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Présidentielle 2019 : Fin de la « campagne du silence » en Tunisie

Dernière mise à jour, le 25 octobre 2019 à 02:23

La campagne pour le second tour de la présidentielle a repris jeudi en Tunisie, au lendemain du coup de théâtre de la libération du candidat emprisonné Nabil Karoui. M. Karoui, un homme d’affaires controversé poursuivi pour blanchiment et fraude fiscale, est sorti en soirée de la prison de la Mornaguia, près de Tunis, où il était en détention depuis fin août, à la faveur d’un recours devant la cour de cassation. Il reste inculpé. Les observateurs européens avaient eux-mêmes déploré une « campagne du silence », dans laquelle « l’un ne peut pas faire campagne et l’autre ne veut pas ».

La campagne pour le second tour de la présidentielle a repris jeudi en Tunisie, au lendemain du coup de théâtre de la libération du candidat emprisonné Nabil Karoui, qui dispose désormais de deux jours pour en découdre avec son rival Kais Saied.

M. Karoui, un homme d’affaires controversé poursuivi pour blanchiment et fraude fiscale, est sorti en soirée de la prison de la Mornaguia, près de Tunis, où il était en détention depuis fin août, à la faveur d’un recours devant la cour de cassation.

Ce fondateur de la chaîne Nessma TV, qui reste inculpé, a été célébré par 200 de ses partisans avec youyous et fumigènes, avant de rentrer chez lui dans une luxueuse berline noire, protégé par la garde présidentielle.

Du fait de son incarcération, son rival, l’universitaire M. Saied, un indépendant qui prône une nouvelle révolution par le droit, avait lui décidé de se mettre en retrait ces derniers jours, rendant la campagne atone.

Les observateurs européens avaient eux-mêmes déploré une « campagne du silence », dans laquelle « l’un ne peut pas faire campagne et l’autre ne veut pas ».

Elle a en outre été entrecoupée par un scrutin législatif, le 6 octobre, qui a encore brouillé le paysage politique, avec un nouveau Parlement dominé par le parti d’inspiration islamiste Ennahdha mais écartelé entre de multiples formations.

Débat télévisé inédit

Dans ces conditions, les deux derniers jours de campagne s’annoncent vitaux, et chargés, avec comme point d’orgue un débat télévisé qui opposera vendredi soir le flamboyant magnat des médias à l’austère enseignant de droit, un rendez-vous inédit en Tunisie et rare dans le monde arabe.

Ce face-à-face aura un format « plus interactif » que les soirées électorales très suivies qui avaient opposé 24 candidats du premier tour mi-septembre, a indiqué l’un des organisateurs. Ces soirées avaient été diffusées par la plupart des chaînes tunisiennes et des chaînes arabes.

D’ici là, Nabil Karoui est attendu jeudi soir sur la chaîne nationale Wataniya pour donner une longue interview, comme l’avait fait M. Saied la semaine précédente.

M. Karoui s’est rendu jeudi matin au QG de son parti Qalb Tounes, en costume cravate, prêt à reprendre le flambeau de sa campagne menée en son absence par son épouse, Salwa Smaoui.

« Je suis très contente et fière que Nabil soit libéré, (…) je lui cède la main », a dit Mme Smaoui devant ce QG jeudi matin.

Dans une vidéo partagée par l’un de ses partisans mercredi soir, le publicitaire, après avoir salué les efforts du personnel pénitentiaire rencontré pendant sa détention, avait lancé en riant: « mon angoisse, c’est comment je vais faire mieux que Salwa. »

« Egalité des chances »

Poursuivi pour fraude et blanchiment depuis 2017, M. Karoui a été interpellé à un péage d’autoroute le 23 août, dix jours avant le début de la campagne pour le premier tour. Nombre d’observateurs, y compris parmi ses adversaires, ont déploré une instrumentalisation de la justice par le politique dans ce dossier.

Face à lui, Kais Saied, dépourvu de structure partisane mais arrivé en tête du premier tour après une campagne de terrain discrète mais intense, devait aussi reprendre ses visites, avec un déplacement jeudi à Sousse (est), selon des partisans.

« Kais Saied avait pris la décision de stopper sa campagne électorale pour des considérations d’égalité des chances », a dit son frère Naoufel à une chaîne tunisienne. « Maintenant que cet obstacle est levé, il s’apprête à reprendre sa campagne », a-t-il ajouté.

Les sept millions d’électeurs se rendent aux urnes dimanche pour la troisième fois en un mois.

Les multiples rebondissement de la présidentielle relèguent au second plan les législatives, un scrutin pourtant crucial pour la jeune démocratie tunisienne, où la transition née de la révolution de 2011 est fragilisée par un chômage et une inflation persistants.

Selon les résultats publiés mercredi par l’instance électorale (Isie), le parti d’inspiration islamiste Ennahdha est arrivé en tête avec 52 sièges, très loin de la majorité de 109 voix pour former seul un gouvernement.

Les tractations avaient débuté avant même cette proclamation officielle, avec des interrogations sur une éventuelle alliance entre Ennahdha et Qalb Tounes –scénario que les deux camps ont pourtant exclu durant la campagne–, ou un éventuel gouvernement de technocrates.

COUP DE THÉÂTRE AVANT LA PRÉSIDENTIELLE

Le candidat à la présidentielle tunisienne Nabil Karoui a été libéré à quatre jours du second tour, un coup de théâtre au moment où les résultats officiels confirment une victoire en demi-teinte des islamistes aux législatives.

« C’est une merveilleuse nouvelle, ça a été très dur sans lui », a déclaré l’un des cadres de son parti, Oussama Khelifi. « Il veut aller voir le peuple tunisien, expliquer son programme, il veut participer à ces élections et gagner ».

Le candidat à la présidentielle tunisienne Nabil Karoui a été libéré à quatre jours du second tour, un coup de théâtre au moment où les résultats officiels confirment une victoire en demi-teinte des islamistes aux législatives.

Habillé de noir, M. Karoui a été accueilli en héros dans la soirée à sa sortie de la prison de la Mornaguia, à 20 km de Tunis. Ses partisans l’ont porté sur leurs épaules avant qu’il ne quitte les lieux, en Mercedes noire, sans faire de déclaration.

« C’est une merveilleuse nouvelle, ça a été très dur sans lui », a déclaré l’un des cadres de son parti, Oussama Khelifi. « Il veut aller voir le peuple tunisien, expliquer son programme, il veut participer à ces élections et gagner ».

Homme d’affaires et des médias, M. Karoui était détenu depuis le 23 août, dix jours avant le début de la campagne pour le premier tour de l’élection présidentielle, une arrestation qu’il a qualifiée de politique.

La Cour de Cassation a décidé mercredi de libérer M. Karoui, qui reste inculpé de fraude fiscale et blanchiment d’argent.

« Le mandat de dépôt contre Nabil Karoui est annulé, l’enquête se poursuit, mais il est libre », a indiqué un de ses avocats, Me Nazih Souei.

M. Karoui avait récolté 15,58% des voix au premier tour de la présidentielle, derrière le juriste Kais Saied, 18,4%.

Il lui reste deux jours pour faire campagne, durant lesquelles il est invité à participer à un débat télévisé inédit avec son adversaire vendredi soir.

Parlement morcelé

Cette libération a éclipsé la confirmation officielle que le parti d’inspiration islamiste Ennahdha était arrivé en tête aux législatives de dimanche avec 52 sièges sur 217, devant son principal rival, le parti de Nabil Karoui, Qalb Tounes, 38 sièges.

Le chef d’Ennahdha, Rached Ghannouchi, qui se présentait pour la première fois à une élection, a été élu député. Tout comme le frère de M. Karoui, Ghazi, qui n’a pourtant plus été vu en public depuis qu’un mandat de dépôt a été émis contre lui en août.

Ennahdha sera donc chargé de former le gouvernement, une tâche compliquée étant donné le morcellement du Parlement.

Les tractations entre les partis ont démarré dès la clôture dimanche de ces législatives coincées entre les deux tours de la présidentielle.

Ennahdha reste le principal parti du Parlement, mais il est loin des 89 sièges obtenus en 2011, et des 68 dans l’Assemblée sortante. En outre, contrairement à 2014, vu la fragmentation des forces, il lui sera difficile de trouver un partenaire de poids pour former une coalition gouvernementale, nécessitant 109 voix.

Jeux d’alliances

Qalb Tounes, fondé en juin autour de la personne de M. Karoui, qui a rassemblé des personnalités hétéroclites et fait campagne contre la pauvreté, effectue une entrée remarquée au Parlement. Mais « va-t-il survivre longtemps ou sera-t-il victime de ses contradictions », s’interroge l’ex-député Sélim Ben Abdesselem.

Le parti social-démocrate Attayar (« Courant démocrate ») du militant des droits de l’homme Mohammed Abbou a obtenu 22 sièges, marquant une nette progression de cette formation.

Le parti vainqueur en 2014, Nidaa Tounes, a été balayé, passant de 86 à… 3 sièges.

Signe des profondes divergences qui s’annoncent, le mouvement islamo-populiste Karama de son côté a 21 sièges et le parti anti-islamiste PDL 17 sièges.

Pour atteindre une majorité, Ennahdha devra faire des concessions. Les interrogations vont bon train sur une éventuelle alliance avec Qalb Tounes, en dépit de ses promesses de ne pas s’allier à eux.

La solution d’un gouvernement de technocrates est également évoquée par nombre de commentateurs politiques, d’autant qu’Ennahdha a gardé un souvenir cuisant de l’échec de sa première expérience à la tête d’un gouvernement en 2011-13.

Pour le quotidien tunisien La Presse, « la possibilité de voir échouer toutes les tentatives de formation du prochain gouvernement n’est pas à écarter ».

Mais « les partis n’ont pas intérêt à aller vers des élections anticipées », estime Selim Kharrat, de l’ONG Al Bawsala.

Pour M. Ben Abdesselem, à défaut de majorité confortable pour légiférer, « le scénario d’élections anticipées dans les quatre à six mois n’est pas à écarter ».

« L’instabilité politique risque d’augmenter l’attentisme des partenaires de la Tunisie », avertit M. Ben Abdesselem, alors que la Tunisie est sous perfusion du Fonds monétaire international, qui a accordé en 2016 un prêt de 2,4 milliards d’euros sur quatre ans.

(avec Afp)

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