samedi , 20 juillet 2019
Accueil / Afrique / Présidentielle 2023 : Katumbi – « Kabila », la bataille des Judas
Moise KATUMBI, lors d'un entretien a France24 et RFI.
Moise KATUMBI, lors d'un entretien a France24 et RFI.

Présidentielle 2023 : Katumbi – « Kabila », la bataille des Judas

Dernière mise à jour, le 20 mai 2019 à 05:01

Alors dans Jeune Afrique, il y a quatre mois, Joseph Kabila vous a comparé à « Judas », c’est-à-dire à la figure du traître. Il a même ajouté que vous devriez en assumer les conséquences. C’est menaçant. Or, Joseph Kabila compte encore beaucoup de fidèles dans l’appareil d’État. Ne craignez-vous pas un mauvais coup à votre retour ? Moïse Katumbi : (Rires) Ce n’est surtout pas à Joseph Kabila de me traiter de Judas. Je crois qu’il doit lire la Bible. Aujourd’hui, monsieur Kabila doit faire son examen de conscience. Il est resté au pouvoir de 2016 à 2018, il a trahi la Constitution congolaise, il a trahi le peuple congolais, il a tué à l’est du Congo, à Béni et dans les deux Kasaï, il y a l’insécurité qui règne aujourd’hui. Moi, je ne voulais pas rester avec l’incarnation du mal, c’est pourquoi j’ai quitté Kabila. Si lui peut se comparer au Christ, je demande à la population congolaise de nous juger. Pour moi, le Judas c’est Kabila.

Pour la première fois depuis la présidentielle du 30 décembre, l’opposant congolais Moïse Katumbi sort de son silence. En exclusivité sur RFI et France 24, le coordonnateur de la plateforme d’opposition Lamuka annonce qu’après trois ans d’exil, il rentre par avion à Lubumbashi le 20 mai prochain.

C’est depuis le 20 mai 2016 que le coordonnateur de la présidence tournante de la plateforme Lamuka, Moïse Katumbi est en exil. A quasiment trois ans de son exile, il annonce son retour par la ville de Lubumbashi. Lors d’une interview lundi 6 mai à France 24 et RFI, il est revenu sur les 100 jours du président de la République en reconnaissant qu’il y a des choses positives dans sa gouvernance.

Quoiqu’à la tête de l’Opposition, Katumbi reconnaît qu’il y a des choses positives que Félix Tshisekedi est en train de faire. « Par exemple, la liberté d’expression dans notre pays, la libération de prisonniers politiques et aussi, le fait de supprimer les cachots au service de renseignements [Agence nationale de renseignements (ANR)]. Il y a des gens qui sont restés dans ces cachots pendant dix ans, huit ans, sans être jugés. Donc il y a de bonnes choses de ce côté-là ».

Abordé sur la démission de Félix Tshisekedi qu’exige Martin Fayulu, Moïse Katumbi a expliqué que le plus important c’est la cohésion nationale. « Je ne voudrais pas entrer dans des débats qui vont compliquer l’avenir du Congo. Les élections ont été organisées, il y’a eu des irrégularités, la Cour Constitutionnelle a proclamé Félix Tshisekedi… Le plus important c’est la cohésion nationale », a-t-il précisé.

Interrogé sur la grande concertation nationale sous l’égide de l’Union africaine dans les semaines qui viennent pour organiser de nouvelles élections d’ici la fin de l’année comme le demande Fayulu, le patron de la plateforme Ensemble a réaffirmé que le plus important, demeure la cohésion nationale.

« Nous avons quitté la plateforme électorale de Lamuka pour créer la plateforme politique d’aujourd’hui. Qu’est-ce que nous devons défendre ? Dans notre communiqué à Bruxelles, nous avons estimé que nous devons d’abord défendre strictement notre Constitution parce que je sais que les députés nommés avec la présidente Jeanine Mabunda veulent toucher à la Constitution. Là, nous ne serions pas d’accord. Je me suis battu contre Kabila pour qu’il ne puisse pas avoir le troisième mandat. Vous allez voir que, si je rentre au pays, d’abord c’est pour que la population soit consciente, qu’elle soit éveillée pour défendre notre Constitution, qu’on ne touche pas aux articles intangibles de la Constitution ». 

MOÏSE KATUMBI LE 20 MAI À LUBUMBASHI

Après plusieurs rendez-vous manqués, Moïse Katumbi, coordonnateur de LAMUKA, rentre en République démocratique du Congo, le lundi 20 mai, par la ville de Lubumbashi, dans le Haut-Katanga. Sur place, ses partisans, notamment ceux réunis au sein d’Ensemble pour le changement, sans compter les supporters de son club de cœur, le TP Mazembe, se préparent activement. Entre les garanties sécuritaires qui s’imposent comme préalable indispensable, à Lubumbashi, la mobilisation se met également en place. La semaine qui commence est celle de derniers réglages.

Après trois ans d’absence au pays, marqué particulièrement par des démêlés judiciaires qui ont fini par livrer leur secret, autant à la Cour de cassation, concernant la spoliation d’un immeuble à Lubumbashi, qu’à la Haute Cour militaire dans l’affaire de recrutement des mercenaires, Moïse Katumbi revient bientôt en RDC en homme libre. La date est connue : c’est le lundi 20 mai 2019. Il s’était d’ailleurs chargé personnellement de l’annoncer dernière, invité de RFI et France 24.

C’est par la ville de Lubumbashi, son fief naturel, que le coordonnateur de LAMUKA, et président d’Ensemble pour le changement, a choisi de regagner le pays de ses ancêtres. Lavé de tout soupçon dans les deux dossiers judiciaires, à savoir la spoliation d’un immeuble supposé appartenir à un sujet grec dans la ville de Lubumbashi et le recrutement des mercenaires, c’est en homme libre, jouissant pleine- ment de ses droits de citoyen congolais que le coordonnateur de LAMUKA retourne dans son pays.

Sur place à Lubumbashi, le décor d’un grand accueil se met déjà en place. C’est Gabriel Kyungu wa Kumwanwa, coordonnateur d’Ensemble pour le changement dans le Haut-Katanga, qui a pris les commandes de l’équipe de mobilisation.

Parallèlement, son équipe de football, le TP Mazembe, et tous ses supporters restés orphelins de leur président pendant trois ans s’organisent pour ne pas rater le grand retour du chairman.

Si la mobilisation est à son comble dans la ville de Lubumbashi, en attendant le jour de vérité, c’est-à-dire le 20 mai 2019, il y a cependant des préalables – et non des moindres – qui devraient être réglés cette semaine. Le plus important est évidemment d’ordre sécuritaire.

L’on se rappelle que Moïse Katumbi a quitté Lubumbashi dans des conditions tout à fait particulières. Condamné en première instance à trois ans d’emprisonnement ferme par le tribunal de paix de Lubumbashi/ Kamalondo dans une affaire de spoliation, Moise Katumbi a fait en même temps l’objet d’un autre procès ouvert contre lui à la Haute Cour militaire pour un présumé recrutement des mercenaires. Ce qui a justifié son éloignement de la RDC – l’ancien régime du président Kabila ayant multiplié des exceptions pour l’empêcher par tous les moyens de retourner en RDC. Fin 2018, sa dernière tentative de retourner en RDC par la frontière terrestre de Kasumbalesa s’est soldée par un échec.

Lavé de tout soupçon

Avec l’avènement de Lubumbashi se prépare au grand retour de Katumbi Félix Tshisekedi les choses se sont accélérées de telle sorte que Moïse Katumbi est maintenant détenteur d’un passeport biométrique de la RDC. A Kinshasa, la Cour de cassation l’a relaxé dans le dossier de spoliation d’un immeuble supposé appartenir au Grec Stoupis. A la Haute Cour militaire, les griefs mis à sa charge dans un présumé recrutement de mercenaires a été classé « sans suite ». Si bien qu’à ce jour, plus rien ne peut empêcher le retour de Katumbi sur la terre de ses ancêtres. Premier étape : Lubumbashi dès le lundi 20 mai 2019.

Est-ce à dire que tout devait se passer comme sur des roulettes ? Ce n’est pas évident. Car, les mêmes qui ont monté des procès aux motivations politiques contre Moïse Katumbi sont encore là. Même si Joseph Kabila a quitté le Palais de la Nation, il a réussi néanmoins à maintenir sa mainmise sur les rouages de l’Etat. Présenté comme le cerveau de toutes les déboires judiciaires vécus par Katumbi pendant tous les trois de son exil forcé, Kabila n’a pas encore dit son dernier mot. Il ne faudrait donc pas minimiser sa capacité de nuisance.

C’est dire que le retour de Katumbi nécessite de sé- rieuses garanties sécuritaires. Selon des indiscrétions glanées dans son entourage, l’impératif sécuritaire est pris très au sérieux. Une équipe d’experts, rapporte-t-on, y travaille activement.

Devant RFI et France 24, Katumbi a tenté d’effleurer le sujet. S’il ne rentre pas en RDC avec une grande machine sécuritaire, il place toute sa confiance en la population qui se reconnaît dans son combat politique. « La sécurité, d’abord c’est la population congolaise. Je rentre chez nous, je ne rentre pas avec des militaires, je rentre pour aider mon peuple à sortir de la misère », a-t-il déclaré.

Contrairement à sa dernière tentative de retour raté à Kasumbalesa, c’est par avion que Katumbi regagne le 20 mai la ville de Lubumbashi. « A l’époque, on m’a refusé plusieurs fois l’autorisation d’atterrissage. Je vais rentrer par avion à Lubumbashi », a-t-il promis.

Retour aux grands enjeux

Il y a cependant un bémol. C’est notamment cette récente lettre du conseiller spécial du chef de l’Etat en matière de sécurité, François Beya Kasonga, qui conditionne l’autorisation de survol de tout aéronef civil ou militaire de l’espace aérien congolais à l’avis préalable de ses services, avant la validation de l’Autorité de l’aviation civile du Congo. Dans l’opinion, certains ont tenté de faire directement le lien avec le retour annoncé de Moïse Katumbi, estimant que c’était encore une nouvelle manœuvre politicienne aux motivations sécuritaires pour retarder l’atterrissage du jet privé censé ramener Katumbi en RDC.

Sans entrer dans le détail, on sait néanmoins que le retour de Katumbi le lundi prochain par Lubumbashi est entouré de gros enjeux à la fois politiques et sécuritaires. Sur le plan politique, ses anciens amis de la majorité présidentielle ne lui ont jamais pardonné son divorce d’avec Joseph Kabila.

Ils ont réussi à l’écarter par tous les moyens à leur disposition de la course à la présidentielles de décembre 2018. Sur le plan sécuritaire, il y a des garanties sécuritaires et évidentes que son équipe doit réunir pour assurer l’intégrité physique du coordonnateur LAMUKA et président d’Ensemble pour le changement.

La semaine qui commence à celle de grandes tractations. Dans tous les cas, l’entourage de Katumbi n’a pas encore dévoilé son agenda. Le 20 mai, Moïse Katumbi est bel et bien de retour en RDC par la ville de Lubumbashi.

(avec lePotentiel)

INTÉGRALITÉ DE L’INTERVIEW DE MOÏSE KATUMBI SUR FRANCE24 ET RFI

Marc Perelman : Monsieur Katumbi, la justice congolaise vient de rendre deux décisions qui vous sont favorables dans l’affaire de la spoliation immobilière, dans celle des mercenaires. Est-ce que vous pensez que vous êtes désormais totalement innocenté ?

Moïse Katumbi : Heureusement aujourd’hui, la justice peut dire le droit parce qu’il n’y a plus d’interférence de la politique dans notre justice. Je ne suis pas le seul. Je savais que j’étais innocent et que mes procès étaient des mascarades comme l’avez dit la Cenco [conférence épiscopale des évêques du Congo].

Christophe Boisbouvier : Depuis cent jours, il y a eu plusieurs contacts entre votre entourage et celui de Félix Tshisekedi, notamment à Genève et dans d’autres villes européennes. Est-ce qu’on peut dire que ces deux décisions de justice sont le résultat d’un accord entre l’entourage de Félix Tshisekedi et le vôtre ?

Moïse Katumbi : Il n’y a pas eu de contact avec le camp de Félix Tshisekedi. Je vous dis très bien que la justice aujourd’hui peut dire le droit dans notre pays. Le grand problème qu’on avait à l’époque, c’était l’ingérence de la politique. Ils ont tout fait pour me bloquer pour ne pas rentrer au pays et pour ne pas être candidat. Ils l’ont fait aussi pour Jean-Pierre Bemba.

Christophe Boisbouvier : Donc l’arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi a peut-être facilité les choses du point de vue de la justice congolaise ?

Moïse Katumbi : Il y a des choses positives que Félix Tshisekedi est en train de faire. Par exemple, la liberté d’expression dans notre pays, la libération de prisonniers politiques et aussi supprimer les cachots au service de renseignements [Agence nationale de renseignements (ANR)]. Il y a des gens qui sont restés dans ces cachots pendant dix ans, huit ans, sans être jugés. Donc il y a de bonnes choses de ce côté-là.

Christophe Boisbouvier : Et c’est peut-être aussi pour cela qu’aujourd’hui, les décisions de justice vous sont favorables ?

Moïse Katumbi : Pas du tout. Il n’y a pas eu ingérence de ce côté-là. J’étais déjà en justice et j’avais fait appel en justice. Et le problème du procès par exemple de monsieur Stoupis, c’était avec la plainte de madame Chantal Ramazani [magistrate congolaise qui a déclaré avoir condamné Moïse Katumbi à la suite de pressions politiques].

Marc Perelman : On vous a également il y a quelques semaines rendu votre passeport congolais. Il semble que les obstacles judiciaires n’en sont plus. Est-ce que cela veut dire que trois ans après votre départ de RDC, vous allez rentrer au pays ? Et si oui, quand ?

Moïse Katumbi : D’abord, je venais d’avoir mon passeport il n’y a pas longtemps. Priver quelqu’un de sa nationalité, de son passeport, c’est un crime parce que monsieur Joseph Kabila ne voulait pas que je puisse rentrer au pays. Et je ne suis pas le seul à avoir retrouvé son passeport. Donc j’ai quitté le pays, c’est vrai il y a trois ans, c’était le 20 mai. C’est pourquoi en ce moment même, j’ai beaucoup réfléchi : si je suis venu ici aujourd’hui pour cette interview, c’est pour mon retour au pays. Je voudrais rentrer au pays. Et je vais vous donner la date : je rentre le 20 mai à Lubumbashi pour rester avec les miens, pour consoler les familles qui ont été maltraitées. Et moi j’étais à l’étranger, mais eux ils ont vécu l’enfer. Et c’est pour cela que je demanderai à tous les juristes congolais qui vivent dans la diaspora, les ONG des droits de l’homme et les églises, il faudrait qu’on puisse réécrire l’histoire de notre pays. Il y a eu beaucoup de morts, il faudrait qu’on ouvre un bureau pour recenser tous ces morts-là et les familles qui n’ont pas fait le deuil. Donc je vais pour consoler d’abord ma population.

Marc Perelman : Donc c’est ferme et définitif : le 20 mai, trois ans jour pour jour après votre départ, vous serez à Lubumbashi dans votre pays…

Moïse Katumbi : C’est définitif, le 20 mai je suis à Lubumbashi. Et je vais faire le tour du Congo. Je vais faire le safari. Je voudrais aller remercier la population congolaise qui m’a soutenu pendant le malheur provoqué par monsieur Kabila.

Christophe Boisbouvier : Un point de détail : vous rentrez le 20 mai par avion ou par voie terrestre comme vous avez tenté par deux fois déjà en venant de la Zambie ?

Moïse Katumbi : A l’époque, on m’a refusé plusieurs fois l’autorisation d’atterrissage. Je vais rentrer par avion à Lubumbashi.

Christophe Boisbouvier : Alors dans Jeune Afrique, il y a quatre mois, Joseph Kabila vous a comparé à « Judas », c’est-à-dire à la figure du traître. Il a même ajouté que vous devriez en assumer les conséquences. C’est menaçant. Or, Joseph Kabila compte encore beaucoup de fidèles dans l’appareil d’État. Ne craignez-vous pas un mauvais coup à votre retour ?

Moïse Katumbi : (Rires) Ce n’est surtout pas à Joseph Kabila de me traiter de Judas. Je crois qu’il doit lire la Bible. Aujourd’hui, monsieur Kabila doit faire son examen de conscience. Il est resté au pouvoir de 2016 à 2018, il a trahi la Constitution congolaise, il a trahi le peuple congolais, il a tué à l’est du Congo, à Béni et dans les deux Kasaï, il y a l’insécurité qui règne aujourd’hui. Moi, je ne voulais pas rester avec l’incarnation du mal, c’est pourquoi j’ai quitté Kabila. Si lui peut se comparer au Christ, je demande à la population congolaise de nous juger. Pour moi, le Judas c’est Kabila.

Christophe Boisbouvier : Mais vous avez des garanties pour votre sécurité à partir du 20 mai ?

Moïse Katumbi : La sécurité, d’abord c’est la population congolaise. Je rentre chez nous, je ne rentre pas avec des militaires, je rendre pour aider mon peuple à sortir de la misère.

Marc Perelman : Malgré les gestes de Félix Tshisekedi envers vous, vous restez solidaire du candidat malheureux à l’élection présidentielle, Martin Fayulu. Vous êtes président d’Ensemble pour le changement et vous venez de prendre la présidence tournante de la plateforme d’opposition Lamuka. Est-ce que vous restez un opposant résolu ? Et est-ce que vous continuez à réclamer la vérité des urnes comme lui ?

Moïse Katumbi : Il y a eu les élections chaotiques dans notre pays, des élections chaotiques planifiées par Joseph Kabila. Les élections en 2011 et en 2018 n’ont pas été organisées par Martin Fayulu ou par Félix Tshisekedi. Ces élections ont été organisées par Joseph Kabila. Je rentre au pays. Je reste opposant et je suis le coordonnateur de la Lamuka et le président d’Ensemble pour le changement.

Christophe Boisbouvier : Et de ce point de vue, est-ce que, comme Martin Fayulu, vous réclamez une grande concertation nationale sous l’égide de l’Union africaine dans les semaines qui viennent pour organiser de nouvelles élections d’ici la fin de l’année ?

Moïse Katumbi : Le plus important pour nous, c’est d’abord la cohésion nationale. Nous avons quitté la plateforme électorale de Lamuka pour créer la plateforme politique d’aujourd’hui. Qu’est-ce que nous devons défendre ? Je crois que c’était dans notre communiqué à Bruxelles, nous devons d’abord défendre strictement notre Constitution parce que je sais que les députés nommés avec la présidente Jeannine Mabunda veulent toucher à la Constitution. Là, nous ne serions pas d’accord. Je me suis battu contre Kabila pour qu’il ne puisse pas avoir le troisième mandat. Vous allez voir que, si je rentre au pays, d’abord c’est pour que la population soit consciente, qu’elle soit éveillée pour défendre notre Constitution, qu’on ne touche pas aux articles intangibles de la Constitution.

Marc Perelman : Est-ce que vous pouvez quand même clarifier quelque chose : est-ce que pour vous Martin Fayulu est le véritable vainqueur de ces élections ?

Moïse Katumbi : Il y a eu des élections chaotiques. Il y a eu beaucoup d’irrégularités…

Marc Perelman : Il l’est ou pas ?

Moïse Katumbi : Beaucoup d’irrégularités dans notre pays. La Cour constitutionnelle a proclamé monsieur Félix Tshisekedi comme président de la République.

Christophe Boisbouvier : Dont acte ?

Christophe Boisbouvier : Vous en prenez acte ou bien, au contraire, vous estimez qu’il faut s’opposer à cette élection ?

Moïse Katumbi : On doit aller de l’avant. Le plus important pour nous, c’est aller de l’avant. Nous serons dans l’opposition pour défendre la population congolaise. La reconstruction de notre pays, c’est le plus important.

Christophe Boisbouvier : Justement, comme votre mouvement Ensemble pour le changement dispose du plus grand nombre de députés d’opposition au sein de l’Assemblée nationale, on imagine que vous allez prendre le leadership de l’opposition. Mais certains se demandent si, en fait, vous n’envisagez pas un changement d’alliance afin de vous rapprocher du parti de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) de Félix Tshisekedi ?

Moïse Katumbi : Être opposant, c’est vraiment un grand métier pour permettre à la population congolaise de vivre la vraie démocratie et le développement. Moise Katumbi va rester dans l’opposition, mais une opposition républicaine. Cette opposition, on va condamner là où il faudrait condamner. On va féliciter là où il faudrait féliciter. On va donner des conseils et des solutions aussi.

Marc Perelman : Mais il y a quand même une clarification. Martin Fayulu appelle à « la démission de Félix Tshisekedi ». On aimerait savoir si vous êtes d’accord avec cet appel ou si vous dites « non » ?

Moïse Katumbi : Le plus important aujourd’hui, c’est quoi ? C’est la cohésion nationale du Congo, l’unité de notre pays.

Marc Perelman : Donc vous n’êtes pas d’accord avec Martin Fayulu ?

Moïse Katumbi : On a tant souffert dans notre pays. Lisez le communiqué de Lamuka à Bruxelles où nous avions dit que nous allons défendre notre propre Constitution, lutter contre les antivaleurs dans notre pays, avoir un État de droit. Donc, il y a beaucoup de choses à faire. Nous devons pouvoir avancer.

Marc Perelman : Est-ce que vous pouvez être clair : est-ce que vous êtes contre Martin Fayulu appelant à la démission de Félix Tshisekedi, oui ou non ?

Moïse Katumbi : Ce que je suis en train de vous dire, je l’ai dit au début : la Cour constitutionnelle a proclamé monsieur Félix Tshisekedi président de la République. Pour moi, je suis un homme pragmatique, je ne voudrais pas entrer dans des débats qui pourront un jour ramener le mal dans notre pays. Donc, le plus important pour nous, c’est l’avenir du peuple congolais.

Christophe Boisbouvier : Justement, l’avenir. Que répondez-vous à ceux qui disent : vous rentrez le 20 mai, parce que vous êtes plus un homme d’affaires qu’un homme politique et que vous rentrez peut-être plus pour vous occuper de vos entreprises. Parce que vous êtes un riche homme d’affaires, et que vous ne serez pas candidat en fait à la prochaine élection présidentielle…

Moïse Katumbi : Si je rentrais pour mes affaires, je ne pouvais pas m’opposer contre monsieur Kabila. Je suis un homme politique. J’avais beaucoup réfléchi avant de défendre la Constitution. Vous vous rappelez, j’avais parlé du troisième faux pénalty. Aujourd’hui, je rentre au pays, c’est pour défendre la population congolaise. Il faut que la population congolaise soit réveillée. Nous ne voulons plus subir comme tout ce qu’on a subi pendant 18 ans de Kabila au pouvoir.

Christophe Boisbouvier : Donc vous serez candidat ?

Moïse Katumbi : Aujourd’hui, nous ne pouvons pas parler de la candidature, parce que nous avons encore cinq ans. Mais le boulot que j’aurai, en tant que coordonnateur de Lamuka, c’est que je vais sillonner toutes les provinces, je vais aussi transformer Ensemble pour le changement en un grand parti politique. Donc il y a beaucoup de choses à faire. Faisons ce qui est le mieux pour la population congolaise. Cinq ans, c’est encore loin.

(Propos recueillis par Christophe Boisbouvier (RFI) et Marc Perelman (France24))

A lire aussi

RDC : Qu’attend Fatshi de prendre des mesures draconiennes devant l’aggravation d’Ebola à l’Est ?

Il est impératif aujourd’hui de se poser cette question cruciale pourquoi le président de la …

Laisser un commentaire