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Hong Kong : La majorité critique le projet des extraditions vers la Chine

Dernière mise à jour, le 21 juin 2019 à 03:03

La cheffe de l’exécutif hongkongais pro-Pékin Carrie Lam essuyait vendredi des critiques de son propre camp quant à son projet de loi visant à autoriser les extraditions vers la Chine, à l’origine de manifestations monstres dans le territoire semi-autonome. L’ex-colonie britannique a connu mercredi ses pires violences politiques depuis sa rétrocession en 1997 quand des dizaines de milliers de protestataires ont été dispersés par la police anti-émeute. L’opposition au projet réunit avocats, organisations juridiques influentes, capitaines d’industrie, chambres de commerce, journalistes, militants et diplomates occidentaux. Un million de personnes ont en outre manifesté dimanche dernier, mais Mme Lam s’est montrée inflexible, refusant d’abandonner son projet.

Vendredi, des critiques ont fusé de son propre camp, notamment par la voix du député pro-Pékin Michael Tien qui a ouvertement appelé l’exécutif à renoncer.

« Elle gagnerait des points plutôt que d’en perdre », a-t-il dit aux journalistes. « Il n’est jamais trop tard. Il y a de nouvelles situations qui se présentent et qui sont une occasion pour les dirigeants de changer de position. Il n’y a pas de mal à ça. »

« Ne pas provoquer d’escalade »

Le propre conseiller de Mme Lam a estimé que précipiter l’adoption du projet de loi par le Conseil législatif (« LegCo »), le « Parlement » local, était désormais « impossible ».

« Personnellement, je crois qu’il est impossible de discuter (du projet de loi) s’il y a tant de conflit de toute part », a déclaré à RTHK Bernard Chan, qui siège au Conseil exécutif, l’équivalent du gouvernement de Hong Kong, et qui fut nommé haut conseiller par Mme Lam il y a deux ans.

« A tout le moins, il s’agit pour nous de ne pas provoquer d’escalade dans l’antagonisme », a-t-il ajouté, sans aller jusqu’à prôner le retrait du texte.

Ronny Tong, un autre membre du Conseil exécutif, a également préconisé des consultations sur le projet de loi avant de le pousser plus avant, selon RTHK.

Il s’agit des premières réserves exprimées aussi clairement par les tenants du projet de loi, qui prévoit d’autoriser les extraditions vers la Chine continentale.

Mme Lam avait annoncé lundi qu’en dépit de la manifestation historique de la veille, le texte serait comme prévu examiné mercredi par le LegCo.

Cette volonté de passer en force a provoqué la colère d’une partie des manifestants, et un nouveau rassemblement mercredi a dégénéré en graves violences autour du LegCo qui ont fait 79 blessés.

Manifestation dimanche

Les principaux organisateurs des manifestations de Hong Kong ont appelé à un nouveau rassemblement monstre dimanche, ainsi qu’à la grève générale lundi.

On ignorait encore vendredi s’ils obtiendront le droit de manifester. Ils devaient rencontrer vendredi les responsables de la police.

Le projet de loi suscite les critiques de pays occidentaux ainsi qu’une levée de boucliers de Hongkongais qui redoutent une justice chinoise opaque et politisée, et pensent que cette réforme nuira à l’image internationale et à l’attractivité de la ville.

Les principales figures du camp prodémocratie demandent le retrait pur et simple du projet qui vient un peu plus saper selon eux le principe du « un pays, deux systèmes » qui avait présidé à la rétrocession, et en vertu duquel Hong Kong jouit jusqu’en 2047 de libertés inconnues en Chine continentale.

« Nous ne pouvons faire confiance aux députés pro-establishment », a déclaré l’élu prodémocratie Alvin Leung. « Nous voulons que Carrie Lam nous dise si elle va ou non retirer le projet de loi. »

Selon les autorités, le texte doit combler un vide juridique et empêcher que la ville ne soit un refuge pour certains criminels. Elles assurent que des garde-fous existent en matière de liberté d’expression et que la loi ne visera pas les opposants politiques à la Chine.

Mais les manifestants craignent que les gens ne se retrouvent piégés par la justice chinoise, qu’il s’agisse des habitants de Hong Kong ou de ceux qui ne font que transiter par son aéroport.

HONG KONG VA-T-ELLE PERDRE SES PATRONS

Hong Kong est de longue date une porte d’entrée sûre et idéale vers la Chine continentale. Mais les milieux d’affaires s’inquiètent des risques d’extradition vers Pékin et certains se demandent même s’il ne faut pas partir vers des cieux plus cléments.

Depuis plusieurs mois, la peur enfle autour d’un projet de loi autorisant les extraditions vers la Chine qui a provoqué des manifestations gigantesques et même les pires violences politiques depuis la rétrocession à Pékin de l’ex-colonie britannique en 1997.

Au coeur des préoccupations, l’idée que Pékin pourrait poursuivre les Hongkongais mais aussi les étrangers à l’intérieur même des frontières du territoire semi-autonome, voire des gens en transit à l’aéroport.

Les entrepreneurs sont très attachés à la stabilité de la mégapole étincelante de gratte-ciels et aux protections du système légal hérité du colonisateur britannique.

« Hong Kong est un bijou », la « plus belle ville de Chine où l’on ne craint pas d’être embêté par la police », dit à l’AFP le patron français d’une société d’investissements.

Comme d’autres entrepreneurs interrogés par l’AFP, il s’exprime sous couvert de l’anonymat du fait du caractère sensible du sujet.

Sa « vraie force résulte de l’application de la loi, de l’Etat de droit. On ne part pas en prison sans raison. Personne ne va fermer votre entreprise sans raison et sans qu’on puisse se défendre devant un tribunal ».

Le territoire a pris son envol économique à la fin du XXème siècle, se transformant en géant de la finance et en porte d’entrée sur l’immense voisin, devenu depuis la deuxième puissance économique mondiale.

« Boîte de Pandore »

Mais « la crédibilité de Hong Kong est désormais en jeu », dit Tara Joseph, présidente de la Chambre de commerce américaine alors que les Etats-Unis sont engagés dans une guerre commerciale de plus en plus acrimonieuse avec Pékin.

Washington estime que le texte pourrait « endommager l’environnement économique de Hong Kong et soumettre nos citoyens (…) au système judiciaire capricieux de la Chine ».

Même son de cloche du côté de l’Union européenne qui relève que la loi aurait « des conséquences potentielles considérables pour (…) la confiance des entreprises à Hong Kong ».

Les opposants craignent l’opacité de la justice du continent, où le taux de condamnation avoisine les 100%, selon les statistiques chinoises. Les tribunaux chinois sont réputés être le jouet du Parti communiste et de servir à faire taire les opposants quand ils ne sont pas l’instrument de puissants intérêts désireux de régler leurs contentieux d’affaires.

Nombreux sont ceux qui ont à l’esprit la détention de deux Canadiens en Chine dans la foulée de l’arrestation d’une dirigeante du géant chinois Huawei. A Hong Kong, l’affaire de la disparition de libraires connus pour publier des livres salaces sur les dirigeants chinois, puis réapparus en détention sur le continent, est dans tous les esprits.

« Je me suis installé à Hongkong précisément parce que je ne voulais pas vivre en Chine », confie à l’AFP un architecte étranger qui travaille sur des projets dans le monde entier. « Si Hongkong devient une ville chinoise comme une autre, je n’ai aucune raison de rester ».

« C’est une question de principe », poursuit cet architecte. La possibilité « d’extrader sans la garantie d’un procès équitable va ouvrir une boîte de Pandore ».

Séoul, Singapour et Tokyo

L’associée américaine d’un fonds de gestion abonde: Si la loi est adoptée, « Hong Kong ne serait qu’une partie de la Chine. Les gens pourraient avoir envie de venir pour trois ans, cinq ans. Mais est-ce qu’ils voudront s’enraciner s’il existe des risques politiques? Je ne crois pas ».

Selon les autorités, le texte vise à combler un vide juridique et empêcher que Hong Kong ne soit un refuge pour certains criminels.

Face à la grogne, y compris celle de députés pro-Pékin inquiets des répercussions sur l’attractivité d’une ville où le prix du mètre carré est exorbitant, le gouvernement était revenu sur une série de délits économiques initialement passibles d’extradition.

Mais cela n’a pas suffi à apaiser les inquiétudes. Par exemple, banquiers et comptables craignent d’être poursuivis pour complicité en cas de délit commis par leurs clients dans un pays où les « peines pour fraude financière sont sévères », expliquait récemment Victor C.K. Wai, banquier et comptable retraité dans le South China Morning Post.

Pour le ressortissant français, la loi aura surtout des répercussions sur les grandes entreprises dont les décisions stratégiques sont prises par un siège à l’étranger, les sociétés travaillant dans des domaines sensibles comme l’armement ou les technologies fines, en particulier pour les entreprises américaines.

« On peut imaginer qu’ils auront plutôt envie de ne pas être basés à Hong Kong pour éviter les tracasseries » et qu’ils lui préfèreront Séoul, Singapour ou Tokyo, juge-t-il.

(avec Afp)

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