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Brexit : Theresa MAY a échoué !

La Première ministre britannique Theresa May, usée par l’interminable casse-tête du Brexit qu’elle a échoué à mettre en oeuvre, a annoncé vendredi sa démission, au bord des larmes, renforçant l’hypothèse d’un départ du Royaume-Uni de l’UE sans accord. Mme May a précisé qu’elle démissionnerait de ses fonctions de cheffe du Parti conservateur — et donc de cheffe du gouvernement — le 7 juin, dans une allocution prononcée devant le 10, Downing Street, exprimant « un profond regret de ne pas avoir été capable de mettre en oeuvre le Brexit ». « Ce fut l’honneur de ma vie d’être la deuxième femme à occuper le poste de Premier ministre » après Margaret Thatcher, a-t-elle ajouté. Sa voix s’est cassée au moment de terminer sa brève déclaration en proclamant son « amour » pour son pays, la dirigeante masquant l’émotion qui la submergeait en faisant volte-face pour se diriger vers ses bureaux.

Theresa May avait pris la tête de l’exécutif en juillet 2016, peu après que les Britanniques eurent voté à 52% en faveur du Brexit lors du référendum du 23 juin 2016, succédant à David Cameron.

Mais cette fille de pasteur de 62 ans, ancienne ministre de l’Intérieur, n’est pas parvenue à rallier derrière sa vision de la sortie de l’UE une classe politique profondément divisée sur la question, y compris son propre parti.

En témoigne l’accord de divorce qu’elle a conclu avec Bruxelles, rejeté à trois reprises par les députés britanniques.

Elle a « politiquement mal évalué l’humeur de son pays et de son parti », a taclé sur Twitter le sulfureux europhobe Nigel Farage, patron du Parti du Brexit.

La Commission européenne a souligné que ce départ ne changeait « rien » à la position des 27 sur l’accord de sortie.

« Incapable de gouverner »

Le mandat de Theresa May, aux airs de chemin de croix tant elle a rencontré d’obstacles, de critiques voire de complots au sein de son propre parti, restera comme l’un des plus courts de l’histoire des Premiers ministres britanniques depuis la Deuxième Guerre mondiale.

Elle est aussi la 4e dirigeante conservatrice à chuter sur l’Europe, après Margaret Thatcher, en 1990, John Major en 1997 et David Cameron en 2016.

Son successeur sera nommé par le parti conservateur d’ici le 20 juillet, avec pour grand favori l’ex ministre des Affaires étrangères Boris Johnson, champion des Brexiters.

Son arrivée au pouvoir, ou celle d’un autre partisan d’une coupure nette avec l’UE, rapprocherait le pays d’un Brexit sans accord, synonyme d’un retour des formalités douanières, un scénario redouté par les milieux économiques et par l’Irlande à cause du risque du retour d’une frontière entre le sud membre de l’UE et la province britannique du nord.

Le Premier ministre irlandais Leo Varadkar a ainsi relevé que le départ de Mmr May « signifie que nous entrons maintenant dans une nouvelle phase en ce qui concerne le Brexit, une phase qui pourrait être très dangereuse pour l’Irlande ».

La porte-parole du gouvernement espagnol Isabel Celaa a estimé qu’un « Brexit dur » paraissait désormais « une réalité quasi impossible à arrêter ».

Le président français Emmanuel Macron a quant à lui appelé à « une clarification rapide » sur le Brexit.

Boris Johnson a lui appelé au « rassemblement » pour « mettre en oeuvre le Brexit ».

Theresa May, « incapable de gouverner », a eu « raison de démissionner », a jugé le chef de l’opposition travailliste, Jeremy Corbyn, estimant que son successeur devra convoquer de nouvelles élections pour sortir le pays de l’impasse.

Le rejet de l’accord de divorce par les députés a contraint l’exécutif britannique à repousser au 31 octobre au plus tard le Brexit, alors qu’il était initialement prévu le 29 mars, et à organiser les élections européennes en catastrophe.

Le scrutin, qui s’est tenu jeudi au Royaume-Uni, s’annonce calamiteux pour les tories, qui termineraient à une humiliante cinquième place (7%), 30 points derrière le Parti du Brexit, selon un sondage YouGov.

En bout de course

Mardi, Theresa May avait présenté un plan de la « dernière chance » pour tenter de faire passer sa vision du Brexit. En vain: le texte a suscité un déluge de critiques tant de l’opposition travailliste que des eurosceptiques de son propre parti, entraînant la démission mercredi soir de la ministre chargée des relations avec le Parlement, Andrea Leadsom.

Ce plan prévoyait une série de compromis, dont la possibilité de voter sur un second référendum et le maintien dans une union douanière temporaire avec l’UE, pour tenter de rallier la majorité des députés.

Mais en lâchant du lest, Theresa May a hérissé les eurosceptiques de son camp. Le départ d’Andrea Leadsom a fini de saper son autorité, suivant celui d’une trentaine de membres de son gouvernement au fil des mois.

Reste que la tâche de détricoter plus de 40 ans de liens avec l’UE n’avait rien de facile, souligne Simon Usherwood, politologue de l’Université de Surrey, interrogé par l’AFP. « Quiconque dans sa position aurait rencontré de grandes difficultés », ajoute-t-il. « L’Histoire ne retiendra pas d’elle une image favorable », juge-t-il malgré tout.

SUCCESSION DE THERESA MAY

La course à la succession de la Première ministre britannique est ouverte, avec déjà cinq candidats sur les rangs pour prendre le pouvoir et s’emparer de l’épineux dossier du Brexit, au lendemain de l’annonce de la démission de Theresa May.

Nouvelle candidature du jour : Matt Hancock, le ministre de la Santé. « Nous avons besoin d’un leader pour l’avenir, pas juste pour maintenant », a twitté samedi ce quadragénaire. « Je mettrai en oeuvre le Brexit », a-t-il assuré.

Theresa May laisse à son successeur la lourde tâche de mettre en oeuvre la sortie de l’UE du Royaume-Uni, un pays divisé sur la question, soit en renégociant un nouvel accord avec Bruxelles – celui qu’elle avait conclu a été rejeté par les députés -, soit en optant pour une sortie sans accord.

Elle a annoncé vendredi qu’elle quitterait ses fonctions le 7 juin, exprimant son « profond regret » d’avoir échoué dans ses tentatives de concrétiser le Brexit, trois ans après le référendum qui l’a décidé par 52% des voix.

Mme May assurera la transition jusqu’à ce que les 100.000 membres de son Parti conservateur se choisissent, d’ici au 20 juillet, entre les deux candidats sélectionnés par les députés tories, un nouveau leader, qui deviendra le prochain chef du gouvernement.

Son annonce sonne le début d’une lutte pour le pouvoir de deux mois chez les conservateurs.

Boris Johnson, le favori

Grand favori des militants de base du Parti conservateur, cet ancien ministre des Affaires étrangères et ex-maire de Londres a été un des artisans de la victoire du Brexit au référendum de 2016.

Le ministre du Développement international Rory Stewart et l’ex-ministre du Travail Esther McVey ont aussi confirmé leur candidature.

Boris Johnson, 54 ans, n’a pas attendu la déclaration de la Première ministre pour se dire candidat à son poste.

Parmi les poids lourds prometteurs figurent le ministre des Affaires étrangères Jeremy Hunt, Dominic Raab, figure de la nouvelle garde des conservateurs et fugace ministre du Brexit, le ministre de l’Environnement Michael Gove, le ministre de l’Intérieur Sajid Javid ou encore l’ex-ministre chargée des relations avec le Parlement Andrea Leadsom, qui a démissionné mercredi.

Dans un entretien avec le Sunday Times, Jeremy Hunt a souligné, tout en annonçant sa candidature, que « ce qui importe est si vous croyez au Brexit, pas comment vous avez voté en 2016 ».

« Si j’étais Premier ministre, je serais, de mémoire d’homme, le premier Premier ministre à avoir été un entrepreneur de formation », a-t-il ajouté, faisant allusion à son passé d’homme d’affaires dans les années 1990.

La ministre du Travail Amber Rudd a, quant à elle, annoncé samedi ne pas se présenter, confiant à la BBC qu’elle « serait très préoccupée » si le choix se portait sur un leader « trop enthousiaste » à l’idée d’une sortie sans accord.

Renégocier ? Sortir sans accord ?

C’est pourtant une issue que n’écarte pas Boris Johnson. Il a déclaré vendredi qu’il chercherait à renégocier l’accord conclu par Mme May avec Bruxelles s’il était Premier ministre. Mais « nous quitterons l’Union européenne le 31 octobre, accord ou pas », a-t-il dit, s’opposant ainsi à tout nouveau report de la date butoir du Brexit, fixée au 31 octobre.

« Je ne pourrais pas servir un gouvernement avec Boris Johnson », a prévenu Rory Stewart sur la BBC. « Je ne pourrais pas servir un gouvernement dont la politique est de pousser ce pays à un Brexit sans accord ».

Un divorce sans accord « n’est pas un choix de politique possible pour le prochain Premier ministre », puisque les députés britanniques ont déjà voté contre ce scénario, a renchéri Matt Hancock sur Sky News.

Le prochain Premier ministre sera confronté aux mêmes rapports de force à la Chambre des Communes, avec les travaillistes en tant que principale force d’opposition, puisque son arrivée n’est pas liée à de nouvelles élections législatives.

« La question est : est-ce qu’un nouveau Premier ministre peut retourner voir les 27 de l’Union européenne et obtenir un accord différent, qui serait plus attractif pour le Parlement ? », juge Tony Travers, professeur de politique publique à la London School of Economics (LSE).

La Commission européenne a déjà répondu vendredi que ce départ ne changeait « rien » à la position des autres Etats membres sur l’accord de sortie. « L’accord de retrait n’est pas ouvert à la renégociation », a aussi averti le Premier ministre néerlandais Mark Rutte. La dirigeante allemande Angela Merkel a toutefois affiché une position moins fermée, promettant d’oeuvrer à un « Brexit ordonné ».

Le chef de l’opposition travailliste Jeremy Corbyn a de son côté appelé à de nouvelles législatives. Mais ce scénario tente fort peu les Tories, qui ne disposent que d’une étroite majorité au Parlement et pourraient être menacés de la perdre avec l’arrivée d’un nouvel acteur, le Parti du Brexit de l’europhobe Nigel Farage, en tête dans les sondages pour les élections européennes qui ont eu lieu jeudi au Royaume-Uni.

(avec Afp)

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