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RDC : Imbroglio électoral au Sankuru

Dernière mise à jour, le 4 juin 2019 à 09:02

Rebondissement dans le feuilleton de l’élection des gouverneur et vice-gouverneur de la province du Sankuru, avec le surgissement d’un énième larron, prétendant à la tête de l’Exécutif provincial, qui cachait soigneusement ses ambitions jusque début mai courant. Lui, c’est Lokadi Otete Opetha, médecin de son état et ancien secrétaire général à la Santé. Le scalpel et les dossiers administratifs ne semble plus intéresser celui qui fut désigné Commissaire Spécial adjoint de la province chargé des questions politiques, administratives et juridiques fin octobre 2015, avant d’être élu vice-gouverneur fin mars 2016.

Le Dr Pierre Lokadi tiendrait à demeurer à la tête de la province du Sankuru et jouerait donc son va-tout pour arriver à ses fins. Le 3 mai 2019, ce gouverneur ad interim du Sankuru a adressé une note technique à sa hiérarchie politique, le PPRD donc, qui apporte un nouvel éclairage sur les contours de la suspension de l’élection gouvernorale, décidée, selon le ministère de l’Intérieur pour des raisons sécuritaires par le président de la République le 15 avril dernier. Tout se passe comme si le statu quo actuel profitait à plusieurs acteurs politiques de la région.

Pierre Lokadi écrit qu’il a consulté les populations de Lusambo, le chef-lieu enclavé de la province du Sankuru (39.578 électeurs contre les 2.101.436 répertoriés sur l’ensemble de la province) au sujet de la  » crise politique  » dans cette province.

Dans sa note sollicitant une intervention du PPRD auprès du président honoraire Joseph Kabila, Autorité morale du Front Commun pour le Congo, il explique qu’il se dégage de cette consultation, notamment, que la population ne voudrait pas de la candidature unique de Monsieur Lambert Mende, car les personnes consultées par lui « ne veulent pas d’un ressortissant de Lodja ».

Il précise que « ni la candidature de Monsieur Mende et non plus celle de Mukumadi n’apportera le changement à cette province chère à Patrice-Emery Lumumba, car le premier est réputé conflictuel et risque de gérer la province avec son cercle familial ; et le second est inexpérimenté et novice dans la gestion de la chose publique ».

Le médecin qui dirige provisoirement le Sankuru depuis quelques mois diagnostique que « Ainsi donc, la tension restera vive avec cette population qui est loin d’avoir un esprit développé ou imaginatif ».

Le gouverneur intérimaire du Sankuru ne s’arrête pas en si bon chemin. Il assure avoir administré un remède de sa trouvaille, qui règle l’équation sankuroise : « J’ai pris l’initiative d’attirer l’attention de la population de Lusambo à mon égard en l’amadouant par des actions à caractère de développement et sociale durant cette période de crise politique et sociale ».

Il suffit donc pour lui de… laisser les choses en l’état en prolongeant indéfiniment son intérim pour que tout aille bien. Mais il y a pire : »Cette population dupe et naïve est totalement convaincue par mes initiatives qui ne visent qu’à mon maintien… », se vante carrément Pierre Lokadi.

Le gouverneur a.i. du Sankuru met ainsi à nu les manœuvres et manipulations des populations orchestrées, et sans doute orchestrables, pour se débarrasser d’adversaires politiques dans la course à la tête de l’Exécutif provincial du Sankuru. Et l’homme n’est pas le seul à s’adonner à cet exercice qui est à l’origine de l’embourbement programmé du processus électoral dans cette partie du territoire national.

L’équation de l’élection gouvernorale au Sankuru, c’est d’abord une liste électorale qui met en compétition les tickets FCC Lambert Mende et Indépendant Joseph-Stéphane Mukumadi. A la suite d’une décision judiciaire, le ticket indépendant Mukumadi avait été invalidé pour cause de double nationalité, et la CENI a publié une liste définitive au terme de laquelle le ticket FCC/CCU Lambert Mende est resté seul en lice, à l’instar, du reste, de l’une ou l’autre circonscription de l’élection de gouverneur de province sur l’étendue de la RD Congo.

Ce qui a provoqué une levée de boucliers jusque dans les rangs du FCC chez certains esprits chagrins qui n’avaient pas présenté leurs propres candidatures, mais voulaient empêcher leur collègue de diriger la province.

On sait que, saisi de « problèmes d’insécurité à Lusambo », le président de la République avait demandé à la centrale électorale de surseoir à l’élection des gouverneur et vice-gouverneur de province au Sankuru.

Des rapports du ministère de l’Intérieur, dont les services sont chargés de renseigner le chef de l’Etat sur l’état du territoire national sont évoqués pour expliquer ou justifier cet empiètement de l’Exécutif sur l’indépendance de la CENI.

Ils s’appuient sur les rapports rédigés par des responsables politico-administratifs aussi intéressés au strapontin provincial que l’ancien gouverneur a.i. du Sankuru, Pierre Lokadi, qui assure l’intérim de son titulaire élu sénateur. Ou, pire encore, son supérieur hiérarchique à l’échelle nationale, le ministre a.i. de l’Intérieur et Sécurité dont il est apparu, depuis notamment la rocambolesque affaire du vrai-faux diamant de Lodja, qu’il a un os particulier à peler avec le candidat gouverneur FCC, Lambert Mende Omalanga.A l’évidence, le statu quo politique dans la province du Sankuru est une création artificielle de ceux à qui il profite. Seule l’application de la loi, dans sa plus grande rigueur, permettra d’en sortir avec le moins de dégâts possibles.

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