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Sri Lanka : Les attentats les plus meurtriers depuis le 11 Septembre 2001

Dernière mise à jour, le 1 mai 2019 à 12:28

Le Sri Lanka multipliait mercredi les arrestations dans sa traque de suspects liés aux attaques suicides de Pâques, revendiquées par le groupe jihadiste État islamique (EI), qui ont fait près de 360 morts et comptent parmi les attentats les plus meurtriers depuis le 11 septembre 2001. Lors de raids dans la nuit de mardi à mercredi, les forces de sécurité ont arrêté 18 nouvelles personnes, a annoncé la police. Elles viennent s’ajouter aux 40 précédemment interpellées. D’après des éléments de l’enquête, deux frères islamistes sri-lankais issus d’une famille aisée ont joué un rôle-clé dans les attaques. Ils se sont fait exploser respectivement aux hôtels Shangri-La et Cinnamon Grand Hotel au buffet du petit-déjeuner. Leur père fait partie des personnes actuellement aux mains des forces de l’ordre, a confirmé mercredi M. Wijewardene en réponse à une question en ce sens.

Le bilan des victimes s’est encore alourdi, passant de 320 à 359 morts, avec quelque 500 autres personnes blessées, tandis que la polémique enfle sur une possible défaillance de l’État sri-lankais, qui disposait d’informations sur le risque d’attaques imminentes.

Des kamikazes ont provoqué un carnage dimanche matin dans trois hôtels de luxe et trois églises, en pleine messe de Pâques, à Colombo et ailleurs dans le pays. Un projet d’attentat contre un quatrième hôtel de luxe de la capitale a échoué.

Les autorités ont attribué le bain de sang au mouvement islamiste local National Thowheeth Jama’ath (NTJ), qui ne l’a pas revendiqué, et cherchent à savoir s’il a bénéficié d’un soutien logistique international.

Dans une conférence de presse mercredi matin, le vice-ministre de la Défense Ruwan Wijewardene a déclaré que les attaques auraient été perpétrées par une « faction dissidente » du NTJ, sans autres détails.

« Le leader de (ce groupe), la personne qui menait l’attaque est l’un des kamikazes et est mort », a-t-il déclaré, précisant que celui-ci s’était fait exploser à l’hôtel Shangri-La de Colombo.

D’après des éléments de l’enquête dont l’AFP a eu connaissance, deux frères islamistes sri-lankais issus d’une famille aisée ont joué un rôle-clé dans les attaques. Ils se sont fait exploser respectivement aux hôtels Shangri-La et Cinnamon Grand Hotel au buffet du petit-déjeuner.

Leur père fait partie des personnes actuellement aux mains des forces de l’ordre, a confirmé mercredi M. Wijewardene en réponse à une question en ce sens.

Études à l’étranger

L’EI a revendiqué mardi ces attentats via son agence de propagande Amaq. Il s’agit de l’opération à l’étranger (hors Syrie et Irak) la plus meurtrière revendiquée par l’organisation depuis la proclamation en juin 2014 de son « califat », qui s’est effondré en mars après de multiples offensives.

Sur une photo diffusée avec le communiqué, dont l’authenticité n’a pu être vérifiée de source indépendante, huit hommes, dont sept au visage couvert et trois portant des couteaux, posent devant le drapeau noir de l’EI.

Sur les huit sites d’explosions de bombes de dimanche, six –trois églises à Colombo, Negombo et Batticaloa ainsi que trois hôtels de luxe à Colombo– ont été frappés en début de matinée par des attentats suicides. Les deux autres sites en banlieue de Colombo ont été touchés par des explosions ultérieures, en début d’après-midi, et sont le fait de suspects qui se sont suicidés pour échapper à l’arrestation.

Le gouvernement de l’île d’Asie du Sud a annoncé mercredi que « neuf kamikazes » au total avaient péri au cours de cette journée. Huit ont été identifiés à ce stade mais leurs noms n’ont pas été révélés.

« La plupart » des kamikazes « sont éduqués et viennent de la classe moyenne ou la classe moyenne supérieure donc ils sont assez indépendants financièrement et leurs familles sont assez stables, ce qui est un facteur inquiétant », a rapporté M. Wijewardene.

Certains des assaillants ont voyagé à l’étranger, a-t-il dit. L’un d’entre eux a étudié en Grande-Bretagne et effectué des études universitaires supérieures en Australie.

Défaillance de l’État ?

L’attitude de l’État sri-lankais, garant de la sécurité, dans les jours précédant les attentats fait l’objet de critiques grandissantes, dans un contexte politique de lutte de pouvoir entre le président et le Premier ministre.

L’organisation NTJ avait en effet fait il y a environ deux semaines l’objet d’une alerte diffusée aux services de police, selon laquelle elle préparait des attentats suicides contre des églises et l’ambassade d’Inde à Colombo.

Or d’après le porte-parole du gouvernement, cette alerte n’avait pas été transmise au Premier ministre Ranil Wickremesinghe ou à d’autres ministres de haut rang. Un élément qui pourrait relancer la crise à la tête de l’île de 21 millions d’habitants.

La police est en effet du ressort du président Maithripala Sirisena, en conflit ouvert avec son chef de gouvernement. Il l’avait limogé à l’automne mais avait été forcé de le réinvestir après sept semaines de chaos politique. Les deux têtes de l’exécutif se vouent une animosité réciproque.

« Il y a clairement eu une défaillance de la communication de renseignements. Le gouvernement doit prendre ses responsabilités car si l’information avait été transmise aux bonnes personnes, cela aurait pu permettre d’éviter ou minimiser » ces attentats, a reconnu mercredi le vice-ministre de la Défense Ruwan Wijewardene.

La note d’alerte se basait sur des éléments transmis par « une agence de renseignement étrangère ». Un responsable sri-lankais avait affirmé en début de semaine que l’Inde et les États-Unis avaient fourni des informations. Les Américains ont démenti mercredi avoir eu des informations préalables.

Le président Sirisena a annoncé qu’il procéderait dans la journée à « des changements importants » à la tête des forces de sécurité.

INCOMPRÉHENSION DES VOISINS DES DEUX FRÈRES KAMIKAZES

Les deux frères aimaient sillonner la capitale du Sri Lanka en voitures clinquantes et poursuivaient des carrières prometteuses. Leurs voisins peinent aujourd’hui à comprendre comment le duo s’est dévoué à l’islam radical jusqu’à devenir des kamikazes des attentats de Pâques.

À peine cinq heures après les attaques suicides contre des hôtels de luxe et des églises chrétiennes en pleine célébration de la messe pascale, l’homme d’affaires Mahanama Jayamanne venait tout juste de commencer sa sieste lorsqu’une explosion l’a réveillé, faisant trembler les fenêtres de son bungalow de Colombo.

Après cette matinée sanglante, ce catholique de 55 ans a compris que le calvaire n’était pas terminé lorsqu’il a entendu des hélicoptères survoler son quartier vert et paisible d’Orugodawatta, dans le nord de la capitale.

« Tout le monde paniquait, raconte-t-il à l’AFP. Au début, je pensais qu’un terroriste avait pénétré dans une maison à proximité et s’y cachait et ensuite j’ai réalisé que non, l’explosion venait de quelqu’un qui vivait déjà là ».

« J’étais complètement sous le choc »

La vaste demeure blanche à deux étages d’où venait la déflagration était le foyer des frères Ilham et Inshaf Ibrahim. Les trentenaires aidaient leur père à gérer son commerce d’épices et possédaient une usine de câbles de cuivre.

Mais ils sont aussi devenus kamikazes, jouant possiblement un rôle crucial dans l’organisation des attentats qui ont fait 253 morts il y a huit jours dans l’île d’Asie du Sud.

Portant des sacs à dos chargés d’explosifs, les deux frères se sont fait sauter le 21 avril au buffet du petit-déjeuner de deux hôtels haut de gamme de la capitale, le Shangri-La pour l’un et Cinnamon Grand Hotel pour l’autre.

Dans les heures qui ont suivi, l’enquête a rapidement mené les policiers jusqu’à leur maison. Lorsque les forces de sécurité sont arrivées, la femme enceinte de l’un des frères s’est fait exploser, tuant ses deux enfants et deux policiers.

Un autre proche a lui aussi actionné sa bombe pour échapper à l’arrestation, emportant un inspecteur avec lui.

« Les autres membres de la famille savaient ce que préparaient les frères. C’est comme s’ils savaient que nous allions arriver », indique un haut responsable de la police.

Femmes voilées, enfants invisibles

Lorsque leur père, Ibrahim Hajiar, a emménagé dans ce quartier au début des années 1990, il était un petit homme d’affaires qui importait du poisson séché des Maldives et vivait dans une modeste maison.

Le riverain, Mahanama Jayamanne, qui possède une entreprise de construction, admirait le sens des affaires de son nouveau voisin et ils sont devenus amis.

La prospérité d’Ibrahim Hajiar allant croissante, ce dernier s’est installé dans une résidence opulente et a acquis une armada de belles voitures, mais a toujours su conserver une certaine simplicité, explique Mahanama Jayamanne.

« Il était le type d’homme qui se levait tôt, et si son chauffeur n’était pas arrivé, il montait juste dans un rickshaw et partait au travail », témoigne-t-il. « Les fils étaient toujours accueillants et polis avec moi en raison de mon amitié avec leur père. »

Mais la richesse de la famille n’était pas le seul critère qui les distinguait.

« Les femmes des fils étaient toujours entièrement voilées. De toutes mes visites à leur maison, je n’ai jamais vu leur visage », raconte-t-il.

Dans cette communauté fermée de Mahawila Gardens, où les enfants jouent souvent dehors, les leurs apparaissaient rarement en public.

Autre habitante du quartier, Shasna Raffaideen, une analyste de 26 ans, est plus directe.

« Les femmes étaient toujours couvertes, les hommes portaient souvent la calotte (musulmane). Je trouvais ça étrange, ça ne me plaisait pas trop », explique-t-elle.

« Je suis aussi musulmane mais il était évident qu’ils étaient beaucoup plus conservateurs. Mais je n’avais jamais réalisé qu’ils étaient violents », avoue-t-elle.

« Je me sens trahi »

Les frères Ibrahim appartenaient au mouvement islamiste local National Thowheeth Jama’ath (NTJ), fondé par le prêcheur radical Zahran Hashim, accusé par Colombo d’avoir perpétré ces attaques. Le carnage a été revendiqué par l’organisation jihadiste État islamique (EI).

Les policiers cherchent à comprendre comment les deux frères sont arrivés à établir et développer des liens aussi poussés avec le leader fondamentaliste, craint par bien des musulmans dans sa ville d’origine de l’est du Sri Lanka.

Leur relation pourrait avoir débuté en 2017, selon les enquêteurs. L’argent des deux frères pourrait avoir servi à financer les activités du chef extrémiste et à recruter de nouveaux membres. Zahran Hashim s’est fait exploser au Shangri-La le dimanche matin, en compagnie d’Ilham.

Des membres de la famille Ibrahim, dont leur père, sont actuellement aux mains des autorités.

Alors que le quartier peine à digérer sa nouvelle et sombre notoriété, Mahanama Jayamanne n’arrive pas à comprendre comment des personnes qu’ils considéraient comme des amis peuvent en arriver à massacrer ses pairs chrétiens.

« En tant que catholique, je me sens terriblement triste. Je me sens trahi, je pense qu’ils ont trahi tout le monde au Sri Lanka, y compris la communauté musulmane », déclare-t-il.

« Je me sens très en colère mais j’ai aussi du mal car ces mêmes garçons m’offraient du thé et m’appelaient +oncle+ ».

« Il est évident qu’ils sont responsables de ces attaques mais mon cœur ne veut pas l’accepter », confie-t-il à l’AFP.

(avec Afp)

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