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Nazi : 75e anniversaire de la libération de l’Europe

Dernière mise à jour, le 8 juin 2019 à 02:43

Donald Trump, Emmanuel Macron et la reine Elizabeth II ont donné mercredi à Portsmouth le coup d’envoi des célébrations du 75e anniversaire du Débarquement en rendant hommage aux héros qui contribuèrent à la libération de l’Europe du joug nazi. Portsmouth (sud de l’Angleterre) avait été le port de départ pour Sword Beach, la plage normande la plus à l’est des cinq choisies pour le Débarquement des Alliés en Normandie (ouest de la France), plus grande opération de l’histoire de ce type en nombre de navires engagés. Au soir du 6 juin 1944, plus de 150.000 Alliés avaient pris pied sur le sol français, dont plus de 10.000 furent tués, blessés ou disparurent, selon les chiffres du Mémorial de Caen. Les célébrations, qui se poursuivront jeudi en France, ont commencé avec la projection sur un écran géant d’images du « D-Day » montrant ces soldats qui, le courage en bandoulière et au péril de leur vie, débarquèrent sur les plages de Normandie.

Une dizaine de vétérans sont ensuite montés sur scène, parfois appuyés sur une canne, avant d’être salués par une ovation debout du public et de représentants ou dirigeants de 16 pays.

Au côté de la reine et des présidents américain Donald Trump et français Emmanuel Macron figuraient notamment les Premiers ministre britannique Theresa May, le Canadien Justin Trudeau et la chancelière allemande Angela Merkel.

« C’est quand même dur de mourir »

M. Trump, qui concluait à cette occasion une visite d’Etat au Royaume-Uni entamée lundi, a lu une prière que son prédécesseur Franklin D. Roosevelt déclama à la radio au soir du 6 juin 1944 en soutien à ceux qui combattaient alors pour « libérer une humanité souffrante ».

Emmanuel Macron a lu pour sa part la poignante lettre d’adieu d’un jeune résistant, Henri Fertet, fusillé à l’âge de 16 ans.

Après 87 jours d’emprisonnement et de torture, il écrivit à ses parents: « Je meurs pour ma patrie. Je veux une France libre et des Français heureux. (…) Quelle mort sera plus honorable pour moi que celle-là ? Adieu, la mort m’appelle, je ne veux ni bandeau ni être attaché ». « C’est quand même dur de mourir. Mille baisers. Vive la France ».

Après la lecture de la lettre, en français, le baryton britannique Willard White a entonné « Le Chant Des Partisans ».

Dans la journée, les chefs d’Etat et de gouvernement devaient assister à l’embarquement de 300 vétérans britanniques qui rejoindront la France en bateau.

Pour commémorer cette journée historique, les 16 pays représentés à Portsmouth ont adopté une « Déclaration » pour « faire en sorte que les sacrifices du passé ne soient jamais vains et jamais oubliés ».

« Au cours des 75 dernières années, nos nations ont défendu la paix en Europe et dans le monde, la démocratie, la tolérance et l’Etat de droit », écrivent-ils.

« Nous réitérons aujourd’hui notre engagement envers ces valeurs communes parce qu’elles soutiennent la stabilité et la prospérité de nos nations et de nos peuples. Nous travaillerons ensemble en tant qu’alliés et amis pour défendre ces libertés chaque fois qu’elles seront menacées ».

Jeudi matin, M. Macron retrouvera Theresa May et des vétérans britanniques pour la pose de la première pierre d’un mémorial britannique en Normandie.

Ce sera le dernier grand rendez-vous officiel de Mme May avant sa démission vendredi.

La Première ministre britannique a jeté l’éponge après avoir échoué à mettre en oeuvre le Brexit, initialement prévu le 29 mars, et désormais repoussé au 31 octobre. Elle assurera la transition jusqu’à la désignation de son successeur par son Parti conservateur, d’ici à la fin juillet.

Trump au golf

Mardi, Mme May s’est entretenue avec Donald Trump, au deuxième jour de sa visite d’Etat au Royaume-Uni.

Le milliardaire américain a promis un accord commercial « extraordinaire » avec Londres pour l’après-Brexit, estimant que tout était « sur la table » dans la future négociation. Y compris le service de santé public britannique, le NHS, cher aux Britanniques, ce qui a suscité des réactions outrées au Royaume-Uni.

L’imprévisible dirigeant a semblé rétropédaler mercredi, soulignant sur ITV que le NHS était « quelque chose qu'(il) ne considérerai(t) pas comme faisant partie du commerce ».

A l’issue de la cérémonie à Portsmouth, M. Trump doit se rendre en Irlande pour s’entretenir avec le Premier ministre Leo Varadkar. Il rejoindra ensuite son complexe hôtelier dédié au golf à Doonbeg, sur la côte ouest du pays. Des drapeaux américains étaient visibles aux alentours, ainsi qu’un important dispositif de sécurité.

Le président américain sera jeudi en France pour la suite des commémorations du Débarquement.

DES VÉTÉRANS DU D-DAY

Ils sont souvent restés longtemps silencieux dans leur pays avant de trouver en France une « deuxième famille ». Au fil des décennies, vétérans du D-Day et Normands ont noué des liens « charnels ».

« Jean, Catherine et moi, c’est une amitié pour la vie. Tous ces gens sont si gentils. Je me réjouis chaque jour », résume James Carroll, un vétéran au regard malicieux, arrivé à 19 ans à Omaha Beach le 12 juin 1944 et hébergé durant les festivités du D-Day pour la deuxième année consécutive dans la lumineuse propriété de Jean et Catherine Maillet à Saint-Germain-de-Varreville (Manche), près de Sainte-Mère-Eglise.

« L’engagement des familles normandes est très impressionnant. Pour les vétérans, c’est une deuxième famille », ajoute Valérie Gautier-Cardin, une Normande de 42 ans, présidente et fondatrice en 2012 de « Retour des vétérans en Normandie ». L’association a financé le voyage de 13 vétérans américains pour le 75e anniversaire du Débarquement, dont celui de M. Carroll.

« Aux Etats-Unis, la moitié des gens ne savent même pas ce qu’est Omaha Beach. Pendant 50 ans, je n’en ai pas parlé chez moi. Ici j’aime aller dans les écoles, répondre aux questions des enfants », poursuit le mécanicien à la retraite, « j’aurais aimé emmener ma femme ici pour qu’elle comprenne ». L’épouse du vétéran est décédée avant son premier voyage en Normandie.

« Une fois j’ai envoyé à sa fille la vidéo d’un vétéran qui dansait. Elle m’a répondu +C’est mon père? Mais il ne s’est même pas levé à mon mariage pour danser+! », raconte Mme Gautier-Cardin. Cette agent de service dans un collège explique voyager plusieurs fois par an aux Etats-Unis pour montrer à ceux qui ne peuvent plus voyager « qu’on ne les oublie pas ».

« Quand on est allé à Sainte-Mère-Eglise, la voiture a été arrêtée trois fois en 50 mètres. Et un bisou, et un autographe », raconte Mme Maillet, 66 ans.

« C’est un choc pour eux quand ils reviennent pour la première fois d’être accueillis en héros et acclamés par la foule », ajoute Jean Maillet, 69 ans, ingénieur à la retraite.

« L’humilité » des vétérans

M. Carroll confirme. « Mais je ne suis pas un héros. J’ai juste eu de la chance. Plusieurs de mes amis n’en ont pas eu », souligne cet homme « merveilleux, toujours gai », selon ses hôtes.

« Cela nous permet de faire le lien entre les livres et le vécu. Mon père, qui a été prisonnier, n’a jamais voulu parler non plus de la guerre », ajoute Mme Maillet, ancienne DRH « très touchée » par l' »humilité » des vétérans.

Ces derniers ne sont pas toujours reçus dignement, nuance toutefois Mme Maillet: « Quand on fait payer 75 euros l’entrée d’une soirée avec des vétérans qui ne reçoivent pas un sou et doivent se contenter d’un plateau repas plus mauvais que dans un avion… »

A quelques dizaines de kilomètres de là, dans l’agglomération de Caen, Marie Legrand et Charles Norman Shay, un vétéran de 95 ans débarqué à Omaha le 6 juin 1944, semblent partager la même admiration mutuelle.

« Marie prend soin de moi. Elle fait tout pour moi. Je suis très heureux de l’avoir rencontrée », explique l’Amérindien installé depuis un an dans l’agréable demeure de Mme Legrand.

« Charles a eu des problèmes de santé qu’il n’arrivait pas à régler aux Etats-Unis. Il s’est installé ici et s’est fait opérer en France », explique la Normande qui reçoit des vétérans depuis les années 80.

Ces liens « très charnels » se sont noués dès l’après-guerre, souligne Henri-Jean Renaud, fils du maire de Sainte-Mère-Eglise en 1944.

« La présence du cimetière provisoire à Sainte-Mère a joué. Quand vous voyez 13.000 types passer sur des civières pour être enterrés, ça créé un lien », explique le pharmacien à la retraite qui avait 10 ans en 44.

M. Renaud tourne tristement les pages du carnet où il a noté, puis barré, au fur et à mesure de leur décès, le nom de tous ses amis américains.

Ce mardi soir il reçoit un général américain. « 400 soldats américains sont à la mairie ce soir et vont être dispersés dans des familles françaises », précise-t-il.

(avec Afp)

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