lundi , 15 juillet 2019
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Mozambique, dans le sillage du cyclone Kenneth

Le bilan du passage du cyclone Kenneth sur l’extrême nord du Mozambique la semaine dernière s’est alourdi lundi à 38 morts, alors que la forte montée des eaux complique les efforts des secours pour venir en aide aux milliers de sinistrés. Un matelas zébré de terre, une chaise en bois gorgée d’eau et quelques objets… Posés près d’une mare d’eau boueuse, c’est tout ce que Maria Mendosa et son mari, Assane Maulana, ont pu sauver de la fragile maison qu’ils occupaient avec leurs cinq enfants. Comme beaucoup d’autres dans leur village de Nacate, dans l’extrême nord du Mozambique, leur cabane a volé en éclats jeudi soir sous le déluge de pluie et les rafales de vent de près de 300 km/h du cyclone Kenneth.

« On était à l’intérieur de la pièce quand le toit s’est envolé et puis toute la maison s’est effondrée en mille morceaux. C’était une maison en torchis », raconte Assane, 62 ans, au milieu de quelques morceaux de tôle ondulée qui baignent dans la boue.

Sous le regard de leur progéniture, son épouse Maria, 37 ans, fait bouillir du manioc sur un maigre feu de bois.

« Maintenant, on est obligés de dormir sous les palmiers. Je n’ai pas de travail et cinq enfants… Tout ce que j’avais cultivé sur mon lopin de terre a disparu, il ne reste pus qu’un tout petit peu de manioc », se désole Assane.

« Ce soir on va manger un peu de maïs et de haricots, mais il ne reste plus grand chose », ajoute Maria.

Un peu à l’écart, le couple a mis à sécher sur un palmier quelques habits et des couvertures.

Avant le passage dévastateur du cyclone Kenneth sur l’archipel des Comores puis sur le nord du Mozambique et le sud de la Tanzanie, Nacate était un de ces petits villages tranquilles qui bordent la route entre Pemba, la capitale de la province du Cabo Delgado, et la ville de Macomia plus au nord.

Nacate avait sa petite école, son épicerie, un salon de thé et même son pylône-relais pour les téléphones mobiles.

Si les classes aux murs de béton et la tour d’acier ont résisté à la force de Kenneth, le salon de thé a été complètement dévasté. Devant le « Impala Salao de Cha » privé de toit repose la parabole jaune qui lui permettait d’offrir la télévision à ses clients.

« Le vent et la pluie ont détruit tout mon magasin », constate son propriétaire Andrane Bacar, 45 ans, inconsolable.

Rebâtir

« J’avais deux maisons et ce commerce, tout a été détruit. Je n’ai pas les moyens de tout reconstruire », regrette-t-il, « je vais essayer de rebâtir une maison, mais c’est vraiment tout ce que je peux espérer ».

Tout près de là, l’épicerie du village a fait tout aussi pâle figure face au déchaînement des éléments naturels. Selon le dernier bilan officiel, Kenneth a coûté la vie à au moins 5 personnes et détruit ou endommagé plus de 3.000 habitations dans le Cabo Delgado.

Le magasin n’a plus de toit mais son tenancier Jamal Amisse travaille d’arrache-pied depuis deux jours pour le remettre en état et le rouvrir au plus vite.

« Comme vous le voyez autour de vous, 300 maisons du village ont été détruites. Il ne reste plus rien », explique Amisse, 37 ans, pendant qu’une poignée de gamins joue au foot près du panneau arraché du village.

« Il n’y a rien à faire, nous allons même peut-être mourir car nous n’aurons aucune aide », prédit-il, fataliste, « nous sommes noirs et pauvres ».

Dans la ville de Macomia, à dix kilomètres plus au nord d’une route jonchée d’arbres abattus, Kenneth a semé la même destruction. Dans le ronronnement des groupes électrogènes, des techniciens s’affairent à restaurer l’alimentation en électricité de ses 90.000 habitants.

La devanture de l’agence de la banque BCI a été littéralement arrachée par les bourrasques de vent, exposant au regard interloqué des passants les distributeurs de billets et les bureau de ses agents.

Rien n’a été volé, confie, presque surpris, un des ouvriers qui s’affairent au milieu des décombres, assurant que le contenu des distributeurs a été rapidement mis à l’abri.

Dans la ville meurtrie, tous les regards sont fixés sur le ciel noir. La pluie vient de reprendre et, avec elle, la menace des inondations.

LE BILAN DU CYCLONE KENNETH MONTE À 38 MORTS DANS LE NORD INONDÉ

Le bilan du passage du cyclone Kenneth sur l’extrême nord du Mozambique la semaine dernière s’est alourdi lundi à 38 morts, alors que la forte montée des eaux complique les efforts des secours pour venir en aide aux milliers de sinistrés.

Depuis plusieurs jours, la ville de Pemba, capitale de la province du Cabo Delgado, et ses environs sont noyés sous de fortes précipitations liées au cyclone qui ont inondé plusieurs de ses quartiers, coupé de nombreuses routes ou détruit des cultures.

Les secours ont profité lundi matin d’une brève accalmie pour faire décoller un avion à destination de l’île touristique d’Ibo, dont plus de 90% des habitations ont été détruites par Kenneth.

« Nous avons réussi a affréter un vol avec du riz, des biscuits et d’autres provisions du Programme alimentaire mondial (PAM) », a déclaré un porte-parole du Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies (Ocha), Saviano Abreu.

« Mais malheureusement les conditions météo changent très vite et ont menacé l’opération. Il pleut à nouveau et le second vol a été annulé », a-t-il ajouté.

Le cyclone Kenneth a touché jeudi la côte du Cabo Delgado avec des vents approchant les 300 km/h et de très fortes pluies, six semaines à peine après le passage dévastateur à un millier de kilomètres plus au sud du cyclone Idai.

Mi-mars, Idai avait touché de plein fouet la deuxième ville du pays Beira (centre), avant de continuer sa route au Zimbabwe. Le cyclone a provoqué la mort d’un millier de personnes et fait des centaines de milliers de sans-abri dans ces deux pays.

Selon le nouveau bilan publié lundi par l’Institut mozambicain de gestion des situations d’urgence (INGC), Kenneth a fait à ce jour 38 morts, 39 blessés et détruit ou endommagé près de 35.000 habitations.

Les pluies persistantes provoquées par le cyclone constituent désormais la principale préoccupation.

Sécurité alimentaire menacée

A Pemba, les rues du quartier pauvre de Piquite sont noyées depuis dimanche. « L’eau est entrée dans la maison jusque dans la cour », a témoigné à l’AFP un de ses habitants, Sumala Cabila.

« S’il continue à pleuvoir, on ne sait pas trop ce qu’on va bien pouvoir faire », a poursuivi le jeune homme de 23 ans dans sa véranda envahie par le sable et la boue. « Alors on va attendre et voir ce qui se passe… »

Les autorités locales ont réquisitionné des écoles, des églises et des gymnases pour accueillir jusqu’à 4.500 déplacés.

Selon les chiffres des autorités mozambicaines donnés aux ONG, 200.000 personnes sont menacées à Pemba.

Selon l’Ocha, des militaires brésiliens ont réussi à évacuer environ 350 personnes menacées par la montée des eaux dans les villages de Natite, Chiguaguare, Mieze, ainsi que dans les quartiers de Jozina Machel et de Paquitequete à Pemba.

Les prévisions météo ne sont guère optimistes pour les jours à venir puisqu’elles anticipent un niveau de précipitations deux fois supérieur à celui qui a accompagné le cyclone Idai.

En plus de compliquer la distribution de l’aide d’urgence, les inondations menacent la sécurité alimentaire de nombreux habitants de la région puisqu’elles ont recouvert et détruit plus de 30.000 hectares de cultures, selon l’INGC.

« Le cyclone Kenneth a frappé à la fin de la saison des pluies, quand le niveau des rivières est déjà haut, ce qui a augmenté le risque de débordements », a souligné l’Ocha. « Les besoins humanitaires du Mozambique n’en finissent pas d’augmenter, ce qui nécessite une réponse humanitaire d’ampleur. »

Avant de toucher le Mozambique, Kenneth a causé de gros dégâts sur l’archipel des Comores, où il a fait au moins trois morts et endommagé ou détruit 75.000 maisons.

Kenneth a aussi détruit près des deux-tiers des cultures vivrières dans ce pays pauvre de l’océan Indien. « Près de 80% de l’agriculture est sinistrée », a confié à l’AFP un haut fonctionnaire comorien.

(avec Afp)

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