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Jacques CHIRAC, ancien président de la République française. Décédé le 26 Septembre 2019 à l'âge de 86 ans.
Jacques CHIRAC, ancien président de la République française. Décédé le 26 Septembre 2019 à l'âge de 86 ans.

France : Adios Jacques !

Dernière mise à jour, le 30 septembre 2019 à 06:05

L’ancien président Jacques Chirac, « que nous aimions autant qu’il nous aimait », selon les mots d’Emmanuel Macron aux Français jeudi soir, est mort dans la matinée à son domicile parisien à l’âge de 86 ans. L’homme d’État omniprésent dans quatre décennies de la vie politique française et internationale s’est éteint « dans la matinée, à son domicile » de la rue de Tournon (VIe arrondissement), « très paisiblement, sans souffrir, et entouré de sa famille », a annoncé à l’AFP son gendre Frédéric Salat-Baroux, époux de Claude Chirac. Celui qui n’apparaissait plus en public depuis plusieurs années fut deux fois président de la République, deux fois Premier ministre, trois fois maire de Paris, fondateur et chef de parti, ainsi que ministre à répétition à partir de l’âge de 34 ans. Les hommages ont afflué aussitôt après l’annonce du décès de celui qui occupa l’Élysée de 1995 à 2007, apogée d’une vie tout entière consacrée au pouvoir, avant d’affronter la maladie pendant de longues années.

Le président Emmanuel Macron, qui a renoncé à se rendre à Rodez, où il devait lancer le débat national sur les retraites, s’est adressé à 20h00 au pays dans une allocution télévisée, rendant hommage à « un homme d’État que nous aimions autant qu’il nous aimait ».

« Jacques Chirac était un grand Français, libre » qui était « un « amoureux taiseux de notre culture » et qui « aimait profondément les gens », a souligné le chef de l’État. « Jacques Chirac était un destin français », a-t-il ajouté.

Emmanuel Macron s’est ensuite rendu, accompagné de son épouse Brigitte, au domicile de Jacques Chirac à Paris, près du Sénat, pour se recueillir devant la dépouille de l’ancien président de la République.

Une journée de deuil national en hommage à l’ancien chef de l’Etat se tiendra lundi et un service solennel lui sera rendu ce jour-là, à midi, dans l’église Saint-Sulpice à Paris.

L’Élysée a ouvert ses portes dès jeudi soir pour que les Français puissent exprimer leurs condoléances, jusqu’à dimanche inclus. Un recueil est mis à disposition dans le vestibule d’honneur du palais.

Le Premier ministre Édouard Philippe s’est dit « très ému et un peu nostalgique », en évoquant « un homme qui a compté dans la vie du pays ».

« C’est une part de ma vie qui disparaît aujourd’hui », a commenté Nicolas Sarkozy, son successeur immédiat à l’Élysée, tandis que François Hollande saluait « un combattant » qui « avait su établir un lien personnel avec les Français ».

De l’étranger, la chancelière Angela Merkel a salué « un formidable partenaire et ami », et le président de la Commission européenne, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, a considéré qu' »aujourd’hui, l’Europe perd une de ses figures de proue, la France un grand homme d’État et moi un ami fidèle ».

Dans le monde politique français, une minute de silence a été observée à l’Assemblée nationale, ainsi qu’au Sénat, où le décès a été annoncé en séance. La Tour Eiffel s’est éteinte à partir de 21h00.

« Une part de la France qui s’en va »

La disparition de Jacques Chirac est « une part de la France qui s’en va », a estimé son dernier Premier ministre Dominique de Villepin, qui a dit « pleurer » celui à qui il doit « son engagement en politique ».

La présidente du Rassemblement national Marine Le Pen a salué un président « capable de s’opposer à la folie de la guerre en Irak ».

La chanteuse et comédienne Line Renaud a expliqué que « c’est comme si c’était (son) frère » qui disparaissait. L’industriel François Pinault, ami intime du couple Chirac, a fait part de son « infinie tristesse ».

Depuis la mi-journée, de nombreux badauds convergent dans la rue de Tournon, qui donne sur le Sénat. Antoine, un jeune voisin de 14 ans de l’ancien président, ne l’a jamais croisé, mais voyait souvent sa fille. « Il avait un jardin personnel où il sortait en chaise roulante pour prendre l’air », a-t-il raconté à l’AFP.

Coincé derrière le cordon de sécurité, Omar Kerkoudi est un inconditionnel. Dans un cadre, il a rassemblé plusieurs photos prises avec « Jacques », comme au salon de l’agriculture. « Je l’avais rencontré en 1965, j’avais tracté pour lui quand il s’était présenté aux municipales. Je l’ai vu pour la dernière fois il y a un an, il était sorti de son domicile », dit-il les yeux embués.

« Paris est en deuil », a assuré Anne Hidalgo, maire de la capitale qu’il avait dirigée pendant 18 ans.

La longévité de Jacques Chirac, entre succès brillants et échecs cuisants, a démontré une exceptionnelle capacité de rebond.

Jacques Chirac était parvenu à conquérir l’Élysée – rêve d’une vie pour ce fils unique – en 1995, après deux défaites (1981 et 1988).

Ses mandats élyséens resteront marqués par son « non » à la seconde guerre d’Irak, par la fin de la conscription militaire, la reconnaissance de la responsabilité de l’État français dans les crimes nazis, le passage au quinquennat, le cri d’alarme (« notre maison brûle ») face à la dégradation de la planète, et une première victoire importante sur la mortalité routière.

Populaire, mais à l’image abîmée

En 2007, affaibli par un accident vasculaire cérébral qui l’a frappé deux ans plus tôt, il doit voir triompher Nicolas Sarkozy, pour lequel il est loin de manifester la ferveur indéfectible de son épouse Bernadette.

« Perte de mémoire », « absences », surdité : Jacques Chirac apparaîtra ensuite de plus en plus rarement en public.

L’ancien premier ministre Édouard Balladur, qui vécut au tournant des années 90 une impitoyable rivalité avec son ancien ami, a ainsi dit « son émotion » pour sa disparition « après tant d’années de souffrance ».

La dernière sortie publique de Jacques Chirac remonte à novembre 2014, au Musée du Quai-Branly consacré aux Arts premiers et qui porte son nom. L’ancien président, affaibli mais souriant, était aux côtés de l’un de ses successeurs, François Hollande.

Particulièrement populaire depuis qu’il avait quitté le pouvoir, Jacques Chirac avait pourtant essuyé de cuisants échecs. En 1988, il avait été sèchement battu par François Mitterrand et son épouse Bernadette s’était désespérée que « les Français n’aiment pas (son) mari ».

Neuf ans plus tard, la dissolution qui devait conforter sa majorité à l’Assemblée avait provoqué une humiliante déroute de la droite.

Enfin, c’est sur le terrain judiciaire que l’animal politique s’était abîmé : protégé par l’immunité attachée au mandat présidentiel, il avait été rattrapé par les juges après son retrait de la politique. En 2011, il avait été le premier ancien chef de l’État condamné au pénal, à deux ans d’emprisonnement avec sursis, pour une affaire d’emplois fictifs à la Mairie de Paris.

Il a eu deux filles, Laurence, anorexique depuis sa jeunesse et décédée en avril 2016, et Claude, qui fut sa conseillère en communication et lui a donné son seul petit-fils, Martin, aujourd’hui âgé de 23 ans.

GRAND FAUVE ET PHÉNIX DE LA DROITE FRANÇAISE

L’ancien président Jacques Chirac, décédé jeudi à l’âge de 86 ans, était un des grands fauves de la droite française dont la longévité, entre succès brillants et échecs cuisants, a démontré une exceptionnelle capacité de rebond.

Celui qui fut 12 ans président, deux fois Premier ministre, trois fois maire de Paris, créateur et chef de parti, ministre à répétition, s’est éteint « au milieu des siens. Paisiblement », a déclaré à l’AFP son gendre Frédéric Salat-Baroux, époux de Claude Chirac.

Affaibli par différents problèmes de santé, M. Chirac n’apparaissait plus en public depuis cinq ans. Ces ennuis de santé auront finalement eu raison de ce battant de haute taille, chaleureux, débordant d’énergie, toujours en mouvement – omniprésent dans le paysage politique français depuis le début des années 60.

Loin des idéologies, ce grand pragmatique, créateur en 1976 du RPR, se rêvait héritier du gaullisme mais se revendique surtout de Georges Pompidou. Il a, entre libéralisme et foi en la puissance publique, entre « travaillisme à la française » et conservatisme ponctué de coups d’audace bonapartistes, incarné une synthèse des droites françaises.

Mais aussi une ardente polémique sur sa reprise des essais nucléaires, une dissolution calamiteuse, un « non » retentissant au référendum constitutionnel européen de 2005, des accusations d’immobilisme (Nicolas Sarkozy allant jusqu’à parler de « roi fainéant »), des déficits creusés, le chômage invaincu.

Il a connu l’enfer de l’impopularité et de la moquerie médiatique (« supermenteur ») mais était remonté au zénith de la sympathie populaire depuis son départ de l’Élysée en 2007.

Ses mandats élyséens resteront marqués par son « non » à la deuxième guerre d’Irak, la fin de la conscription militaire, la reconnaissance de la responsabilité de l’État français dans les crimes nazis, le passage au quinquennat, le cri d’alarme (« notre maison brûle ») face à la dégradation de l’environnement, une première victoire importante sur l’absurde mortalité routière.

L’Élysée, rêve d’une vie

Comme maire de Paris pendant 18 ans (dont deux grands chelems des 20 arrondissements), il laisse notamment deux vastes parcs qui ont contribué à restructurer la capitale. A son passif, des accusations de clientélisme et de corruption avec des décennies de prolongements judiciaires. Il restera ainsi comme le premier président condamné par la justice pénale.

Jacques Chirac était parvenu à conquérir l’Élysée – rêve d’une vie pour ce fils unique – après deux défaites (1981 et 1988). A la seconde, François Mitterrand, septuagénaire et malade, le bat de 8,04 points.

On le dit essoré. Troisième tentative en 1995. Énarque ancré en rude terre corrézienne – comme le socialiste François Hollande venu l’y défier dès 1981 – il est distancé des mois durant par son « ami de trente ans », le très posé Édouard Balladur, à Matignon depuis 1993.

D’aucuns, comme son « fils politique » Sarkozy, rêvent de voir « le grand » jeter l’éponge. Insubmersible, porté par son thème de la « fracture sociale », Chirac force le destin.

Il l’emporte de haute lutte, éliminant son rival RPR au premier tour, battant le socialiste Lionel Jospin au second. Une des grandes illustrations de la volonté en politique.

Il n’aura cependant pas la force de pardonner aux balladuriens. La blessure restera béante à droite, à ses plus grands dépens.

Deux ans plus tard, Chirac se fracasse sur une piteuse dissolution de l’Assemblée à laquelle il a été poussé par son vibrionnant secrétaire général de l’Élysée Dominique de Villepin, pour sauver le Premier ministre de son cœur Alain Juppé, réduit à l’impuissance.

Il semble alors donner raison au vieil adversaire Mitterrand, qui avait prédit un septennat « pittoresque »…

Humiliation majeure, assortie de cinq ans de cohabitation belliqueuse avec Jospin qu’il a été contraint de nommer à Matignon.

En 2002, nouveau coup de théâtre : celui que son adversaire et Premier ministre qualifie de « vieilli, usé, fatigué », devient, face au FN Jean-Marie Le Pen, le président le mieux élu de la Vème république. Un record de 82,21% des voix, pas près d’être battu.

Batailleur

Ses deux séjours à Matignon avaient déjà été batailleurs : Chirac remet à Valéry Giscard d’Estaing, qu’il a contribué à faire élire contre le gaulliste Jacques Chaban-Delmas, une retentissante démission en 1976. Il se bat pied à pied avec Mitterrand de 1986 à 1988.

En 2007, affaibli par un accident vasculaire cérébral qui l’a frappé deux ans plus tôt, il doit voir triompher Nicolas Sarkozy pour lequel il est loin de manifester la ferveur indéfectible de son épouse Bernadette.

Diminué par son AVC, il ne pourra assister à son procès – procédure inédite pour un ex-locataire de l’Élysée – dans une interminable affaire d’emplois fictifs.

En 2007, affaibli par un accident vasculaire cérébral qui l’a frappé deux ans plus tôt, il doit voir triompher Nicolas Sarkozy pour lequel il est loin de manifester la ferveur indéfectible de son épouse Bernadette.

Jusqu’à sortir de son silence de retraité à l’automne 2014 pour proclamer son soutien à Alain Juppé en vue de 2017, taclant de facto celui qui lui a succédé à l’Élysée. Il avait déjà lancé en juin 2011 qu’il voterait Hollande à la présidentielle. Ses proches avaient plaidé « l’humour corrézien » là où beaucoup ont entendu un cri du coeur.

Diminué par son AVC, il ne pourra assister à son procès – procédure inédite pour un ex-locataire de l’Élysée – dans une interminable affaire d’emplois fictifs.

« Perte de mémoire », « absences », surdité. Jacques Chirac apparaîtra de plus en plus rarement en public, la démarche saccadée, agrippé à l’épaule d’accompagnateurs.

Loin du vorace engloutissant les têtes de veau sauce gribiche, les bières Corona, capable de marathons record au salon de l’agriculture, à l’aise au cul des vaches.

Loin de l’amoureux des bains de foule, qui se vantait d’avoir serré tant de mains qu’il lui fallait des seaux de glace pour soulager ses paumes enflammées.

Très loin de l’image du séducteur infatigable, beau comme un acteur, crédité de nombreuses conquêtes féminines (« les filles, ça galopait », avait admis son épouse).

Pour ses ennemis, Jacques Chirac était versatile, capable de tous les coups de Jarnac, admirable dans la conquête du pouvoir, déplorable dans son exercice.

Pour ses amis, c’était un homme « attentif aux autres », plein de charme, un citoyen du monde familier des grands de la terre. Un père adorant ses deux filles dont l’aînée, Laurence, a été frappée d’une terrible anorexie et dont la seconde Claude, experte en communication, l’a accompagné, conseillé et rendu grand-père d’un petit Martin.

Une personnalité en tout cas beaucoup plus complexe que l’image rustique qu’il affichait : connaisseur de l’Asie, amoureux du Japon (expert es sumo), russophone, artisan d’un dialogue des cultures incarné par « son » musée du quai Branly, écrin des « arts premiers » dont il était féru.

Il avait intitulé le premier tome de ses mémoires : « Chaque pas doit être un but ».

HOMMAGE INTENSE À JACQUES CHIRAC

Deuil national, minute de silence dans les stades et les écoles, cérémonie populaire aux Invalides : la France se prépare à rendre un hommage intense dimanche et lundi à Jacques Chirac, le cinquième président de la Ve République décédé jeudi.

Afin d’honorer la mémoire de l’ancien chef de l’Etat, mort à 86 ans, acteur majeur de la vie politique durant quatre décennies, une cérémonie populaire aura lieu dimanche à partir de 14H00 sous le dôme des Invalides. « Tous ceux qui l’ont aimé pourront venir » se recueillir auprès du cercueil, a indiqué à l’AFP son gendre Frédéric Salat-Baroux.

Le cercueil de l’ancien président sera installé à l’entrée de la cathédrale Saint-Louis des Invalides. Lundi matin, une cérémonie réservée à la famille y sera organisée à 9H30, avant des honneurs militaires dans la cour d’honneur, en présence du président Emmanuel Macron.

Lundi sera une journée de deuil national et un service solennel présidé par M. Macron sera rendu à 12H00 en l’église Saint-Sulpice à Paris. Parmi les nombreuses personnalités étrangères attendues, le président allemand Frank-Walter Steinmeier, celui de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et le Premier ministre belge Charles Michel ont annoncé leur présence.

Une minute de silence sera observée lundi à 15H00 dans les administrations et les écoles. Un hommage particulier sera également rendu à Jacques Chirac le week-end des 5 et 6 octobre en Corrèze, sa terre d’élection.

« Énergie et humanité »

En ouvrant le conseil des ministres vendredi, le chef de l’Etat a une nouvelle fois « souligné l’énergie et l’humanité » de Jacques Chirac. L’ex-président « entre dans l’Histoire et manquera à chacun d’entre nous désormais », avait affirmé M. Macron jeudi soir lors d’une allocution télévisée.

Des registres de condoléances ont été installés à l’Elysée, dont les portes sont ouvertes au public depuis jeudi soir.

De son côté la Fédération française de football a annoncé une minute de recueillement avant tous les matches en France, ce week-end.

La mairie de Paris a diffusé dès jeudi plusieurs dizaines de photos de son premier maire, élu de 1977 à 1995, sur un écran géant installé sur le parvis.

A l’Assemblée nationale, le débat sur l’immigration, prévu lundi, a également été reporté d’une semaine.

L’ex-chef de l’Etat, malade depuis de longues années, s’est éteint « très paisiblement, sans souffrir » et entouré des siens jeudi matin à son domicile, rue de Tournon dans VIe arrondissement de Paris.

Avec Jacques Chirac disparaît l’un des principaux acteurs à droite de la vie politique française, depuis la fin des années 60 jusqu’au milieu des années 2000.

Celui qui fut également député de la rurale Corrèze – et était considéré comme l’un des siens par le monde paysan – fut deux fois président de la République, de 1995 à 2007, mais aussi deux fois Premier ministre (1974-1976 et 1986-1988), trois fois maire de Paris, fondateur de deux partis – le RPR et l’UMP – ainsi que ministre à répétition à partir de l’âge de 34 ans.

Au fil d’évolutions parfois sinueuses, restent quelques constantes : le rejet intransigeant de l’extrême droite, le souci de la cohésion nationale, l’approche gaulliste du rôle international de la France, vue comme une puissance d’équilibre devant parler à tous…

Un « Français au plein sens du terme »

« Jacques Chirac, c’était un Français au plein sens du terme, avec ses aspirations, ses contradictions, ses ambitions, ses moments peut-être à certains égards de génie (..) et puis aussi des phases plus compliquées, des hésitations, parfois des renoncements », a souligné le Premier ministre Edouard Philippe vendredi.

Les mandats élyséens de Jacques Chirac resteront marqués par son « non » à la deuxième guerre d’Irak, la fin de la conscription militaire, la reconnaissance de la responsabilité de la France dans la déportation des juifs, le passage au quinquennat, le cri d’alarme face à la dégradation de l’environnement (« Notre maison brûle »), et une première victoire importante sur la mortalité routière.

Sa dernière sortie publique remonte à novembre 2014, au Musée du Quai-Branly consacré aux Arts premiers et qui porte son nom. Le musée parisien sera d’ailleurs accessible gratuitement pendant une dizaine de jours pour lui rendre hommage.

Particulièrement populaire depuis qu’il avait quitté le pouvoir, Jacques Chirac avait pourtant essuyé de cuisants échecs, comme lorsqu’il fut sèchement battu par François Mitterrand à la présidentielle de 1988.

En 1997, la dissolution, qui devait conforter sa majorité à l’Assemblée, avait débouché sur une humiliante déroute de la droite, installant cinq ans de cohabitation avec la gauche de Lionel Jospin.

Il avait enfin été, en 2011, le premier ancien chef de l’État condamné au pénal, à deux ans d’emprisonnement avec sursis, pour une affaire d’emplois fictifs à la mairie de Paris.

Il a eu deux filles, Laurence, décédée en 2016, et Claude qui fut sa conseillère en communication et lui a donné son seul petit-fils, Martin, 23 ans.

LES FRANÇAIS RENDENT HOMMAGE À JACQUES CHIRAC

« Tout le monde aurait voulu le connaître personnellement »: devant l’Elysée où une file s’allongeait samedi pour signer les livres d’or à la mémoire de Jacques Chirac, l’heure est à l’émotion, deux jours après le décès de l’ancien président.

« C’est une page qui se tourne », soupire Christine, 60 ans, venue rendre hommage à un homme « volontaire », « qui a gravi tous les échelons », avec un « côté humain énorme ». A ses côtés, son fils Jean-Baptiste, 29 ans, appuie lui aussi sur le lien affectif: « Il ressemblait un peu à mon papy! »

Samedi, environ 500 personnes avaient été comptabilisées peu avant midi pour venir signer les registres de condoléances installés à l’Élysée, après 2.600 vendredi et 700 jeudi soir, a-t-on indiqué à l’Élysée. Au total entre 500 et 600 feuillets ont été remplis.

Jacobson, franco-congolais qui habite Neuilly, s’est habillé avec un soin particulier pour l’occasion : costume trois pièces bleu et blanc, cravate assortie, chapeau de feutre et lunettes de soleil… « les Congolais sont des +sapeurs+ (amoureux des beaux vêtements, NDLR), et Chirac aussi, il était élégant, un politique, un playboy… »

« C’est grâce à lui que je suis devenu français », dit-il, en serrant dans sa main une sacoche contenant toutes les lettres que l’ancien président lui avait envoyées, en réponse à ses cartes de voeux.

Les registres, installés sur une table de verre sous le portrait de l’ancien président, pourront être signés jusqu’à 20H00 samedi au palais présidentiel. Ils seront ensuite transférés aux Invalides où ils seront disponibles dimanche à partir de 14H00, selon l’Elysée.

« Une sorte de roi »

Thibaud, 23 ans, essaiera de se rendre aux Invalides dimanche, moment-clé de l’hommage populaire rendu à l’ex-chef de l’Etat, avant la journée de deuil national prévue lundi, avec une cérémonie à Saint Sulpice et une minute de silence dans les écoles et les administrations.

« Quand j’étais petit, c’était une sorte de roi. J’étais fan, et puis il y avait sa marionnette aussi » aux Guignols, se souvient-il avec nostalgie : « Il avait un côté humain que tous n’ont pas en politique aujourd’hui ».

« Ce n’était pas quelqu’un de parfait mais c’est pour ça que je l’aime autant », ajoute le jeune homme, étudiant dans l’humanitaire, et qui se définit comme « ni de droite, ni de gauche, ce qui était un peu son cas aussi ».

« Il nous a vu grandir », s’exclame Anne, 27 ans, venue avec sa soeur jumelle Hélène, qui tenait à écrire quelques mots dans le registre pour lui « dire merci ». Selon elle, « tout le monde aurait voulu le connaître personnellement ».

Renato, franco-italien de 39 ans qui garde surtout le souvenir de l’opposition de Jacques Chirac à la guerre en Irak, a tenu à amener sa fille de 9 ans pour « lui faire comprendre ce que c’est que la transmission, l’histoire ». « Et je suis contente de voir l’Elysée », glisse la fillette en manteau rose.

Certains, dans la file, se montrent toutefois plus critiques. « Ce n’était pas un transformateur, il n’a pas mené de grandes réformes. Mais c’était un bon communicant », assène François, 56 ans, pour qui Jacques Chirac était « sans doute mieux comme maire (de Paris) que comme président ».

Cet ancien chef d’entreprise reconnaît qu’il y a un « paradoxe » à venir signer les registres. Mais, dit-il, « c’est important d’être là car Jacques Chirac est une personnalité qui a laissé une trace ».

UNE TRENTAINE DE CHEFS D’ÉTAT ET DE GOUVERNEMENT ATTENDUS LUNDI À PARIS POUR RENDRE HOMMAGE À CHIRAC

Une trentaine de chefs d’État et de gouvernement étrangers, dont Vladimir Poutine, sont attendus lundi à Paris pour rendre hommage à l’ancien président français Jacques Chirac, dont le décès jeudi a suscité de nombreuses réactions internationales.

Outre le président russe, ses homologues italien Sergio Mattarella et congolais Denis Sassou Nguesso, les Premiers ministres libanais Saad Hariri et hongrois Viktor Orban doivent participer au service solennel prévu lundi à 12H00 (10H00 GMT) en l’église Saint-Sulpice, a indiqué samedi le palais présidentiel de l’Élysée.

Dès vendredi, le président allemand Frank-Walter Steinmeier, celui de la Commission européenne Jean-Claude Juncker ainsi que le Premier ministre belge Charles Michel avaient annoncé leur présence.

Parmi les personnalités étrangères annoncées figurent aussi des dirigeants politiques en place sous la présidence de Jacques Chirac, comme l’ancien chancelier allemand Gerhard Schröder, l’ancien Premier ministre espagnol Jose Luis Rodriguez Zapatero et l’ancien président sénégalais Abdou Diouf.

Certains resteront au déjeuner prévu ensuite à l’Élysée.

Dès jeudi, nombre de personnalités dans le monde avaient tenu à honorer Jacques Chirac, comme le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres ou Bill et Hillary Clinton.

Vladimir Poutine qui, dans une interview au Financial Times en juin avait fait part d’une certaine admiration pour Jacques Chirac, le désignant comme le dirigeant étranger l’ayant le plus impressionné dans sa carrière, avait ainsi salué jeudi un dirigeant « sage et visionnaire ».

Journée de deuil national

Et alors qu’en Iran la présidence s’est contentée d’un bref communiqué présentant ses condoléances au peuple français, la presse, elle, évoque abondamment samedi le décès du dernier « dirigeant populaire » français.

Tout en regrettant ses liens avec le dictateur irakien Saddam Hussein, elle salue aussi son action en vue d’un dégel des relations avec Téhéran.

Proche de Saddam Hussein lorsqu’il était Premier ministre (1974-1976, puis 1986-1988), quand la France soutenait Bagdad contre Téhéran dans la guerre Iran-Irak (1980-1988), Jacques Chirac, qui a présidé la France de 1995 à 2007, a aussi été à l’origine de la première visite dans le pays d’un président iranien (Mohammad Khatami, en 1997) depuis la révolution islamique de 1979.

Lundi doit être en France une journée de deuil national en hommage à celui qui fut une figure de la vie politique française durant quarante ans auréolée, notamment depuis son retrait de la vie politique, d’une image d’humaniste et de bon vivant « profondément français », qualités et défauts compris.

Cette journée commencera à 09h30 (07h30 GMT) par une cérémonie réservée à la famille, avant des honneurs militaire dans la cour d’honneur de l’hôtel militaire des Invalides, en présence du président Emmanuel Macron.

Le cercueil de l’ancien chef de l’État, décédé à l’âge de 86 ans, quittera ensuite les Invalides à 11h00 (09h00 GMT), en convoi funéraire encadré par une grande escorte, pour rejoindre l’église Saint-Sulpice où le président Macron présidera un service solennel, en présence, côté français, des anciens présidents François Hollande, Nicolas Sarkozy et Valéry Giscard d’Estaing.

Une minute de silence sera aussi observée à 15H00 dans les administrations et les écoles.

Mais pour permettre à tous les Français de lui rendre hommage, une cérémonie populaire doit avoir lieu dimanche à partir de 14H00 sous le dôme des Invalides.

(avec Afp)

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