vendredi , 24 mai 2019
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Lutumba et Liyolo : Deux immortels

En ce moment où toute la communauté congolaise pleure le poète Simaro Lutumba et Me Liyolo, le Conseil national de la culture (CNC) rend hommage à ces monuments de la Culture, pères cofondateurs de cette plateforme culturelle et leur souhaite un bon repos éternel. Au nom de tous les artistes et hommes de Culture regroupés au sein du Conseil national de la culture, Messieurs Edo Kulumbi, Jean-Marie Kusula, Katende Katsh’ Mbika et Jean-Marie Ntantu-Mey présentent leurs condoléances les plus attristées aux familles des illustres disparus qui, comme tous les artistes, resteront immortels. Lutumba et Liyolo sont parmi les pères fondateurs du CNC. De leur vivant, Lutumba et Liyolo étaient respectivement président du Comité de sages et 1er Vice-président. Créé en 2002, le CNC est un regroupement d’artistes et hommes de tous les domaines de la culture : écrivains, plasticiens, sculpteurs, musiciens, hommes de théâtre, photographes, cinéastes, etc. Le CNC est l’interface officielle de différentes organisations de la culture à l’égard du Gouvernement comme l’est la FEC (Fédération des entreprises du Congo) pour les opérateurs économiques. Le CNC est une conception de Jean-Marie Ntantu-Mey qui en assume aujourd’hui la présidence, Kulumbi Edo, Secrétaire général, Katende Katsh’Mbika 2ème Vice-Président, Jean-Marie Kusukila Conseiller. Il y a un protocole d’accord officiel contresigné par feu le ministre BanzaMukalay et le président du CNC, Jean-Marie Ntantu-Mey. 

TSHAMALA, DIKISONGELE, MBIKULU, BONGESE… SALUENT LE TALENT ET LE DYNAMISME DE ME ALFRED LIYOLO

La disparition de Me Alfred Liyolo Limbe le 1er avril dernier à Vienne, en Autriche, plonge en émoi tous ceux qui l’ont connu à l’Académie des Beaux-arts de Kinshasa (ABA). Bouleversés, inconsolables, étudiants, enseignants, administratifs, sympathisants… sont sous le choc. Lors de l’exposition de sa dépouille hier lundi 29 avril dans l’enceinte de l’Académie, ils ont été nombreux à exprimer leurs douleurs et à rendre un vibrant hommage à ce sculpteur de talent qui sera inhumé ce mardi 30 avril au cimetière Nécropole à Kinshasa. Baladeur.

HASSAN TSHAMALA (SCULPTEUR) : « LIYOLO ME DISAIT QUE JE SERAI SON HERITIER ARTISTIQUE »

« C’est à 4 heures du matin que j’ai appris le décès de Me Alfred Liyolo le 1er avril dernier, juste après la disparition du poète Lutumba Simaro. La nouvelle m’a fort bouleversé, d’autant plus que j’ai senti le poids des responsabilités s’abattre sur mes épaules. Vice-président de l’Association des artistes congolais en arts plastiques, je ne m’attendais pas du tout à le voir nous quitter de sitôt. Lui qui admirait mes œuvres et me disait que je serai son héritier artistique.

De lui, je retiendrai la rigueur dans le travail. Un esprit que j’ai désormais incarné et qui fait la force de mon travail. Président de l’Association des artistes congolais en arts plastiques, il m’avait confié à moi, son vice-président, la tâche de rassembler des artistes qui devaient l’aider à matérialiser le projet d’érection des bustes au Jardin des Premiers ministres. Ce travail, mené sous sa coordination, rassemblait plusieurs de ses collègues professeurs et artistes.

Me Liyolo donc me faisait beaucoup de confidences. Il m’a livré beaucoup de secrets et je crois que je ne le décevrai pas, lui qui était tout mon idole. C’est une personne que j’aimais particulièrement beaucoup et que j’ai longtemps fréquentée. C’est grâce à lui, en effet, que j’ai été appelé à embrasser la sculpture et à me spécialiser dans le bois, alors qu’il excellait dans le bronze.

Sévère, il m’avait même puni pour avoir interrompu mes études à l’Académie des Beaux-arts pendant sept ans. Il m’avait alors envoyé me spécialiser dans la sculpture du bois chez les Kuba, au Kasaï. J’ai personnellement opté pour le bois pour me démarquer de lui, qui était calé dans le bronze. Car, si j’avais embrassé le bronze, je serais toujours derrière lui comme disciple. Et quand donc, je suis revenu des études, Me Liyolo m’a accueilli encore. J’ai, dès lors, émergé dans le bois, en travaillant à ses côtés. Il m’a ainsi permis d’intégrer le corps scientifique de l’Académie des Beaux-arts où je suis resté enseignant jusqu’aujourd’hui ».

DIKISONGELE ZATUMWA (PEINTRE) : « ME LIYOLO M’A TOUJOURS ENCOURAGE A DEMEURER PERSEVERANT DANS LA LUTTE POUR LA PROMOTION DES ARTISTES PLASTICIENS »

« Me Alfred Liyolo a été pour moi un modèle d’organisation. Il m’a beaucoup inspiré en tant qu’artiste, d’autant qu’il a même accepté d’être le parrain de notre plateforme ‘‘Terre des artistes’’, qui rassemble une centaine d’artistes plasticiens de la République démocratique du Congo. Ce sculpteur de talent m’a toujours encouragé à demeurer ferme et persévérant dans ma lutte pour la promotion des artistes plasticiens. Me Liyolo était, en effet, de ceux qui croyaient qu’un artiste doit vivre de son œuvre et garder la tête haute. Il était convaincu qu’un artiste doit avoir la poitrine bombée, mais rester serein dans sa réflexion sur l’art. Aujourd’hui décédé, Me Liyolo demeure pour moi un modèle d’excellence. Je n’oublierai point ses conseils. Que son âme repose en paix ».

EDDY MBIKULU (PEINTRE ET SCULPTEUR) : « ME LIYOLO A INSCRIT SON NOM EN BRONZE DANS L’HISTOIRE DE L’ART CONGOLAIS ».

« J’ai eu la grâce de travailler comme assistant de Me Alfred Liyolo dans son atelier installé dans sa résidence à Mont-Ngafula. En tant que proche collaborateur de ce sculpteur de renom, j’ai personnellement été marqué par son courage et son dynamisme. Me Liyolo en effet était un homme ambitieux, courageux, qui obtenait tout ce qu’il voulait. Il était tenace, raison pour laquelle il a inscrit son nom en bronze dans l’histoire de l’art congolais et de l’art africain. Il m’a personnellement beaucoup inspiré par son style de travail. Formé à l’Académie des Beaux-arts, j’ai commencé, comme lui, à sculpter le bronze. Ensuite, je me suis frayé mon propre chemin, une fois dans la vie professionnelle, en travaillant le tôle noi r».

CEDRIC SUNGO (SCULPTEUR) : «ME LIYOLO ETAIT UN BOSSEUR, QUI NOUS DONNAIT L’ENVIE DE TRAVAILLER LE METAL»

« Artiste plasticien formé à l’Académie des Beaux-arts, je suis diplômé en sculpture du métal depuis 2017. Tout le long de mon parcours, j’ai eu à apprécier l’œuvre de Me Liyolo qui a été le premier à introduire le bronze dans l’art congolais. Mais, il ne travaillait pas que le bronze. Il sculptait aussi le métal, l’étain… Je garde un bon souvenir de lui, car il était venu assister à la défense de mon travail de fin d’étude. Un travail qu’il a fort apprécié et a même accepté de se faire photographié avec moi.

Je retiens de lui l’image d’un homme sévère, je ne dirai pas colérique. C’était un modèle de bosseur, qui avait le souci d’un travail bien fait. Me Liyolo était aussi éloquent et savait transmettre ses connaissances. Il avait une telle maitrise du travail, qu’il avait le souci d’expliquer le travail scientifique et de donner des pistes de solutions. C’était l’homme qui nous ouvrait des portes, qui nous donnait l’envie de faire de l’art, de travailler le métal ».

BONGESE KASONGO (PEINTRE ET SCULPTEUR) : « C’EST UN BAOBAB QUI S’ECROULE »

« Le jour où on m’a appris le décès de Me Liyolo, je croyais, de prime abord, qu’il s’agissait d’un poisson d’avril. La nouvelle a été, en effet, répandue le 1er avril 2019. Mais après, je commençais à recevoir beaucoup de messages dans mon téléphone qui confirmaient la nouvelle.

C’était vraiment une chose à laquelle je ne m’attendais pas, puisque Me Liyolo, c’était la personne avec qui je parlais beaucoup, une personne avec qui je rigolais le plus souvent. Tout le monde sait quand maître venait ici à l’Académie des Beaux-arts, je m’amusais à le taquiner. J’imitais un peu sa façon de parler. Je pouvais, à la limite, réaliser qu’il était souffrant. Mais dire qu’il allait nous quitter si tôt, j’étais loin de l’imaginer. J’ai encore du mal à digérer son décès. La mort de Me Liyolo résonne dans ma tête comme l’image d’un baobab qui s’écroule, laissant un trou que l’on ne saurait combler de sitôt.

C’est vrai qu’il ne m’a pas donné cours ici à l’Académie. Mais étant donné qu’il savait que j’étais sculpteur de formation et même peintre, j’ai eu à travailler avec lui, à travers plusieurs travaux. J’ai notamment eu l’honneur d’être sélectionné parmi les artistes qui l’ont aidé à tailler des bustes dans le Jardin des Premiers ministres. C’est lui, le maître, qui a tout conçu dans ce travail collectif de grande envergure ».

NANCEL MAVA (ETUDIANT EN SCULPTURE A L’ABA) : « LE PROFESSEUR LIYOLO DEMEURE L’UN DES PERES DE LA SCULPTURE CONGOLAISE »

« Le professeur Alfred Liyolo fut et demeure l’un des rares grands esprits que nous avions ici à l’Académie de Beaux-Arts. La mort de ce grand homme laisse un vide que l’on ne saura combler. Durant toute sa carrière, Me Liyolo a su propulser la sculpture partout où il est passé. Fin bosseur, il s’est imposé par son style et son talent. Il aimait bien son travail et le faisait avec beaucoup d’amour et d’attention. Ce grand homme était très strict dans le travail, mais également très amusant. Il insistait plus sur le sens de l’observation. Pour lui en effet, l’artiste est censé palper une image avant de la reproduire.

Me Liyolo avait comme principale source d’inspiration la femme. Ce qui explique le côté féminin dans beaucoup de ses œuvres. Il a su marquer son temps. L’Académie de Beaux-Arts garde de très bons souvenirs de ce grand professeur. A l’époque où il devint Directeur Général de cet établissement d’enseignement supérieur et universitaire, un grand nombre d’étudiants obtinrent des bourses d’études. Plusieurs grands noms dans la sculpture ont évolué aux côtés de ce grand artiste qui nous a quittés à l’âge de 76 ans, demeurant désormais une référence et une source d’inspiration pour plusieurs générations dans son domaine ».

FREDDY LOKOLE (PEINTRE) : « CETTE ICONE ETAIT POUR MOI UN PROTECTEUR SUR L’ECHIQUIER INTERNATIONAL »

« Artiste peintre contemporain, j’ai fait mes études ici à l’Académie des Beaux-Arts où j’ai connu Me Liyolo, bien qu’il ne m’ait pas enseigné, étant sculpteur. Mais, je retiens de lui beaucoup de choses. Mon plus grand souvenir, ce sont les moments que nous avons passés avec lui en 2010 en Chine, en tant que maître de l’exposition universelle à Shanghai. Au cours de cette exposition où la quasi-totalité de pays du monde étaient représentés, j’étais fier comme peintre de représenter le pays aux côtés du Grand maître sculpteur Liyolo.

Je me sentais comme un petit enfant à côté de son papa. Sa présence à lui seul me permettait de chasser la peur. Cette icône était devenue pour moi un garde-fou, un protecteur sur l’échiquier international. C’est lui qui me tenait à la main et qui guidait mes pas, me soufflant à l’oreille que je devrais rester positif dans tout ce que j’entreprenais dans cette grande rencontre internationale. Lui, le maître qui a laissé ses empreintes à travers le monde, n’hésitait pas à nous frayer le chemin pour que nous, les jeunes artistes plasticiens, nous puissions aussi émerger ». 

(Propos recueillis par Yves KALIKAT, Merveille MIKOMO et Tricya MUSANSI)

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