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Golounov : Manipulation de la police russe

Dernière mise à jour, le 13 juin 2019 à 03:18

Un journaliste d’investigation russe arrêté jeudi et inculpé pour trafic de drogue, une affaire que ses partisans dénoncent comme montée de toutes pièces, a été libéré sous contrôle judiciaire et assigné à résidence samedi par un tribunal de Moscou. Cette décision a été accueillie par les cris de joie de centaines de personnes rassemblées autour du tribunal moscovite de Nikoulinski pour le soutenir, alors que beaucoup craignaient que Ivan Golounov, un reporter du média indépendant en ligne Meduza, serait maintenu en prison.

Le journaliste apparaissait très marqué en arrivant samedi soir au tribunal, après un passage à l’hôpital où il avait été transporté après s’être plaint de se « sentir mal » pendant sa détention.

« Tout ça, c’est comme du cinéma! Je n’aurais jamais cru que j’assisterais à mes propres obsèques », a-t-il déclaré. Plus tard, il avait les larmes aux yeux quand le juge a rendu sa décision.

Son assignation à résidence est en vigueur jusqu’au 7 août mais elle peut être prolongée, comme c’est souvent le cas le temps de la préparation des procès.

Il est accusé d’avoir tenté de vendre « une quantité importante » de cocaïne et de méphédrone, une drogue de synthèse. Selon la police, quatre grammes de méphédrone ont été trouvés dans son sac à dos au moment de son arrestation, et de bien plus grandes quantités lors d’une perquisition de son appartement.

Mais ses collègues et les défenseurs des droits de l’homme ne croient pas en la culpabilité du journaliste.

En outre, la police russe a publié plusieurs photos présentées comme venant de la scène du crime et montrant un véritable atelier de fabrication de drogue, avant de reconnaître qu’elles n’avaient pas été prises chez le journaliste, ce qui a encore renforcé les soupçons de manipulation.

Selon la patronne de Meduza, Galina Timtchenkko, Ivan Golounov recevait en revanche presque quotidiennement des menaces de mort. Il a déclaré au juge que les accusations contre lui étaient liées à ses enquêtes sur le partage mafieux du « business des cimetières » à Moscou.

« Poursuivi pour son travail journalistique »

Alors qu’il devait être présenté à un juge tôt dans la journée de samedi, Ivan Golounov a d’abord été admis à l’hôpital après s’être « plaint de se sentir mal » pendant sa détention.

Son avocat, Pavel Tchikov, a affirmé que les médecins suspectaient des contusions et des côtes cassées alors qu’Ivan Golounov s’était plaint à une représentante russe du Conseil du Kremlin pour les droits de l’homme, qui lui a rendu en visite en prison, d’avoir reçu des coups de poing et que des policiers s’étaient tenus debout sur sa poitrine.

« Nous avons des raisons de croire que Golounov est poursuivi pour son travail journalistique », a souligné Meduza dans un communiqué. Fondé en 2014, ce site web d’informations est devenu en quelques années un des médias les plus lus et respectés de Russie.

Son siège est à Riga, en Lettonie, pour échapper au contrôle des autorités russes, bien que certains de ses journalistes soient basés en Russie.

« Tout indique que les autorités dissimulent de la drogue sur leurs cibles pour les faire taire avec une peine de prison », a accusé Natalia Zyvagina, la directrice de l’antenne russe d’Amnesty International, dans un communiqué.

Devant le tribunal, de nombreux journalistes portaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire le slogan « Je suis le journaliste Ivan Golounov. Arrêtez-moi aussi ! ». La police a interpellé samedi quatre personnes, selon un correspondant de l’AFP.

L’ONG Reporters sans frontières (RSF) s’est dit « très inquiète » de cette arrestation et du « comportement très suspect de la police », et les délégation en Russie de l’Union européenne et de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) ont exprimé leur préoccupation.

De son côté, l’ambassade des Etats-Unis à Moscou a appelé sur Twitter à la libération d’Ivan Golounov, provoquant une réponse de la diplomatie russe affirmant que « nous ne comprenons pas très biens quelles sont vos relations avec Ivan Golounov ».

LA MARCHE EN SOUTIEN AU JOURNALISTE GOLOUNOV RÉPRIMÉE PAR LA POLICE

Au lendemain de la libération surprise du journaliste russe Ivan Golounov, qui avait suscité des espoirs d’ouverture, la société civile a renoué avec son bras de fer habituel avec le Kremlin, marqué par plus de 400 arrestations mercredi à Moscou.

Contrastant avec la clémence inhabituelle dont elles ont fait preuve les jours précédents, les autorités n’ont pas traîné pour mettre fin à la marche organisée dans le centre de la capitale russe contre les abus de la police, qui n’avait pas reçu l’autorisation officielle de la mairie.

Au moins 423 manifestants ont été interpellés, parmi lesquels plusieurs journalistes et les organisateurs de la marche, a rapporté l’ONG OVD-Info, spécialisée dans le suivi des arrestations.

Cette manifestation fait suite à une mobilisation quasiment sans précédent de la société civile pour obtenir la libération mardi d’Ivan Golounov, journaliste du site d’information indépendant Meduza. Réputé pour ses enquêtes fouillées sur la corruption des élites et les malversations dans des secteurs opaques et mafieux comme le microcrédit ou les pompes funèbres, il faisait face à des accusations de trafic de drogue montées de toutes pièces, finalement abandonnées.

La marche a rassemblé plus d’un millier de personnes et donné lieu à des arrestations particulièrement musclées, ont constaté des journalistes de l’AFP. La police est allée jusqu’à fermer au public la Place Rouge, l’une des principales artères du centre et un populaire parc de la capitale.

Plusieurs personnes arrêtées, dont un photographe de presse, ont affirmé avoir été passés à tabac par la police, qui leur refuse l’accès à un médecin, selon OVD-Info.

« Mépris pour la solidarité »

Parmi les personnes arrêtées figurait le principal opposant au Kremlin, Alexeï Navalny, qui a fait l’objet de nombreuses procédures judiciaires et détentions ces dernières années. Il risquait jusqu’à 30 jours de prison, mais a finalement été libéré dans la soirée.

« Le pouvoir a terriblement peur de la démonstration de solidarité fantastique et unanime dans l’affaire Golounov. Il est donc important pour eux de détruire d’abord la solidarité générale, puis d’intimider et d’emprisonner ceux qui insistent », a déclaré plus tôt sur Twitter M. Navalny.

Plusieurs journalistes ont également été arrêtés, certains relâchés après quelques heures. Selon Meduza, l’un de ses correspondants a été interpellé alors qu’il se plaignait de la répression policière par téléphone avec le vice-maire de Moscou.

L’ONG Amnesty International a dénoncé dans un communiqué le « mépris » des autorités russes pour « la solidarité et les droits », exigeant la « libération immédiate et sans conditions » des personnes interpellées, tout comme le Conseil de l’Europe, qui a appelé à respecter « le droit de réunion ».

Le Kremlin avait dit craindre mardi que la marche ne « gêne l’atmosphère festive » de mercredi, jour férié célébrant l’indépendance de la Russie vis-à-vis de l’URSS.

« Impunité complète »

Arrêté le 6 juin à Moscou par des policiers qui affirmaient avoir découvert dans son sac à dos puis dans son appartement d’importantes quantités de drogue, Ivan Golounov avait été assigné à résidence samedi avant d’être disculpé et libéré mardi – un recul rarissime des autorités.

Le reporter de 36 ans a dit espérer que la lumière soit faite sur ce qu’il s’est passé et assuré qu’il continuerait à faire son travail comme avant.

Une enquête a été ouverte sur les agissements des policiers ayant interpellé Ivan Golounov, qui ont été suspendus de leurs fonctions le temps de l’enquête, tandis que deux responsables de haut rang de la police moscovite seront limogés.

Il s’agit d’un dénouement hors norme en Russie, où les services de sécurité et la police sont souvent accusés de monter des affaires de drogue de toutes pièces pour se débarrasser des voix critiques ou simplement pour atteindre leurs quotas mensuels d’arrestations.

L’organisation Reporters sans frontières (RSF), tout en saluant le « niveau historique de pression de la société civile russe » ayant permis la libération d’Ivan Golounov, rappelle que six autres journalistes restent détenus pour diverses accusations en Russie.

« L’arrestation d’Ivan Golounov met en lumière l’impunité complète dont jouissent les policiers corrompus », indique RSF dans un communiqué. « Si leur comportement a choqué Moscou, il est assez courant dans le reste de la Russie. »

L’affaire du journaliste avait provoqué une onde de solidarité rare, les soutiens s’accumulant de la part de simples Russes, des journaux indépendants jusqu’aux médias d’Etat, aux artistes et même à certains hauts responsables politiques.

(avec Afp)

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