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France : Traque au poseur du colis piégé de Lyon

Dernière mise à jour, le 30 mai 2019 à 02:09

La traque du principal suspect de l’attaque ayant fait 13 blessés vendredi à Lyon se poursuit dimanche, ralentie par les nombreuses zones d’ombre subsistant sur son identité et ses motivations. Les enquêteurs ont subi un premier coup dur samedi quand l’ADN retrouvé sur le sac qui a explosé n’a rien donné. Il n’était pas répertorié au Fichier national des empreintes génétiques (FNAEG), selon une source proche du dossier, douchant probablement les espoirs d’une identification rapide du suspect.

Le procureur de la république de Paris Rémy Heitz, qui dirige la section anti-terroriste chargée de l’enquête, n’a pas prévu de s’exprimer dimanche, journée de scrutin européen. Et on ignore encore si l’analyse des résidus de l’engin explosif est susceptible de conduire à une piste sérieuse.

Selon une source proche du dossier, il y a de fortes suspicions pour que l’explosif soit du TATP (tripéroxyde de triacétone), en faible quantité. Le TATP est un explosif artisanal très instable utilisé dans les attentats jihadistes commis à Paris le 13 novembre 2015 et à Bruxelles en mars 2016.

M. Heitz a annoncé samedi que « plusieurs dizaines » de témoignages « sont en cours d’exploitation » pour tenter de faire la lumière sur l’attaque, non revendiquée, et son auteur. La garde des Sceaux Nicole Belloubet a souligné vendredi soir qu’il était « trop tôt » pour évoquer « un acte terroriste ».

« Le mode utilisé est un peu particulier, il rappelle le réseau (de Khaled) Kelkal [l’auteur présumé de la vague d’attentats de 1995 abattu près de Lyon]. C’est la cible qui est bizarre. Pourquoi la Brioche Dorée? Pourquoi là? Pourquoi Lyon? », a réagi une source syndicale policière.

Samedi soir, la police a diffusé sur twitter deux nouveaux clichés du principal suspect qui a déposé le colis piégé devant une boulangerie de la rue Victor-Hugo, artère piétonne commerçante au coeur de Lyon. Ces photos, de qualité médiocre, montrent un homme roulant à vélo, portant un sac à dos sombre et une casquette couleur kaki.

Selon le signalement diffusé par la police, l’homme est vêtu d’un haut vert foncé à manches retroussées et d’un bermuda clair.

La vidéosurveillance a perdu sa trace vendredi peu après l’explosion sur le quai Claude-Bernard, qui borde le 7e arrondissement, alors qu’il se dirigeait vers le sud à vélo, selon le maire de Lyon Gérard Collomb.

« Il faut sortir »

Après cette explosion au colis piégé à l’avant-veille des élections européennes, le ministère de l’Intérieur a demandé aux préfets de renforcer la sécurité des lieux accueillant du public.

Au bureau de vote de la mairie du 8e arrondissement, si les contrôles des deux agents de sécurité postés à l’entrée sont plus stricts qu’à l’ordinaire, Cyrille, 60 ans, n’a « pas particulièrement » ressenti une ambiance différente des autres élections. « On n’a pas à vivre dans la peur », estime-t-il.

Une autre électrice, Lucie, âgée de 68 ans, est venue « comme d’habitude ». Malgré les événements récents, cette retraitée refuse de « s’enfermer ». « Il faut sortir ».

Du côté de l’école Michelet, située à quelques dizaines de mètres du lieu de l’explosion dans le 2e arondissement, aucun dispositif de sécurité particulier n’était visible, a constaté un journaliste de l’AFP.

« Je vais voter sans crainte, je ne vois pas directement le rapport avec l’explosion », assure Baptiste Audrieux, étudiant de 21 ans qui habite à 100 m de la boulangerie visée par l’explosion qui a fait 13 blessés, neuf femmes dont une enfant de dix ans et quatre hommes.

« On était dans les parages au moment où ça s’est passé, on est un peu inquiet mais ce n’est pas la psychose. Ca n’influence pas notre volonté de voter. La vie continue », confie de son côté Charline, « community manager » de 33 ans.

UN SUSPECT « PEU LOQUACE »

Le suspect de l’explosion du colis piégé à Lyon s’avère « peu loquace » et « très renfermé ». Si sa personnalité se dessine progressivement, rien n’éclaire encore ses motivations au lendemain de son interpellation.

Mohamed Hichem M., un Algérien de 24 ans, a passé sa première nuit en garde à vue, après son arrestation lundi matin à la descente d’un bus dans le 7e arrondissement de Lyon.

Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, le dit sur CNews « assez peu loquace ». Il ne serait en effet pas très coopératif, selon une source proche du dossier.

Un voisin de sa résidence d’Oullins, en proche banlieue lyonnaise, décrit au contraire un jeune homme « plutôt agréable serviable, toujours le sourire » qui « faisait du sport ».

Mais la plupart des autres habitants de sa « résidence des Ifs » ne voient pas du tout qui il est, avalisant la piste d’une personnalité très discrète. Voire « très renfermée », comme le décrit la source proche du dossier.

« Tous les matins il partait soi-disant à son boulot ou autre. Mais on savait pas qu’il ne travaillait pas en fait », ajoute un voisin de pallier.

Un développeur sans activité

Mohamed Hichem M. est effectivement « sans activité ». Il avait été d’abord présenté comme un « étudiant en informatique », mais l’école lyonnaise où il était supposé être inscrit a précisé qu’il n’avait jamais fait partie de l’établissement. « Il y a deux ans, il s’était +désinscrit+ avant la rentrée suite au refus de la délivrance de son visa. »

« Il avait des visas de court séjour et il a fait ensuite une demande de visa étudiant pour rentrer dans une école. Il n’a pas eu de visa étudiant », confirme de son côté le ministre de l’Intérieur.

Sur son profil LinkedIn, il se décrit comme « développeur », étudiant de l’université d’Oran Es-Sénia. Sur sa photo de profil, il apparaît très souriant, le visage juvénile, de fines lunettes et une barbe de trois jours.

Malgré tous ces éléments, le mystère demeure sur ses motivations. Voulait-il tuer ? Est-ce la piste d’un radicalisé ?

Pour Christophe Castaner en tous cas, il ne fait « pas de doute » qu’il s’agit bien du responsable de cette attaque qui a fait 13 blessés.

D’ailleurs, l’ADN retrouvé sur le sac en kraft dans lequel se trouvait le colis, semble bien aux premiers tests être le sien même si des confirmations sont toujours en cours, ajoute la source proche du dossier.

« Procédé technique très performant »

« Dès le début, il y avait un caractère étrange entre la disproportion d’un procédé technique très performant et un volume d’explosif très faible. Il y a de vraies incohérences dans ce dossier », a encore ajouté M. Castaner.

Les déclarations du ministre de l’Intérieur, après celles de son prédécesseur et maire de Lyon Gérard Collomb qui avait annoncé en direct lundi sur BFMTV l’arrestation d’une deuxième personne, ont entraîné une mise au point du procureur de Paris Rémy Heitz: le magistrat a rappelé qu’il était « le seul » autorisé à rendre publics des éléments couverts par le secret de l’enquête.

L’explosion de ce colis piégé avait suscité une forte émotion à Lyon, épargnée jusqu’à présent par les attaques.

Vendredi vers 17H30, un jeune homme à vélo électrique, avec casquette et lunettes de soleil, avait déposé devant une croissanterie d’une rue piétonne un sac en papier contenant des vis, des billes de métal, des piles, ainsi qu’un circuit imprimé et un dispositif de déclenchement à distance.

Les enquêteurs ont pu suivre son itinéraire à vélo grâce au croisement de la vidéosurveillance des communes de Lyon et Oullins. L’exploitation de ses données téléphoniques et des achats effectués sur Internet a également permis de remonter jusqu’à lui.

Lors de son interpellation lundi matin par la Brigade de recherche et d’intervention (BRI) de la police judiciaire lyonnaise, il n’a pas opposé de résistance, levant les bras à l’approche des policiers.

Très rapidement sa mère, son père et son frère ont aussi été arrêtés et placés en garde à vue. En parallèle, une longue perquisition a eu lieu dans le domicile familial d’Oullins.

(avec Afp)

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