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Général Ahmed Gaïd Salah : Homme fort de l’Algérie ?

Dernière mise à jour, le 16 mai 2019 à 12:53

Derrière les arrestations en Algérie du puissant frère d’Abdelaziz Bouteflika et deux ex-patrons des redoutés services de renseignements, apparaît la main du général Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major de l’armée et de facto homme fort du pays. Que cherche le général Gaïd Salah en faisant arrêter ces hommes ? Est-il désormais seul maître à bord ?

Qui sont les hommes arrêtés

Les hommes arrêtés ont longtemps été considérés comme faisant partie des plus puissants d’Algérie.

Saïd Bouteflika, 61 ans, frère et « conseiller spécial » d’Abdelaziz Bouteflika, a renforcé ses pouvoirs au fur et à mesure que la santé du chef de l’Etat aujourd’hui déchu se dégradait, au point d’apparaître comme un « président-bis », voire comme un possible successeur.

Le général Mohamed Mediène, dit « Toufik », a dirigé, dès sa création en 1990 et durant 25 ans jusqu’à sa disgrâce en 2015, le tentaculaire Département du Renseignement et de la Sécurité (DRS), statutairement rattaché à l’armée mais dans les faits « Etat dans l’Etat ».

Le général Athmane Tartag, alias « Bachir », ex-adjoint de « Toufik », lui a succédé quand le DRS a été démantelé en devenant Coordinateur des Services de Sécurité (CSS), chapeautant Sécurité intérieure, extérieure et Renseignement technique, passés sous tutelle de la présidence.

Longtemps tout-puissants, ils avaient tous trois largement perdu de leur pouvoir avec la démission du président Abdelaziz Bouteflika, le 2 avril. Saïd Bouteflika n’avait plus de fonction officielle, « Toufik » était retraité et « Bachir » a été rapidement limogé.

Que leur reproche-t-on ?

Tous trois sont inculpés en vertu d’un article du Code de justice militaire relatif au « Complot contre une autorité militaire », et de dispositions du Code pénal relatives à « l’attentat » et au « complot » contre « l’autorité de l’Etat ». Les faits qui leur sont reprochés, eux, n’ont pas été précisés.

Chef d’état-major de l’armée, le général Ahmed Gaïd Salah, de facto homme fort de l’Algérie depuis la démission sous les pressions conjuguées de la rue et de l’armée de M. Bouteflika, les avait accusés –sans les nommer, mais ils avaient été reconnus – de s’être réunis, avant la démission du chef de l’Etat, pour déstabiliser l’armée.

Lors de ces réunions « il y a eu clairement une volonté » de sauver le clan présidentiel, contesté par la rue, explique à l’AFP un observateur algérien, fin connaisseur des arcanes de la sécurité.

Cela « passait par installer un comité de transition et se débarrasser de Gaïd Salah. C’était clairement une attaque contre lui », poursuit-il, mais ce qui est « interprété comme un complot par Gaïd Salah » peut n’être qu’une « simple et banale lutte de clans ».

Qui a ordonné leur arrestation et pourquoi ?

« Derrière ces arrestations, il y a clairement Ahmed Gaïd Salah », assure cet observateur, une opinion qui fait quasiment l’unanimité en Algérie. Le militaire entretenait des relations tendues avec Saïd Bouteflika et avait aidé Abdelaziz Bouteflika à mettre « Toufik » sur la touche en 2015.

Une possible alliance « Saïd-Toufik » semblait apparaître comme un danger pour lui.

Mais, le chercheur algérien Adlène Mohammedi, docteur en géopolitique, dénonce « une manœuvre (…) grossière ». « On offre aux manifestants (…) des hommes en cage déjà évincés du pouvoir afin de permettre à ceux qui sont encore là de se maintenir tranquillement », écrit-il sur Twitter.

Pour l’observateur anonyme cité plus haut, ces arrestations sont « d’ordre politique et communicationnel ». Il s’agit d’une « démonstration de force de la part de Gaïd Salah pour montrer qu’il maîtrise la situation (…) et qu’il est capable de changer les choses », explique-t-il.

Particulièrement visé vendredi, lors des dernières manifestations hebdomadaires en date, « il a dû montrer qu’il était capable de faire quelque chose ». « Il a fait des promesses répétées, évoqué une conspiration contre l’armée, contre l’Etat, il était obligé de passer à l’acte », poursuit cet observateur.

Le général Gaïd Salah, seul maître à bord ?

« Le chef d’état-major algérien agit impunément comme un autocrate », estime Adlène Mohammedi, « le protecteur du clan présidentiel d’hier mobilise l’Etat pour se protéger et protéger les siens ».

Face à un chef d’Etat par intérim, Abdelkader Bensalah, sans envergure ni légitimité politique, et à un Premier ministre aux abonnés absents, le général Gaïd Salah semble désormais seul aux commandes.

Après les incarcérations de richissimes hommes d’affaires ayant fait fortune grâce à de gigantesques contrats publics, ces trois arrestations achèvent la décapitation du clan Bouteflika.

Mais le général Gaïd Salah, s’il incarne l’armée, n’est pas à lui seul l’institution militaire, qui fonctionne de manière largement collégiale.

Surtout, reste face à lui « le plus gros morceau: le peuple. Et ce sera le morceau le plus dur », commente l’observateur anonyme. La contestation sera difficile à satisfaire, car se renforcent les revendications du départ de l’ensemble des personnalités liées au « système » déchu. Parmi lesquelles Ahmed Gaïd Salah, lui-même.

RAMADAN : LA MOBILISATION CONTINUE

Plusieurs milliers d’étudiants ont manifesté, comme chaque mardi depuis le début du mouvement populaire de contestation le 22 février, aux abords de la Grande Poste, bâtiment emblématique du centre d’Alger, devenu le point de ralliement des manifestations dans la capitale, ont constaté des journalistes de l’AFP. De nombreux étudiants ont aussi manifesté dans de nombreuses autres villes du pays, selon les médias algériens et les réseaux sociaux. Durant le mois de ramadan, les musulmans s’abstiennent notamment de manger, boire ou fumer du lever au coucher du soleil.

Des milliers d’étudiants et d’enseignants ont défilé en Algérie pour le 11e mardi consécutif, premières manifestations depuis le début lundi du mois de jeûne de ramadan qui fait planer les craintes d’un essoufflement du mouvement de contestation.

Plusieurs milliers d’étudiants ont manifesté, comme chaque mardi depuis le début du mouvement populaire de contestation le 22 février, aux abords de la Grande Poste, bâtiment emblématique du centre d’Alger, devenu le point de ralliement des manifestations dans la capitale, ont constaté des journalistes de l’AFP.

De nombreux étudiants ont aussi manifesté dans de nombreuses autres villes du pays, selon les médias algériens et les réseaux sociaux.

« Nous poursuivrons les marches et les manifestations durant et après le ramadan », a expliqué à l’AFP Kheredine, étudiant en 2e année de chimie.

« C’est vrai qu’il fait chaud et que nous jeûnons, mais nous voulons prévenir le régime que la mobilisation continue et qu’il n’y aura pas de jeûne du mouvement », a ajouté, à côté de lui, un de ses enseignants Sedik Ait qui porte une pancarte sur laquelle est écrit en anglais: « Si vous croyez que nous sommes fatigués, vous vous trompez! ».

Durant le mois de ramadan, les musulmans s’abstiennent notamment de manger, boire ou fumer du lever au coucher du soleil.

Le président Abdelaziz Bouteflika a été contraint le 2 avril à la démission sous les pressions conjuguées d’un mouvement inédit de contestation et de l’armée. Mais les contestataires réclament le départ de l’ensemble du « système » au pouvoir et refusent que celui-ci gère la transition post-Bouteflika.

Ils rejettent notamment la présidentielle convoquée le 4 juillet par le chef de l’Etat par intérim Abdelkader Bensalah, ancien fidèle de M. Bouteflika, pour élire un successeur à ce dernier. Un processus fortement appuyé par le chef d’état-major de l’armée, le général Ahmed Gaïd Salah, pilier du régime Bouteflika, désormais de facto l’homme fort du pays.

« Dégagez tous! », « il n’y aura pas d’élection » le 4 juillet, ont notamment scandé les étudiants.

Cette manifestation se déroule également quelques jours après l’arrestation et l’incarcération de Saïd Bouteflika, frère et influent conseiller du chef de l’Etat déchu, parfois décrit comme un président-bis, et deux très puissants anciens chefs des services de renseignement, les généraux Mohamed Medienne, dit « Toufik » et Athmane Tartag, alias « Bachir ».

Sur une immense banderole, sous la mention « Mafia 4 » (référence au nom d’un jeu vidéo), les photos des trois personnes arrêtées côtoyaient celle du général Gaïd Salah, pourtant largement considéré comme étant à l’origine de leur arrestation.

(avec Afp)

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