dimanche , 25 août 2019
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Législatives : Victoire de socialistes en Espagne

Le Premier ministre socialiste Pedro Sanchez a remporté dimanche les élections législatives sans atteindre la majorité nécessaire pour gouverner seul une Espagne divisée où l’extrême droite se prépare à entrer au parlement, plus de 40 ans après la fin de la dictature de Francisco Franco. Le scrutin pourrait déboucher sur une poursuite de l’instabilité qui marque la politique espagnole depuis la fin du bipartisme conservateurs-socialistes en 2015, avec un parlement fragmenté et des divisions exacerbées par la tentative de sécession de la Catalogne en 2017. « Le futur a gagné et le passé a perdu », a lancé Pedro Sanchez, chemise blanche et col ouvert, en proclamant sa victoire devant les militants au siège de son parti à Madrid. Après le dépouillement de 99% des bulletins de vote, le Parti socialiste a recueilli près de 29 % des voix et 123 députés, nettement plus que les 85 remportés aux législatives de 2016, mais loin de la majorité absolue de 176 sur 350 à la chambre.

Pedro Sanchez, arrivé au pouvoir en juin dernier en renversant le conservateur Mariano Rajoy dans une motion de censure, sera donc obligé de bâtir une coalition difficile pour continuer à gouverner.

En face, les partis de droite seront bien en mal de l’en empêcher, malgré l’irruption du parti d’extrême droite Vox, qui remporte d’un coup 24 députés.

Les conservateurs du Parti populaire (PP) ont en effet perdu la moitié de leurs sièges, et retombent à 66 députés, contre 137 en 2016. Les libéraux de Ciudadanos ont réussi une belle percée, passant de 32 à 57 députés.

Mais même en s’alliant à Vox, le PP et Ciudadanos ne pourraient pas rééditer au niveau national le succès qu’ils ont obtenu en décembre aux élections régionales d’Andalousie, où ils ont chassé les socialistes de leur fief.

« La fête est finie « 

Vox, pratiquement inconnu jusqu’à son irruption en Andalousie, a fait ressurgir l’extrême droite dans un pays où elle était insignifiante depuis la mort de Franco en 1975.

« La gauche sait que la fête est finie », a lancé le numéro deux du parti, Javier Ortega Smith. Son chef Santiago Abascal a lui annoncé le début de « la reconquête » de l’Espagne déclarant: « Vox est venu pour rester ».

Vox a massivement fait campagne sur les réseaux sociaux comme le président américain Donald Trump ou le brésilien Jair Bolsonaro. Ce parti est soutenu notamment par le Rassemblement national en France et la Ligue au pouvoir en Italie.

Adoptant un virulent discours antiféministe et contre l’immigration, il a prospéré en particulier en prônant la manière forte en Catalogne.

Gonzalo Rodríguez, un étudiant madrilène de 18 ans, a voté pour la première fois, pour Vox, « le seul parti, selon lui, qui défend l’unité de l’Espagne et les valeurs de la famille traditionnelle ».

Participation massive

Après une campagne tendue, le taux de participation a été de 75,78 %, neuf points de plus qu’en 2016, selon le ministère de l’Intérieur.

Pedro Sanchez et ses alliés de gauche radicale Podemos avaient battu le rappel des électeurs en mettant en garde contre la montée de l’extrême droite.

Le PP et Vox avaient tenté de mobiliser dans une campagne agressive contre le Premier ministre, le qualifiant de « traître » pour être parvenu au pouvoir en partie grâce aux voix des séparatistes catalans et pour avoir ensuite tenté de dialoguer avec eux.

Intenses tractations

La Catalogne, où les séparatistes ont déclenché en 2017 la pire crise politique qu’ait connue l’Espagne en quarante ans, continue à hanter la politique espagnole.

Pedro Sanchez pourra compter sur l’appui de Podemos, qui remporte 42 sièges, contre 67 en 2016, mais devrait avoir besoin de celui de partis régionalistes et donc, a priori, des indépendantistes catalans.

Mais le socialiste préférerait éviter d’avoir de nouveau besoin de ces derniers, qui l’ont contraint à convoquer ces élections anticipées en refusant de voter son budget.

Reste l’hypothèse d’une alliance avec Ciudadanos dont le chef Albert Rivera avait pourtant juré de « chasser Sanchez du pouvoir ». Ensemble, le PSOE et Ciudadanos franchissent le seuil magique de la majorité absolue.

Mais les militants, qui saluaient sa victoire, l’ont mis en garde contre cette tentation en scandant « pas avec Rivera ».

PEDRO SANCHEZ, UNE VICTOIRE APRÈS DES ANNÉES DE TOURMENTE

Arrivé au pouvoir en juin sur un coup de poker après plusieurs années de montagnes russes, le socialiste espagnol Pedro Sanchez a remporté dimanche ses premières élections mais doit encore négocier des alliances pour se maintenir au pouvoir.

Battu aux législatives de 2015 et 2016, son parti enregistrant deux des pires résultats de son histoire, l’économiste de formation âgé de 47 ans tient enfin sa revanche.

Le Parti socialiste est en effet arrivé largement en tête, tout en restant cependant loin de la majorité absolue. Ce qui l’obligera à former une coalition hétérogène pour se maintenir au pouvoir.

Donné pour politiquement mort, Pedro Sanchez avait réussi à la surprise générale à se hisser en juin à la tête du gouvernement espagnol en renversant grâce à une motion de censure le conservateur Mariano Rajoy, coulé par un scandale de corruption.

Il avait dû pour cela s’appuyer sur une alliance hétéroclite – baptisée « Frankestein » par la droite -, composée du parti de gauche radicale Podemos, des nationalistes basques et des indépendantistes catalans.

Et gouverner ensuite pendant dix mois sur le fil du rasoir jusqu’à que cette majorité fragile finisse par se briser en février quand les séparatistes catalans ont rejeté son budget, l’obligeant à convoquer ces législatives anticipées.

Carrière tourmentée

Ce n’était toutefois qu’un soubresaut de plus dans la carrière politique tourmentée de cet homme né le 29 février 1972 à Madrid dans une famille aisée d’un père chef d’entreprise et d’une mère fonctionnaire.

Joueur de basket dans sa jeunesse -il mesure 1 mètre 90-, Pedro Sanchez a pris très tôt sa carte au PSOE et a été conseiller municipal de Madrid de 2004 à 2009 avant de devenir député.

Etudiant en économie dans la capitale espagnole et à l’Université libre de Bruxelles, il est aussi titulaire d’un doctorat d’une université privée entaché par des soupçons de plagiat dans sa thèse.

Parfait inconnu jusqu’en 2014, Pedro Sanchez avait créé la surprise cette année-là en se faisant élire secrétaire général du parti au cours de primaires face à des responsables politiques chevronnés.

A la tête du PSOE, dont plusieurs poids lourds se méfient ouvertement de lui, il a ensuite connu une trajectoire en forme de montagnes russes.

Après ses échecs électoraux de 2015 et 2016, l’appareil se rebelle et le force à démissionner.

Mais avec une poignée de fidèles, il repart à la conquête des militants et se fait réélire, en mai 2017, à la tête de la formation face à l’Andalouse Susana Diaz, sa grande rivale, soutenue par tout l’establishment socialiste.

Pendant la campagne électorale qui a précédé le scrutin de dimanche, le socialiste, père de deux filles, a su capitaliser sur son expérience de chef du gouvernement, un poste qu’aucun de ses rivaux n’a occupé, pour incarner la stabilité alors que l’Espagne a connu ses troisièmes législatives en trois ans et demi.

Attaqué frontalement par la droite et l’extrême droite, qui l’ont accusé de « trahison » pour avoir dialogué avec les séparatistes catalans, Pedro Sanchez a contre-attaqué en agitant le chiffon rouge d’une éventuelle majorité comprenant la formation ultranationaliste Vox pour mobiliser son électorat.

Il a aussi su mettre en avant son bilan social avec une augmentation de 22% du salaire minimum.

(avec Afp)

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