mardi , 15 octobre 2019
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Pétrole : L’embargo qui pourrait pousser Nicolas MADURO vers la sortie ?

L’embargo américain sur le pétrole vénézuélien entre en vigueur dimanche, dans le but affiché de pousser le président Nicolas Maduro vers la sortie, en visant le pilier de la fragile économie vénézuélienne. A compter de 00H01 (04H01 GMT), l’embargo interdit à toute entreprise américaine d’acheter du pétrole à la compagnie pétrolière publique PDVSA ou l’une de ses filiales, et à toute entité étrangère d’utiliser le système bancaire américain pour se fournir en or noir vénézuélien. C’est l’une des mesures annoncées par le président Donald Trump pour renverser le gouvernement vénézuélien au profit de l’opposant Juan Guaido, président par intérim autoproclamé et reconnu comme tel par une cinquantaine de pays, dont la plupart de ceux d’Amérique latine.

Washington a mis vendredi le ministre vénézuélien des affaires étrangères Jorge Arreaza au ban du système financier international (en dollars). Ses éventuels avoirs aux Etats-Unis ont été gelés par le Trésor américain, qui a placé le diplomate sur sa liste noire des sanctions financières.

Le Venezuela exportait fin 2018 un demi-million de barils par jour vers les Etats-Unis, et trois quarts de ses revenus pétroliers provenaient de clients américains. La filiale américaine de PDVSA, Citgo, possède des raffineries, des oléoducs et des participations dans des terminaux pétroliers sur le sol américain, et des milliers de stations-essence portent l’enseigne Citgo sous statut de franchise.

Washington a gelé les fonds aux Etats-Unis de Citgo, confiant leur contrôle à Juan Guaido. Celui-ci a nommé une nouvelle direction à la tête de la filiale américaine, laquelle peut ainsi continuer à fonctionner.

Même si l’embargo entre en vigueur dimanche, « le fait est que les achats de pétrole vénézuélien par les Etats-Unis sont très limités et ont nettement chuté », indique Mariano de Alba, juriste vénézuélien à Washington spécialisé en droit international.

Les sanctions auront quand même un effet, puisqu’elles s’appliquent à toutes les sociétés étrangères entretenant des liens avec les Etats-Unis, ce qui couvre la quasi-totalité de la planète. « Il est sûr que les sanctions seront appliquées et que les risques augmentent pour les entreprises », ajoute M. de Alba.

Quels acheteurs ?

Après les Etats-Unis et la Chine, l’Inde était le troisième importateur de pétrole vénézuélien en 2017. Et les sociétés indiennes ont déjà commencé à se retirer en prévision des sanctions, faisant de la Chine et de la Russie les principaux soutiens du président Maduro.

Ce dernier a été réélu en juillet 2017 au cours d’un scrutin qui n’a été reconnu ni par l’Union européenne, ni par les Etats-Unis.

Le pétrole représente 96% du revenu national et le FMI prévoit une chute du PIB de 25% cette année au Venezuela, ainsi qu’une hyper-inflation de 10.000.000% et un taux de chômage de 44,3%.

Quelque 2,7 millions de Vénézuéliens ont fui le pays depuis 2015, face aux pénuries de biens de première nécessité et de médicaments, selon les chiffres de l’ONU.

Contrairement aux apparences, ce ne sont pas les exportations de pétrole qui comptent le plus pour le Venezuela, mais ses importations: l’économie du pays dépend de l’importation de 120.000 barils par jour de brut léger, qui doit être mélangé à son brut plus lourd pour le rendre utilisable. Caracas devra se tourner vers d’autres fournisseurs, ce qui va accroître ses coûts de production.

Selon le consultant Rapidan Energy Group, la production de PDVSA pourrait chuter à 200.000 barils par jour, contre 3,2 millions de barils par jour en 2008. Elle était déjà tombée à 840.000 barils en mars.

Maduro rendu responsable

Les Etats-Unis rendent Nicolas Maduro responsable de la crise économique actuelle et promettent d’aider le pays à se remettre sur pied une fois le président vénézuélien parti.

L’émissaire américain Elliott Abrams a promis jeudi « des dizaines de milliards de dollars » pour relancer l’économie du pays « lorsqu’il y aura un gouvernement d’ouverture représentant tous les Vénézuéliens ».

Mais dans une étude publiée en avril, deux économistes américains progressistes, Mark Weisbrot et Jeffrey Sachs, préviennent que l’embargo affectera surtout les Vénézuéliens ordinaires.

« Les sanctions américaines sont délibérément conçues pour détruire l’économie du Venezuela », indique M. Sachs dans cette étude. « C’est une politique vaine, cruelle, illégale et vouée à l’échec, qui nuit gravement au peuple vénézuélien ».

GUAIDO RÉITÈRE SON APPEL À L’ARMÉE À LE REJOINDRE

Juan Guaido a de nouveau exhorté samedi l’armée, pilier économique et politique du Venezuela, à cesser de soutenir Nicolas Maduro, au cours d’une manifestation au goût de répétition avant le 1er mai, une date-clef pour pousser le président vers la sortie, selon l’opposant.

Dans les efforts qu’il entreprend pour déloger Nicolas Maduro du pouvoir depuis fin janvier, le soutien de l’armée est « fondamental », a dit le chef de file de l’opposition vénézuélienne, qui est reconnu comme président par intérim du Venezuela par une cinquantaine de pays.

Car au Venezuela l’armée a un rôle politique et économique de premier plan. Outre plusieurs portefeuilles ministériels, elle tient le secteur pétrolier, poumon de l’économie du pays. Et à une exception près, les officiers de haut rang n’ont, pour l’heure, pas cédé aux appels du pied de Juan Guaido, pour rester fidèles à Nicolas Maduro.

« Le temps passe et l’attente ne pourra pas être éternelle », a lancé Juan Guaido à l’intention des militaires, dans son discours prononcé lors d’une « prestation de serment » de partisans réunis dans des « comités de mobilisation ».

Les soldats, a-t-il conclu, « ont la chance historique de sortir la tête haute » en le rejoignant.

L’opposant a aussi donné rendez-vous à ses partisans le 1er mai, date retenue pour la « plus grande manifestation de l’histoire » du Venezuela, qui doit lui permettre de « mettre fin à l’usurpation » dont est coupable, selon lui, Nicolas Maduro.

Juan Guaido et l’opposition accusent le chef de l’Etat de s’être maintenu au pouvoir grâce à des élections « frauduleuses » l’an dernier. En retour, ce dernier accuse Juan Guaido de vouloir fomenter un coup d’Etat avec l’aide des Etats-Unis.

Sympathisante du jeune opposant, Marlene Berroteran, 64 ans, a affirmé à l’AFP qu’elle serait présente le 1er mai « pour (se) débarrasser du tyran qui occupe Miraflores », le palais présidentiel situé en plein coeur de Caracas.

Le pouvoir a, lui aussi, appelé à manifester le 1er mai dans le centre de Caracas pour le traditionnel défilé de la Fête du travail. « Nous, les travailleurs, allons manifester pour défendre Nicolas Maduro et la révolution bolivarienne », a affirmé Diosdado Cabello, numéro deux du chavisme.

Samedi, il étaient plusieurs milliers à avoir répondu à l’appel du PSUV, le parti présidentiel, à « fêter » la sortie du Venezuela de l’Organisation des Etats américains (OEA), dont le siège est à Washington.

« Que l’OEA aille se faire voir ! », scandaient les manifestants rassemblés près du ministère des Affaires étrangères. « Adieu OEA », « Non aux Yankees », pouvait-on lire sur les pancartes.

Le gouvernement vénézuélien avait annoncé il y a deux ans vouloir se retirer de cette organisation internationale qu’il accuse de participer à une campagne de déstabilisation orchestrée par l’opposition et les Etats-Unis.

« Le peuple endurci se mobilise pour fêter notre retrait définitif du Ministère américain des Colonies : l’OEA », a tweeté Nicolas Maduro qui n’était pas présent à la manifestation.

« +Gringo+, va te faire voir ! Le Venezuela est un pays libre ! », a tonné Diosdado Cabello, dans un discours.

(avec Afp)

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