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RDC : Ngbanda déballe le plan machiavélique de Katumbi

Dernière mise à jour, le 31 mai 2019 à 12:35

De blanc vêtu, Moïse Katumbi s’est montré profondément religieux en abordant cet échange avec la presse. Marqué par les trois ans d’exil, l’actuel coordonnateur de la coalition Lamuka élu pour trois mois et Commandant en chef de d’Ensemble pour le changement estime avoir été façonné par l’épreuve divine qui l’a poussé à lutter pour l’alternance en République démocratique du Congo. Se présentant en artisan de la paix, il accueille avec beaucoup d’optimisme cette ouverture qui lui a permis de revenir au pays.

Revenu au pays le lundi 20 mai après trois ans d’exil, Moïse Katumbi Chapwe a tenu sa toute première conférence de presse hier mercredi 22 mai, dans sa résidence à Lubumbashi. Face à un parterre de journalistes venus de différents horizons, l’ancien Gouverneur de l’ex-province du Katanga a révélé sa nouvelle vision au sein de l’Opposition, tenant à souligné qu’il restera à l’écart de toute gestion du pouvoir.

De blanc vêtu, Moïse Katumbi s’est montré profondément religieux en abordant cet échange avec la presse. Marqué par les trois ans d’exil, l’actuel coordonnateur de la coalition Lamuka élu pour trois mois et Commandant en chef de d’Ensemble pour le changement estime avoir été façonné par l’épreuve divine qui l’a poussé à lutter pour l’alternance en République démocratique du Congo.Se présentant en artisan de la paix, il accueille avec beaucoup d’optimisme cette ouverture qui lui a permis de revenir au pays.

«Je voudrais, tout d’abord, remercier notre Seigneur. Je crois que nous tous nous prions le même Dieu ! Ce n’était pas, en fait, facile d’aller en exil. Mais, mon Dieu m’avait donné un autre travail. Je devrais donc participer à la libération du Congo. Contribuer à la tenue des élections, sans toutefois cautionner un troisième mandat ou le troisième penalty».

« LE PRESIDENT ACTUEL ETAIT AUSSI DANS L’OPPOSITION COMME NOUS »

«Aujourd’hui, je suis de retour au pays. Je voudrais ainsi remercier mes compatriotes et surtout mes amis de « Ensemble », et tous les autres amis de l’Opposition… N’oubliez pas que le Président actuel était aussi dans l’Opposition comme nous ! Nous avons mené un grand combat ensemble pour que nous puissions vraiment finir avec les antivaleurs dans notre pays».

«Mon message est donc un message de la paix. Si je suis rentré, c’est pour que nous puissions voir ensemble l’avenir de notre pays. Les Congolais ont tant souffert, et il y a eu beaucoup de problèmes. Beaucoup de gens ont été tués», a affirmé Moïse Katumbi.

« JE DEMANDE L’OUVERTURE D’UN BUREAU DE RECENSEMENT »

Tenant à ce que l’histoire soit réécrite et que justice soit faite, le porte-étendard de Lamuka réclame la mise sur pied d’un bureau de recensement, chargé d’inventorier l’effectif de personnes tuées, massacrées pendant ces périodes de conflits. «J’ai ainsi demandé à toutes les ONG que nous puissions voir ensemble comment inventorier le nombre de personnes qui sont mortes. Des personnes qui ont été massacrées à Beni, à Butembo… Car, il ne faut pas avoir peur de réécrire l’histoire de notre pays», a-t-il souligné.

«Je demande donc aux journalistes, aux avocats, aux juristes, aux ONG… de contribuer à l’ouverture un bureau de recensement. Il y a des gens qui ont été empêchés de pleurer leurs morts. D’autres ont été emprisonnés illégalement pour des raisons politiques. Je pense à Jean-Claude Muyambo, à Franck Diongo… sans compter les combattants de Lucha. Comment allons-nous corriger notre passé si nous oublions notre histoire ?»

« NOUS SERONS UNE OPPOSITION REPUBLICAINE ET EXIGEANTE »

Quelle place compte-t-il désormais occuper au sein de la classe politique, maintenant qu’il est revenu au bercail ? A cette question, l’ancien Gouverneur du Katanga s’est voulu précis: «Moïse Katumbi est dans une coalition. Nous serons une opposition républicaine et exigeante. Nous allons féliciter là où il faudra féliciter, condamner là où il faudra condamner.Nous n’allons plus accepter la corruption dans notre pays, le trafic d’influence, (avec des personnes, par exemple, qui se disent être le fils de, le frère de, le cousin de…)».

«Quand j’étais au Gouvernorat ici au Katanga,m’avez-vous entendu travailler avec ma sœur, mon frère, ma tante… ? Nous devons éviter ces antivaleurs-là. Le changement, c’est nous tous. C’est vous, c’est moi. Nous devrons faire ce qui est bien pour permettre au pays d’aller de l’avant. Aujourd’hui, nous sommes de l’opposition. Mais, nous devons pousser le Gouvernement à faire de bonnes choses pour le pays», a-t-il lâché.

« MARTIN FAYULU ET FELIX TSHISEKEDI SONT DES FRERES ; ILS ONT UNE MEME EGLISE ET UN MEME PASTEUR »

A propos de la direction du pays, Moïse Katumbi a confirmé sa boutade selon laquelle un véhicule ne peut être concomitamment conduit par deux chauffeurs, sans citer nommément à quels acteurs il fait allusion. «Je laisse, dès lors, à la population la liberté de faire ses interprétations, comme on en fait pour la Bible», a-t-il indiqué.

Serait-ce une façon de dissuader l’un des deux candidats à la présidentielle de 2018 de renoncer à la course au pouvoir ? Moïse Katumbi lève l’équivoque, assurant qu’un jour tous les hauts cadres de l’opposition républicaine, lui et Martin Fayulu compris, iront rencontrer le Président Félix Tshisekedi de jour et non de nuit, puisqu’il ne veut rien faire en cachette.

Se voulant l’apôtre de la réconciliation, le numéro un de la coalition Lamuka tient à concilier tous ‘‘ses frères’’ de l’opposition autour d’un idéal commun : l’intérêt de la population. «Martin Fayulu, Jean-Pierre Bemba, ce sont mes frères. Même Martin Fayulu et Félix Tshisekedi sont des frères ! Ils sont dans la même église, et ils ont le même pasteur ! Martin Fayulu connaît bien Félix Tshisekedi et vice-versa. Nous ne sommes donc pas des ennemis».

«Dans notre opposition républicaine, nous allons mettre les deux frères ensemble. Mettre les deux personnes ensemble ne veut pas dire entrer au Gouvernement. Nous voulons être du côté de l’Opposition et faire avancer le pays. Je veux la paix et le progrès au pays. Moi et Martin Fayulu, nous sommes des frères. Nous sommes dans une même coalition. Nous parlons de temps en temps avec Martin Fayulu. Nous parlons avec tout le monde. Tout récemment en Belgique, vous nous avez vu ensemble lorsqu’il fallait changer la plateforme électorale en plateforme politique !», a rétorqué Moïse Katumbi face à ceux qui relèvent déjà des distances entre lui et ‘‘le défenseur de la vérité des urnes’’.

« MOISE KATUMBI NE VA PAS ENTRER AU GOUVERNEMENT »

Et si Félix Tshisekedi tendait la main à Moïse Katumbi, Fayulu ou autres cadres de Lamuka pour entrer au Gouvernement, quelle serait la position de Katumbi ? «Le plus important pour moi, c’est d’abord la population congolaise. Je reste dans l’opposition. Il y a le Premier ministre qui va former son Gouvernement. On peut aider notre pays sans pour autant entrer au Gouvernement. Moise Katumbi ne va pas entrer au Gouvernement. Il aura, au contraire, un bic rouge. Ainsi, là où c’est bon, nous allons féliciter, là où c’est mauvais nous allons critiquer et proposer des solutions», a tranché le numéro un de Lamuka.

Moïse Katumbi encourage, dès lors, les cadres de Cap pour le Changement (CACH) à se ruer pour la gestion du pouvoir.«L’UDPS s’est battue pendant trente-sept ans. Les anciens militants doivent occuper des postes, parce qu’ils ont lutté pour le changement. Mais moi, je vois très mal comment Moïse va quitter là où il est pour aller chercher un poste au Gouvernement. Je souhaite donc à tous les militants de l’UDPS une bonne chance pour changer la situation du peuple congolais. De même, pour mon frère Vital Kamerhe de l’UNC. Mais, je n’aime pas être opportuniste dans ma vie. Je reste constant dans ce que je fais».

« J’AI CHOISI DE ME RANGER DU COTE DU PEUPLE »

Quid alors de la Mutation d’Ensemble en parti politique ? Moïse Katumbi se veut ici très ambitieux. «Nous allons faire d’Ensemble un grand parti politique. Et nous aurons aussi des alliés. Nous allons tout faire pour avoir un parti modèle. Nous ne voulons pas avoir des opportunistes chez nous», a clamé Katumbi, promettant qu’il va bientôt sillonner toutes les provinces du pays pour présenter sa nouvelle vision politique.

Et à ceux qui lui demandent s’il garde rancœur au président sortant. La réponse est directe : «Je n’ai pas de haine contre l’ancien Président Joseph Kabila. J’ai travaillé avec lui, mais j’ai dû quitter moi-même mon poste. J’avais même publié sur mon compte twitter les raisons de ma démission. A l’époque, nous étions à six Gouverneurs qui ne voulaient plus de la continuité et qui étaient prêts à démissionner. Mais, le jour J, certains ne décrochaient plus leurs téléphones. D’autres avaient laissé leurs téléphones à leurs secrétaires, parce qu’ils avaient des cadavres à protéger. Moi, je n’avais aucun cadavre à protéger. J’ai alors choisi de me ranger du côté du peuple». 

« SI MOÏSE KATUMBI N’AVAIT PAS BIEN TRAVAILLÉ, LES GENS N’ALLAIENT PAS SE PRESSER POUR ALLER L’ACCUEILLIR »

Secrétaire général adjoint de  » Ensemble pour le Changement « , chargé des partis politiques et plateformes, Moïse Moni Della est le président de CONADE (Conservateur de la Nature et Démocrate), parti politique proche de Moïse Katumbi Chapwe. Ministre honoraire de la Presse et information, il voit de bon œil l’ouverture politique qui a permis au porte-étendard de la coalition Lamuka de revenir au pays. Moïse Moni Della est surtout marqué par l’accueil délirant que les Lushois ont réservé à Moïse Katumbi le lundi 20 mai dans la capitale cuprifère. Au quotidien »Forum des As », il se dévoile.

Vous avez pris part à une grande réunion des cadres du parti que le président d’Ensemble, Moïse Katumbi, a convoquée le mardi 21 mai dans sa résidence, à Lubumbashi. De quoi s’est-il agi ?

Nous sommes venus dire un bon retour à notre frère et président de  » Ensemble « , qui a été contraint à l’exil pendant trois ans. C’est maintenant que beaucoup de gens réalisent qu’il avait vu juste, quand il a dit qu’il n’y aura pas de troisième pénalty, et donc de troisième mandat à la tête du pays. Nous sommes venus lui dire merci et lui répéter qu’il est un leader visionnaire. Car, grâce à son combat, on n’a pas tripatouillé dans la Constitution. Et le président sortant ne s’est plus représenté aux élections, comme on le redoutait. Aujourd’hui donc, il y a alternance. Et dans cette alternance, Moïse Katumbi a sa part, d’autant qu’il était en première ligne.

Par la même circonstance, les membres du Bureau politique de  » Ensemble  » ont donné à Moïse Katumbi l’occasion de dévoiler le monument qu’ils lui ont offert. Que représente cette sculpture?

Vous savez, il y a des gestes qui valent plus qu’un discours, comme le relève un auteur que j’aime bien. Le geste que nous avons posé restera ancré dans le temps. C’est un cadeau immortel, qui vaut plus que l’argent. Le monument que nous lui avons fait ériger représente tout le combat que Moïse Katumbi a mené durant son parcours politique. On voit que ce personnage qu’il symbolise brise les chaînes. Comme lui, Moïse Katumbi a brisé les chaînes de l’intolérance, de totalitarisme, de dictature, de privation des libertés, de violation des droits de l’homme… Il pouvait bien rester gouverneur en continuant à travailler avec le président Kabila, mais pour l’intérêt général, il a préféré aller dans ce combat-là, sacrifier sa vie, refusant de céder à la trouille comme beaucoup. L’exil pour Moïse Katumbi est une prison. Et son retour peut aujourd’hui être interprété comme la victoire du peuple, le triomphe de la liberté. Car, tout citoyen voudrait vivre dans la liberté.

Qu’est-ce qui justifie, selon vous, la grande mobilisation de la population qui lui a réservé un accueil triomphal à Lubumbashi ?

Moïse Katumbi est mieux placé que nous tous pour nous renseigner à ce propos. Il l’a dit lui-même. S’il n’avait pas bien travaillé, je ne crois pas que les gens seraient aussi nombreux à venir l’accueillir après son exil. Supposons qu’il était milliardaire. Serait-il en mesure de distribuer de l’argent à toutes ces personnes qui sont venues à sa rencontre à l’aéroport de Luano ? Il y a même d’autres personnes qui l’ont vu, mais n’ont pu l’écouter, satisfaits juste de l’avoir vu. On les a toutefois vus marcher dans la joie et l’allégresse à travers les artères de la ville de Lubumbashi. Moi, je crois que ce mouvement spontané traduit l’amour et la reconnaissance que la population a pour Moïse Katumbi. Pas parce qu’il a l’argent ! Mais plus parce qu’il aime les gens. Parce qu’il est simple et se montre toujours disposé à partager avec les gens. Il est juste dévoué à servir le peuple, qui le lui rend si bien.

Concrètement, quelles sont les actions posées par Moïse Katumbi qui justifieraient cette forte adhésion populaire ?

Ce sentiment est une marque de reconnaissance de la population à l’égard de ce que l’ancien Gouverneur a fait pour le Katanga. Certains minimisent les actions posées en se disant que le Katanga n’a pas de gratte-ciels comme en Afrique du Sud. Mais, il n’y a pas lieu ici de comparer les deux zones. Tout le monde sait que le Katanga est une province riche en ressources naturelles. C’est vrai qu’on n’y trouve pas de gratte-ciels. Mais, le Katanga était dépourvu même du basique : de l’eau, de l’électricité, des routes… Moi, je venais souvent ici, mais j’ai réalisé que l’avènement de Moise Katumbi a boosté le développement ici ! On y trouve désormais des restaurants, des hôtels de haut standing… au point où le Katanga n’a pas à être complexé par rapport à d’autres villes du pays !

Sur le plan social, quelle mesure prise par Moïse Katumbi a eu un retentissement national ?

Avant lui, les entreprises payaient les gens la modique somme de 30 dollars, voire 40 dollars le mois. Arrivé à la tête du Gouvernorat de Katanga, Moïse a dit : « C’est fini ! Plus question de payer à un employé moins de 100 dollars »et les choses ont aussitôt changé. Pensez-vous que de telles mesures peuvent être facilement oubliées par la population ? Il y a même des gens d’autres provinces qui quittaient la leur pour venir travailler au Katanga, parce qu’ils n’avaient jamais vu un billet de 100 dollars ! Et lorsqu’ils arrivaient sur place, ils étaient aussitôt embauchés dans les entreprises minières où on leur payait plus de 100 dollars. Et ils pouvaient alors envoyer ces frais dans leurs familles qui étaient démunies. C’est le cas de plusieurs originaires de ma province du Maniema. Le cas aussi de ceux qui provenaient de Kinshasa, du Bandundu… et particulièrement de ceux qui venaient du Kasaï à pied.

= Vous vous êtes personnellement investi dans la mobilisation de la masse en vue de la réussite de l’accueil de Katumbi à Lubumbashi. Concrètement, comment vous vous y êtes pris ?

A tout Seigneur, tout honneur. Celui qui a mobilisé plus que tous, c’est Moïse Katumbi lui-même. A titre illustratif, à Kindu, dans ma province du Maniema, c’est au nom de Moïse Katumbi que j’ai été accueilli plus que personne d’autres avant moi. Les gens me disaient : « Nous n’avons jamais touché l’argent de Moïse Katumbi, mais nous aimons bien cet homme-là ». Aussi étonnant que cela puisse paraître, le nom de Moïse Katumbi m’avait précédé chez moi au Maniema, car il avait déjà déblayé le terrain. Je vous dis déjà d’avance que ce qui s’est passé ici pourra être réédité dans d’autres provinces. Car, Moise Katumbi est un leader mobilisateur, un leader charismatique. 

(avec forumDesAs, propos recueillis par Yves KALIKAT Envoyé spécial à Lubumbashi)

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