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Prof. André Mbata Mangu Betu Kumesu
Prof. André Mbata Mangu Betu Kumesu

RDC : Génocide intellectuel

Dernière mise à jour, le 4 octobre 2019 à 08:46

Dans un entretien accordé au magazine journal universitaire, le professeur André Mbata a déclaré que le système éducatif congolais dans son ensemble est malade. Pour remédier à la situation, il faut des états généraux de l’éducation. Ce qui se passe au Congo est un véritable génocide intellectuel. Dans la société, l’Université joue un rôle éducatif, a affirmé le constitutionaliste André Mbata. Selon lui, aucune société moderne ne peut se développer si elle n’accorde pas d’importance à l’Université. Car elle est au cœur du développement d’une société. A travers le monde, plusieurs nations puissantes, comme les USA, la Chine, plusieurs pays de l’Europe occidentale ont tiré leur force. Mais, en République Démocratique du Congo, le rôle de l’université est banalisé.

Avec cette manière de faire, la République Démocratique du Congo ne peut pas se développer. Les Congolais doivent savoir que l’on ne peut pas bâtir un pays plus beau qu’avant comme on le dit dans l’hymne national si on ne met pas suffisamment d’accent sur l’université, sa mission et sa contribution dans le développement de la société.

Alors qu’elle avait la meilleure université sur le plan africain, aujourd’hui, aucune des universités congolaises ne figure parmi les 200 premières universités sur le continent.  L’Université de Kinshasa a perdu sa place sur le plan scientifique. Ceci pose un problème non seulement pour l’État congolais mais aussi pour les enseignants et étudiants. Cette situation devrait attirer l’attention des gouvernants du pays, des autorités universitaires et même des professeurs qui devraient se poser la question de savoir quelle est la place de l’université où ils dispensent les cours. Le monde est aujourd’hui très compétitif et, il ne serait pas bon d’enseigner dans une université considérée comme la dernière du monde.

Plusieurs causes sont à la base de la régression du système éducatif congolais, a relevé le Prof André Mbata. Premièrement, l’État Congolais doit se mettre en tête qu’il faut accorder plus d’attention aux universités. Il est inconcevable que le développement du pays ne soit consacré qu’au niveau politique. Un pays normal ne peut pas se développer avec une multiplicité des partis politiques.

Et, pour matérialiser ce développement, un budget conséquent doit être alloué au secteur éducatif. On ne peut pas avoir d’université sans bibliothèque. Le pays est rempli d’universités mais en réalité ce sont des écoles primaires. On ne peut pas avoir une université sans bibliothèque, sans matériels et publications récentes, sans laboratoire.  Actuellement, ce qu’on appelle université au Congo ce sont des copies conformes des partis politiques, terrasses et autres boutiques qui pullulent le pays.

Si on doit voir les normes, contrairement à tout ce qui est présenté, il n’y a pas beaucoup d’universités en RDC. Rien qu’à voir la qualité de l’enseignement, et de la recherche, à titre comparatif, la formation même des enseignants pose problème. A travers le monde, tout docteur n’est pas professeur d’Université. Mais, en RDC, une personne qui vient de présenter sa thèse est appelé docteur. Avec un doctorat, André Mbata a soutenu qu’il faut d’abord faire des recherches.

Ceux qui sont déjà professeurs doivent produire. Les Universités congolaises sont réduites au niveau de l’enseignement et pourtant, une université a trois missions : l’enseignement, la recherche et le service à la communauté.  En termes de recherche, les universités congolaises ne publient pas. Voilà pourquoi le pays n’est pas classé parmi les deux premières. Ceux qui produisent sont moins que ceux qui ne le font pas. Chaque université doit avoir une revue scientifique, et cela de manière automatique.

Il n’est pas question de considérer les annales qui sont publiés à chaque fin d’année comme étant des revues scientifiques. Une université doit publier une revue internationale et il y a des comités internationaux pour sa rédaction. Quand l’article est envoyé, l’identité de l’auteur n’est pas connu et ceux qui auront la mission de l’apprécier le feront selon les normes et non le titre académique. En RDC, il suffit de donner quelques billets de banque pour publier dans une revue. Ceci n’est pas un bon système d’enseignement. Le système éducatif congolais est très malade et doit être reformé.

On ne peut pas aller de l’avant avec ce système éducatif. En termes de qualité, l’État doit aussi s’occuper des enseignants, accorder un salaire descend, améliorer les conditions de travail qui sont médiocres. On trouve des professeurs sans moyen d’accéder à l’internet. Tous sont derrière la politique, à travers une prostitution politique.

Un professeur d’université qui devient le garçon de course d’un dirigeant qui n’a pas son niveau intellectuel   est un danger pour la société. Un professeur d’Université ne peut pas se taper la poitrine d’enseigner dans toutes les universités du pays pour avoir huit dollars américains par heure.  L’amélioration du secteur éducatif passe aussi par l’application des textes. André Mbata pense que cette application des textes pose aussi un sérieux problème pour le développement des Universités congolaises. A titre illustratif, Il a évoqué la loi qui recommande que le Recteur soit élu par ses pairs et qui jusque à présent n’est appliquée.

Le pays continue à avoir des ministres de l’enseignement supérieur et universitaire qui ne sont même pas des professeurs d’universités. Et pourtant, pour être placé à la tête de l’enseignement supérieur, un ministre, professeur d’université, doit être une personne qui a fait et fait des recherches. Il n’est pas question d’avoir au sein de l’université un professeur ordinaire qui a fait plus de 20 ans sans avoir publié ni dirigé une thèse, sauf des syllabus ou manuels d’enseignement. Comme critère pour devenir ministre de l’enseignement supérieur, André Mbata pense qu’il faut avant tout être un universitaire de qualité.

Le Congo est le seul pays au monde à avoir eu comme ministre de l’enseignement supérieur et universitaire un gradué. Et pourtant, l’enseignement supérieur n’est pas un milieu d’affaires, même si vous être promoteur d’écoles primaires. Ce ministre de l’ESU doit prêcher par l’exemple. Il doit être productif et non le limiter à donner des agréments. Le slogan « le peuple d’abord » qui est régulièrement répété au Président de la République, passe avant tout par un enseignement de qualité.

Les professeurs doivent être exigeants vis-à-vis d’eux-mêmes, et les étudiants exigeants vis-à-vis des professeurs. Les étudiants doivent être en mesure de chasser de la salle tout professeur qui dispense des enseignements qui conduisent vers le bas. Pour ce qui est des étudiants, ce n’est pas n’importe qui qui doit aller à l’Université. D’autres peuvent aller dans des écoles de métiers pour produire. Parlant des arrêtés pris par un ministre intérimaire, André Mbata a soutenu que ces décisions doivent être abrogées parce que prises par un commerçant élevé au grade de ministre de l’ESU. Ce genre de ministre ne comprend rien, il ne sait pas consulter avant de prendre une décision.

Aujourd’hui, la tenue des états généraux est indispensable pour la refondation du système éducatif congolais. Tout n’est pas mauvais, le Congo a aussi des professeurs de qualité mais, il est temps que tout le monde se retrouve afin de repartir sur de nouvelles bases. L’on doit mettre fin à la création d’universités qui ne contribuent pas au développement d’une société.

Pour lui, les prochaines revendications du pays doivent se focaliser sur la qualité de l’enseignement. Le Congo ne peut être borné à copier les autres. Quand un Congolais va étudier ailleurs, son diplôme est parfois méconnu. Il lui est exigé un certificat d’équivalence. On peut appliquer le système LMD mais, il y a des préalables qu’il faut élaguer. Ce qui caractérise l’université, c’est la critique et cette critique doit commencer par l’autocritiqué.  S’il est nommé ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire, la première décision sera la convocation des états généraux afin d’appliquer les textes et faire un état de lieux afin d’arrêter l’hémorragie, a-t-il conclu.

(avec Yves Kadima)

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