samedi , 21 septembre 2019
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Passation de pouvoir : Tournure sanglante au Soudan

Le bras de fer entre les généraux au pouvoir au Soudan et la contestation a pris une tournure sanglante lundi avec la dispersion du sit-in des manifestants à Khartoum, qui a fait au moins 13 morts selon un comité de médecins. Le Conseil militaire de transition a lui démenti toute « dispersion par la force » du sit-in: si une opération de sécurité a eu lieu, elle a visé un secteur « dangereux » proche de ce site emblématique faisant face au QG de l’armée et occupé depuis près de deux mois, a-t-il argué. « Il n’y a plus rien à part les corps des martyrs que nous ne pouvons pas sortir », a de son côté avancé l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC), fer de lance de la contestation, alors que le lieu du sit-in reste inaccessible. En réaction, l’ALC a annoncé interrompre « tout contact politique » avec le Conseil militaire. Elle a appelé à « la grève et la désobéissance civile totale et indéfinie à compter d’aujourd’hui », dans le but de « renverser le régime ».

Dans son dernier bilan provisoire, le Comité central des médecins, proche de la contestation, a fait état d' »au moins 13 morts » et « plus de 116 blessés ».

Des tirs provenant du lieu du sit-in ont été entendus tôt en matinée par un journaliste de l’AFP, qui avait fait état d’un déploiement important des forces de sécurité dans les rues de la capitale.

Les manifestants, qui réclament depuis des semaines un transfert du pouvoir aux civils, ont mis le feu à des pneus et érigé des petits murets avec des briques sur des routes accédant au lieu du sit-in, ainsi que sur d’autres axes de la capitale.

« Une tentative du Conseil militaire de faire disperser le sit-in par la force est en cours », a ensuite déclaré dans un communiqué l’Association des professionnels soudanais (SPA), membre de l’ALC.

Le Conseil militaire a donné une autre version des évènements.

« Nous n’avons pas dispersé le sit-in par la force », a dit son porte-parole, le général Shamseddine Kabbashi, à la chaîne de télévision Sky News Arabia.

Il a affirmé que les forces de sécurité avaient visé lundi matin un secteur « dangereux » proche du sit-in, où se déroulaient des activités illicites. Selon lui, de nombreuses personnes ont fui ce secteur « et sont entrées sur le lieu du sit-in », ce qui a résulté dans le départ des manifestants, d’après la même source.

« Massacre »

Selon le comité central des médecins soudanais, les forces de l’ordre ont par ailleurs tiré à l’intérieur même de l’hôpital Charq al Nil et empêché l’accès au Royal Care, un autre établissement hospitalier de la capitale.

L’ALC a appelé à l' »intervention urgente » d’organisations humanitaires citant la Croix-Rouge, le Croissant-Rouge et Médecins sans frontières (MSF).

Elle a également appelé dans un communiqué à des « marches pacifiques et des cortèges dans les quartiers, les villes, les villages ».

Des manifestations ont eu lieu à Kassala, Gedaref, Port-Soudan (est), Sennar et Atbara (centre) où, selon des témoins, des manifestants bloquaient les rues avec des pneus enflammés, des pierres ou des troncs d’arbre.

A Port-Soudan, des manifestants scandaient des slogans pour « le renversement du Conseil » militaire, selon un habitant.

L’ambassade américaine a réagi sur Twitter en exhortant les généraux à « cesser » l’opération « injustifiée » de dispersion. Le Conseil militaire en « porte la responsabilité », a-t-elle prévenu.

L’Egypte, qui a reçu récemment le chef du Conseil militaire au pouvoir, Abdel Fattah al-Burhane, a appelé « toutes les parties soudanaises au calme et à la retenue et au retour à la table des négociations ».

Depuis le 6 avril, des milliers de manifestants campaient devant le siège de l’armée. Après avoir demandé le soutien des militaires contre le président Omar el-Béchir, ils exigent le départ du pouvoir des généraux.

Les relations entre les deux camps se sont tendues à la suite de l’échec le 20 mai des négociations, suivies des mises en garde du Conseil militaire qui dirige le pays depuis le 11 avril, date de la destitution sous la pression populaire du président Omar el-Béchir.

Le Conseil militaire avait récemment dénoncé des débordements autour du sit-in, les qualifiant de « menace pour la sécurité », et promis d’agir « avec détermination ».

« Pacifique »

La SPA avait accusé samedi les militaires « de s’employer à disperser le sit-in pacifique.

Une grève générale avait été observée les 28 et 29 mai à travers le pays par le mouvement de contestation, mobilisant divers secteurs d’activité, pour tenter de faire plier le pouvoir militaire.

Le général Burhane s’est rendu récemment en Egypte, mais aussi aux Emirats arabes unis et en Arabie saoudite, trois pays qui lui ont affiché leur soutien.

A la tête du Soudan pendant près de 30 ans, Omar el-Béchir a été destitué et arrêté sous la pression d’un mouvement inédit déclenché le 19 décembre par la décision des autorités de tripler le prix du pain dans un pays miné par une grave crise économique.

(avec Afp)

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