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Gratuité de l’enseignement en RDC ?

Dernière mise à jour, le 3 octobre 2019 à 05:32

La gratuité de l’enseignement en RDC est constitutionnelle. C’est depuis 2007, année de la promulgation de la Constitution de la République démocratique du Congo par le président de la République d’alors, que sa matérialisation devait, en principe, être effective et intégrale à travers le territoire national. Sous le gouvernement Matata Ponyo, on parlait « de la gratuité progressive » et seuls les élèves de trois provinces ciblées, sur les douze que comptait le pays à l’époque, en étaient bénéficiaires. Comment se sont déroulés les préparatifs de la rentrée scolaire 2019- 2020 dans la ville de Kinshasa ?

La rentrée scolaire 2019- 2020, fixée au lundi 2 septembre 2019, est exceptionnelle. Cela avec la matérialisation, dès ce lundi, de la gratuité de l’éducation de base en République démocratique du Congo. Matérialisation de la promesse de campagne et de la volonté politique du président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo.

La gratuité de l’enseignement en RDC est constitutionnelle. C’est  depuis 2007, année de la promulgation de la Constitution de la République démocratique du Congo par le président de la République d’alors, que sa matérialisation devait, en principe, être effective et intégrale à travers le territoire national.

Sous le gouvernement Matata Ponyo, on parlait « de la gratuité progressive » et seuls les élèves de trois provinces ciblées, sur les douze que comptait le pays à l’époque, en étaient bénéficiaires.

Les signaux forts ont été donnés, quant à matérialisation de cette gratuité. En témoigne l’injonction donnée aux chefs d’établissements scolaires qui avaient perçu des acomptes pendant les grandes vacances, de les rembourser aux parents, sous peine de sanction. À l’annonce de cette mesure, les gens avaient à peine cru. Ils voulaient, à l’instar de Saint Thomas, en avoir la preuve. Laquelle leur a été fournie lorsqu’ils se sont vu rembourser, sans difficulté, leurs acomptes. L’information a fait le tour de la ville, annoncée par les premiers parents qui s’étaient rendus dans les écoles pour récupérer leurs acomptes.

Comment se sont déroulés les préparatifs de cette rentrée scolaire dans la ville de Kinshasa? Une équipe de  reporters du Potentiel était sur le terrain pour recueillir les avis des parents, chefs d’établissements scolaires, syndicalistes, etc. Reportage.

Un casse-tête pour les parents et tuteurs

Comme les rentrées scolaires précédentes, celle de 2019-2020 est un casse-tête pour la plupart des parents et tuteurs. Certains accusent plusieurs mois d’arriérés de salaire et d’autres, majoritaires, sont confrontés aux difficultés socio-économiques, conséquence de la situation économique préoccupante du pays.

Les vendeurs et commerçants ont éprouvé des difficultés pour écouler leurs marchandises, faute de clients. Les vendeurs et commerçants ont connu la mévente.

Les marchés et autres points de vente étaient peu visités par des acheteurs pendant la semaine qui a précédé la rentrée scolaire. Pareille période où, par le passé, les vendeurs des fournitures scolaires faisaient de bonnes affaires. C’est seulement pendant le week-end qu’on a observé un certain engouement des clients dans ces lieux de négoce.

Interrogé, l’un des vendeurs a dit comprendre la situation préoccupante à laquelle sont confrontés les parents, étant lui-même parent. « Scolariser ses enfants est devenu très dur ces derniers temps », a-t-il insisté. Et d’ajouter : « Les prix des kits scolaires n’ont pas augmenté. Le manque d’argent ne permet pas plutôt aux parents d’acheter des fournitures scolaires pour leurs enfants et à nous d’en vendre ». Toutefois, elle espère que, durant la semaine de la rentrée scolaire, des retardataires se manifesteront, comme par le passé.

Pour les parents, la présente rentrée scolaire est pire que la précédente car l’argent fait défaut dans le chef de la plupart des parents pour scolariser les enfants.

« La pression qui est exercée sur les parents traumatise ces derniers », a fait savoir Odyle Kitoko, parent et enseignante. Selon elle, faute de moyens financiers, les parents ne sont pas en mesure d’assurer les préparatifs de leurs enfants. Elle espère que la prochaine rentrée scolaire soit différente de la précédente, c’est-à-dire bonne.

Une descente sur le terrain au collège John Mabuidi, situé dans la commune de la Gombe, nous a permis de faire un constat sur les préparatifs des chefs d’établissements scolaires par rapport à la rentrée scolaire. Le collège John Mabuidi a rafraîchi les murs des salles de classes et des bureaux, ainsi qu’en poursuivant les inscriptions des nouveaux venus.

Interrogée, la secrétaire du bureau d’inscription a déclaré que la rentrée scolaire sera effective ce lundi 2 septembre 2019 et que la direction d’école est prête à recevoir tous les élèves.

Sur place, nous avons vu des parents acheter des fournitures scolaires.

Gratuité de l’éducation de base : les chiffres qui parlent

Le coût global pour assurer la gratuité au niveau du primaire, dès la rentrée scolaire 2019-2020, est évalué à plus de 4 225 milliards de francs congolais par an, soit près de 2,6 milliards de dollars américains. C’est la conclusion à laquelle a abouti la deuxième table ronde sur la gratuité de l’éducation de base, organisée du 22 au 24 août 2019 à Kinshasa. Y ont participé les représentants de la présidence de la République, du gouvernement (ministères de la Fonction publique, des Finances, du Budget et l’Enseignement primaire, secondaire et professionnel, EPSP), des ministres provinciaux en charge de l’Education, de la Société civile, des syndicats des enseignants, des confessions religieuses et des partenaires techniques et financiers.

À ce jour, le gouvernement central, qui est l’employeur, alloue 188 dollars américains, comme frais de fonctionnement, par école budgétisé et par an. Mais, avons-nous appris de bonne source, les frais de fonctionnement alloués aux écoles budgétisées ne sont pas disponibilisés à la rentrée scolaire 2019-2020.  Ce qui, assure-t-on, va constituer un handicap pour le bon fonctionnement des écoles.   

D’après les dispositions prises par le gouvernement pour garantir la mise en œuvre de la gratuité de l’éduction de base, dès la rentrée scolaire 2019-2020, il est fait état de l’allocation des frais de fonctionnement réajustés aux établissements publics d’enseignement primaire et aux bureaux gestionnaires, dès la paie du mois d’octobre 2019. Il est prévu aussi, à la même période, la prise en charge de 15 000 enseignants non payés de ces établissements.

Il y a lieu de relever que la République démocratique du Congo est le seul pays au monde où les parents paient les enseignants.

D’après une étude de l’Observatoire de la dépense publique, les parents financent les écoles à hauteur de 75 %, 12 % par le gouvernement et 3 % par les partenaires financiers et techniques.

Des espaces scolaires aliénés

La gratuité de l’éducation de base a contraint de nombreux parents à retirer leurs enfants des écoles privées agréées au profit des écoles publiques.  Mais les choses n’ont pas été faciles, ont constaté les reporters du Potentiel. Les écoles ont été prises d’assaut par de nombreux parents pour inscrire leurs enfants. Tâche qui n’était pas facile pour les chefs d’établissements scolaires du secteur public obligés de se conformer aux normes édictées par le ministère de l’Enseignement primaire, secondaire et professionnel (EPSP) en ce qui concerne les effectifs de chaque classe. Si certains parents ont arboré le sourire, satisfaits d’avoir pu inscrire leurs enfants, d’autres sont rentrés insatisfaits, faute de places disponibles dans les écoles publiques. Ils étaient obligés d’aller ailleurs où, pour la plupart, leur chance était mince, ayant attendu jusqu’à samedi 31 août, c’est-à-dire à 48 heures de la rentrée scolaire 2019-2020, pour s’exécuter. Car les effectifs affichaient complet.

Où inscrire d’autres enfants ? La question fait l’objet de commentaires en sens divers. Les gens évoquent la construction d’autres écoles publiques pour « caser » ces enfants. Mais, fait-on remarquer, il y a lieu d’exhumer le programme du gouvernement relatif à la construction de mille écoles par an, initié par le gouvernement Matata. Si ce programme était repris et respecté scrupuleusement, le problème d’infrastructures n’allait pas se poser. Progressivement, celui de scolarisation des enfants sera résolu.

Penser à la construction d’autres infrastructures, c’est penser aussi à la sauvegarde des infrastructures qui existent déjà. Or, l’on sait que les espaces scolaires dans la ville de Kinshasa sont aliénés. C’est le cas notamment du Lycée Notre-Dame de la Providence, du Lycée Matonge et de l’Institut de la Gare. On a construit devant les devantures de ces établissements scolaires des magasins de particuliers, des expatriés pour la plupart.

À Kinshasa, constate-t-on, les écoles privées agréées sont mieux entretenues que celles publiques. Qui, pour la plupart, sont en état de délabrement et manquent d’installations sanitaires dignes. Cela expose les élèves aux maladies.

Les maux dont souffre l’enseignement en RDC

Au complexe scolaire Saint Félix, situé au quartier Mombele dans la commune de Limete, nous avons échangé avec le directeur de discipline sur la problématique des maux dont souffre l’enseignement national congolais.

Il s’agit, a-t-il relevé, du manque, d’un côté, de recherches rigoureuses dans le domaine de la pédagogie (générale et/ou spécialisée) en vue d’améliorer la qualité de la formation et de l’autre, de vulgarisation, sous le strict respect de la loi, des résultats des recherches par la rédaction et une large diffusion des manuels scolaires adaptés à l’enseignement national congolais.

Le système éducatif de la RDC en globalité et du Sud-Kivu en singularité a connu de graves perturbations dues à la situation sociopolitique et économique du pays, a-t-il notamment indiqué.

Autres maux cités : les problèmes liés à l’insuffisance d’enseignants qualifiés. Leur sous-paiement ne leur permet de s’actualiser et les démotivent.

Il est aussi question du manque d’appui du gouvernement, en ce qui concerne la livraison des matériels pour les élèves et du bas niveau des élèves, leur quotient intellectuel étant en chute libre.

Le système d’enseignement archaïque ne permet pas aux élèves d’avoir un meilleur apprentissage, a-t-il soutenu. Avant de déplorer la corruption et le manque de méritocratie dans la publication des résultats (surtout pour l’Examen d’État)

Enfin, il espère que, dans un futur proche, tous ces maux auront trouvé solutions.

Convocation d’une commission paritaire reconfigurée

Réunis le 24 août 2019 à Kinshasa, les enseignants membres de la Synergie des syndicats des enseignants de la République démocratique du Congo ont examiné la situation qui prévalait dans le secteur public à quelques jours de la rentrée scolaire 2019-2020.

S’agissant de la gratuité de l’enseignement, les enseignants saluent le courage et la volonté politique du chef de l’État qui s’est engagé à faire aboutir cette promesse constitutionnelle et ainsi redorer l’image ternie du système d’enseignement congolais. De même, ils saluent, à juste titre, l’engagement de l’Église catholique au Congo, à travers sa déclaration solennelle du 15 juillet 2019, interdisant aux écoles de recourir, une fois de plus, aux ménages pauvres pour faire fonctionner les écoles publiques.

Dans ce même registre, les enseignants apprécient, à juste titre, l’engagement des parents, à travers la Confédération des associations des parents d’élèves des écoles conventionnées (CAPEC) qui ont signé conjointement le 5 juillet 2019 avec la Synergie des syndicats des enseignants de la RDC, le certificat de décès de la prise en charge des enseignants par les parents.

Le parcours de ce système démontre qu’avant 1993, année de l’instauration de ce système, le système éducatif congolais  était totalement pris en charge par le pouvoir organisateur de l’enseignement, de la maternelle jusqu’à l’université. Et personne ne pouvait mettre en doute la capacité de l’État d’assumer cette responsabilité publique.

S’agissant de la situation socio-professionnelle des enseignants, la prise en charge des enseignants par les parents a placé l’enseignant congolais dans une insécurité sociale permanente et deshumanisante car ce système qui a plus servi les gestionnaires d’écoles, a hypothéqué tous les avantages légaux accordés aux enseignants, à savoir les soins de santé de qualité, une retraite digne, le logement, le transport ainsi que les allocations familiales.

C’est pour cette raison que la synergie sollicite du gouvernement la convocation, durant le mois de septembre 2019, d’une commission reconfigurée. Cela en impliquant le parlement, les gestionnaires d’écoles, les associations des parents d’élèves, les syndicats représentatifs  pour garantir la réussite de l’année scolaire 2019-2020.

Elle demande à l’Exécutif national de considérer le projet de barème de Bibwa (localité située dans la commune de la N’Sele, à Kinshasa, ndlr), comme première base de négociations salariales, en procédant par l’audit de cet atelier pour ne plus retomber dans la dilapidation de fonds publics.

Ce sont-là, quelques unes des préoccupations des enseignants. Elles sont un préavis que ces derniers lancent au gouvernement jusqu’à fin septembre 2019 pour que soient convoquées des négociations sincères. Passé ce délai, préviennent-ils, le gouvernement sera tenu seul responsable de toutes les perturbations qui en découleraient.

La synergie est composée de cinq syndicats, à savoir le Synecat, la CCT, la FA, le Synep et le Cofevid, rappelle-t-on.

« L’enseignement congolais n’est pas à refaire à tous les niveaux »

« L’école est à refaire en République démocratique du Congo », a écrit, dans un livre, le Père Martin Ekwa, un éminent pédagogue, aujourd’hui décédé.

Des parents et les enseignants interrogés ont affirmé que des réformes sont nécessaires dans le secteur de l’enseignement national congolais. Toutefois, ils ont estimé que « tout n’est pas à refaire ».

Selon eux, l’enseignement national congolais dispensé est à la hauteur des espérances. « Les réformes à apporter dans l’enseignement touchent à d’autres niveaux », ont-ils signalé. « Les premières réformes concernent l’octroi de salaires décents aux enseignants et la construction de nouvelles écoles publiques », ont-ils indiqué.

« Ce ne sont pas les enseignants qui font défaut, la  majorité est qualifiée », ont-ils soutenu. Avant de relever que ce sont plutôt des conditions de travail et salariales des enseignants qui posent problème.Enquête dirigée par Florent N’LUNDA N’SILU, avec la collaboration de Kevine Ngeleka, Bennett Muandule, Manise Lusuamu, Daniel Lebube et Israël Kapangala

(Stagiaires/UCC)

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