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Extraditions : Le projet de loi maintenu à Hong Kong

Dernière mise à jour, le 15 juin 2019 à 08:28

Les autorités hongkongaises tentent de faire adopter un texte très controversé qui doit permettre les extraditions vers toutes les juridictions avec lesquelles aucun accord bilatéral n’existe, y compris la Chine continentale. Ce projet de loi a suscité une levée de boucliers de toute une partie de la société hongkongaise qui dénonce le caractère opaque et politisé de la justice chinoise. Dimanche, une impressionnante foule a manifesté dans les rues de l’ex-colonie britannique en dépit de la moiteur subtropicale étouffante. Les organisateurs ont revendiqué un million de manifestants, la police en a décompté 240.000, ce qui en ferait la deuxième manifestation la plus importante depuis la rétrocession en 1997.

Le gouvernement pro-Pékin de Hong Kong a annoncé lundi qu’il ne comptait pas retirer un projet de loi très controversé qui permettra les extraditions vers la Chine, au lendemain d’une manifestation monstre contre ce texte dans l’ex-colonie britannique.

« C’est une loi très importante qui va permettre de faire triompher la justice et assurera que Hong Kong respecte ses obligations internationales en matière de criminalité transfrontalière et transnationale », a déclaré aux journalistes la cheffe de l’exécutif hongkongais, Carrie Lam.

Les autorités hongkongaises tentent de faire adopter un texte très controversé qui doit permettre les extraditions vers toutes les juridictions avec lesquelles aucun accord bilatéral n’existe, y compris la Chine continentale.

Ce projet de loi a suscité une levée de boucliers de toute une partie de la société hongkongaise qui dénonce le caractère opaque et politisé de la justice chinoise.

Dimanche, une impressionnante foule a manifesté dans les rues de l’ex-colonie britannique en dépit de la moiteur subtropicale étouffante.

Les organisateurs ont revendiqué un million de manifestants, la police en a décompté 240.000, ce qui en ferait la deuxième manifestation la plus importante depuis la rétrocession en 1997.

Cette marche, avec sa mobilisation exceptionnelle, a constitué un énorme défi à Mme Lam, qui n’est pas élue mais nommée.

Mais, dans sa première prise de parole depuis cette manifestation, la cheffe de l’exécutif a dit ne pas projeter de modifier la substance du texte, et encore moins de le retirer.

« L’examen en seconde lecture du projet de loi reprendra le 12 juin », a-t-elle dit.

Elle a rejeté les affirmations selon lesquelles elle ne tiendrait pas compte de l’opinion publique, en soulignant que son gouvernement avait déjà fait de nombreuses concessions pour assurer que les libertés uniques de Hong Kong soient protégées et que le texte soit conforme aux exigences internationales en matière de protection des droits de l’Homme.

« Mon équipe et moi n’avons pas ignoré les opinions exprimées au sujet de ce texte de loi très important », a-t-elle dit à la presse. « Nous avons écouté avec beaucoup d’attention. »

MANIFESTATION MONSTRE CONTRE UN PROJET DE LOI D’EXTRADITION

Des centaines de milliers de personnes ont marché dimanche à Hong Kong contre un projet du gouvernement local d’autoriser des extraditions vers la Chine continentale, l’une des manifestations les plus massives depuis la rétrocession à Pékin en 1997, qui a débouché sur des heurts avec la police.

Dans une chaleur étouffante, les manifestants ont, pendant plus de sept heures, défilé dans les rues étroites de l’île principale pour dire leur hostilité au projet des autorités hongkongaises pro-Pékin. « Non à l’extradition », pouvait-on lire sur des pancartes rouges.

Alors que la marche s’était déroulée sans incident, des heurts ont éclaté peu après minuit, a constaté un journaliste de l’AFP. Des manifestants ont jeté des bouteilles et se sont servis de barrières métalliques contre la police qui, avec bâtons et gaz poivre, tentait de chasser un petit groupe cherchant à rester devant la Conseil législatif, le « parlement » local. Au moins un policier a pu être vu avec du sang sur le visage.

Des accrochages sporadiques se sont pousuivis tard dans la nuit, policiers et manifestants jouant au chat et à la souris dans diverses rues.

Un peu plus tôt, un des organisateurs avait affirmé devant la foule immense : « Il y a 1,03 million de personnes à la marche d’aujourd’hui », déclenchant vivats et applaudissements.

La police, qui traditionnellement donne des chiffres de participation nettement inférieurs à ceux des organisateurs, a estimé que la marche avait, à son plus fort, rassemblé 240.000 personnes – soit, selon ses chiffres, la deuxième manifestation la plus massive depuis la rétrocession.

La marche était en tout cas comparable à une manifestation de 2003, qui avait vu un demi-million de personnes descendre dans les rues, forçant les autorités à renoncer à une loi controversée sur la sécurité nationale.

En 1989, alors que la colonie britannique – et grand centre financier international – n’était pas encore revenue dans le giron chinois, 1,5 million de personnes avaient manifesté en soutien aux protestataires de la place Tiananmen.

« Le gouvernement ne peut pas ignorer ces chiffres », a déclaré à l’AFP Peter Chan, un manifestant de 21 ans. « Si vraiment ils choisissent de ne pas répondre à nos exigences, nous n’écarterons pas d’autres actions ».

Dans un communiqué publié dimanche soir, le gouvernement a vu dans la manifestation « un exemple de la façon dont les habitants de Hong Kong exercent leur liberté d’expression ». Mais il n’a donné aucun signe de compromis, appelant les parlementaires à continuer de discuter du texte.

Large opposition

Selon ses détracteurs, le projet de loi d’extradition placera la population à la merci d’un système judiciaire chinois opaque et politisé.

De nombreux manifestants ont dit ne plus croire aux engagements de l’exécutif hongkongais de ne pas envoyer sur le continent les personnes critiques à l’égard du pouvoir chinois.

Ces dernières semaines, le front contre le projet de loi n’a cessé de grossir. Des avocats souvent vêtus de noir ont défilé, des magistrats ont donné sous couvert d’anonymat des interviews critiques dans les médias et les deux principales associations de juristes de Hong Kong ont appelé à le repenser. Les milieux d’affaires sont également montés au créneau, venant s’ajouter aux critiques exprimées par les Etats-Unis, le Canada, l’ancienne puissance coloniale britannique et de nombreux autres gouvernements européens.

Les autorités tentent de faire voter ce texte qui permettrait les extraditions vers les pays, dont la Chine continentale, avec lesquels il n’y a pas d’accord en ce sens.

L’exécutif de la région semi-autonome affirme que cette loi doit combler un vide juridique et qu’elle est nécessaire notamment pour rendre possible l’extradition vers Taïwan d’un Hongkongais recherché pour meurtre.

Mais ses détracteurs affirment que ce dossier de meurtre n’est qu’un prétexte pour satisfaire Pékin.

Le texte doit arriver mercredi en deuxième lecture au Conseil législatif, où il a déjà occasionné des bagarres entre élus, pour une inscription au journal officiel d’ici à fin juillet.

Disparitions

La marche de dimanche, avec sa mobilisation exceptionnelle, pose un énorme défi à Carrie Lam, la cheffe de l’exécutif hongkongais, qui n’est pas élue mais nommée.

Ignorer l’ampleur de l’hostilité au projet de loi pourrait attiser la colère, voire relancer une mobilisation comparable au « Mouvement des Parapluies » de 2014. Les organisateurs de la manifestation ont averti dimanche soir que leurs actions « monteraient en puissance » si le gouvernement ne tenait pas compte de l’opposition au texte.

Mais un recul de Carrie Lam, qui a déjà fait une série de concessions, pourrait encourager les opposants au projet, et mécontenter Pékin. Plusieurs hauts responsables du Parti communiste chinois ont affiché leur soutien à la loi d’extradition.

En vertu de l’accord de rétrocession conclu entre Londres et Pékin, Hong Kong jouit jusque 2047 d’une semi-autonomie et de libertés qui n’existent pas en Chine continentale.

La suspicion envers la Chine est renforcée par une série de disparitions de personnalités critiques envers le pouvoir chinois, dont un groupe d’éditeurs dissidents et un milliardaire, qui sont ensuite réapparues en détention sur le continent.

Des disparitions « terrifiantes » pour Leo Yuen, un manifestant qui travaille dans le milieu de l’art. « On peut prévoir comment cela pourrait arriver encore facilement si la loi était adoptée », a-t-il dit à l’AFP.

(avec Afp)

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