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Fatshi, President de la RDC, lors d'une conférence de presse.
Fatshi, President de la RDC, lors d'une conférence de presse.

En prônant le pardon : Fatshi souffle le chaud et le froid au risque de consacrer l’impunité

Dernière mise à jour, le 20 juillet 2019 à 10:37

Quand Félix Tshisekekdi implore le pardon divin pour tous ceux qui ont volé, violé, abusé du pouvoir, détourné les deniers publics et versé intentionnellement du sang des innocents, Modeste Mutinga y voit plutôt une aberration. « Comment le président de la République peut lutter contre l’impunité et prôner en même temps le pardon pour des actes dont les auteurs devaient répondre devant la justice ? On ne construit pas un Etat de droit de cette manière-là. Que restera-t-il de 19 morts de l’Udps calcinés à la permanence de Limete du fait d’un acte criminel ? Que retiendra-t-on de tous ces martyrs, dont Rossyl Mukendi, l’aspirante Thérèse Kapangala, de tous ces Congolais enfouis dans des charniers de Maluku, de tous ces autres citoyens tombés sur le champ de bataille du Grand Kasaï ou de Beni-Butembo ? Faut-il, au nom du pardon que prône le chef de l’Etat, oublier toutes ces atrocités ? Que dire de tous ceux qui se sont enrichis sur le dos de l’Etat ? Doit-on faire table rase de tous ces crimes odieux. Je dis non ! ».

Le chef de l’Etat, Félix Tshisekedi, a inauguré une nouvelle forme de gouvernance. C’est celle de confier à Dieu le sort de la République démocratique du Congo. Dimanche dernier, au cours d’un culte organisé au Stade des Martyrs, Félix Tshisekedi a imploré la grâce divine pour un pardon généralisé à tous ceux qui ont fait du mal au pays et à son peuple. Dans la classe politique, les réactions ne se sont pas fait attendre. Président du PDG et du regroupement politique AAD, Modeste Mutinga estime que le chef de l’Etat prend un virage qui s’écarte fondamentalement des options défendues par son défunt père, Etienne Tshisekedi, et l’Udps, le parti qui l’a porté au pouvoir. « Le chef de l’Etat ne peut pas prôner le pardon sans justice. Il souffle le chaud et le froid au risque de consacrer l’impunité», tranche-t-il.

Un culte religieux a été célébré le dimanche 23 juin 2019 au Stade des Martyrs de la Pentecôte pour consacrer la République démocratique du Congo et son chef, Félix Tshisekedi, à Dieu. Une première dans l’histoire de la 3ème République. A l’occasion, le président de la République a fait le déplacement du stade où étaient rassemblées des milliers de chrétiens pour implorer la grâce divine sur la patrie. 

Le chef de l’Etat a d’ailleurs lu une prière dans laquelle il a demandé le pardon généralisé pour tous ceux qui ont offensé la RDC et son peuple. De l’avis du président de la République, il faut désormais regarder vers l’avenir pour bâtir dans la paix et l’unité un pays plus beau. Autrement dit, oublions le passé et avançons.

Décryptage

Dans la classe politique, les réactions n’ont pas tardé. Si certains voient dans l’acte posé par le chef de l’Etat une manière d’amener le peuple congolais à se réconcilier avec lui-même, d’autres y voient, par contre, une manière subtile de faire un trait sur le passé ensanglanté de la RDC durant ces vingt dernières années. Modeste Mutinga, président du PDG (Parti pour la bonne gouvernance et la démocratie) et du regroupement politique AAD, a donné de la voix.

Modeste Mutinga félicite le président Félix Tshisekedi pour l’acte posé qui, selon lui, cherche à moraliser la vie publique en RDC, il pense cependant que le pardon divin que le chef de l’Etat sollicite au bénéfice de tous est contraire à l’Etat de droit pour lequel son père, Etienne Tshisekedi et son parti, l’Udps, ont consacré tout leur combat politique. 

D’emblée, le président du PDG note qu’«on ne peut pas faire table rase du passé, en faisant un trait sur tous les événements malheureux qui ont endeuillé ce pays. Leurs auteurs ne devaient pas se soustraire à la justice. C’est aussi cela le principe de l’Etat de droit pour lequel feu Etienne Tshisekedi se bat depuis 1982 ». 

Quand Félix Tshisekekdi implore le pardon divin pour tous ceux qui ont volé, violé, abusé du pouvoir, détourné les deniers publics et versé intentionnellement du sang des innocents, Modeste Mutinga y voit plutôt une aberration. « Comment le président de la République peut lutter contre l’impunité et prôner en même temps le pardon pour des actes dont les auteurs devaient répondre devant la justice ? On ne construit pas un Etat de droit de cette manière-là. Que restera-t-il de 19 morts de l’Udps calcinés à la permanence de Limete du fait d’un acte criminel ? Que retiendra-t-on de tous ces martyrs, dont Rossyl Mukendi, l’aspirante Thérèse Kapangala, de tous ces Congolais enfouis dans des charniers de Maluku, de tous ces autres citoyens tombés sur le champ de bataille du Grand Kasaï ou de Beni-Butembo ? Faut-il, au nom du pardon que prône le chef de l’Etat, oublier toutes ces atrocités ? Que dire de tous ceux qui se sont enrichis sur le dos de l’Etat ? Doit-on faire table rase de tous ces crimes odieux. Je dis non ! ».

Ne pas se détourner du combat de son père

Modeste Mutinga pense que le président de la République ne devait pas emprunter cette voie. « L’idéal pour la RDC est de bâtir réellement un Etat de droit. C’est le combat de l’Udps et de feu Etienne Tshisekedi. Qu’est-ce qui va changer demain si l’Etat ne sait plus exercer son pouvoir. Le chef de l’Etat doit privilégier le droit pour l’émergence d’un Etat de droit. La RDC n’est pas un Etat moral. A ce titre, chacun doit répondre de ses griefs devant la justice. Si le chef de l’Etat veut accorder le pardon aux gens condamnés par la justice, la Constitution lui accorde de gracier, mais pas avant que la justice ait fait son travail, à savoir établir les faits, la culpabilité et la responsabilité de chacun. Pardonner avant la justice, c’est aller à l’encontre de l’Etat de droit auquel nous aspirons tous. Or, l’Etat de droit, c’est la justice et l’équité ».

Pour toutes ces raisons, Modeste Mutinga est convaincu que «Félix Tshisekedi souffle le chaud et le froid ». « Son pardon, c’est toute la négation de la lutte de l’Udps. Le chef de l’Etat doit rester légaliste. Il faut laisser à la justice faire son travail, établir les culpabilités. S’il veut accorder son pardon, c’est a posteriori, conformément à la Constitution. Quant à généraliser le pardon, comme il l’a fait le dimanche au stade des Martyrs, c’est prendre un virage qui va vers un saut dans l’inconnu ».

(avec lePotentiel(RDC))

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