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Ebola : État d' »urgence » sanitaire mondiale ou une opportunité pour lever des fonds ?

Dernière mise à jour, le 11 août 2019 à 03:06

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a élevé mercredi l’épidémie de fièvre hémorragique Ebola au rang d' »urgence » sanitaire mondiale, trois jours après l’apparition d’un premier cas à Goma, grande ville de l’est de la République démocratique du Congo, frontalière du Rwanda. Cette décision a suscité une réaction très mitigée du ministre congolais de la santé, le dr Oly Ilunga, très critique envers le possible rôle des ONG en coulisse pour « lever des fonds ». Le ministre « espère que cette décision n’est pas le résultat des nombreuses pressions de différents groupes (…) qui voulaient utiliser cette déclaration comme une opportunité pour lever des fonds pour les acteurs humanitaires », a-t-il écrit dans un communiqué.

Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a demandé à la communauté internationale de « redoubler d’efforts » : « Nous avons besoin de travailler ensemble avec la RDC pour en finir avec cette épidémie et construire un meilleur système de santé ». Les experts de l’OMS réunis à Genève ont exprimé leur « déception au sujet des retards dans le financement » de l’aide.

Ces déclarations interviennent alors que l’épidémie a déjà tué 1.668 personnes dans les zones reculées et conflictuelles du Nord-Kivu en près d’un an depuis le 1er août dernier.

C’est la quatrième fois que l’OMS active sa procédure d’urgence sanitaire internationale depuis 2009 – dont une fois en 2014 pour la grande épidémie d’Ebola qui a tué 11.000 personnes en Afrique de l’Ouest.

Cette procédure signifie que la situation est « grave, soudaine, inhabituelle ou inattendue », avec des conséquences sanitaires « au-delà des frontières nationales de l’État touché », ce qui « peut exiger une action internationale immédiate », selon les critères du Règlement sanitaire international.

Electrochoc

Le cas diagnostiqué à Goma dimanche après-midi a provoqué un nouvel électrochoc chez les « acteurs » de la riposte anti-Ebola, confrontés depuis un an à de nombreux défis (résistance d’une partie de la population, violences armées).

Peuplée d’un à deux millions d’habitants, posée à la frontière avec le Rwanda et voisine de l’Ouganda, Goma est un carrefour dans cette région en crise depuis 25 ans. La ville dispose de liaisons aériennes avec l’Ouganda, l’Ethiopie et Kinshasa.

Le patient de Goma est décédé depuis mais se pose désormais la question du nombre de contacts qu’il a pu avoir à partir du moment où il a développé les premiers symptômes. La plupart ont été vaccinés, assurent les autorités sanitaires.

« Le risque de dissémination d’Ebola dans la région reste élevé, mais il reste faible en dehors », a ajouté le Dr Tedros.

L’OMS a pris le soin de préciser qu’elle ne souhaitait pas fermer les frontières et les routes dans cette région où les échanges et le commerce sont vitaux: « Il est essentiel d’éviter les conséquences économiques punitives avec des restrictions sur les voyages et le commerces pour les communautés affectées ».

L’urgence sanitaire avait été envisagée en juin quand l’épidémie avait débordé sur l’Ouganda voisin, avec le décès de deux patients.

Mercredi soir, les autorités ougandaises recherchaient des personnes qui ont été en contact avec un nouveau cas confirmé d’Ebola originaire de la RDC.

« Décédé depuis lundi dernier dans un centre spécialisé à Beni, ce malade avait manifesté des symptômes d’Ebola depuis son séjour à Kasese, district de l’Ouganda frontalier avec la RDC », précise un communiqué des autorités ougandaises et de l’OMS.

Le virus se transmet à l’être humain par contact soit avec des animaux infectés (en général en les dépeçant, en les cuisant ou en les mangeant), soit avec des fluides biologiques de personnes infectées.

L’enjeu des frontières

Le ministre congolais de la Santé, le dr Oly Ilunga, a froidement déclaré qu’il « accepte » la décision des experts de l’OMS.

« Nous espérons qu’il y aura une plus grande transparence et redevabilité des acteurs humanitaires par rapport à leur utilisation des fonds pour répondre à cette épidémie d’Ebola », insiste-t-il.

« Nous devons changer de méthode » dans la riposte anti-Ebola, a réagi de son côté Médecins sans frontière (MSF) après l’annonce de l’OMS.

« Dans un contexte où la recherche des contacts n’est pas totalement efficace et où toutes les personnes affectées ne sont pas atteintes, une approche de plus grande envergure est indispensable pour la prévention de l’épidémie », ajoute MSF.

MSF avait annoncé le retrait de ses équipes début mars de Beni et Butembo, les principaux foyers de l’épidémie, après des attaques armées contre des Centres de traitement d’Ebola (CTE).

Le Comité d’urgence de l’OMS a aussi reconnu qu’il y avait une pénurie de vaccins. Il a recommandé à l’OMS de demander un effort aux Etats et aux laboratoires.

C’est la grande différence avec les précédentes épidémies: 163.533 personnes ont été vaccinées, selon le ministère de la Santé, qui précise que « le seul vaccin à être utilisé dans cette épidémie est le vaccin rVSV-ZEBOV, fabriqué par le groupe pharmaceutique Merck ».

L’épidémie actuelle est la dixième depuis 1976 en RDC et la deuxième plus grave dans l’histoire d’Ebola, après l’épidémie qui a frappé l’Afrique de l’Ouest en 2014-2016.

HUMILIÉ : OLY ILUNGA DÉMISSIONNE DE SES FONCTIONS

Dans sa lettre de démission adressée au président de la République, ce lundi 22 juillet 2019, le ministre de la Santé publique, Oly Ilunga Kalenga dit tirer les conséquences de la récente décision de Félix Tshisekedi qui a jugé bon de placer la conduite de la riposte à l’épidémie de la maladie à virus Ebola, sous la supervision directe de la présidence de la République.

Le ministre congolais de la Santé Publique, Oly Ilunga Kalenga a déposé, ce lundi 22 juillet 2019, sa lettre de démission auprès du président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi.

D’après lui, son acte de démission constitue une anticipation à la « cacophonie préjudiciable à la riposte qui découlera inévitablement de votre décision », a-t-argué, faisant ainsi allusion à la récente mesure du président de la République prise, le 20 juillet 2019, dans laquelle Félix Tshisekedi décide de placer la conduite de la riposte à la Maladie à virus Ebola (MVE) sous sa supervision directe, par le biais d’un Secrétariat technique avec une mission précise : coordonner l’ensemble des activités liées à la riposte de la maladie à virus Ebola.

L’implication de la Présidence énerve

A la lumière de la lettre de démission d’Oly Ilunga, il s’observe une sorte de frustration et de regret quant à la mise en place de cette structure. « Je déplore que ce Secrétariat technique du Comité multisectoriel à la riposte à la maladie à virus Ebola ait été mis en place », écrit-il, faisant remarquer qu’« un Décret du premier ministre antidaté au 18 mai 2019 et contresigné à mon insu par le ministre assurant mon intérim, alors que je me trouvais, le 18 juillet 2019 en mission de supervision de la riposte à Goma ».

Selon le ministre démissionnaire, « la composition de Comité dont les membres ont pris ces derniers mois des initiatives ayant suscité des interférences dans la conduite de la riposte, ne reflète pas la multisectorialité nécessaire à la gestion de la crise sanitaire en cours ». Oly Ilunga estime par contre qu’une telle crise implique plusieurs acteurs et renferme des enjeux à différents niveaux sur lesquels, il voudrait attirer l’attention particulière du chef de l’Etat.

Depuis sa déclaration le 1er aout 2018, relève-t-il, « il a fallu affirmer le leadership du Gouvernement dans la gestion de cette épidémie, ce qui s’est notamment illustré par la communication quotidienne de la situation épidémiologique par le Ministère de la Santé publique. Cette communication stratégique a permis de rassurer et de démontrer au monde que l’épidémie était gérée par le pays, préservant ainsi mon image et évitant un impact socio-économique négatif sur les régions touchées ».

Par ailleurs, le Dr Oly Ilunga considère que la crise d’Ebola en cours « n’est pas une crise humanitaire ». « C’est une crise de santé publique qui intervient dans un environnement caractérisé par des problèmes de sécurité, de développement et de carences de système de santé », a-t-il affirmé dans sa lettre de démission. Il ajoute que, depuis quelques semaines, des pressions de toutes parts tendent à en faire une crise humanitaire dont les logiques d’interventions consacrent la mise en place d’un système parallèle qui ne renforce jamais le système de santé existant.

Ainsi, suggère le ministre Kalenga, « la partie gouvernementale devra veiller à ce que nous ne basculions pas dans une riposte humanitaire, exigeant de tous les acteurs impliqués dans la riposte de la redevabilité opérationnelle et financière ».

Dans sa lettre au président de la République, Oly Ilunga fait mention d’un autre « enjeu majeur » de cette épidémie. Il s’agit, selon lui, de l’introduction d’un nouveau vaccin dans le cadre de la riposte. « Ici aussi, des fortes pressions sont exercées depuis plusieurs mois pour la mise en œuvre d’une nouvelle expérimentation en RDC », a-t-il indiqué, estimant que le vaccin actuellement utilisé dans le cadre de l’épidémie d’Ebola est « le seul qui a démontré son efficacité et qui donne une protection immunitaire en dix jours ».

Identifier et définir les lignes de commandement

Médecin de son état, Oly Ilunga présume qu’« il est illusoire de croire que le nouveau vaccin (à deux doses administrées à 56 jours d’intervalle) proposé par des acteurs qui ont fait preuve d’un manque d’éthique manifeste en cachant manifestement volontairement des informations importantes aux autorités sanitaires, puisse avoir une incidence déterminante sur le contrôle de l’épidémie en cours ».

Sur les différents enjeux liés à cette épidémie, dont les trois repris ci-haut, le désormais ex-ministre de la Santé juge qu’ « il est indispensable que le Gouvernement fasse preuve de leadership et de cohérence dans le dialogue stratégique avec les partenaires et les options prises en rapport avec la riposte ».

En définitive, Oly Ilunga note que, comme dans toute guerre, « car c’est bien de cela dont il s’agit dans cette lutte, les lignes de commandement doivent être clairement identifiées et définies. Il ne peut y avoir plusieurs centres de décision au risque de créer des confusions et une cacophonie préjudiciables pour la riposte ». Pour lui, « l’unicité dans la gestion d’une telle riposte répond ainsi au triple impératif de l’efficacité, de la cohérence des décisions prises et de la redevabilité ».

(avec Afp et lePotentiel)

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