lundi , 16 septembre 2019
Accueil / International / Asie / Yémen : Retrait unilatéral des rebelles Houthis ?

Yémen : Retrait unilatéral des rebelles Houthis ?

L’ONU a déclaré prudemment samedi avoir commencé à surveiller un retrait unilatéral des rebelles Houthis de trois ports de l’ouest du Yémen en guerre, au centre d’un bras de fer depuis 2018 avec la coalition progouvernementale. Un chef rebelle, Mohammed Ali al-Houthi, a déclaré dans un tweet l’intention des insurgés de se désengager à partir de samedi des ports de Hodeida, Salif et Ras Issa, sur la mer Rouge. Un témoin a déclaré à l’AFP avoir vu un convoi de véhicules de l’ONU entrer et sortir de Salif, tandis que des sources proches des Houthis ont affirmé que des rebelles avaient commencé à se retirer des trois ports et que des gardes-côtes avaient pris la relève, sans autre précision.

Un responsable militaire rebelle, Mohammed al-Qaderi, a assuré que les Houthis avaient rempli toutes leurs obligations pour la première phase et que l’ONU devait faire en sorte que l’autre partie remplisse les siennes, selon le centre des médias des insurgés.

Aucune source indépendante n’a été en mesure d’évaluer samedi la réalité et l’ampleur du désengagement rebelle. « L’ONU espère être bientôt en mesure de faire un rapport au Conseil de sécurité sur les mouvements réels sur le terrain », a dit prudemment à l’AFP une source onusienne sous couvert d’anonymat.

Ce redéploiement avait été agréé lors de pourparlers tenus en décembre sous l’égide de l’ONU en Suède.

S’il était effectivement mis en oeuvre, l’accord de désengagement dans la région de Hodeida constituerait la meilleure chance à ce jour de faire progresser la paix au Yémen où un conflit meurtrier se poursuit depuis plus de quatre ans, estiment des experts.

L’ONU avait annoncé vendredi que les rebelles allaient se retirer des ports de Hodeida, Salif et Ras Issa, sur la mer Rouge, entre samedi et mardi, dans le cadre de l’accord arraché en Suède.

Annoncé à plusieurs reprises par l’ONU, notamment en février et en avril, le désengagement effectif des belligérants tardait à être mis en oeuvre.

« Esquive »

Mohammed Ali al-Houthi a expliqué sur Twitter que le « retrait unilatéral » des rebelles survenait en raison du « refus » de la coalition progouvernementale soutenue par Ryad d’appliquer l’accord conclu en Suède. Il a notamment mis en cause l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, qualifiés de « pays de l’agression ».

Le redéploiement doit être supervisé par une mission d’observation de l’ONU dirigé par le général danois à la retraite Michael Lollesgaard qui a salué prudemment vendredi « l’offre et l’intention » des Houthis de se désengager des ports de Hodeida, Salif et Ras Issa.

Le gouvernement yéménite a salué ce retrait, tout en exprimant des doutes sur sa mise en oeuvre effective.

« Nous saluons toute mesure en vue de la mise en oeuvre de l’accord de Suède sur le redéploiement dans des ports de la province de Hodeida, tout en mettant en garde contre les tentatives de la milice (des Houthis) de tromper la communauté internationale », a déclaré sur Twitter le ministre yéménite de l’Information Mouammar al-Iryani.

Selon lui, l’accord prévoit d’abord le retrait des Houthis de Salif et Ras Issa et la remise à l’ONU de cartes précisant où des mines ont été posées en vue de leur désactivation.

Devraient suivre le retrait des Houthis du principal port de Hodeida et celui des forces progouvernementales d’une zone appelée Kilo 8, ainsi que la remise de cartes pour retirer les mines, a-t-il ajouté.

M. Iryani a déclaré que tout redéploiement unilatéral rebelle sans contrôle et vérification conjointe de sa mise en oeuvre serait une « esquive et ne peut être accepté ».

La guerre au Yémen oppose des forces progouvernementales, appuyées militairement par l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, aux rebelles Houthis, soutenus par l’Iran et qui contrôlent de vastes zones de l’ouest et du nord, dont la capitale Sanaa.

Un port crucial

Le conflit a tué des dizaines de milliers de personnes, dont de nombreux civils, selon diverses organisations humanitaires.

Environ 3,3 millions de personnes sont toujours déplacées et 24,1 millions, soit plus des deux-tiers de la population, ont besoin d’assistance, selon l’ONU.

Une mission du Programme alimentaire mondial (PAM) a eu accès le 5 mai à des entrepôts de blé près de la ville portuaire de Hodeida, mais l’organisation onusienne y a signalé des tirs le 9 mai qui n’ont pas fait de victimes.

Le port de Hodeida est crucial pour les importations et l’aide humanitaire internationale au Yémen, dont certaines régions sont au bord de la famine.

Dans la ville de Hodeida, des habitants n’ont pas caché leur scepticisme sur l’annonce du retrait des ports.

« Aujourd’hui, c’est très calme », a dit Ahmad, chauffeur d’autocar de 28 ans. « Mais je ne suis pas sûr que les choses se déroulent comme prévu. Les deux parties annoncent une percée, mais la situation va encore se détériorer ».

« Rien de nouveau », a estimé pour sa part Hani, 40 ans. « C’est juste une annonce que la guerre va finir si (les Houthis) se retirent des ports. Mais personne ne veut la fin de cette guerre ».

LE GOUVERNEMENT YÉMÉNITE QUALIFIE DE « MANIPULATION » LE RETRAIT REBELLE

Le gouvernement yéménite persiste et signe en qualifiant de « manipulation » l’annonce du retrait des rebelles Houthis de trois ports de l’Ouest, cruciaux pour l’arrivée de l’aide humanitaire dans ce pays en guerre.

Des experts estiment pour leur part qu’après des mois d’immobilisme, le désengagement militaire annoncé dans cette région pourrait constituer une percée.

« Les deux prochaines semaines nous diront s’il y a bien eu un transfert (d’autorité dans les ports) ou si c’est une nouvelle gueule de bois », affirme Farea al-Muslimi, analyste associé au centre de réflexion londonien Chatham House.

Dans un tweet dimanche, le ministre yéménite de l’Information Mouammar al-Iryani a jeté le doute sur la réalité du retrait rebelle qui, selon les Houthis, a déjà eu lieu samedi dans le port de Salif.

« Ce que les miliciens Houthis ont fait, c’est la répétition d’une pièce de théâtre sur le transfert du contrôle du port à des forces » qui leur sont favorables, a-t-il dit.

« Cela montre la poursuite d’une manipulation et une tentative d’éviter la mise en oeuvre de l’accord » conclu sous l’égide de l’ONU en décembre dernier en Suède, a ajouté le ministre.

Samedi, l’ONU, qui dispose d’une petite équipe d’observateurs dans la région de Hodeida, a déclaré qu’une opération de retrait rebelle avait « débuté ».

« L’ONU espère être bientôt en mesure de faire un rapport au Conseil de sécurité sur les mouvements réels sur le terrain », a souligné prudemment à l’AFP une source onusienne.

Des sources proches des Houthis ont affirmé que des rebelles avaient commencé à se retirer des ports de Salif, Ras Issa et Hodeida, laissant la place à des gardes-côtes.

A Salif, un photographe et un vidéaste de l’AFP ont constaté le départ de combattants rebelles et l’arrivée d’hommes vêtus d’uniformes de gardes-côtes.

« Aucune surveillance »

Un responsable loyaliste a ensuite qualifié de « nouvelle ruse » ce désengagement rebelle.

Al-Hassan Taher, gouverneur de la province de Hodeida, a affirmé à l’AFP que, dans les ports, les combattants Houthis font semblant de se désengager et transfèrent l’autorité de ces installations à des forces de sécurité qui leur sont favorables.

Il n’y a « aucune surveillance de la part de l’ONU et du gouvernement » pour ce retrait, a dit M. Taher, accusant le médiateur des Nations unies Martin Griffiths de collaborer avec les rebelles.

« Martin Griffiths veut remporter une victoire, même si les Houthis se transfèrent (l’autorité) entre eux. Nous rejetons totalement cela et l’accord doit être mis en oeuvre dans son intégralité, notamment en ce qui concerne l’identité des forces qui prendront la relève des Houthis », a-t-il ajouté.

Le désengagement militaire des belligérants dans la région de Hodeida était prévu par l’accord inter-yéménite arraché en Suède.

Annoncé à plusieurs reprises par l’ONU, notamment en février et en avril, le retrait effectif des ports tardait à être mis en oeuvre, suscitant l’inquiétude de la communauté internationale, alors que des millions de Yéménites sont menacés par la famine.

L’espoir né en Suède

L’essentiel des importations et de l’aide humanitaire est censé arriver via la ville portuaire de Hodeida qui a été la cible d’une offensive gouvernementale avant les pourparlers de paix en Suède fin 2018.

La guerre au Yémen oppose depuis plus de quatre ans des forces progouvernementales, appuyées militairement par l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, aux rebelles Houthis, soutenus par l’Iran et qui contrôlent de vastes zones de l’ouest et du nord du Yémen, dont la capitale Sanaa.

Le conflit a tué des dizaines de milliers de personnes, dont de nombreux civils, selon diverses organisations humanitaires.

Environ 3,3 millions de personnes sont toujours déplacées et 24,1 millions, soit plus des deux-tiers de la population, ont besoin d’assistance, selon l’ONU.

Le processus initié en Suède était le premier depuis 2016. Il a suscité des espoirs, les parties ayant conclu une trêve qui semble à peu près tenir à Hodeida, ainsi qu’un accord pour la libération de milliers de prisonniers. Cependant, ces libérations n’ont toujours pas eu lieu.

Selon l’expert Farea al-Muslimi, l’accord de Suède « est très difficile à exécuter car les lignes sont très floues et chaque partie l’interprète à sa manière ».

Adam Baron, analyste associé à l’European Council on Foreign Relations, pense lui que les développements à Hodeida représentent « une percée potentielle après des mois d’immobilisme » mais reste prudent car « la confiance entre les deux parties frôle l’inexistence, ce qui continue d’entraver tout effort » de désescalade.

Selon lui, « une mise en oeuvre de l’accord (à Hodeida) ne signale que des progrès sur une partie de l’accord et un aspect du conflit. Il est essentiel de se rappeler que le Yémen n’est pas Hodeida et que même dans le calme relatif qui y règne, le conflit continue à brûler » ailleurs.

(avec Afp)

A lire aussi

Enquête : Plusieurs géants des réseaux sociaux visés aux USA

Les géants des réseaux sociaux, des moteurs de recherche et du commerce en ligne sont-ils …

Laisser un commentaire