mercredi , 18 septembre 2019
Accueil / Afrique / RDC : Instrumentalisation de Tshisekedi
Kinshasa - Un militaire se recueil devant le cercueil du Patriarche Etienne Tshisekedi Wa MUlumba.
Kinshasa - Un militaire se recueil devant le cercueil du Patriarche Etienne Tshisekedi Wa MUlumba.

RDC : Instrumentalisation de Tshisekedi

Dernière mise à jour, le 7 juin 2019 à 11:13

Halte à la polémique stérile sur la hiérarchisation de nos héros. Haro sur l’instrumentalisation malsaine des obsèques amplement méritées d’Etienne Tshisekedi. La mémoire de ce grand homme mérite plutôt que le pays se serve de ses hauts faits d’armes pour écrire le nécessaire récit national. Ce même exercice devant être fait sur la face reluisante de tous nos grands hommes et nos grandes dames. De Kimpa Vita, Simon Kimbangu… à Laurent-Désiré Kabila, en passant notamment par Patrice-Emery Lumumba, Kasa-Vubu. Que de héros avec, chacun, leur contribution particulière à ce qui devrait être le mythe fondateur de la Nation rd congolaise. Le propre de grands pays, de nations majeures réside, en effet, dans leur capacité à asseoir un récit national. Ce, à partir d’un ou plusieurs hommes d’exception susceptible d’alimenter, d’incarner le mythe fondateur. Quand la Chine plurimillénaire remet constamment à l’ordre et au goût du jour Confucius et expose le portrait de Mao place Tienanmen au coeur de Pékin, cela procède du souci d’entretenir la flamme du récit national. Quand la Russie post-soviétique reprend à son compte une partie de la tradition tsariste et des pans de la success story militaire de l’URSS de Lénine, elle se fait fort de s’inscrire dans une lignée de puissance. Lorsque la vieille France invoque Jeanne d’Arc et évoque le Général De Gaule, il ne s’agit de rien d’autre que de rattacher la nation hexagonale à ces deux grandes figures tutélaires. Idem pour la Turquie, digne héritière de l’Empire Ottoman qui s’est réinventée au seuil des années 1920 avec Gazi Mustafa Kemal dit Atatürk. En Afrique, de rares Etats-nations comme le Maroc ou encore l’Ethiopie s’abreuvent aux sources de de leur passé glorieux pour gérer le présent et forger l’avenir. Pratiquement six décennies après l’indépendance, l’heure a donc sonné pour que la RDC fasse de ses nombreux héros et autres figures emblématiques de piliers de son nécessaire récit national. Sans annuler et moins encore annihiler ses devanciers, Etienne Tshisekedi vient enrichir le Panthéon congolais. A nous d’en faire un meilleur usage possible dans l’optique du récit national. Notre destin de grandeur en dépend.

TSHISEKEDI INHUMÉ À NSELE DANS L’INTIMITÉ FAMILIALE

Après le stade des Martyrs, où durant deux jours, des hommages lui ont été rendus, l’opposant historique et ancien Premier ministre Étienne Tshisekedi a été inhumé samedi 1er juin en début de soirée, dans l’intimité familiale, sans micro et hors caméra, dans un caveau spécialement aménagé à cet effet à la N’sele, à l’Est de Kinshasa. Le lider maximo, cercueil recouvert du drapeau national, a été rendu à la terre de ses ancêtres.

Des quatre chefs d’État qui avaient participé quelques heures auparavant aux hommages officiels et populaires au stade des Martyrs, seul Denis Sassou Nguesso a accompagné Félix Tshisekedi jusqu’à N’sele, à environ trente km à l’est de Kinshasa.

L’Abbé José Mpundu a procédé à la bénédiction du lieu où repose désormais pour l’éternité l’emblématique et charismatique président de l’UDPS. Mgr Gérard Mulumba, chef de la maison civile du Chef de l’État et frère cadet de l’illustre disparu, a remercié toutes les personnes qui ont soutenu la famille biologique d’Etienne Tshisekedi pendant cette dure épreuve.

Hommages à la dimension de l’homme

Dans l’histoire récente de la RDC, jamais funérailles d’un homme politique n’avaient mobilisé autant de foule. Même mort, Étienne Tshisekedi reste très populaire. Deux jours durant, ils étaient plusieurs dizaines de milliers de personnes à prendre d’assaut le stade des Martyrs pour lui rendre les derniers hommages. Des obsèques auxquelles des chefs d’État de la région et des représentants des missions diplomatiques ont pris part. A savoir les Zambien Edgar Lungu, Centrafricain Faustin-Archange Touadéra et Congolais Denis Sassou Nguesso. Le Roi du Maroc, les présidents ougandais, guinéen, kenyan, sénégalais, malien, égyptien, russe, zimbabwéen, chinois ont également délégué leurs représentants à ces hommages officiels organisés à le 1er juin dans la capitale rd congolaise.

Ce n’est pas tout. Les anciens Premiers ministres de la RDC, les membres du gouvernement, les députés nationaux et provinciaux, les sénateurs, les gouverneurs ont assisté à ces funérailles. Au nombre de certaines figures bien connues de la scène politique congolaise, on note celle de Bruno Tshibala, ancien proche du Sphinx de Limete.

Vendredi 31 mai, l’Angolais Joao Lourenço et le Rwandais Paul Kagame, ont rendu hommage à Etienne Tshisekedi, dont la dépouille était exposée au stade des Martyrs. Ceux des Congolais qui n’avaient pas effectué le déplacement au stade des Martyrs suivaient ces funérailles retransmises en direct sur la télévision publique.

Heros national

Aux grands hommes, la patrie reconnaissante. Le personnage du défunt a compté dans la vie nationale en tant qu’opposant historique aux régimes successifs. Comme pour couronner cette reconnaissance presque unanime du combat du Lider maximo, il a été élevé au grade de  » Grand Coordon  » dans le très distingué ordre de Héros nationaux Kabila-Lumumba. A l’interne, il n’y a pas mieux. L’ordonnance portant admission d’Etienne Tshisekedi à titre posthume à cette dignité a été signée vendredi 31 mai par le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo. « L’illustre disparu est récompensé pour ses mérites remarqués à travers sa longue et pénible lutte politique pour l’instauration de la démocratie et le progrès social, l’établissement d’un véritable état de droit et la protection des droits de l’homme », dit l’ordonnance.

Cette distinction vient « récompenser à titre posthume les martyrs et les services rendus à la Nation congolaise par l’intéressé dont la lutte héroïque a permis au pays de connaître sa première alternance pacifique et démocratique du pouvoir politique depuis son indépendance « , indique l’ordonnance. Au stade des Martyrs, cette élévation de Ya Tshitshi a été accueillie avec des applaudissements nourris.

Les deux jours d’émouvants hommages rendus à Etienne Tshisekedi couronnent près de quarante ans d’une lutte pour le bien-être d’un peuple qui lui aura témoigné toute sa reconnaissance durant ces funérailles. Décédé il y a 2 ans et 4 mois, Ya Tshitshi peut enfin reposer en paix. Avec le sentiment du devoir accompli. 

LE COMITÉ D’ORGANISATION A GAGNÉ SON PARI

Les funérailles d’Etienne Tshisekedi wa Mulumba ont vécu. Décédé le 1er février 2017 à Bruxelles, le mythique Premier ministre congolais, élu le 15 août 1992 à la Conférence Nationale Souveraine (CNS), a reçu des hommages dignes de son rang. Père de l’actuel chef de l’Etat, l’opposant légendaire à la dictature de Mobutu et aux régimes Kabila Père et Fils a été porté en terre avec honneur le samedi 1er juin dernier dans un climat apaisé. Un pari gagné pour le comité d’organisation des obsèques.

Kinshasa a vécu trois journées de forte mobilisation autour de la dépouille d’Etienne Tshisekedi. Du jeudi 30 mai, jour de l’atterrissage du corps de l’illustre disparu, au samedi 1er juin 2019, jour de l’inhumation, l’attention de l’opinion est restée maintenue sur les funérailles du leader charismatique de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), retransmisse en direct par la télévision nationale et relayée par plusieurs médias privés.

Ultramédiatisées, ces obsèques royales ont revêtu une dimension continentale avec l’arrivée de cinq chefs d’Etat africains (Denis Sassou Nguesso du Congo-Brazza, Paul Kagame du Rwanda, Edgar Lungu de la Zambie, Lourenço de l’Angola et Faustin-Archange Touadéra de la République centrafricaine) et des émissaires d’une dizaine d’autres dirigeants du continent (Guinée Conackry, Maroc, Mali, Ouganda, Kenya, Sénégal, Zimbabwe…).

Une sécurité garantie

Au niveau local, les représentants des institutions publiques, les membres de la coalition au pouvoir, les opposants qui se reconnaissent dans la lutte menée par le Lider maximo, et nombre de dissidents de l’UDPS ont quasiment tu toutes leurs divergences pour honorer la mémoire de celui qu’ils appellent désormais  »le père de la démocratie ».

La mobilisation de la population était aussi au rendez-vous pendant les trois jours de deuil. De l’aéroport de N’djili à la résidence familiale à Limete (10ème rue), via le siège du parti (11ème rue), tout comme sur la voie de la morgue du Cinquantenaire, à Kasa-vubu, des foules de partisans et sympathisants du Sphinx de Limete se sont massées comme un seul homme pour accompagner le corps du disparu.

« Malgré le nombre impressionnant de motocyclistes et piétons qui ont escorté le cortège le jeudi 30 mai et le samedi 1er juin, on n’a pas déploré des dérapages sur le plan sécuritaire. S’il y en a eu, c’était moindre, contrairement à ce qu’on redoutait », attestent des sources concordantes. Il en est de même lors des cérémonies funèbres au Stade des Martyrs. Vigilante en effet, la Police nationale a veillé au grain et tout s’est déroulé dans la sérénité.

Mention spéciale au comite de Lucien Lundula

« Coordonnateur du comité d’organisation des obsèques, Lucien Lundula a eu la délicate tâche de rapprocher les différents courants qui n’émettaient pas sur la même longueur d’ondes à propos des funérailles d’Etienne Tshisekedi. Il a eu la difficile mission de contribuer au bon déroulement des obsèques, tâchant de s’assurer que la sécurité de tous soit garantie et tout l’appui logistique fourni pour l’aménagement des sites réservés aux funérailles », nous souffle un haut cadre de la coalition au pouvoir.

« Au four et au moulin, les membres du comité d’organisation ont dû jouer aux funambules, aux rassembleurs, pour arriver à concilier les différentes parties antagonistes qui avaient encore du mal à s’entendre au sein de l’UDPS. Ils ont eu, en outre, à gérer des frictions qui risqueraient d’intervenir entre la famille biologique et la famille politique de l’illustre disparu », commente un membre influent du parti.

Au finish, on s’est finalement rendu compte qu’il y a eu plus de peur que de mal. Et que la main divine y a été pour beaucoup, car nombreux sont ceux qui redoutaient le pire. Nombreux sont ceux, en fait, qui s’attendaient à des affrontements et autres actes de violences tout le long du parcours de la dépouille du chef de file de l’Opposition congolaise, ou dans les différents sites retenus pour les funérailles. Le comité d’organisation est bien fier d’avoir relevé le défi.

FATSHI CHARGE DE CONDUIRE LE PEUPLE CONGOLAIS À LA TERRE PROMISE

Les autres Congolais vont peut-être l’oublier, mais pas le destinataire principal du message, le Président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo. L’appel, mieux, la recommandation du chef de l’Eglise catholique de Kinshasa, Mgr Fridolin Ambongo, demandant à FATSHI de prendre le relai du père et conduire son peuple à la terre promise, devrait résonner dans sa tête le temps de son mandat à la tête du pays. « M. Félix Tshisekedi, de la même manière que Moise depuis le mont Nebo a aperçu la terre promise sans y entrer, mais passant le relais à Josué, il vous revient désormais, M. le Président de la République, avec vos collaborateurs, de parachever l’idéal sociopolitique de votre illustre père, pour conduire le peuple congolais dans sa diversité, vers la terre promise, terre de prospérité sans exclusion, terre de respect mutuel et de convivialité, terre de justice et de paix, la paix véritable pour tous les fils et filles du Congo », a recommandé Mgr Fridolin Ambongo, s’adressant directement au chef de l’Etat.

« Un homme juste »

L’Archevêque métropolitain de Kinshasa a profité de sa tribune au stade des Martyrs pour rappeler au premier d’entre les Congolais la primauté du bien-être de son peuple dans tout ce qu’il a à entreprendre.

Le pasteur demande d’ailleurs au fils de prendre l’exemple sur le père, « un homme juste ». Saluant la constance d’Etienne Tshisekedi, Mgr Ambongo explique que « l’illustre disparu est resté droit dans ses bottes, refusant toute compromission pour ne pas brader son pays, la RDC. Etre juste c’est renoncer à soi pour servir les autres. Rappelons-nous la devise de celui qui nous rassemble aujourd’hui : le peuple d’abord. La primauté à l’intérêt supérieur du peuple, tout pour le peuple, avec le peuple et pour le peuple. L’homme à qui nous rendons hommage aujourd’hui a su tenir bon ».

L’Archevêque de Kinshasa a également appelé les Congolais à l’unité. « Il convient donc de saluer l’idéal qu’incarnait l’illustre disparu qui a consacré toute sa vie au combat pour un Congo plus beau qu’avant. C’est pourquoi, le meilleur hommage que l’on puisse lui rendre est de nous mettre ensemble, de nous donner la main pour réaliser cet idéal de cohésion autour des valeurs républicaines », a lancé Mgr Ambongo. Avant de convier l’ensemble de la classe politique congolaise à « s’engager avec détermination à construire, captiver et transmettre aux générations futures ce qui nous unit et nous élève en tant que peuple grand et fort au cœur de l’Afrique ».

(avec Didier KEBONGO, Yves KALIKAT, ForumDesAs)

A lire aussi

Gouvernement : Un programme ambitieux mais utopique en RDC

Dernière mise à jour, le 16 septembre 2019 à 04:05 Le gouvernement de la République …

Laisser un commentaire