dimanche , 17 novembre 2019
Accueil / International / Amérique / USA : La communauté noire LGBTQ continue à faire face à des discriminations

USA : La communauté noire LGBTQ continue à faire face à des discriminations

Dernière mise à jour, le 24 juillet 2019 à 03:45

A l’image du mouvement tout entier, la communauté noire LGBTQ célèbre ce week-end les avancées obtenues depuis les émeutes de Stonewall, mais continue à faire face à des discriminations de tous bords. Ils étaient environ 15.000, attendus ce samedi à la Harlem Pride, déclinaison de la parade des fiertés dans le quartier emblématique de la culture afro-américaine aux États-Unis. Il y a dix ans, pour la première édition, seuls 2.000 personnes étaient venues.

« J’aime beaucoup », explique Léon McCutcheon, artiste du quartier, noir et gay, qui vient de fêter ses 60 ans. « C’est important que nous ayons une communauté gay, particulièrement les Afro-Américains parce qu’on n’entend pas beaucoup parler d’eux. »

La visibilité, c’est une partie importante de l’action de la National Black Justice Coalition, dont David Johns est le directeur exécutif.

« Les gens comme moi, qui sont fiers d’être noirs et altersexuels (queer, c’est-à-dire à la sexualité sans genre) sont exclus de beaucoup des acquis associés au mouvement de libération gay ou plus généralement au mouvement LGBTQ », estime David Johns.

Pour lui, lors de la Gay Pride, on considère « acquis de pouvoir porter des arcs-en-ciel (les couleurs LGBTQ), parader, occuper l’espace (…) alors que les Noirs LGBTQ sont oubliés. »

Il attire aussi l’attention sur les problèmes que rencontrent des Noirs LGBTQ hors de la communauté arc-en-ciel.

En 2017, 52 agressions mortelles visant, à dessein, des non-hétéros ont été répertoriées aux Etats-Unis par l’Anti-Violence Project (AVP), dont 71% visaient des personnes de couleur.

Depuis le début de l’année, 11 femmes noires transgenre ont été assassinées dans le pays, selon l’Human Rights Campaign.

Peur du « coming-out »

La discrimination prend aussi d’autres formes que la violence, comme en témoigne une étude du Williams Institute datée de 2009, qui montre que 32% des enfants de couples gays noirs vivaient sous le seuil de pauvreté, contre 13% seulement pour les couples hétéros afro-américains.

« Le plus gros défi pour un Noir LGBTQ, c’est que vous êtes noir ET LGBTQ », souligne David Johns. « Et dans beaucoup de milieux et d’endroits à travers les Etats-Unis, les gens n’ont pas les outils pour avoir une conversation sur l’identité. »

Même à Harlem, la communauté LGBTQ reçoit encore sporadiquement des marques d’hostilité, comme ces deux drapeaux arc-en-ciel brûlés, fin mai, par un vandale à l’entrée du seul bar LGBTQ du quartier, Alibi Lounge.

« Nous avons une grande communauté (LGBTQ) ici » à Harlem, explique Leon McCutcheon, « mais il y a encore beaucoup de gens de mon âge qui ont peur de sortir du placard. »

Il y voit d’abord le poids de la religion, qui rend encore aujourd’hui, selon lui, le « coming out » quasiment impossible dans certaines régions, notamment sa Caroline du Sud natale.

Se superpose, selon lui, une certaine image de la masculinité. « Si tu es gay », résume-t-il, « tu es une chochotte ».

« L’homophobie est toujours une réalité », estime Kemar Asphall, du NBLCA, spécialisé dans la lutte contre la propagation du VIH au sein de la minorité afro-américaine.

« Il y a toujours un côté dégradant » aux yeux de certains, poursuit-il. « Ce sont des facteurs qu’il faut traiter au sein de la communauté. »

Mais les choses changent, doucement, reconnaît Leon McCutcheon, dont la soeur, qui a longtemps mal accepté son orientation sexuelle, se fait peu à peu à l’idée.

Après l’incendie des drapeaux devant l’Alibi Lounge, « des gens de tous bords, gays, hétéros, jeunes, vieux, sont venus dès les premières heures pour témoigner leur soutien et montrer qu’il s’agissait d’un incident isolé, qui ne reflétait en rien les valeurs de Harlem », explique Alexi Minko, le propriétaire de l’établissement.

Presque au même moment, le maire de New York Bill de Blasio a annoncé qu’un monument allait être dédié à l’héroïne transgenre noire Marsha P. Johnson, l’une des figures de Stonewall, conjointement avec une autre activiste trans, Sylvia Rivera, une initiative présentée comme une première mondiale.

Une étape marquante dans la reconnaissance des grandes figures noires LGBTQ, souvent oubliées jusqu’ici par l’Histoire du mouvement.

« Ces gens ont été essentiels dans le démarrage de Stonewall », rappelle Carmen Neely, présidente de la Harlem Pride. « Donc nous célébrons Stonewall, parce que cela fait partie de l’histoire afro-américaine. »

GAY PRIDE GÉANTE ET CONTESTÉE À NEW YORK

Une Gay Pride de trois millions de personnes, au gigantisme contesté par une marche plus austère pour ceux qui jugent que l’évènement a perdu son âme: New York marque le 50e anniversaire des évènements de Stonewall, fondateurs pour la communauté LGBT.

Les rues de Manhattan devraient être noires de monde et de drapeaux arc-en-ciel dimanche avec deux défilés pour l’occasion.

« Nous allons avoir la plus grande marche des fiertés de l’histoire du globe », annonçait à vendredi soir le maire démocrate de New York, Bill de Blasio, grand défenseur de la communauté gay.

La Gay Pride new-yorkaise est depuis longtemps un grand évènement touristique, avec plusieurs centaines de milliers de personnes, y compris de nombreuses personnalités politiques et célébrités.

Mais cette année, les organisateurs ont mis les bouchées doubles pour accueillir la « World Pride », évènement international dédié cette année aux émeutes qui, six jours durant à compter du 28 juin 1969, devant le bar gay de Stonewall au coeur de Greenwich Village, opposèrent policiers et gays excédés par la répression de leur communauté.

Un an après, pour célébrer cette rébellion, New York organisait sa première Gay Pride, une manifestation qui devait essaimer dans les métropoles du monde entier. L’homosexualité reste illégale aujourd’hui dans quelque 70 pays.

Retour en arrière ?

Le défilé principal doit se mettre en branle dimanche à midi (16H00 GMT) depuis la 5e Avenue et la 26e rue, direction Greenwich Village, avec 150.000 participants inscrits et le parrainage de 70 entreprises (dont L’Oréal, Danone ou les magasins Macy’s). Elles sont de plus en plus nombreuses à vouloir s’associer à l’évènement.

Quelque trois millions de personnes sont attendues, venues des quatre coins du monde, pour cette journée qui doit se terminer par une fête à Times Square et un concert de Madonna, icône de la communauté gay.

Parmi les participants, Helen Gollin, 63 ans, Australienne, à l’origine de la première marche du « Mardi Gras » pour les droits homosexuels à Sydney, en 1978.

« Je suis venue pour honorer tout ce qui a été fait avant nous, et ceux qui sont morts au nom de notre liberté, » confiait-elle ce week-end.

Stonewall, « c’est notre histoire. C’est la raison pour laquelle nous pouvons être ce que nous voulons être, c’est pour ça que c’était important de venir célébrer », expliquait aussi Francesco Servalli, 38 ans, venu d’Italie avec quatre amis.

Pour lui comme pour beaucoup d’autres, la Gay Pride est aussi l’occasion de s’encourager à poursuivre la lutte pour l’égalité des droits, dans un contexte mondial marqué par l’arrivée au pouvoir de dirigeants politiques « extrêmes » – il cite Donald Trump, Matteo Salvini en Italie et Jair Bolsonaro au Brésil.

« J’ai l’impression qu’on revient en arrière », dit-il, invoquant notamment les agressions contre les transgenres. « Mais peut-être que c’est ça, l’histoire: parfois il faut revenir un peu en arrière pour pouvoir aller plus loin ».

Dérive commerciale

Malgré cette volonté affichée de se battre, la Gay Pride est devenue une telle machine commerciale que, pour la première fois cette année, des militants homosexuels organisent un défilé alternatif qui partira dès le matin, de Stonewall vers Central Park.

« La Gay Pride n’est pas à vendre (…), elle a été complètement dévoyée », affirme Bill Dobbs, un des organisateurs de cette marche contestataire. Sa marche à lui se veut austère et « fidèle à l’esprit de Stonewall », et espère attirer des milliers de personnes.

Avec tant de monde dans la rue, la police a prévu de déployer des milliers d’agents, dans les rues, sur les toits, avec drones et hélicoptères dans les airs.

Après la fusillade dans un bar gay d’Orlando, en juin 2016, la police new-yorkaise avait renforcé son dispositif. « Depuis, la menace n’a fait que s’accentuer, avec la menace croissante de l’extrême droite qui peut aussi viser la communauté LGBTQ », expliquait début juin John Miller, responsable antiterroriste de la police new-yorkaise.

JOYEUX DÉFILÉ PARISIEN POUR LA MARCHE DES FIERTÉS

Une Marilyn queer perchée sur un char agite un drapeau arc-en-ciel et une sono puissante réclame la « PMA pour toutes »: ils étaient des dizaines de milliers à défiler samedi à Paris pour la 41e édition de la Marche des Fiertés.

« Sortez nos sexes de vos états-civils », « Nos enfants vont bien », « Filiation, PMA: marre des lois a minima »: le ton est donné par les pancartes, un tempo saccadé rythme la marche, écrasée de soleil.

« Nous voulons une réforme de la filiation pour toutes les familles. Aujourd’hui, c’est une filiation sous condition pour les LGBT, comme si notre vie devait toujours rester en sursis », affirme Vanessa, mi-short et étoiles dessinées sur les seins.

« Quel officier d’état-civil demande à un père qui vient déclarer la naissance de son enfant de prouver qu’il est le père? Nous avons arraché le mariage de haute lutte, mais le mariage doit être un droit, pas un devoir », renchérit Alex, sa voisine, qui voudrait que la loi aille maintenant « beaucoup plus loin ».

Le combat pour la Procréation médicalement assistée (PMA) a été choisi cette année comme thème de la Marche des Fiertés par son organisatrice, l’Interassociative-Lesbienne, Gaie, bi et trans (Inter-LGBT): il s’agit de maintenir la pression alors que la PMA ouverte à toutes les femmes doit figurer dans le projet de loi de bioéthique présenté en juillet avant un examen au Parlement à l’automne.

Boulevard du Montparnasse, la foule multicolore cuit sur le bitume. Pendant plus de trois heures, le défilé, joyeux, combatif, s’est étiré jusqu’à la place de la République.

L’Inter-LGBT attendait jusqu’à 500.000 personnes. La canicule ne semble pas avoir découragé grand monde. Les « Goudoues en roue libre » ont trouvé la solution: elles sont seins nus sur leurs vélos, paillettes légères sur le torse.

Une reine de la samba a enlevé ses talons et marche pieds nus. Deux barbus ont relevé leurs robes carmin sur des bas résille « pour laisser passer l’air ». Des clameurs de joie s’élèvent quand, en différents points du parcours, les pompiers arrosent la foule.

« Rien n’est acquis »

« Vous êtes beaux et belles », crache la sono sur le pont au Change. Infatigables, ils dansent, rient. Le cortège prend des allures de friture d’été, luisant, en traversant la Seine.

Deux jeunes femmes – une blonde nordique et une métis – savourent « le plaisir de s’embrasser dans la rue sans regarder dans son dos si on risque de se faire agresser », dit la blonde Amandine, 26 ans.

« Rien n’est acquis, il faut toujours se battre. Il y a encore eu une agression violente dimanche dernier à Paris », rappelle Hector, 40 ans, lunettes roses.

Cette violence, subie au quotidien, n’est pas assez dénoncée, regrette Coralie, militante lesbienne de 32 ans: « Cette année, ce sont les 50 ans de Stonewall aux Etats-Unis (des émeutes qui opposèrent policiers et gays excédés par des années de répression, ndlr) et on n’en parle pas assez ».

Un petit coup d’État a tout de même eu lieu au sein du défilé: les Intersexes – des personnes nées avec des caractéristiques sexuelles ne correspondant pas aux normes du féminin ou du masculin – ont pris la tête du cortège, aux cris de « Stop aux mutilations ».

« On était invisible. Ça devait s’arrêter », explique Mischa, 19 ans. Avec son collectif, il se bat pour « faire respecter le choix des enfants intersexes à subir ou pas des opérations ».

Arrivée à République, la reine de la samba est de nouveau perchée sur ses talons. « La fête commence », souffle une jeune femme, paupière arc-en-ciel.

(avec Afp)

A lire aussi

Menace inhabituelle : Les États-Unis maintiennent l’urgence nationale en RDC

Le président américain Donald Trump est intervenu mardi 22 octobre dernier devant le Congrès sur …

Laisser un commentaire