mercredi , 30 septembre 2020
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Putsch : Échec des USA au Venezuela

De nouveaux heurts opposaient mercredi des partisans de l’opposant Juan Guaido et les forces de l’ordre à Caracas en marge des rassemblements du 1er mai, au lendemain de la tentative de soulèvement ratée d’un groupe de militaires contre le président Nicolas Maduro. En début d’après-midi, des manifestants tentaient de bloquer une autoroute qui longe la base militaire aérienne de La Carlota, d’où Juan Guaido avait assuré mardi avoir le soutien d’un groupe de soldats, et lançaient des pierres en direction des forces de l’ordre, qui répondaient par des tirs de gaz lacrymogène. Signe de l’inquiétude de la communauté internationale, l’ONU a mis en garde les autorités vénézuéliennes contre un usage « excessif de la force » contre les manifestants.

Pour ce 1er mai, dont le chef de file de l’opposition entend faire la « plus grande manifestation de l’histoire du Venezuela », ils étaient plusieurs milliers à la mi-journée à agiter des drapeaux et crier leur rejet du président Maduro en une quinzaine de points de rassemblement à travers la capitale.

« Hier, nous avons vu des soldats reconnaître notre président par intérim. Nous devons continuer à occuper la rue », lance Patricia Requena, 40 ans. « Je continuerai à manifester tant que Dieu me le permettra ».

Dans les rues ensoleillées de Caracas, des carcasses de véhicules calcinés, signe des tensions de la veille, étaient encore visibles.

« Demain, nous allons accompagner la proposition de grève tournante (faite par les travailleurs) pour arriver à la grève générale », a déclaré devant des milliers de partisans Juan Guaido, 35 ans, reconnu comme président par intérim par une cinquantaine de pays dont les Etats-Unis.

« On va continuer dans la rue jusqu’à obtenir la liberté », a assuré l’opposant, chemise blanche aux manches retroussées, juché sur un véhicule équipé d’enceintes.

Intervention militaire « possible »

A Washington, le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a prévenu mercredi qu' »une intervention militaire (était) possible. Si c’est nécessaire, c’est ce que feront les Etats-Unis ».

Lors d’un entretien téléphonique mercredi avec son homologue russe Serguei Lavrov, Mike Pompeo a accusé Moscou de « déstabiliser » le Venezuela, et de nouveau demandé à la Russie de cesser de soutenir le président socialiste Nicolas Maduro.

Lavrov a rétorqué que « l’ingérence de Washington dans les affaires du Venezuela est une violation flagrante du droit international » et que « cette influence destructrice n’a rien à voir avec la démocratie ».

Dans le centre de Caracas, aux abords du palais présidentiel de Miraflores, le pouvoir a donné rendez-vous à ses sympathisants pour le traditionnel défilé du 1er mai, qui, cette année, prend une connotation particulière.

« D’expérience, nous savons que ça n’est ni la première, ni la dernière fois que l’oligarchie financière soutenue par l’impérialisme yankee tente de briser les espoirs d’un peuple qui a décidé d’être libre », lance Valmore Vargas, 47 ans, qui revendique fièrement l’héritage de « notre commandant Hugo Chavez », décédé en 2013.

Mardi, des milliers de manifestants se sont violemment opposés aux forces de l’ordre dans les rues de Caracas en soutien à un groupe de militaires qui avait rallié M. Guaido à l’aube. Au moins une personne a été tuée et près d’une centaine blessées, dont deux par balles.

La tentative de soulèvement s’est dégonflée au fur et à mesure que les principaux chefs militaires réaffirmaient leur soutien au socialiste Nicolas Maduro.

« Demande d’asile »

En fin de journée mardi, un groupe d’insurgés a demandé l’asile à l’ambassade du Brésil. Une des figures de l’opposition, Leopoldo Lopez, qui était assigné à résidence depuis 2017, est apparu aux côtés de M. Guaido et des militaires insurgés avant de se réfugier dans l’ambassade du Chili, puis celle d’Espagne.

Depuis le 23 janvier, le Venezuela, confronté à la plus grave crise de son histoire avec une économie au ralenti, une monnaie naufragée et des pénuries, compte de fait deux « présidents ».

« Pour les Etats-Unis, la politique (américaine) au Venezuela est très risquée. Il n’y a aucune garantie de succès, à court ou moyen terme. La plupart des décisions semblent guidées par des idées fausses plutôt que par une stratégie », déclare à l’AFP Michael Shifter du centre de réflexion Inter-American Dialogue, basé à Washington,en qualifiant le geste de mardi de Guaido d' »audacieux ».

Dénonçant également l' »usage de la force », les pays latino-américains et européens du Groupe de contact international (GCI) sur le Venezuela ont réaffirmé mercredi leur soutien à une solution « politique, pacifique, démocratique et conduite par les Vénézuéliens à la crise ».

Quelque 2,7 millions de Vénézuéliens ont fui le pays depuis 2015, face aux pénuries de biens de première nécessité et de médicaments, selon les chiffres de l’ONU.

Le Trésor américain a infligé une série de sévères sanctions financières au régime de Nicolas Maduro, qualifié d' »illégitime ». Dernières en date: l’embargo américain sur le pétrole vénézuélien entré en vigueur dimanche.

A Cuba, allié du pouvoir chaviste à Caracas, le défilé du 1er mai a été placé mercredi sous le double signe du soutien au Venezuela du président Maduro et de l’opposition au président américain Donald Trump qui a menacé l’île d’un embargo « total ».

LES PARTISANS DE GUAIDO DÉCIDÉS À DÉLOGER MADURO

« Je manifesterai tant que Dieu me le permettra »: convaincue que le président Nicolas Maduro doit quitter le pouvoir, Patricia manifestait mercredi une nouvelle fois dans les rues de Caracas, comme des milliers d’autres partisans de Juan Guaido, alors que de nouveaux heurts éclataient.

Sur la place Altamira, un bastion de l’opposition vénézuélienne, Patricia Requena, 40 ans, retrouve la foule qui s’était déjà massée au même endroit la veille en soutien aux soldats entrés en rébellion contre le pouvoir et passés dans le camp de Juan Guaido.

« Nous devons continuer à occuper la rue », affirme-t-elle. « Je continuerai à manifester tant que Dieu me le permettra ».

Pour ce 1er-Mai, dont l’opposant entend faire la « plus grande manifestation de l’histoire du Venezuela », ils étaient plusieurs milliers à la mi-journée à agiter des drapeaux et crier leur rejet du président Nicolas Maduro.

Et, comme la veille, des heurts entre pro-Guaido et forces de l’ordre ont éclaté à quelques centaines de mètres de la place Altamira, sur l’autoroute longeant la base aérienne militaire de La Carlota.

Aux jets de pierres et de cocktails Molotov des manifestants, la Garde nationale bolivarienne répondait par du gaz lacrymogène, selon un journaliste de l’AFP sur place.

C’est de La Carlota que Juan Guaido, reconnu président par intérim par une cinquantaine de pays dont les Etats-Unis, a revendiqué le soutien d’un groupe de soldats mardi, avant que cet appel au soulèvement ne se dégonfle.

Sur la place Altamira, Mario Alvarez, 26 ans, porte un bracelet aux couleurs jaune, bleu, rouge, celles du Venezuela. Il a l’intention d’aller jusqu’à Miraflores, le palais présidentiel, situé dans l’ouest de la capitale vénézuélienne. « Toute cette situation me donne la force de continuer et de continuer la lutte en maintenant la pression dans la rue », dit-il.

Julio Vivas, 17 ans, est venu avec son saxophone. « Je suis mineur, je n’ai donc jamais voté. Mais quand j’aurai 18 ans, je veux pouvoir voter en toute liberté », souffle-t-il.

Pour l’heure, Juan Guaido n’a rien dit de ses intentions, ni s’il comptait se rendre vers Miraflores mercredi.

De leur côté, les Etats-Unis, qui soutiennent Juan Guaido, ont affirmé par la voix de leur secrétaire d’Etat Mike Pompeo, qu’une « intervention militaire est possible. Si c’est nécessaire, c’est que ce feront les Etats-Unis ».

« Le summum du ridicule »

Miraflores, justement, c’est là-bas que le pouvoir a donné rendez-vous à ses sympathisants pour le traditionnel défilé du 1er-Mai.

Dans un discours télévisé, Nicolas Maduro a assuré mardi soir que l' »escarmouche putschiste » avait été mise en échec et il a appelé ses partisans à se rassembler pour montrer leur loyauté à la « révolution bolivarienne », lancée par son prédécesseur Hugo Chavez en 1999.

A la mi-journée plusieurs milliers de personnes étaient réunies aux abords du palais, certains vêtus d’un t-shirt rouge, d’autres brandissant des portraits de Nicolas Maduro.

« D’expérience, nous savons que ça n’est ni la première, ni la dernière fois que l’oligarchie financière soutenue par l’impérialisme yankee tente de briser les espoirs d’un peuple qui a décidé d’être libre », lance Valmore Vargas, 47 ans, qui revendique fièrement l’héritage de « notre commandant Hugo Chavez », décédé en 2013.

Dans le cortège, la salsa se mêle aux chants à connotation politique et Diosdado Cabello, le numéro deux du pouvoir chaviste, lance à la foule: « ce qui s’est passé hier, c’est le summum du ridicule. La première puissance mondiale s’est ridiculisée ».

A CUBA, UN 1ER MAI POUR MADURO ET CONTRE TRUMP

Le défilé du 1er mai à Cuba était placé mercredi sous le double signe du soutien au Venezuela du président Nicolas Maduro et de l’opposition au président américain Donald Trump qui a menacé l’île d’un embargo « total ».

Des centaines de milliers de Cubains ont commencé à défiler à 07H00 (12H00 GMT) sur la place de la Révolution au coeur de La Havane, en présence du président Miguel Díaz-Canel et son prédécesseur Raúl Castro et avec pour slogan: « Unité, Détermination et Victoire ».

« Nous donnerons une réponse forte, ferme et révolutionnaire aux déclarations chargées de menaces, aux provocations, aux mensonges et aux calomnies de l’empire yankee », a twitté M. Diaz-Canel avant le début de la manifestation. « #Cuba confirme que nous sommes libres, souverains, indépendants et socialistes ».

Mardi, après la tentative de soulèvement de l’opposant vénézuélien Juan Guaido, M. Trump a appelé Cuba à cesser son soutien militaire au régime de M. Maduro en menaçant d’instaurer « un embargo plein et total » sur l’île.

Une menace rejetée « énergiquement » sur Twitter par M. Diaz-Canel selon lequel « il n’y a pas d’opérations militaires, ni de troupes cubaines au Venezuela ».

« Les mensonges, ça suffit », a ajouté le président cubain en lançant à la communauté internationale un appel à « stopper la dangereuse escalade » et à « préserver la paix ».

Washington a multiplié ces derniers mois les mises en garde et les sanctions contre La Havane, soumise à un embargo américain depuis 1962.

Les Etats-Unis ont décidé d’activer à partir de jeudi le chapitre III de la loi Helms-Burton, datant de 1996. Suspendue depuis plus de deux décennies par les présidents américains –démocrates comme républicains –, cette loi permet, notamment aux exilés cubains, de poursuivre devant les tribunaux fédéraux américains les entreprises qui ont réalisé des gains grâce à des sociétés nationalisées après la révolution cubaine de 1959.

Depuis les premières heures de cette journée fériée sur l’île, les Cubains se sont mis en route dans tout le pays vers les lieux de rassemblement fixés dans toutes les villes à l’appel de la Centrale des travailleurs de Cuba (CTC, seul syndicat de l’île).

Selon un porte-parole, des délégués de 102 pays et 140 organisations syndicales et solidaires de Cuba étaient présents au défilé à La Havane. Celui-ci s’est ouvert sans orateur, à la différence des années précédentes, mais avec la diffusion d’un enregistrement du dirigeant historique Fidel Castro (1926-2016).

(avec Afp)

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