mardi , 29 septembre 2020
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Nominations : Bras de fer entre les chefs d’État de l’UE

Les tractations pour désigner les nouveaux dirigeants des institutions européennes ont tourné mardi au bras de fer entre les chefs d’Etat ou de gouvernement et le Parlement européen et l’issue de cette lutte de pouvoir est incertaine. L’affrontement porte sur la présidence de la Commission européenne, car celui qui sera élu pour l’assurer devra obtenir le soutien des chefs d’Etat ou de gouvernement et la majorité absolue au Parlement européen, soit 376 voix. Les groupes politiques de l’Assemblée ont désigné leurs prétendants, les « Spitzenkandidaten », et leurs présidents ont refusé mardi matin toute candidature extérieure dans une déclaration adoptée peu avant une réunion des chefs d’Etat ou de gouvernement à Bruxelles.

Le groupe libéral, au sein duquel siègera le parti Renaissance du président français Emmanuel Macron, a refusé de soutenir cette ligne. Mais les élus signataires -PPE (droite), Socialistes, Verts- sont au nombre de 395 et peuvent marginaliser la famille libérale.

La position du Parlement a été transmise au président du Conseil, le Polonais Donald Tusk. Il va la soumettre aux dirigeants européens au cours d’un sommet extraordinaire organisé pour tirer les leçons des élections, marquées par une participation de plus de 50% qui renforce la légitimité de l’assemblée.

Donald Tusk aura moins d’un mois pour trouver un accord entre les deux instances, avant le sommet des 20 et 21 juin.

La référence est de mauvais augure, car la série télévisée est un récit de trahisons, de complots et de massacres dont le surprenant dénouement a déçu de nombreux fans.

Eviter une crise

« Games of Thrones va commencer », a prédit dimanche soir un des prétendants à la présidence de la Commission européenne, le Néerlandais Frans Timmermans, chef de file des Socialistes.

Le Parti Populaire Européen (PPE), la droite pro-européenne, revendique la présidence de l’exécutif bruxellois pour son prétendant, le Bavarois Manfred Weber. Mais il n’a pas l’assentiment du Conseil et n’est pas assuré de l’emporter au Parlement.

Il doit compter avec les prétendants des deux autres grands groupes : le socialiste Frans Timmermans et la libérale Danoise Margrethe Vestager.

Le PPE réunit ses instances et sept des huit chefs d’Etat ou de gouvernement de cette famille politique pour afficher son soutien à M. Weber, avant le sommet.

« Manfred Weber est en position de leader et nous l’aiderons à obtenir une majorité au Parlement européen », a annoncé lundi la présidente du parti conservateur allemand CDU, Annegret Kramp-Karrenbauer.

Plusieurs dirigeants vont tenter de convaincre le PPE de renoncer à son candidat pour éviter une crise. Le Français Emmanuel Macron mène la rébellion, mais il n’ira pas jusqu’à un vote au cours duquel la France s’opposera à l’Allemagne, soutient un responsable européen.

Le président français compte sur les soutiens des huit chefs d’Etat ou de gouvernement de la famille libérale et cherche l’appui des cinq dirigeants socialistes.

Il a dîné lundi soir à Paris avec leur chef de file, le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, sorti vainqueur du scrutin en Espagne. Madrid s’est dit prêt à former l’alliance entre les socialistes et les libéraux européens qu’appelle de ses voeux M. Macron.

Cinq nouvelles têtes

Le président français doit aussi s’entretenir avant le sommet européen avec Angela Merkel, qui a soutenu Manfred Weber pendant la campagne mais qui n’est pas favorable au système dit de « Spitzenkandidat ».

Cinq institutions de l’UE vont changer de tête au cours des prochains mois : le Parlement début juillet, la Commission, le Haut Représentant pour la diplomatie et la Banque centrale européenne en novembre, le Conseil début décembre. Un mécano qui doit être un savant dosage entre grands et petits pays, Est/Ouest et parité homme/femme.

Le chef de l’exécutif bruxellois, l’ancien Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker était le « Spitzenkandidat » du PPE en 2014. Son successeur devra recueillir les suffrages des trois principales formations : PPE, socialistes et libéraux.

Les chances de Frans Timmermans et de Margrethe Vestager sont nulles si le PPE maintient Manfred Weber.

Mais le candidat du PPE devra s’effacer s’il n’obtient pas la majorité absolue, ont assuré à l’AFP plusieurs dirigeants de cette famille. Le PPE pourrait alors décider de soutenir Frans Timmermans contre Margrethe Vestager, a laissé entendre Manfred Weber.

MACRON À LA MANŒUVRE

Emmanuel Macron est reparti à l’offensive au niveau européen en multipliant les discussions avec ses homologues, afin de construire une majorité « progressiste » au Parlement européen et placer ses alliés à la tête des institutions, au lendemain d’élections qui marquent un recul des partis traditionnels.

Le temps presse puisqu’un sommet informel réunit mardi soir à Bruxelles les chefs d’Etat et de gouvernement pour commencer à choisir les nouveaux dirigeants des institutions européennes, dont le président de la Commission.

Après la courte défaite de sa liste – 22,41% contre 23,31% pour celle du Rassemblement national (RN)-, le président s’estime conforté pour être au centre du jeu, lui qui a fait de la « refondation de l’Europe » l’une de ses priorités, une ambition jusqu’à présent contrariée.

Peu après les résultats, il s’est entretenu dimanche soir avec la chancelière Angela Merkel.

Il a reçu lundi à dîner le chef du gouvernement espagnol socialiste Pedro Sanchez, sorti grand vainqueur du scrutin, qu’il voit comme un allié crucial sur la scène européenne. Au même titre que le Néerlandais Mark Rutte et le Portugais Antonio Costa qu’il a récemment invités à l’Elysée.

Dès lundi soir, Madrid s’est dit prêt à former l’alliance entre les socialistes et les libéraux européens qu’appelle de ses voeux le président français.

« Pedro Sanchez et Emmanuel Macron seront chacun leader de leur famille politique respective, la socialiste et la libérale, et défendent la nécessité de forger une alliance des forces progressistes et pro-européennes qui freinera l’extrême-droite », selon des sources gouvernementales espagnoles.

Mardi, Emmanuel Macron a avancé l’heure de son départ pour Bruxelles pour y déjeuner avec les Premiers ministres belge Charles Michel, espagnol Pedro Sanchez, portugais Antonio Costa et néerlandais Mark Rutte.

Puis il s’entretiendra avec les dirigeants du groupe de Visegrad (Slovaquie, République tchèque, Pologne, Hongrie), bastion du camp nationaliste. Avant de rencontrer le président du conseil Donald Tusk et Angela Merkel.

« La future majorité au Parlement européen passera par nous, incontestablement. Il n’y en a pas sans nous », a affirmé à France Inter Pascal Canfin, numéro deux de la liste de la majorité LREM-MoDem.

Weber « totalement disqualifié »

Même s’il n’a pas réussi à arriver en tête devant le RN de Marine Le Pen, le camp Macron s’estime en situation de force sur le plan européen.

A L’Elysée, on fait valoir que « pour la première fois », les deux grands groupes du Parlement européen – le PPE de droite et les socialistes – n’ont pas de majorité à eux seuls. Et qu’ils « devront composer avec une force européenne centriste qui sera incontournable et dans laquelle nous serons cruciaux ».

Le premier pas a été l’annonce dès lundi d’un nouveau groupe « réformiste » au Parlement européen par l’actuel groupe centriste ALDE (libéral-démocrate) et la liste Renaissance.

Avec 21 élus, « nous serons la première délégation » et « nous allons donc peser de manière considérable au sein de ce groupe et de la future coalition et donc au sein du Parlement européen », a précisé Pascal Canfin. La tête de liste Nathalie Loiseau se rendait pour cela à Bruxelles dès lundi.

Pour M. Canfin, ce groupe sera au cœur d' »une majorité à trois avec le PPE sans (le dirigeant national-conservateur hongrois Viktor) Orban, et avec les socialistes », ou à quatre « si les Verts veulent la rejoindre ». « J’ai entendu des voix plutôt favorables à cette hypothèse chez les Verts allemands et des voix défavorables chez les Verts français », a précisé l’ancien ministre de François Hollande.

« Nous allons sans doute au niveau européen travailler avec eux », a assuré de son côté la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye.

Pour l’Elysée, le sommet informel de mardi sera « important pour tirer les enseignements de la nouvelle situation politique créée aux élections ».

Même si aucune décision ne sera annoncée, l’un des enjeux est le choix du prochain président de la Commission européenne, qui doit être aux yeux de Paris une personnalité capable d’incarner l’Europe dans le monde et de pouvoir discuter d’égal à égal avec l’Américain Donald Trump ou le Chinois Xi Jinping.

« C’est le cœur du sujet » pour Pascal Canfin, qui voit le candidat proposé par le PPE, l’Allemand Manfred Weber, comme « totalement disqualifié » par le recul de la droite sur la scène européenne. « Nous pèserons de tout notre poids pour avoir soit un candidat français, Michel Barnier, soit un candidat beaucoup plus proche du nouveau barycentre du nouveau Parlement, beaucoup moins à droite ». Revient ainsi régulièrement le nom de la commissaire danoise à la Concurrence, Margrethe Vestager.

(avec Afp)

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