lundi , 16 septembre 2019
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Coup d’État raté : Chasse aux traîtres au Venezuela

Le pouvoir vénézuélien poursuivait vendredi son offensive contre les « traîtres » responsables du soulèvement manqué contre Nicolas Maduro, qui a accusé son ancien chef du renseignement d’avoir « coordonné » la tentative de sédition en tant que « taupe de la CIA ». « Nous avons réussi à prouver » que Christopher Figuera « a été recruté par la CIA il y a plus d’un an et qu’il travaillait comme traître, comme taupe, comme infiltré » au sommet du Sebin, le service du renseignement vénézuélien, a tonné le président vénézuélien dans une allocution à la télévision, sans toutefois fournir de preuves. Pour le chef de l’Etat, le général Figuera « a coordonné le coup d’Etat » raté, auquel avait appelé le chef de file de l’opposition Juan Guaido au matin du 30 avril. Depuis, le général Figuera a fait défection, comme l’a annoncé mardi le vice-président américain Mike Pence. Mais « bientôt, la justice le rattrapera et il paiera le prix de sa trahison », a encore assuré Nicolas Maduro.

Ces accusations sont dans la droite ligne de l’offensive lancée par le pouvoir chaviste contre les « traîtres » responsables, selon lui, du soulèvement raté.

Au plan judiciaire, dix députés d’opposition sont inculpés de « haute trahison » et de « complot ».

Le plus emblématique d’entre eux est le vice-président de l’Assemblée nationale Edgar Zambrano. Le bras droit de Juan Guaido a été arrêté et placé en détention provisoire à la prison de la police militaire du Fort-Tiuna, le principal complexe militaire de Caracas, a indiqué la Cour suprême.

Son avocate Lilia Camejo a dit ne pas comprendre pourquoi son client avait été transféré dans une prison « de la police militaire, alors qu’il s’agit d’un civil ».

Des dix députés incriminés, trois se sont réfugiés dans des résidences diplomatiques. Un quatrième, Luis Florido, a annoncé dans une vidéo qu’il avait fui en Colombie pour se mettre « à l’abri d’un régime prêt à emprisonner des députés ».

Le transfèrement d’Edgar Zambrano est aussi symptomatique du haussement de ton du gouvernement à l’égard de l’Assemblée nationale, 10 jours après la tentative de soulèvement.

« Zambrano a été transféré dans cette prison parce qu’il (le pouvoir) estime qu’il doit être jugé selon le droit militaire », note Juan Manuel Raffalli, un avocat constitutionnaliste interrogé par l’AFP.

L’Assemblée nationale est la seule institution contrôlée par l’opposition. Mais depuis trois ans, l’exécutif ne respecte plus aucune de ses décisions, lui préférant l’Assemblée constituante, composée uniquement de fidèles du pouvoir.

« Statu quo »

Samedi, Juan Guaido va tenter de reprendre la main avec un appel à manifester. Cette nouvelle manifestation devrait donner une indication sur le degré d’adhésion des anti-Maduro, plus de trois mois et demi après que l’opposant de 35 ans s’est proclamé président par intérim.

Le gouvernement qualifie ses efforts pour déloger Nicolas Maduro du pouvoir de tentative de « coup d’Etat » soutenue par l’administration du président américain Donald Trump.

La Marine vénézuélienne a par ailleurs dénoncé vendredi une incursion d’un navire de guerre américain dans sa zone économique exclusive, près de la frontière de ses eaux territoriales. Selon Caracas, l’USCG James s’est approché à 14 milles nautiques (26 km) des côtes du Venezuela mercredi, au large du port de La Guaira (nord). Un patrouilleur vénézuélien lui a intimé par radio l’ordre de quitter la zone, auquel le navire américain a obtempéré.

« Il est probable que le statu quo se poursuive », estime dans une note Moises Rendon, du Center for Strategic and International Studies à Washington. Selon lui, Nicolas Maduro risque d’être « plus isolé que jamais aux plans diplomatique et économique », mais « les pressions externes et internes n’ont pas suffi à le convaincre, lui et son entourage, de négocier sa sortie ».

Le gouvernement vénézuélien a, entre autres, le soutien de la Russie, de l’Iran et de Cuba, son plus proche allié dans la région.

Face à ce bloc, « l’empire » américain que Nicolas Maduro n’a de cesse de railler a pris de nombreuses sanctions à son encontre et de hauts responsables civils et militaires. La plus significative est un embargo sur le pétrole vénézuélien, poumon économique du pays.

Au nombre des contempteurs du président vénézuélien se trouve également son homologue brésilien d’extrême droite Jair Bolsonaro. En février, Caracas avait fermé sa frontière avec son grand voisin, au moment où l’opposition tentait de faire entrer de l’aide humanitaire.

Vendredi, le vice-président vénézuélien chargé de l’Economie Tareck El Aissami a annoncé la réouverture de la frontière, ainsi que celle avec Aruba, une île néerlandaise située face aux côtes vénézuéliennes. Dans la journée, le Brésil a indiqué que la réouverture de la frontière était effective.

Les frontières avec la Colombie et les autres îles néerlandaises (Bonaire et Curaçao) restent en revanche fermées.

(avec Afp)

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