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Brexit : Difficile de parvenir à une solution

Dernière mise à jour, le 26 septembre 2019 à 08:48

Michel Barnier, négociateur de l’Union européenne sur le Brexit, a jugé lundi à Berlin « difficile » de parvenir en l’état à un accord avec la Grande-Bretagne, malgré de nouvelles propositions formulées par Londres.

« Sur la base de la position britannique actuelle, il est difficile de voir comment nous pouvons parvenir à une solution juridiquement opérationnelle qui réponde à tous les objectifs du filet de sécurité », le backstop, a déclaré M. Barnier à Berlin lors d’une conférence de presse commune avec le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas.

« Pour aujourd’hui, nous n’avons pas les bases pour trouver un accord, nous devons continuer à travailler, à expliquer », a prévenu M. Barnier, qui s’est entretenu en fin de semaine dernière à Luxembourg avec le Premier ministre britannique, Boris Johnson.

« La balle est dans le camp britannique », a-t-il estimé.

Au coeur du problème: le refus par Londres d’accepter le « backstop », cette « police d’assurance » qui doit empêcher le rétablissement d’une frontière physique entre les deux Irlande afin de préserver la paix mais aussi le marché unique européen.

Ces propos sonnent comme une douche froide après les échos se voulant optimistes venus la semaine dernière du gouvernement britannique.

A Prague, le ministre britannique du Brexit, Stephen Barclay, a toutefois insisté sur le fait que son pays était en faveur d’un accord avec les Européens mais que cela ne pourrait pas inclure le backstop.

« Cela doit être un accord que le Parlement britannique adoptera, ce qui signifie un accord sans le backstop parce que cela n’est pas en conformité avec l’accord du Vendredi saint », l’accord de paix pour l’Irlande du Nord signé en 1998, a-t-il souligné.

Boris Johnson et le président du Conseil européen, Donald Tusk, doivent se rencontrer lundi à New York en marge de l’Assemblée générale de l’ONU.

Le gouvernement de Boris Johnson a « fait des avancées, il semble se diriger vers une reconnaissance du besoin de contrôle », a jugé M. Barnier.

Mais « pour l’instant, ses propositions sont très partielles et nous ne pouvons pas nous contenter d’être très partiels », a mis en garde l’ancien ministre français.

« Il n’y pas d’idéologie du côté de l’Union européenne, uniquement la volonté de trouver des situations qui marchent », a assuré M. Barnier.

Les dernières propositions britanniques, qui n’ont pas été détaillées publiquement à ce stade, interviennent six semaines avant la date prévue du Brexit, le 31 octobre.

Boris Johnson souhaite un accord au sommet européen des 17/18 octobre, mais il se dit aussi déterminé à ce que son pays quitte l’UE à la date prévue et refuse de demander aux 27 un report.

LE LABOUR VA TENTER DE TRANCHER SUR LE BREXIT

Miné par les divisions, le Labour, principal parti d’opposition britannique, va voter lundi sur sa position sur le Brexit et pourrait décider… de décider plus tard, comme le souhaite son chef Jeremy Corbyn, pourtant pressé de prendre position pour le maintien dans l’UE.

Le congrès du parti s’est ouvert ce week-end dans la station balnéaire de Brighton (sud de l’Angleterre) en plein déchirement autour du Brexit.

Jeremy Corbyn affirme que s’il arrive au pouvoir, son gouvernement organisera un référendum proposant d’un côté une « offre crédible » d’accord de sortie de l’Union européenne, qui inclurait notamment « une nouvelle union douanière » avec l’UE et des garanties sur les droits sociaux et l’environnement, et de l’autre le maintien.

Plus de trois ans après le référendum de juin 2016, le Brexit a déjà été repoussé deux fois. L’échéance est désormais fixée au 31 octobre et le Premier ministre conservateur Boris Johnson veut coûte que coûte sortir de l’UE à cette date, malgré une loi qui lui impose de demander un nouveau report s’il ne parvient pas à conclure un accord dans le mois qui vient.

Chez les travaillistes, des poids lourds pressent Jeremy Corbyn de prendre position pour rester dans l’Union européenne, à l’instar de Tom Watson, numéro deux du parti. Il appelle le Labour a soutenir « sans ambiguïté » le maintien dans l’UE lors d’un référendum qu’il souhaite voir se tenir avant même des élections législatives anticipées.

Signe de l’ampleur de la crise qui secoue le parti, Tom Watson a échappé de peu à une tentative de suppression de son poste de chef adjoint, initiative dont Jeremy Corbyn, chef du Labour depuis 2015, n’avait pas connaissance. « Elle n’a pas eu lieu, je suis intervenu », a déclaré dimanche Jeremy Corbyn sur la BBC.

Le leader travailliste de 70 ans souhaite d’abord arriver au pouvoir, puis négocier un accord avec Bruxelles et organiser un nouveau référendum.

Rester neutres ou pas ?

Les délégués du parti trancheront lors d’un vote lundi en fin d’après-midi: une motion enjoint au Labour de soutenir « énergiquement » le maintien dans l’Union européenne lors d’un second référendum, une autre, proche de la ligne Corbyn, reporte la décision à un congrès dédié. Une troisième soutient Jeremy Corbyn en soulignant la clarté de sa position et souligne que le parti doit chercher à « surmonter les divisions ».

Le député John McDonnell, poids lourd du parti, pour lequel il est en charge des questions économiques, a qualifié ces divergences de points de vue de « débat démocratique et honnête » au sein du parti.

« Ne confondez pas la démocratie avec la division. Ce à quoi nous assistons est un débat honnête », a insisté M. McDonnell lundi à la BBC.

Mais la cote de confiance de Corbyn est la plus basse jamais enregistrée pour un leader de l’opposition au Royaume-Uni, selon un sondage Ipsos MORI publié en fin de semaine dernière. Trois quarts (76%) des sondés sont mécontents de son action.

Les sondages en vue d’élections générales ne sont guère plus réjouissants pour le Labour, très nettement distancé par le Parti conservateur de Boris Johnson.

Une étude Opinium / Observer publiée dimanche donne même 15 points d’avance aux Tories, avec 37% d’intentions de vote, contre 22% pour le Labour.

Et seuls 31% des sondés jugent que l’approche des travaillistes et claire, contre 58% pour celle des conservateurs et la ligne de Boris Johnson de quitter quoi qu’il arrive l’Union européenne au 31 octobre. Les Libéraux démocrates (centristes), qui promettent de revenir purement et simplement sur le Brexit sans référendum, arriveraient en troisième position avec 17%.

Jeremy Corbyn a aussi perdu l’un des ses proches conseillers, Andrew Fishern, qui selon le Sunday Times démissionne car il ne croit pas aux chances du parti lors des prochaines élections. Le leader travailliste a assuré qu’Andrew Fisher restait jusqu’à la fin de l’année, « il sera là pour la campagne ».

GUERRE OUVERTE ENTRE BORIS JOHNSON ET LE PARLEMENT

Boris Johnson a essuyé un nouvel échec cuisant jeudi à la Chambre des communes lorsque les députés britanniques ont refusé de suspendre leurs travaux le temps du congrès du Parti conservateur, énième épisode de la guerre ouverte entre le dirigeant populiste et le Parlement.

Les membres de la chambre basse ont rejeté — par 306 voix contre 289 — la motion gouvernementale sollicitant une pause de trois jours la semaine prochaine, ce qui aurait permis aux élus conservateurs d’assister au congrès annuel du parti, comme le veut l’usage. M. Johnson s’est dit « déçu ».

Les députés avaient repris mercredi le chemin de Westminster dans une ambiance survoltée, au lendemain de la décision historique de la Cour suprême jugeant « illégale » la suspension du Parlement imposée par le Premier ministre à l’approche du Brexit.

Au cours d’une séance acrimonieuse, le dirigeant conservateur a été accusé d’arrogance et de propos incendiaires par l’opposition.

Sa rhétorique provocatrice a fait bondir la classe politique, y compris dans les rangs tories, et jusqu’à sa propre soeur Rachel qui a fustigé des mots « hautement condamnables ».

Droit dans ses bottes

Mais s’il a reconnu, dans des interviews aux médias régionaux, que « les esprits doivent se calmer », le Premier ministre n’a pas présenté d’excuses, martelant que « seule la réalisation du Brexit répondra à l’anxiété générale actuelle ».

Décrivant la « pire atmosphère » jamais vue au Parlement « en 22 ans », le président (speaker) de la Chambre des communes John Bercow a tancé les députés et organisé un débat sur leurs excès de langage.

Le chef de l’opposition travailliste, Jeremy Corbyn, a accusé le Premier ministre de tenir « un discours impossible à distinguer de l’extrême droite » tandis que la dirigeante du Parti libéral-démocrate (centriste), Jo Swinson, comparait la rhétorique « inflammatoire » de Boris Johnson à celle de Donald Trump.

« Acte de reddition… Trahison… Sabotage… » Il faut dire que Boris Johnson a usé d’un vocabulaire volontairement guerrier en s’adressant mercredi soir aux députés de l’opposition.

Au milieu des vociférations des deux camps, le Premier ministre a accusé une quinzaine de fois les membres de l’opposition d’avoir voté « une loi de capitulation » l’obligeant à demander un report du Brexit à l’Union européenne s’il ne parvenait pas à conclure un accord avec Bruxelles.

En populiste assumé, il a opposé à maintes reprises « le peuple » aux parlementaires. « Ce Parlement agit par pur égoïsme et lâcheté politique, les députés de l’opposition ne veulent pas s’effacer et laisser le peuple se prononcer », a-t-il lancé, les accusant de « saboter » les négociations avec Bruxelles sur le Brexit.

« Grossiers et dangereux »

Boris Johnson a particulièrement choqué en rendant un hommage déplacé à Jo Cox, une députée travailliste anti-Brexit assassinée à quelques jours du référendum de juin 2016 par un sympathisant néo-nazi dans le Yorkshire (nord).

Alors que la successeure de Jo Cox demandait au Premier ministre de « modérer son langage » pour ne pas enflammer les passions, ce dernier a rétorqué: « La meilleure façon d’honorer la mémoire de Jo Cox est en réalité de rassembler ce pays en mettant en oeuvre le Brexit! ». Une argutie qui est mal passée.

L’époux de la députée assassinée a appelé à la radio BBC à « ne pas créer de la haine ».

Le Premier ministre a certes condamné les menaces à l’encontre des politiciens, mais il a défendu « le droit des députés à s’exprimer librement sur les questions politiques importantes ».

Les philippiques de Boris Johnson, qui a reçu jeudi le soutien du groupe parlementaire conservateur, ont aussi fait réagir à Bruxelles.

Dans une ingérence exceptionnelle dans les affaires intérieures du Royaume-Uni, le commissaire européen britannique Julian King a fustigé des propos « grossiers et dangereux ».

« Si vous pensez que le langage extrême ne nourrit pas la violence politique en Europe, y compris au Royaume-Uni, alors vous ne faites pas attention », a-t-il averti sur Twitter.

Les discussions « techniques » sur le Brexit se poursuivent dans la capitale européenne, principalement sur le contentieux de la frontière irlandaise.

Michel Barnier, négociateur pour l’UE, qui recevra vendredi son homologue britannique Stephen Barclay et le ministre irlandais des Affaires étrangères Simon Coveney, attendait toujours jeudi toute proposition « légale et opérationnelle » susceptible d’aboutir à un accord.

(avec Afp)

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