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Libye : Carnage

Dernière mise à jour, le 24 juillet 2019 à 04:01

Au moins 44 migrants ont été tués et une centaine blessés dans un bombardement aérien contre leur centre de détention en Libye, un drame qui a provoqué mercredi un tollé international et des appels à une enquête indépendante. La frappe menée mardi tard le soir à Tajoura a été attribuée par le gouvernement d’union nationale (GNA) basé à Tripoli aux forces rivales de Khalifa Haftar engagées dans une offensive pour s’emparer de la capitale d’un pays plongé dans le chaos depuis 2011. Mais le porte-parole des forces pro-Haftar, Ahmad al-Mesmari, a démenti toute implication dans l’attaque, accusant en retour le GNA de « fomenter un complot » pour leur faire endosser la responsabilité du carnage.

Le centre de détention abritait environ 600 migrants, en majorité érythréens et soudanais, et deux de ses cinq hangars ont été touchés, selon le responsable du centre Noureddine al-Grifi. Quelque 120 migrants se trouvaient dans le hangar n°3 qui a été touché de plein fouet.

Sur les lieux, restes humains, couvertures maculées de sang, débris et morceaux tordus de la structure métallique du bâtiment entourent un cratère de trois mètres de diamètre, a constaté un journaliste de l’AFP.

« Il y avait des cadavres, du sang et des morceaux de chair partout », a raconté depuis son lit d’hôpital à l’AFP Al-Mahdi Hafyan, un Marocain de 26 ans dont la cuisse a été transpercée par un morceau métallique du toit.

Lui et son compatriote sorti indemne et assis à côté de lui à l’hôpital de Tripoli étaient venus ensemble en Libye pour tenter la traversée de la Méditerranée vers l’Europe.

Tous deux ont un autre souci: comment quitter l’hôpital pour ne pas être reconduit dans un centre de détention, des sites dénoncés par des ONG.

Appel à un cessez-le-feu

L’émissaire de l’ONU, Ghassan Salamé, a condamné un « carnage ignoble et sanglant » dans un communiqué de la Mission de l’ONU en Libye (Manul).

Selon le communiqué, au moins 44 migrants ont péri et plus de 130 ont été grièvement blessés dans le centre à Tajoura, une banlieue est de Tripoli, qui abrite des sites appartenant aux groupes armés pro-GNA et est régulièrement la cible de raids des pro-Haftar.

C’est la deuxième fois que le centre est touché depuis le début de l’offensive des pro-Haftar le 4 avril.

Mardi soir, des médias pro-Haftar ont fait état de raids à Tripoli et Tajoura, après des menaces de ces forces d’intensifier les raids à la suite d’un revers dans la bataille de Tripoli.

Alors que le Conseil de sécurité de l’ONU doit se réunir en urgence sur la Libye, le patron de l’ONU Antonio Guterres a demandé une « enquête indépendante » et réitéré son appel à un « cessez-le-feu immédiat en Libye ».

« L’ONU avait fourni la localisation exacte du centre de détention aux parties » en conflit afin d’éviter qu’il ne soit pris pour cible, a expliqué le porte-parole de M. Guterres. Ce drame « souligne l’urgence de fournir des abris sûrs à tous les réfugiés et migrants jusqu’à ce que leurs demandes d’asile soient satisfaites ou qu’ils soient rapatriés en sécurité » dans leur pays d’origine.

« Effroi »

L’ONU a maintes fois exprimé son inquiétude sur le sort d’environ 3.500 migrants et réfugiés « en danger dans des centres de détention situés près de zones d’affrontements ».

Mettant à profit l’indécision internationale, les deux camps rivaux libyens restent persuadés de pouvoir l’emporter grâce à leurs soutiens et s’approvisionnent en conséquence en armes en violation de l’embargo imposé onusien pour la Libye depuis 2011.

Le maréchal Haftar, homme fort de l’est libyen, est soutenu notamment par les Emirats arabes unis et l’Egypte, tandis que le GNA, seul exécutif reconnu par la communauté internationale, bénéficie de l’appui de la Turquie.

Après le carnage, des ONG ont fait part de leur « effroi » et appelé à une enquête. L’Union européenne a condamné une « horrible attaque » et réclamé aussi une enquête. L’Union africaine, la France, l’Italie, le Qatar et la Turquie ont également condamné la frappe.

Le chef du Haut commissariat pour les réfugiés (HCR), Filippo Grandi, a lui porté « trois messages clés: les migrants et réfugiés ne doivent PAS être en détention, les civils ne doivent PAS être des cibles, la Libye n’est PAS un lieu sûr pour un renvoi » des migrants.

Les agences de l’ONU et organisations humanitaires rappellent régulièrement leur opposition à ce que les migrants arrêtés en mer soient ramenés en Libye.

La Libye est en proie à des luttes de pouvoir et à l’insécurité avec de multiples milices qui font la loi depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi après une révolte en 2011.

Malgré une insécurité persistante, ce pays reste un important point de transit pour les migrants fuyant les conflits et l’instabilité dans d’autres régions d’Afrique et du Moyen-Orient.

(avec Afp)

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