix. Notre population a besoin de la paix avant toute chose. Dans tout secteur de la vie pour évoluer, il faut qu’il y ait la Paix, sans laquelle, nous ne pouvons prétendre parvenir à un quelconque développement. Nous devons prendre conscience pour ramener cette valeur (la paix) dans nos entités.

Qu’est-ce qui serait à la base de l’insécurité qui perdure au Nord-Kivu notamment, à Rutshuru ?

L’insécurité au Nord-Kivu est d’origine politique, tribalo-ethnique. Elle est liée à la course au pouvoir. Par exemple, le tribalisme est devenu un grand fléau partout au Nord-Kivu. Parce qu’il y a des politiques en mal de positionnement et en perte de vitesse qui se sont alignés derrière le tribalisme pour avoir le pouvoir et cela entraine, d’une manière ou d’une autre, l’insécurité en province. Car, tout le monde voudrait se ranger derrière sa tribu. Il est temps de décourager ce comportement. Et nous devons fonder nos politiques sur l’intérêt général. Les ethnies et les communautés de la province doivent cohabiter, c’est à ce prix que freinera cette insécurité grandissante observée aujourd’hui.

Il y a des groupes armés locaux qui se disent être appuyés par des populations locales, Qu’en dites-vous ?

C’est faux. Il n’y a aucun groupe armé local au Nord-Kivu qui peut se dire avoir le soutien de la population ou qui soutient cette population. Au contraire, la population est tracassée quotidiennement par ces groupes armés. Tous ces groupes armés ont été créés sur base des intérêts individuels. C’est aussi, parce qu’il y a absence de l’autorité de l’État. Des gens créent simplement des groupes armés pour chercher à se positionner, avoir des grades dans l’armée… Dire qu’ils luttent pour l’intérêt des communautés, c’est faux ! A Rutshuru par exemple, toutes les communautés souffrent à cause de la présence des mai-mai, nyatura et des groupes armés étrangers comme les FDLR parce qu’ils violent, pillent, tuent, rançonnent la population pour leur survie. La population en est d’ailleurs fatiguée.

La mort du chef Rebelle des FDLR, Sylvestre Mudacumura, tué récemment à Rutshuru, serait-elle une avancée significative dans la traque contre les groupes armés étrangers au Nord-Kivu ?

Pas du tout ! « Les hommes passent, les structures et les institutions restent », dit-on. Il n’y a pas un ennemi qu’on appelle sylvestre Mudacumura. Le vrai ennemi c’est le système rwandais installé au Nord-Kivu. La mort de Mudacumura est un non-événement. La lutte doit continuer parce que le mouvement FDLR se reconstitue encore. Ils sont d’ailleurs en train de se redynamiser. Nous avons appris qu’ils ont tenu une réunion dans la chefferie de Bwito à Kaumiro où ils ont passé en revue des nouvelles stratégies à mettre en place pour tuer nos populations. Selon les informations, ils ont un nouveau chef qui s’appelle Pacifique TAUNGUKA qui a pris la relève.  Un autre aspect dans cette affaire est que, Sylvestre Mudacumura tué était un rwandais. Donc, il détenait des secrets par rapport à ce qui s’était passé au Rwanda et au Congo. Par conséquent, le capturer et l’interroger aurait été mieux que le tuer. Toutefois, tout reste à vérifier, s’il est réellement mort. Parce qu’on peut monter des façades pour distraire les gens car, il était recherché par la communauté internationale. Seules les photos dans les réseaux sociaux ne suffisent pas pour confirmer sa mort. Les FDLR ont fait autant d’années au Congo et ils maitrisent parfaitement le Nord-Kivu. On se pose des questions sur comment ils se ravitaillent en munitions. La personne de Sylvestre Mudacumura peut être tuée mais, le mouvement continue.

Comment entrevoyez-vous la coopération entre la RDC, le Rwanda et l’Ouganda pour en finir avec ces groupes armés étrangers au Nord-Kivu ?

La solution est très simple. Tous les accords internationaux obligent la République démocratique du Congo à négocier avec les groupes armés qui naissent à partir de l’étranger. Rappelez-vous de M23, RCD, CNDP…et pourquoi le Rwanda et l’Ouganda ne peuvent pas faire autant pour dialoguer avec les FDLR qui sont des Rwandais et des ADF qui sont des ougandais, dans la mesure où ces groupes armés sont identifiés à ces pays voisins au Congo. Le dialogue organisé dans leurs pays respectifs serait une meilleure solution pour les faire partir du Congo. Le Rwanda et l’Ouganda n’ont pas à venir chercher à traquer les FDLR et les ADF au Nord-Kivu, ils n’ont qu’à dialoguer avec leurs frères pour qu’ils retournent chez eux et laisser le Nord-Kivu calme. Qu’ils organisent le dialogue et le Nord-Kivu sera en paix.

Le tribalisme gangrène le quotidien des habitants du Nord-Kivu. Quelle est, selon vous, la thérapeutique de choc ?

D’abord, il faut savoir qu’il n’existe pas de communautés minoritaires et majoritaires nulle part dans les textes qui régissent le pays. Nulle part, il est dit que c’est un Nande de Butembo qui doit être ipso facto gouverneur de province du Nord-Kivu. Ce sont juste des perceptions et des attitudes de certains politiciens qui sont issus du tribalisme et qui veulent imposer ce système au Nord-Kivu. Nous devons nous baser sur des valeurs citoyennes. Même si la plupart de députés provinciaux proviennent d’un coin donné de la province, ils peuvent aussi voter une personne qui n’est pas de ce coin comme gouverneur. C’est aussi un problème sérieux de la mentalité congolaise où on aime élire quelqu’un parce qu’il est simplement de la communauté x ou y. Le leadership ne se crée pas sur base du tribalisme, la population du Nord-Kivu doit comprendre cela.

Quels sont les vrais problèmes du Territoire de Rutshuru auxquels vous tenez à apporter des solutions durant votre mandat à l’Assemblée provinciale ?

L’insécurité reste le grand problème de Rutshuru avec les conséquences qui en découlent telles que le kidnapping, le pillage, les assassinats ciblés, les incendies des maisons. En plus de cela, il y a le manque d’infrastructures à Rutshuru surtout dans la chefferie de Bwito. Les hôpitaux modernes, il n’y en a pas. Il y a des villages à Rutshuru où vous ne pouvez même pas trouver une école. Il y a un taux élevé de la pauvreté puisque les agriculteurs font face à l’insécurité ; ils ne savent pas vendre leurs marchandises alors que Rutshuru est un territoire à vocation agro-pastorale. Durant mon mandat, je vais lutter pour que la paix revienne à Rutshuru et partout au Nord-Kivu, en veillant sur le travail de l’exécutif et en proposant tout le temps des pistes de solution aux problèmes qui rongent la province. Je vais être le véritable avocat du peuple. Nous attendons aussi que le gouverneur Carly Nzanzu Kasivita nous présente  son plan d’action du programme quinquennal que nous avons adopté à l’Assemblée provinciale, pour nous permettre de veiller sur son exécution dans tous les territoires de la province.

(Propos recueillis par Melis BOASI)

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