samedi , 21 septembre 2019
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Insécurité : Grogne chez les Banyamulenges

Des villages entiers brûlés. Des populations civiles et sans moyen de défense, sommairement abattues. Du bétail emporté. Ce sont là, quelques données du tableau synoptique de la situation qui prévaut actuellement dans les Plateaux d’Itombwe, Uvira et Fizi, dans la partie Est de la RD Congo. Des sources locales renseignent que ces forfaits sont l’œuvre d’une coalition des forces négatives nationales et étrangères. A savoir les fameux Maï-Maï et des groupes armés burundais et rwandais.

C’est trop, grondent les notables de la communauté Banyamulenge, dans une déclaration signée le 12 mai. Excédés par l’ampleur de la situation, ces fils du terroir invitent le Gouvernement à prendre des mesures idoines. Parmi les pistes de solution envisagées, la communauté Banyamulenge plaide pour un déploiement urgent des soldats FARDC pour pacifier la région et neutraliser les auteurs de la terreur. Pas seulement. Elle demande également à l’Exécutif national d’apporter à la population victime, une assistance au prorata de leurs besoins.

Par ailleurs, la communauté Banyamulenge formule au Gouvernement, le vœu de dépêcher une délégation sur le lieu, afin de se rendre compte de la profusion des dégâts. Et, opportunément, échanger avec les populations locales en désarroi. Etant donné qu’il s’agit d’une situation qui touche à la sécurité interne, les sages Banyamulenge estiment qu’il soit opportun, de cantonner, de manière permanente, des éléments FARDC dans ce coin du pays afin, non seulement de dissuader les forces du mal, mais aussi de secourir les populations autochtones. Compte tenu de l’énormité des besoins, les dignitaires Banyamulenge pensent que le Gouvernement n’aura commis aucun péché de lèse- souveraineté, s’il mettait les Organisations humanitaires à contribution.

DECLARATION DE LA COMMUNAUTE BANYAMULENGE

En effet, depuis bien des années, des bandes armées en provenance de la République du Burundi et du Rwanda, se sont infiltrées sur notre territoire national et se sont repliées sur les Hauts plateaux, pour y constituer une base avec l’intention de s’y organiser et déstabiliser leurs pays respectifs. Petit à petit, elles ont tissé des relations avec les milices locales connues sous le nom de Maimai et ont commencé des expéditions dans les villages des environs, soit pour un ravitaillement, soit pour élargir leur zone d’influence, occasionnant ainsi des pertes en biens et vies humaines. Cette insécurité a été à la base de l’exode rural occasionnant ainsi des mouvements des populations vers les centres villes au point que la plupart des villages se sont vidés de leurs résidents. Nous, notables de la Région, nous n’avons cessé d’alerter les institutions étatiques, à tous les échelons, pour que des mesures d’envergures soient prises avant que le pire n’arrive.

En 2016, lorsque les premiers affrontements ont eu lieu dans le Groupement de Bijombo (en Territoire d’Uvira), une délégation officielle du Gouvernement Provincial du Sud Kivu, à la quelle était associée certains des nôtres est arrivée sur le lieu et elle a constaté une désolation indescriptible : des villages entiers brûlés, des personnes tuées et des déplacés sans nombre abandonnés à leur triste sort, sans aucune assistance, issues de toutes les tribus confondues. Elle a fait des promesses d’assistance et de sécurité dans la contrée pour enrayer une fois pour toute cette insécurité. Ce rapport, bien que porté aux hautes instances du Pays, n’a pas été suivi d’actions à la hauteur des enjeux. L’assistance promise par le Gouvernement n’est jamais arrivée jusqu’ici.

Nous, ressortissants de ces Hauts Plateaux, nous n’avons cessé de lancer un cri d’alarme auprès de hautes instances du Pays, pour que des dispositions sécuritaires soient prises afin de pacifier la région. C’est vers la fin de l’an 2018, que le commandement de la zone de défense a planifié des opérations dans les Hauts Plateaux pour endiguer ce fléau des forces négatives qui déciment la région. Malheureusement ces opérations, bien que salutaires pour les populations locales et le Pays dans son ensemble, se sont arrêtées à mi-chemin, pour de raisons inconnues. Cet arrêt, a permis à cette coalition maîmai- forces étrangères, qui était déjà en débandade, de se reconstituer et de reprendre les attaques dans nos villages.

A titre illustratif, pour la semaine du 6 au 12 mai seulement, au moins 30 villages ont été brûlés. il s’agit des villages de Ngoma, Kamombo, kitasha 1 et kitasha 2, Kabaral et 2 Linjanja,Kanogo, Nyagisozi, Gishigo, Mutenja, Mîkalati, Ndahangwa, Mizinga, Kimanga, kuwim bogo. Sanganya, Nyarusanze ,Binyenge, Kanihura, Katanda,Kipupu, Luhemba… Aujourd’hui les déplacés, toutes les tribus confondues, dans cette situation de sauve qui peut, sont en débandade, certains en brousse, d’autres ont trouvé refuge dans des villages lointains abandonnant tous leurs biens aux mains des assaillants.

La situation est donc très grave et interpelle chaque conscience éprise de paix. Voilà pourquoi, nous lançons un cri d’alarme et demandons ce qui suit :

0.1. Au Gouvernement

  • Que les forces de l’ordre y soient envoyées rapidement pour pacifier la région et neutraliser toutes les forces négatives nationales et étrangères qui sèment la terreur au sein de la population;
  • Qu’une assistance soit disponibilisée dans l’immédiat pour venir au secours à toutes ces populations abandonnées à elles-mêmes ;
  • Qu’une délégation du Gouvernement descende sur le lieu pour palper du doigt l’ampleur des dégâts occasionnés par ces attaques, échanger avec la population afin de proposer des solutions idoines ;
  • Que les forces de l’ordre y soit cantonnées de façon permanente afin de sécuriser la population et éviter qu’à l’avenir, cette situation se répète;
  • Que les organisations humanitaires soient mises à contribution pour apporter leur secours.

0.2. A la Population locale

  • Eviter tout règlement de compte qui pourrait compromettre la cohabitation pacifique entre toutes les tribus qui ont toujours vécu en harmonie.
  • Collaborer, et faciliter toutes les forces impliquées pour la recherche de la paix ;
  • se désolidariser avec toutes les forces négatives nationales et étrangères qui divisent, sèment la terreur dans la région et sont à la base de ces malheurs répétitifs.

Fait à Kinshasa , ce 12 mai 2019

Pour la Communauté Banyamulenge de Kinshasa, Charles MUKIZAMUHIMA Pdt

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