dimanche , 18 août 2019
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Ibiza gate : Elections législatives anticipées en Autriche

Considérée par les tenants d’une droite dure comme un modèle à suivre au sein de l’UE, la coalition droite-extrême droite au pouvoir en Autriche a explosé samedi à quelques jours des européennes après la diffusion d’une video mettant en cause le vice-chancelier Heinz-Christian Strache en lien avec la Russie. Le chancelier conservateur Sebastian Kurz a annoncé dans la soirée la convocation d’élections législatives anticipées après 18 mois de coalition avec le Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ) dirigé par M. Strache, au terme de vingt-quatre heures d’un psychodrame inattendu.

La brutale débâcle de la coalition autrichienne entre les conservateurs et l’extrême droite, dont une sulfureuse vidéo a précipité la chute, bouscule la campagne pour les élections européennes et le jeu politique dans le pays qui retournera aux urnes après l’été.

La presse autrichienne décrivait dimanche les troupes du Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ) en état de sidération après la disgrâce de l’homme fort de cette formation d’extrême droite, Heinz-Christian Strache, acculé samedi à la démission de tous ses mandats.

Ce Viennois de 49 ans a quitté la tête du parti d’extrême droite qu’il dirigeait depuis quatorze ans mais aussi son poste de numéro deux du gouvernement de Sebastian Kurz qui a noué une alliance avec le FPÖ après sa victoire aux législatives d’octobre 2017.

Des élections législatives anticipées ont dans la foulée été annoncées par M. Kurz. Elle devraient se tenir en septembre, au début du mois, comme l’a souhaité dimanche le chef de l’Etat Alexandre Van der Bellen. Le calendrier précis doit encore faire l’objet de discussions entre les responsables politiques.

En quelques heures, la situation était devenue intenable pour le patron du FPÖ après la publication d’extraits d’une vidéo tournée secrètement dans une villa d’Ibiza en 2017.

On y découvre M. Strache et l’un de ses lieutenants discutant, notamment, de l’octroi de contrats publics autrichiens en échange de soutiens financiers, avec une interlocutrice qui dit être la nièce d’un oligarque russe.

Pendant les six heures que dure la discussion, M. Strache dit aussi être prêt à remodeler la presse autrichienne « comme Orban », le Premier ministre hongrois Viktor Orban qui a verrouillé le paysage médiatique de son pays. Et il évoque un mécanisme de financement illégal des campagnes électorales qui serait pratiqué par son parti.

Beaucoup d’interrogations demeurent sur l’élaboration du piège qui semble avoir été tendu au responsable autrichien dans une villa truffée de micros et de caméras.

« Les démissions des stars de la vidéo d’Ibiza ne pouvaient pas sauver la coalition », estimait dimanche le quotidien conservateur Die Presse, qui à l’instar de tous les commentateurs, jugeait que l’organisation d’élections anticipées était « la seule porte de sortie », après seulement 18 mois de mandat entre les deux partenaires.

FPÖ touché coulé ?

Le chef du gouvernement doit encore décider d’un éventuel remaniement avant les législatives alors que cinq autres ministres FPÖ demeurent en poste, dont le très contesté ministre de l’Intérieur Herbert Kickl.

Ebranlée par la déchéance de son leader, l’extrême droite autrichienne, qui se voulait un modèle de crédibilité politique pour la mouvance nationaliste européenne, doit également se remettre en ordre de marche avant l’élection du 26 mai pour le Parlement européen.

« Strache va certainement entraîner tout le FPÖ dans sa chute », pronostiquait le quotidien centriste Kurier. C’est la seconde fois qu’une participation du FPÖ à un gouvernement autrichien se termine piteusement pour ce parti qui avait implosé lors la précédente coalition formée avec les conservateurs de Wolfgang Schüssel entre 1999 et 2002.

C’est à cette époque que Heinz-Christian Strache avait pris les commandes du parti, évinçant le controversé Jörg Haider.

Plus nuancés, d’autres analystes soulignaient la capacité de résistance du parti, présent dans le paysage politique autrichien depuis un demi-siècle et doté d’une solide base électorale.

Avant l' »Ibiza-gate », le parti d’extrême droite était en légère perte de vitesse, crédité de 23% dans les sondages après une série de dérapages xénophobes de plusieurs de ses membres. Crédité d’environ 30%, l’ÖVP de Sebastian Kurz devançait les sociaux-démocrates (SPÖ, 27%).

Au niveau européen, le scandale frappant le FPÖ est un coup dur pour le camp nationaliste qui mise sur une poussée aux élections du 26 mai avec l’ambition de devenir la troisième force du parlement européen.

La crise politique autrichienne a gâché la grand-messe organisée samedi à Milan par le chef de la Ligue italienne Matteo Salvini avec ses alliés européens, dont un représentant du FPÖ.

Plusieurs responsables européens ont estimé que le scandale frappant le FPÖ devait être un avertissement pour les partis tentés par un rapprochement avec l’extrême droite.

« Nous sommes confrontés à des courants (… ) qui veulent détruire l’Europe de nos valeurs, et nous devons y résister catégoriquement », a averti la chancelière allemand Angela Merkel samedi.

LA COALITION DROITE-EXTRÊME DROITE EXPLOSE

Considérée par les tenants d’une droite dure comme un modèle à suivre au sein de l’UE, la coalition droite-extrême droite au pouvoir en Autriche a explosé samedi à quelques jours des européennes après la diffusion d’une video mettant en cause le vice-chancelier Heinz-Christian Strache en lien avec la Russie.

Le chancelier conservateur Sebastian Kurz a annoncé dans la soirée la convocation d’élections législatives anticipées après 18 mois de coalition avec le Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ) dirigé par M. Strache, au terme de vingt-quatre heures d’un psychodrame inattendu.

Le séisme a été provoqué par la publication vendredi soir par les médias allemands Süddeutsche Zeitung et Der Spiegel d’une vidéo tournée en caméra cachée en 2017 où le patron du FPÖ, un allié de l’Italien Matteo Salvini et de la Française Marine Le Pen, se montrait prêt à offrir à un oligarque russe des marchés publics autrichiens en échange d’un soutien financier.

Tout en dénonçant un procédé « perfide » et en se défendant d’avoir commis la moindre infraction, M. Strache, 49 ans, avait présenté sa démission à la mi-journée, reconnaissant une « erreur ». Il avait proposé l’ancien finaliste FPÖ à la présidentielle Norbert Hofer pour lui succéder.

Mais M. Kurz a jugé que la poursuite de la coalition n’était plus envisageable, malgré la forte adhésion dont la majorité bâtie sur une ligne anti-immigration continuait jusqu’alors à jouir dans un contexte de chômage au plus bas.

« Assez est assez », a estimé le chancelier, déplorant un scandale qui « porte atteinte à la politique du changement (…) et à l’image » de l’Autriche. « Je n’ai pas le sentiment que le FPÖ soit prêt à changer fondamentalement, ce qui serait pourtant plus que nécessaire », a-t-il relevé, soulignant la multiplication des scandales impliquant ce parti.

Nébuleuse russe

Cette annonce a été saluée dans la liesse par quelques milliers de manifestants rassemblés devant la chancellerie pour dénoncer une « honte pour le pays » et réclamer un nouveau scrutin.

Ces révélations ont jeté une ombre sur le rassemblement organisé samedi à Milan par M. Salvini pour fédérer les nationalistes européens, et auquel la tête de liste FPÖ pour les européennes, Harald Vilimsky, a dû renoncer à participer.

Dans la vidéo, tournée dans une villa d’Ibiza au cours d’une soirée arrosée apparemment organisée pour le piéger, M. Strache, croyant avoir affaire la nièce d’un oligarque russe, se montre enthousiasmé par l’idée d’un investissement russe dans le plus puissant journal autrichien, Kronen Zeitung, afin d’en faire un média pro-FPÖ

M. Strache explique à son interlocutrice qu’il pourra en échange de ce soutien lui obtenir des marchés publics.

« Elle aura tous les contrats publics remportés aujourd’hui par Strabag », un groupe autrichien de construction, acteur majeur du secteur, affirme le chef du FPÖ, selon la retranscription de ses propos.

Le FPÖ avait signé avant son arrivée au pouvoir un accord de coopération avec Russie Unie, le parti de Vladimir Poutine, qui lui vaut des accusations récurrentes de liens troubles avec Moscou.

Comme Orban

Dans la vidéo, M. Strache exclut des résistances au sein de la rédaction du Kronen Zeitung: « Les journalistes sont les plus grandes prostituées de la planète », affirme-t-il. Depuis son retour au pouvoir en 2017, le FPÖ est accusé de s’en prendre aux médias, notamment à la télévision publique ORF.

L’homme fort du FPÖ explique également vouloir « construire un paysage médiatique similaire à celui d’Orban », en Hongrie. Dans ce pays, le Premier ministre Viktor Orban est critiqué pour avoir massivement porté atteinte au pluralisme de la presse.

Selon les extraits publiés, M. Strache décrit également un mécanisme de financement occulte de campagne permettant de tromper la Cour des comptes. Il cite des dons allant de 500.000 à 2 millions d’euros et égrène le nom de grands patrons autrichiens qui financeraient le FPÖ.

L’ex-patron du FPÖ s’est dit victime « d’un attentat politique ciblé » et a promis une riposte judiciaire à cette vidéo, dont l’origine demeure inconnue.

Le Parti socialiste (SPÖ) a qualifié cette affaire de « plus grand scandale » autrichien des cinquante dernières années.

Heinz-Christian Strache avait succédé en 2005 à Jörg Haider à la tête du FPÖ dont il s’est efforcé de lisser l’image, en cultivant un profil d’élu fréquentable après avoir frayé avec les cercles néonazis dans sa jeunesse.(avec Afp)

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