vendredi , 15 novembre 2019
Accueil / Business / Brexit : Bojo déterminé de faire sortir l’Angleterre de l’UE

Brexit : Bojo déterminé de faire sortir l’Angleterre de l’UE

Dernière mise à jour, le 5 septembre 2019 à 06:26

Boris Johnson est devenu mercredi le nouveau Premier ministre britannique et a immédiatement promis de faire sortir coûte que coûte le Royaume Uni de l’Union européenne le 31 octobre. « Nous allons remplir la promesse faite par le parlement à la population et sortir de l’UE le 31 octobre, sans conditions », a déclaré M. Johnson, pour son premier discours prononcé devant le 10, Downing Street, après avoir été officiellement investi par la reine Elizabeth II au palais de Buckingham. Il a répété que si cela devait se faire au prix d’une sortie sans accord, son pays serait prêt, fustigeant le « pessimisme » des anti-Brexit, qui redoutent les conséquences économiques d’une rupture brutale après 46 ans d’union.

Trois ans après le référendum de juin 2016 qui a vu les Britanniques voter à 52% pour le Brexit, « les Britanniques en ont assez d’attendre », a martelé Boris Johnson, « il est temps d’agir ».

La « priorité immédiate » de Boris Johnson sera d’accomplir le Brexit, a aussi souligné Theresa May, dans sa dernière allocution, souhaitant « bonne chance » à son successeur à qui elle laisse un pays toujours profondément divisé.

Mme May a été contrainte au départ pour n’avoir pas su convaincre les députés de valider son accord de Brexit conclu en novembre avec l’UE.

Son successeur doit maintenant dévoiler la composition de son gouvernement. Il y aura plus de femmes et plus de représentants des minorités ethniques, selon la presse britannique. M. Johnson a déjà nommé comme conseiller Dominic Cummings, directeur controversé de la campagne officielle en faveur du Brexit lors du référendum de juin 2016, a-t-on appris auprès d’une source proche de son équipe.

Premiers accrocs

Avant même qu’il n’arrive à Downing Street, plusieurs ministres ont claqué la porte du gouvernement : le vice-Premier ministre David Lidington, le ministre des Finances Philip Hammond, celui de la Justice David Gauke et celui du Développement international Rory Stewart, marquant ainsi leur opposition à l’éventualité d’une sortie sans accord de l’UE.

En partant, ils enlèvent à Boris Johnson le plaisir de les limoger et montrent que ce fervent défenseur du Brexit est loin de faire l’unanimité, même dans son propre camp conservateur.

Second accroc pour son premier jour au pouvoir: des militants écologistes de l’organisation Greenpeace lui ont brièvement bloqué la route, alors qu’il se rendait au palais de Buckingham, formant une chaîne humaine sur la chaussée.

Et pendant qu’il prononçait son discours devant Downing Street, des manifestants anti-Brexit criaient leur mécontentement.

Ces anicroches montrent que Boris Johnson ne part pas en terrain conquis. Et s’il s’est dit persuadé d’obtenir un « meilleur accord qui maximisera les opportunités du Brexit », il lui reste à préciser sa stratégie.

« Nous attendons de savoir ce que le nouveau Premier ministre Boris Johnson veut, quels sont les choix du Royaume-Uni », a déclaré mercredi à la BBC le négociateur en chef de l’UE Michel Barnier. « Le +no deal+ ne sera jamais le choix de l’UE, mais nous sommes prêts », a souligné M. Barnier.

Le Parlement européen a lui mis en garde contre les conséquences « économiquement très dommageables » d’un départ du Royaume-Uni de l’UE sans accord.

Il a également réaffirmé la possibilité de modifier la déclaration politique, qui pose les bases de la future relation entre le Royaume-Uni et l’UE après le Brexit, mais pas l’accord de retrait, laborieusement conclu, qui fixe les conditions du divorce.

Tandis que chaque partie semble camper sur ses positions, le temps presse: moins d’une centaine de jours avant l’échéance du Brexit.

« J’ai hâte que l’on se rencontre afin de discuter -en détail- de notre coopération », a écrit mercredi à M. Johnson Donald Tusk, le président du Conseil européen.

Outre le Brexit, Boris Johnson aura pour mission d’apaiser les craintes liés à l’escalade des tensions dans le Golfe, après l’arraisonnement vendredi par l’Iran d’un pétrolier battant pavillon britannique dans le détroit stratégique d’Ormuz.

DONALD TRUMP ET BORIS JOHNSON, VRAIS OU FAUX AMIS ?

Les planètes semblent désormais alignées pour relancer la « relation spéciale » entre Etats-Unis et Royaume-Uni, avec l’alchimie affichée par Donald Trump et le futur Premier ministre britannique Boris Johnson. Mais l’entente pourrait vite s’avérer plus compliquée entre deux dirigeants jugés égocentriques et aux intérêts parfois divergents.

Les félicitations du président américain n’ont pas tardé après la confirmation de la victoire de « Boris ». « Il sera formidable », a-t-il tweeté.

Un message en ligne avec les superlatifs employés ces derniers mois par le milliardaire républicain pour encenser le nouveau chef des conservateurs britanniques. A l’opposé de ses critiques pour la Première ministre sortante, Theresa May, qui a fait à ses yeux « du très mauvais boulot sur le Brexit ».

L’ère Trump-May a été délétère pour les relations entre les deux grands alliés transatlantiques, comme l’a encore montré la démission de l’ambassadeur britannique à Washington Kim Darroch, après la fuite de mémos peu flatteurs à l’égard du président américain.

Tandis qu’avec Trump-Johnson, « on pourrait avoir le partenariat le plus étroit entre des dirigeants des Etats-Unis et du Royaume-Uni depuis l’époque de Donald Reagan et de Margaret Thatcher », s’enthousiasme Nile Gardiner, ex-conseiller de la « Dame de Fer » aujourd’hui chercheur au centre de réflexion conservateur américain Heritage Foundation.

Tignasse blonde

Plusieurs raisons à cela: né à New York, le nouveau patron des Tories se dit déterminé à quitter l’Union européenne coûte que coûte à l’automne et « représente une vision clairement pro-américaine avec une affinité marquée pour l’alliance transatlantique », relève Nile Gardiner.

De quoi filer le parfait amour avec un Donald Trump pro-Brexit et volontiers anti-UE.

Tout, jusqu’à la tignasse blonde, semble rassembler les deux hommes portés au pouvoir par la vague populiste.

« Ce sont, sur le papier, des frères idéologiques, à droite, populistes, contre le politiquement correct et anti-establishment », énumère Ian Bremmer, président de la société d’expertise Eurasia Group.

Mais « leur relation est aussi beaucoup plus instable », prévient ce politologue interrogé par l’AFP.

Selon lui, « Boris Johnson et Donald Trump ont des personnalités similaires: aucun des deux n’est très porté sur l’idéologie, et tous deux s’intéressent d’abord à eux-mêmes ».

Une analyse que semble confirmer le président américain lorsqu’il explique pourquoi il « aime » tant le nouveau dirigeant britannique: car il est « le Trump britannique », a-t-il résumé mardi.

Et comme tous deux veulent attirer la lumière, cela pourrait faire des étincelles si, par exemple, le gaffeur Johnson faisait de l’ombre au susceptible Trump. « Boris Johnson a vexé beaucoup de gens qui se vexent moins facilement que Donald Trump », prévient Ian Bremmer.

Négociations commerciales tendues

L’idylle n’a d’ailleurs pas toujours été au rendez-vous. Avant l’élection de l’homme d’affaires new-yorkais à la Maison Blanche, celui qui était alors maire de Londres disait vouloir « éviter certains quartiers de New York » pour ne pas risquer « d’y tomber sur Donald Trump ».

En cause, des propos controversés du milliardaire républicain sur les musulmans et la radicalisation dans la capitale britannique. Depuis, l’ex-chef de la diplomatie britannique s’est démarqué à plusieurs reprises du président américain, comme récemment au sujet de ses attaques contre des élues démocrates issues des minorités.

Preuve que l’entente sur le fond risque d’être rapidement chahutée, Boris Johnson s’est aussi opposé à son nouvel « ami » sur l’Iran, menant en mai 2018 une mission de la dernière chance à Washington pour tenter en vain de le faire rester dans l’accord sur le nucléaire iranien. La crise avec Téhéran est à nouveau un révélateur des tensions latentes entre les deux alliés, puisque l’administration Trump a fait comprendre que l’arraisonnement iranien d’un tanker britannique était avant tout le problème de Londres.

Et alors que l’Américain a fait miroiter à Londres un accord commercial « extraordinaire » après le Brexit, et que le Britannique a surfé sur cette promesse pour garantir que le divorce européen serait bon pour l’économie, les négociations s’annoncent en fait tendues.

« Malgré les affinités, leurs intérêts ne sont pas toujours alignés », constate Luigi Scazzieri, du Centre for European Reform à Londres.

Selon lui, Boris Johnson, en position de faiblesse si les discussions avec Bruxelles tournent mal, risque de buter sur « les instincts +America first+ de Trump », qui a fait de « l’Amérique d’abord » son mot d’ordre. « Trump ne devrait faire aucune concession au Royaume-Uni », « au contraire il cherchera un maximum d’avantages pour les Etats-Unis en poussant les Britanniques à ouvrir leurs secteurs agricole et sanitaire », prédit-il. « Autant d’exigences qui pourraient aller jusqu’à rendre impossible la conclusion d’un accord. »

(avec Afp)

A lire aussi

Kobané : Déploiement des forces syro-russes

Le régime syrien et l’allié russe ont accéléré vendredi le déploiement de leurs troupes à …

Laisser un commentaire