mercredi , 21 août 2019
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14 juillet : Bilderberg a gâché la fête en France

Des dizaines de personnes, dont des « gilets jaunes », manifestaient dimanche après-midi sur les Champs-Élysées dans un face à face tendu avec les forces de l’ordre à l’issue du défilé militaire du 14 juillet, ont constaté des journalistes de l’AFP. Les « gilets jaunes », qui ne portent pas leur chasuble fluo, occupent le haut de l’avenue ouverte au public après le défilé, et ont mis à terre au milieu de la chaussée les nombreuses barrières métalliques qui avaient été utilisées pour limiter les déplacements des spectateurs pour le défilé militaire. Des poubelles ont été incendiées. Les forces de l’ordre ont effectué à plusieurs reprises des tirs de gaz lacrymogène pour disperser les manifestants, parfois mêlés aux touristes ou aux badauds, et pour certains les visages dissimulés sous un foulard, un masque ou une capuche. C’est la première fois depuis le 16 mars que des « gilets jaunes » parviennent à retourner manifester sur les Champs-Élysées qui avaient connu une flambée de violences lors du 18e samedi de mobilisation de ce mouvement social.

Des tensions après le défilé du 14 juillet et de nombreuses interpellations ont terni les festivités dimanche sur les Champs-Élysées, également marquées par des sifflets adressés à Emmanuel Macron, qui avait placé l’Europe de la défense à l’honneur de la parade militaire. Selon un bilan dressé dimanche à 14h00 par la préfecture de police de Paris, un total de 152 personnes ont été interpellées dans la capitale où les « gilets jaunes » avaient appelé à manifester.

Des dizaines de manifestants, qui ne portent par de chasuble fluo, occupaient dimanche après-midi le haut de l’avenue des Champs-Elysées ouverte au public après le défilé, et ont mis à terre de nombreuses barrières métalliques au milieu de la chaussée. Des poubelles ont été incendiées.

Les forces de l’ordre ont tiré à plusieurs reprises des gaz lacrymogène pour disperser les manifestants, parfois mêlés aux badauds et pour certains les visages dissimulés.

C’est la première fois depuis le 16 mars que des « gilets jaunes » parviennent à retourner manifester sur les Champs-Elysées.

Ironie de l’histoire: la brasserie Le Fouquet’s, qui avait été vandalisée le 16 mars lors d’une manifestation des « gilets jaunes », a rouvert ses portes dimanche et a du être protégée par les forces de l’ordre.

Interpellations

Pour Emmanuel Macron, le défilé avait débuté dans la matinée par de nombreux sifflets venus de la foule au moment d’entamer la descente des Champs-Elysées en « command car », tandis que d’autres spectateurs applaudissaient.

Parmi la foule s’étaient glissés plusieurs dizaines de manifestants. Trois figures du mouvement entamé le 17 novembre, Eric Drouet, Jérôme Rodrigues et Maxime Nicolle, ont été interpellés et placés en garde en vue, le premier pour « rébellion », les autres pour « organisation d’une manifestation illicite », selon le parquet.

« Ceux qui ont voulu empêcher ce défilé devraient avoir un peu honte », a déclaré, avant les incidents, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner.

Interrogé, également avant les incidents, sur les sifflets adressés au chef de l’Etat, le Premier ministre Edouard Philippe a expliqué n’avoir « rien entendu » depuis la tribune présidentielle, et que « l’important est que le défilé se soit bien passé ».

Après la descente, Emmanuel Macron a assisté au spectacle depuis la tribune installée place de la Concorde, en compagnie de plusieurs dirigeants européens, dont la chancelière allemande Angela Merkel.

Défense européenne

Une dizaine de pays européens partenaires de l’armée française étaient conviés pour ce défilé 2019. Face au Brexit et au relâchement des liens transatlantiques sous l’ère Trump, Emmanuel Macron a fait de l’Europe de la défense l’un de ses thèmes de prédilection, jugeant crucial pour le Vieux continent d’accroître son autonomie stratégique, en complément de l’Otan.

Outre la chancelière allemande, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, figuraient parmi les 11 invités européens du président français. Ils ont ensuite participé à un rapide déjeuner à l’Elysée.

La Première ministre britannique démissionnaire Theresa May, initialement annoncée, était représentée par le vice-Premier ministre David Lidington.

L’ensemble du gouvernement a également assisté au défilé. Le ministre de la Transition écologique François de Rugy, en proie à une polémique à rebondissements sur des dîners fastueux et des travaux, s’est entretenu tout sourire avec Brigitte Macron.

Epoustouflant spectacle du « Flyboard »

Le défilé s’est achevé sur un émouvant tableau composé de blessés des armées françaises, actuellement engagées sur de multiples théâtres, du Moyen-Orient au Sahel.

Trois pensionnaires des Invalides en fauteuil roulant ont défilé place de la Concorde aux côtés de trois militaires récemment blessés en opérations, rejoints par des sportifs blessés de guerre, sous les applaudissements nourris de la foule. Le président français et la chancelière allemande ont quitté la tribune pour échanger avec eux. Le couple Macron s’est ensuite entretenu avec les familles des militaires morts ou blessés au combat.

Devant la foule massée au coeur de la capitale, le champion du monde de jet-ski français Franky Zapata a offert un époustouflant spectacle futuriste en volant debout, fusil en main, à plusieurs dizaines de mètres au-dessus des Champs-Elysées sur son « Flyboard », un engin de son invention.

Auparavant, le défilé à pied avait débuté avec les emblèmes des dix pays participant à l’Initiative européenne d’intervention (IEI) — née il y a un an sous l’impulsion du président Macron: France, Belgique, Royaume-Uni, Allemagne, Danemark, Pays-Bas, Estonie, Espagne, Portugal et Finlande.

Le défilé aérien, ouvert par l’emblématique panache de fumigènes bleu-blanc-rouge de la Patrouille de France, intégrait notamment un avion de transport A400M allemand, un C130 espagnol, ainsi que deux hélicoptères lourds Chinook britanniques, un modèle déployé par Londres au Mali.

Au total, quelque 4.300 militaires, 196 véhicules, 237 chevaux, 69 avions et 39 hélicoptères ont été mobilisés.

DES BALLONS JAUNES ET DES SIFFLETS POUR EMMANUEL MACRON

« Emmanuel Macron, on vient te chercher chez toi »: des dizaines de « gilets jaunes », sans leur chasuble fluo mais armés de ballons et de foulards canari, ont copieusement hué le chef de l’Etat lors du défilé du 14 juillet.

Ils ne sont pas nombreux, au regard des milliers de badauds venus applaudir le défilé célébrant cette année la coopération militaire européenne, mais sont parvenus à être visibles. « C’est sûr, il a dû nous entendre », lance Stéphane, jean et casquette. « Ouais, mission accomplie », renchérit Samuel, une vingtaine d’années.

Une petite « victoire » qu’ils savourent alors que le mouvement de contestation sociale, qui a rassemblé jusqu’à 280.000 manifestants en novembre, s’est essoufflé ces dernières semaines.

Par petits groupes, militants « gilets jaunes » de la première heure, mais aussi sympathisants ou retraités révoltés, ils ont gagné les Champs-Elysées. Pas question d’avoir un gilet jaune, mais certains sont parvenus à faire passer des ballons, gonflés à la hâte, foulards et bouts de carton bricolés en pancarte.

Au passage du président de la République, ils ont sorti les sifflets et donné de la voix: « Gilets jaunes ! Ça va péter ! », « Emmanuel Macron, on vient te chercher chez toi ».

Un petit groupe descend puis remonte l’avenue en chantant: « On est là, même si Macron ne veut pas, pour l’honneur des travailleurs et pour un monde meilleur, nous on est là ».

Dès le début du défilé, des figures emblématiques du mouvement de contestation ont été interpellées: Jérôme Rodrigues, ancien commerçant érigé en symbole des « violences policières » depuis la perte de son oeil droit en janvier, et Maxime Nicolle, dit « Fly Rider » pour sa passion des motos, ont été placés en garde à vue pour « organisation d’une manifestation illicite », a-t-on appris auprès du parquet.

Au total, 152 personnes ont été interpellées par les forces de l’ordre en marge du défilé, a indiqué la préfecture de police à l’AFP en début d’après-midi. « C’est de l’acharnement », a lâché un jeune homme après avoir vu les CRS embarquer plusieurs de ses amis après de brèves échauffourées avec la police. Arié Alimi, l’avocat de Jérôme Rodrigues, a dénoncé à l’AFP des « interpellations d’opposants politiques ».

« C’est nous la France »

Le long de la célèbre avenue, la colère est intacte. « Pff… les gens, ils applaudissent des types qui bombardent des peuples. Qu’ils commencent par lutter contre les inégalités ici », souffle Elisa, venue de Normandie.

Les motards de la police sont les plus copieusement sifflés – « Tout le monde déteste la police », « Assassins ! Ils crèvent les yeux ! » crient une poignée de « gilets jaunes » -, les pompiers les seuls applaudis – « Pompiers, avec nous ! ».

Le dialogue est parfois âpre avec les « patriotes » venus assister au défilé. « Vous avez gâché le défilé de ma fille de 12 ans », lance Jean-Pierre, entrepreneur, à une blonde qui s’époumone, sifflet en bouche. « Mais on est là aussi pour votre fille. Quand elle sera dans un Ehpad ou un hôpital et qu’on ne lui changera sa couche qu’une fois par jour faute de personnel soignant, vous verrez… ».

« Maintenant c’est +ferme ta gueule et consomme+. Mais il y a des riches de plus en plus riches et nous on crève. Les courses, la santé – je dois refaire mes dents -, on n’y arrive pas et ces cons ils chantent la patrie », tonne Monique, retraitée de 63 ans.

Alors que se succèdent cavaliers, chars et képis de couleur sur l’avenue, Roselyne tempête: « Mais c’est nous la France. Des hôpitaux qui ferment, des chômeurs à qui on dit de traverser la rue. C’est une honte ».

DEUX FIGURES DES « GILETS JAUNES » PLACÉES EN GARDE À VUE

Deux figures du mouvement des « gilets jaunes », Jérôme Rodrigues et Maxime Nicolle, ont été placées en garde à vue dimanche, après leur interpellation aux abords des Champs-Elysées en marge du défilé du 14-Juillet, a-t-on appris auprès du parquet de Paris.

Tous deux sont placés en garde à vue pour « organisation d’une manifestation illicite », a précisé cette source.

Au total, dix personnes, liées au mouvement des « gilets jaunes », étaient en garde à vue dimanche en fin de matinée, après avoir été arrêtées en marge du défilé des Champs-Elysées marquant la fête nationale française.

Eric Drouet, une autre tête d’affiche de ce mouvement, a lui aussi été interpellé dans la matinée mais la décision sur son éventuel placement en garde à vue n’avait pas encore été prise en milieu de journée, a indiqué une source proche du dossier.

Interrogé par l’AFP sur ces arrestations, Me Arie Alimi, l’avocat de Jérôme Rodrigues, a estimé qu’il s’agissait « manifestement d’interpellations d’opposants politique, en raison de leur qualité d’opposants politiques ».

Dimanche, quelques dizaines d’entre eux ont sifflé le président Emmanuel Macron alors qu’il descendait l’avenue des Champs-Elysées à bord d’un « command car », avant le traditionnel défilé militaire, a constaté l’AFP.

Des petits groupes de quelques dizaines de « gilets jaunes », qui ne portaient pas leur chasuble fluo, ont également tenté de manifester à plusieurs reprises dans des rues autour des Champs-Elysées, pendant et après le défilé, avant d’en être rapidement empêché par les forces de l’ordre qui les ont bloqués.

Après près de huit mois de mobilisation depuis le 17 novembre, le mouvement des « gilets jaunes » peine désormais à rassembler. Ils étaient quelques centaines à manifester samedi dans plusieurs villes.

(avec Afp)

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