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Le mariage gay légalisé en Taïwan

Dernière mise à jour, le 25 mai 2019 à 10:14

Le Parlement taïwanais a légalisé vendredi le mariage entre personnes de même sexe, une première en Asie, deux ans après un arrêt historique en ce sens de la plus haute juridiction de l’île. Les députés taïwanais ont largement voté une loi permettant aux couples homosexuels de former « des unions permanentes exclusives » ainsi qu’une clause qui les autorise à demander une inscription par l’administration au « registre des mariages ». Ce vote, qui confirme la place de Taïwan à l’avant-garde asiatique en ce qui concerne les droits des homosexuels, est une victoire pour les associations de défense des droits des LGBT qui sont mobilisées depuis des années pour obtenir les mêmes droits au mariage que les couples hétérosexuels.

En dépit de pluies diluviennes, des milliers de partisans de cette réforme s’étaient rassemblés près du Parlement, agitant des drapeaux arc-en-ciel et faisant le « V » de la victoire dès que la nouvelle est tombée.

« Le 17 mai 2019 à Taïwan, l’amour a gagné », a tweeté la présidente Tsai Ing-wen dont la légalisation du mariage gay était une promesse de campagne.

« Nous avons fait un grand pas vers une véritable égalité, et fait de Taïwan un pays meilleur. »

En mai 2017, la Cour constitutionnelle de l’île avait jugé contraire à la Constitution le fait de priver les personnes de même sexe du droit de se marier.

Elle avait donné deux ans au gouvernement pour modifier la loi, en précisant que le mariage pour tous deviendrait une réalité si rien n’était fait.

« Page nouvelle »

Mais l’opposition conservatrice s’était mobilisée en organisant en novembre une série de référendums au cours desquels une majorité a rejeté l’idée que le mariage puisse être défini autrement qu’une union entre un homme et une femme, ce qui avait considérablement réduit la marge de manoeuvre législative du gouvernement.

Vendredi, Journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie, le Parlement était saisi de trois projets de loi concurrents visant à régler la question des unions homosexuelles, à moins d’une semaine de la date butoir fixée par la Cour.

Le texte le plus progressiste, celui qui a été voté, était celui du gouvernement, le seul qui contenait le mot de « mariage ». Les deux autres, déposés par des adversaires du mariage pour tous, proposaient quelque chose ressemblant davantage à une union civile.

Les associations de défense des droits des homosexuels ont salué le vote de vendredi, en expliquant que la possibilité de demander une inscription au « registre des mariages » – disposition appelée « Clause Quatre »- plaçait les homosexuels dans une position de quasi égalité avec les hétérosexuels et permettait d’avoir le mot « mariage » dans la loi.

L’adoption en débat

La loi ne prévoit pas une égalité totale avec les hétérosexuels puisque seule l’adoption de l’enfant biologique du partenaire est possible, et les mariages avec les étrangers ne sont pas reconnus.

Les associations de défense des droits LGBT s’étaient cependant dites prêtes à des concessions sur ce sujet s’ils obtenaient une reconnaissance du concept de mariage. L’idée pour elles est que les batailles sur l’adoption et la gestation pour autrui peuvent attendre.

Ces dix dernières années, Taïwan a été une des sociétés les plus progressistes d’Asie sur la question des droits des homosexuels, en organisant notamment la plus grande gay pride du continent.

Pour autant, l’île, qui vit séparée de la Chine depuis 1949, est également d’une société très conservatrice, où les lobbies religieux sont très puissants, en particulier en dehors des villes.

Les adversaires de la légalisation ont fustigé le vote.

Tseng Hsien-ying, de la Coalition pour le bonheur de notre prochaine génération, a déclaré aux médias taïwanais que ce vote avait « piétiné l’avis des Taïwanais selon lesquels un mariage et une famille sont constitués par un homme et une femme, un mari et une épouse ».

Annie Huang, d’Amnesty International Taiwan, a dit espérer dans un communiqué que « ce vote historique soit imité en Asie. »

LES PREMIERS MARIAGES HOMOSEXUELS

Taïwan est entré vendredi dans l’histoire en enregistrant les premiers mariages homosexuels d’Asie dans une ambiance festive et pleine d’émotion, après trois décennies de lutte pour l’égalité des droits sur l’île.

Ces cérémonies sont intervenues une semaine après que le Parlement a légalisé le mariage entre personnes de même sexe, une première en Asie, et deux ans après un arrêt historique en ce sens de la plus haute juridiction de l’île.

Plusieurs dizaines de couples se sont présentés vendredi à des bureaux de l’administration pour faire inscrire leur union au registre des mariages.

Ils se sont embrassés devant les caméras avant de brandir fièrement leur certificat de mariage et leurs nouvelles cartes d’identité présentant leur partenaire comme leur époux.

Huang Mei-yu, une travailleuse sociale, et You Ya-ting avaient en 2012 organisé une cérémonie religieuse marquée par une bénédiction donnée par un maître bouddhiste progressiste. Mais elles espéraient depuis lors obtenir officiellement les mêmes droits que ceux accordés aux hétérosexuels.

« Pas un long fleuve tranquille »

« C’est tardif, mais je suis quand même heureuse de pouvoir me marier officiellement de mon vivant », a déclaré Mme Huang, radieuse, après avoir signé son certificat, un bouquet à la main.

« Maintenant que le mariage entre personnes du même sexe est reconnu légalement, je pense que mes parents vont peut-être se dire que c’est réel et arrêter d’essayer de me convaincre de me marier’ avec un homme, a-t-elle dit.

Vêtus de costumes mauves identiques, Shane Lin et Marc Yuan, deux trentenaires en couple depuis l’université, ont été les premiers à avoir leurs noms inscrits sur le registre.

« Ca n’a pas été un long fleuve tranquille et je suis très heureux d’être soutenu par ma moitié, ma famille et mes amis », a déclaré Shane Lin en pleurs aux journalistes. « Je suis fier de mon pays progressiste. »

Taïwan est le premier pays à légaliser le mariage gay sur un continent qui rassemble 60% de la population mondiale.

« Je crois que cela aura un effet d’entraînement sur les autres pays d’Asie », a déclaré à l’AFP l’écrivaine Chen Xue, qui s’est également mariée. « Nous sommes clairement en train de montrer l’exemple. »

Société divisée

Ces dix dernières années, Taïwan a été une des sociétés les plus progressistes d’Asie sur la question des droits des homosexuels, en organisant notamment la plus grande Gay pride du continent.

Pour autant, l’île, qui vit séparée de la Chine depuis 1949, est également d’une société très conservatrice, où les lobbies religieux sont très puissants, en particulier en dehors des villes.

En mai 2017, la Cour constitutionnelle avait jugé contraire à la Constitution le fait de priver les personnes de même sexe du droit de se marier.

Elle avait donné deux ans au gouvernement pour modifier la loi, mais la question a profondément divisé la société et la légalisation n’a été assurée que la semaine dernière en dépit d’une très forte opposition du camp conservateur.

Les députés taïwanais ont largement voté vendredi dernier une loi permettant aux couples homosexuels de former « des unions permanentes exclusives » ainsi qu’une clause qui les autorise à demander une inscription au « registre des mariages ».

Au total, quelque 300 couples homosexuels devaient se marier ce vendredi, dont la moitié dans la capitale, qui compte une communauté gay importante et militante.

La mairie a coorganisé en extérieur une grande fête pour les mariages au pied de l’emblématique gratte-ciel Taipei 101 en présence de dignitaires canadiens, espagnols ou encore britanniques.

Droit restreint à l’adoption

Ces cérémonies sont le résultat de 30 années de lutte, pour Chi Chia-wei, un des vétérans du combat pour l’égalité, qui était vêtu d’un costume d’un rouge éclatant avec un bandeau arc-en-ciel sur la tête.

C’est lui qui avait formé le recours sur lequel la Cour constitutionnelle avait statué en 2017.

« Je suis très heureux de ce que les couples du même sexe puissent finalement s’inscrire comme étant l’époux de l’autre. Je suis honoré d’avoir été témoin des inscriptions au registre des mariages », a-t-il dit à l’AFP.

La nouvelle loi comporte cependant des restrictions. En l’état actuel, les couples de même sexe ne peuvent adopter que l’enfant biologique de leur partenaire. S’ils peuvent se marier avec des Taïwanais, les homosexuels ne peuvent épouser que des étrangers provenant de pays où le mariage gay est reconnu.

Les associations de défense des droits LGBT s’étaient cependant dites prêtes à des concessions s’ils obtenaient une reconnaissance du concept de mariage.

Les opposants au mariage pour tous se sont de leur côté engagés à faire payer la présidente Tsai Ing-wen et les parlementaires qui ont voté la loi lors des élections générales prévues en janvier sur l’île.

(avec Afp)

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