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RDC : Tension préélectorale au Sankuru

Dernière mise à jour, le 19 août 2019 à 06:14

Lendemains de l’élection du Gouverneur de province qui déchantent au Sankuru. Mardi 23 juillet, les Lodjaciens – habitants de Lodja – sont descendus dans la rue pour protester contre les actes répétés de criminalité et condamner leur impunité. Ce n’est pas tout. Ils ont aussi demandé au Chef de l’Etat « le remplacement, dans les meilleurs délais, de l’Administrateur de Territoire Elonge qui s’est illustré par sa complicité avec ces criminels et son incapacité à assurer la sécurité de la paisible population de Lodja ».

Cette manifestation publique est en fait la conséquence de la longue tension préélectorale, dont le triste point d’orgue est l’assassinat du chef coutumier et de sa fille. En effet, les habitants de la capitale économique du Sankuru se souviendront, sans doute longtemps, des péripéties de l’élection du gouverneur et du vice-gouverneur de leur province, le samedi 20 Juillet 2019 à Lusambo, situé à 470 kilomètres de Lodja.

Après une véritable saga juridico-politique, le candidat indépendant Joseph-Stéphane Mukumadi dont les adversaires contestaient le droit de participer à la compétition pour défaut de nationalité congolaise a finalement été réaligné sur la liste des candidats. Et, c’est lui qui l’a emporté avec 17 voix, sur les 25 députés provinciaux qui composent cet organe délibérant.

Dans une assemblée provinciale où le FCC est majoritaire avec 21 députés, le vote de Joseph Stéphane Mukumadi rappelle, à plus d’un égard, l’anomalie constatée lors des élections sénatoriales dans la province voisine du Kasaï Oriental où l’UDPS Tshisekedi, disposant d’une très large majorité dans le corps électoral, n’avait pu faire élire aucun sénateur. Ironie de l’histoire, plusieurs sources affirment que M. Mukumadi serait encarté dans l’UDPS/T qui ne dispose d’aucun élu provincial au Sankuru…

A l’instar des têtes couronnées de l’UDPS/T à l’époque, on n’a entendu aucune voix du FCC, utiliser des mots assez durs pour fustiger « l’inconséquence politique » de la plupart des sociétaires du FCC au sein de l’Assemblée provinciale du Sankuru. Pourtant, l’élection de Joseph Stéphane Mukumadi est la preuve que les députés provinciaux FCC ont « craché sur leurs engagements auprès de leur électorat et sur les mots d’ordre de la famille politique ».

Dégoûté, le ministre honoraire de la Communication et Médias, le dernier du gouvernement Tshibala, a néanmoins renoncé à contester l’élection de son challenger Mukumadi : « je ne me fais aucune illusion quant à la fiabilité idéologique de la plus d’une dizaine de députés provinciaux qui se sont ainsi vendus au plus offrant », a-t-il déclaré peu avant de quitter Lusambo dimanche.

QUAND L’APOLITISME DES CHEFS COUTUMIERS FAIT DES VICTIMES

« Les choses auraient donc pu s’arrêter là, sans les affrontements provoqués par le triomphalisme de certains partisans du challenger qui, pour conditionner les grands électeurs, s’étaient lancés depuis Lusambo dans un chantage, en instrumentalisant diverses couches sociales dont des chefs coutumiers pour menacer des feux de la géhenne, quiconque ne voterait pas M. Mukumadi et son colistier », confie un notable sankurois.

Face à leurs imprécations présentées comme reflétant le point de vue unanime de tous les 400 chefs coutumiers de la province, plusieurs détenteurs du pouvoir traditionnel du territoire de Lodja ont fait une mise au point pour rappeler que les chefs coutumiers étaient apolitiques. Ce, avant de demander aux acteurs politiques de cesser d’instrumentaliser des groupes d’inconnus se faisant passer pour des chefs coutumiers à des fins politiciennes.

Parmi la vingtaine de chefs coutumiers, auteur de cet appel, figurait le chef Moïse Lolema Konde Wamu, chef du groupement de Lemba, secteur de Nambelo-Lohembe en territoire de Lodja. 24 heures à peine après cette démarche citoyenne, rapportent des sources locales, le chef Moïse a été sauvagement abattu par trois balles tirées à bout portant par une bande d’assaillants drogués venus du groupement voisin de Manda dans le même secteur de Nambelo-Lohembe. Et la même source d’ajouter que ces derniers ont même incendié une vingtaine de maisons dans le village du chef froidement abattu. Détail horrible : dans l’une de ces maisons, dormait la fille du chef, âgée de 7 ans qui a été brûlée vive et calcinée.

Les agresseurs auraient été identifiés par les villageois comme faisant partie de la bande d’un certain Omindo, alias Omera, présumé proche d’un député national battant pavillon FCC.

Alertées, les forces de Police de Lodja, à 20 km du lieu du forfait, se sont déployées sur le site pour rétablir l’ordre. Elles seront surprises à Manda par une résistance farouche de la bande, en fait une milice armée à la solde, dit-on, de deux élus, l’un national et l’autre provincial. Ces deux députés sont accusés d’entretenir cette milice depuis 2016 dans la région.

Répliquant à des tirs nourris d’armes de fabrication artisanale utilisées par ces délinquants, la police aurait abattu l’un d’entre eux, avant de procéder à trois arrestations dont une dame réputée « féticheuse » du groupe. D’intenses recherches se poursuivent pour mettre la main sur Omindo et le reste de la bande. Célèbre pour sa cruauté, Omindo « Omera » s’est signalé depuis 2016 par de multiples agressions fatales contre des personnes dans diverses zones rurales du territoire de Lodja.

Arrêté en 2017 pour l’assassinat de 3 jeunes commerçants ambulants, il avait été libéré suite à l’intervention de l’Administrateur du Territoire de Lodja, M. Médard Elonge qui, selon des sources locales, serait un proche d’un député national FCC. Il a, depuis lors, récidivé en assassinant en 2018 le policier John Bungulu Lembe de l’escorte d’un transport de fonds de la Rawbank destinés à la paie des fonctionnaires et agents de l’Etat à Katako-Kombe au bac Manda sur la rivière Lokenye avant de faire main basse sur un butin de 350 millions de FC.

Ce mardi 23 juillet 2019, après une vive altercation avec l’Administrateur Médard Elonge prétextant avoir reçu une injonction du gouverneur (non investi !) Mukumadi, les habitants de Lodja, la capitale économique du Sankuru, ont organisé une marche pacifique sous l’égide de la Société Civile pour déplorer ces actes répétés de criminalité, condamner leur impunité et demander au Chef de l’Etat. 

(avec RLO/CP)

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