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Terrorisme : Daech n’est pas mort, il va continuer de frapper… partout dans le monde

Le groupe jihadiste Etat islamique (EI) a revendiqué mardi les attaques suicides contre des églises et hôtels de luxe qui ont fait plus de 320 morts et 500 blessés à Pâques au Sri Lanka, attentats parmi les plus meurtriers depuis le 11 septembre 2001. « Les auteurs des attaques ayant visé des ressortissants des pays de la Coalition (anti-EI) et les chrétiens au Sri Lanka avant-hier sont des combattants de l’EI », a annoncé l’organisation via son agence de propagande Amaq, en joignant une photo et une vidéo censées montrer les sept assaillants impliqués dans le massacre.

Des kamikazes ont provoqué un carnage dimanche dans trois hôtels de luxe et trois églises, en pleine messe, à Colombo et ailleurs dans le pays. Les autorités locales ont attribué le bain de sang au mouvement islamiste local National Thowheeth Jama’ath (NTJ), qui ne l’a pas revendiqué, et cherchent à savoir s’il a bénéficié d’un soutien logistique international.

Le Sri Lanka a arrêté 40 personnes mais des suspects sont encore en fuite, d’après le Premier ministre Ranil Wickremesinghe. Interrogé sur la possibilité de nouvelles attaques, le chef du gouvernement a indiqué en conférence de presse mardi que « rien n’est exclu ». « Certains » suspects en cavale pourraient détenir des explosifs, a-t-il ajouté en réponse à une question.

Sept cibles

Les éléments de l’enquête dont l’AFP a eu connaissance mardi permettent d’éclaircir la chronologie et les circonstances de ces Pâques sanglantes.

Sur les huit explosions de bombes au total ce jour-là, les six premières, en début de matinée, sont des attentats suicides contre trois églises et trois hôtels de luxe – le Cinnamon Grand Hotel, le Shangri-La et le Kingsbury. Deux explosions ultérieures, survenues en début d’après-midi à Colombo, sont le fait de suspects qui se sont donné la mort pour échapper à l’arrestation.

Deux frères sri-lankais musulmans figurant parmi les kamikazes ont joué un rôle-clé dans ce déchaînement de violence, au cours duquel un autre attentat suicide a échoué dans un quatrième hôtel de luxe à Colombo, ont révélé mardi des sources proches de l’enquête.

Selon les policiers, ces deux frères d’une trentaine d’années dont les noms n’ont pas été révélés opéraient une « cellule terroriste » familiale et jouaient un rôle-clé au sein du NTJ. Les enquêteurs ignorent toutefois encore si les attaques sont le fait de cette seule « cellule », ou d’équipes séparées mais coordonnées.

Un quatrième hôtel de luxe de la capitale sri-lankaise, adjacent aux trois frappés, figurait sur la liste des objectifs. Pour une raison indéterminée, le sac à dos rempli d’explosifs du kamikaze chargé de cette cible n’a pas explosé et il a pris la fuite, ont indiqué des sources policières à l’AFP.

Cerné par les forces de l’ordre quelques heures plus tard dans la banlieue sud de Dehiwala, le suspect s’est alors fait exploser. À peu près au même moment, dans le nord de Colombo, à Orugodawatta, la femme d’un des frères kamikazes a actionné des explosifs lorsque les forces de l’ordre sont arrivées à leur résidence familiale, tuant avec elle-même ses deux enfants et trois policiers.

Enterrements en série

Le Sri Lanka a rendu mardi un hommage poignant aux 321 morts des attentats. Parmi les tués figurent au moins 39 étrangers, selon la police. Au moins 45 enfants et adolescents sont morts, selon l’ONU.

L’île de 21 millions d’habitants est restée silencieuse durant trois minutes à 08H30 locales (03H00 GMT), heure de la première explosion d’un kamikaze deux jours auparavant, à l’église catholique Saint-Antoine de Colombo.

Des Sri-Lankais ont laissé libre cours à leur douleur lors de messes en hommage aux morts de ces attentats, les pires violences qu’ait connu le pays depuis, il y a dix ans, la fin de la guerre civile entre la majorité cinghalaise et la rébellion indépendantiste tamoule.

Le gouvernement a décrété une journée de deuil national. Les magasins vendant de l’alcool étaient fermés, les drapeaux en berne et les radios et télévisions devaient adapter leur programmation musicale.

Le cimetière Madampitiya de Colombo, normalement vert et tranquille, connaissait mardi un défilé continu de personnes en deuil. En temps normal, son fossoyeur Piyasri Gunasena, 48 ans, creuse rarement plus d’une tombe par jour. Mardi, il en était à sa dixième de la journée.

Malgré ses décennies à côtoyer la mort, il a eu du mal à contenir le tremblement de ses mains en creusant pour l’enterrement d’un bébé de onze mois.

« Chaque fois que je creuse une tombe pour un enfant, je pense à ma petite-fille et j’ai envie de pleurer », confie-t-il à l’AFP. « Même pendant la guerre, ce n’était pas aussi chargé. »

Rivalités au sommet de l’Etat

L’organisation NTJ avait fait il y a dix jours l’objet d’une alerte diffusée aux services de police, selon laquelle elle préparait des attentats suicides contre des églises et l’ambassade d’Inde à Colombo.

D’après le porte-parole du gouvernement, cette alerte n’avait pas été transmise au Premier ministre ou à d’autres ministres de haut rang. Un élément qui pourrait relancer la crise au sommet de l’État sri-lankais.

La police est en effet de la juridiction du président Maithripala Sirisena, en conflit ouvert avec son chef de gouvernement. Il l’avait limogé à l’automne mais avait été forcé de le réinvestir après sept semaines de chaos politique. Les deux têtes de l’exécutif se vouent une animosité réciproque.

« Je compte procéder à des changements importants dans la gestion des forces de sécurité au cours des prochaines 24 heures », a annoncé le président dans une allocution à la nation. « La réorganisation des forces de sécurité sera achevée d’ici une semaine », a-t-il promis.

Environ 1,2 million de catholiques vivent au Sri Lanka, un pays majoritairement bouddhiste (70%) qui compte aussi 12% d’hindous et 10% de musulmans.

UNE « INSULTE À L’HUMANITÉ »

Le chef de file des catholiques du Sri Lanka a condamné dimanche comme une « insulte à l’humanité » les attentats sanglants menés à Pâques contre des églises et des hôtels de luxe alors que les tensions restaient vives dans l’île endeuillée une semaine après le carnage.

L’archevêque de Colombo, Mgr Malcolm Ranjith, a célébré une messe privée diffusée en direct à la télévision après l’annulation de tous les offices publics de peur d’une répétition des attaques coordonnées qui ont coûté la vie à 253 personnes la semaine dernière.

Une veillée a néanmoins été organisée sous haute surveillance devant l’église Saint-Antoine, dans la capitale, à 8H45, l’heure à laquelle l’édifice avait été attaqué le dimanche précédent.

Les kamikazes se sont fait exploser dans trois hôtels de luxe de Colombo et trois églises bondées au moment de la messe de Pâques, celle de Sainte-Antoine et deux autres situées dans les localités de Negombo et Batticaloa.

Le prélat a dit la messe dans une chapelle à son domicile en présence du président Maithripala Sirisena et du Premier ministre Ranil Wickremesinghe, appelant à la paix et à l’unité dans cette nation multiethnique d’Asie du Sud.

« Ce qui s’est passé dimanche dernier est une immense tragédie, une insulte à l’humanité », a dit l’archevêque. Il a demandé aux fidèles à faire preuve de bonté les uns envers les autres en signe de respect pour toutes les victimes de ces attentats qui ont également fait près de 500 blessés.

« Aujourd’hui, durant la messe, nous prêtons attention à la tragédie survenue dimanche dernier et nous essayons de comprendre. Nous prions pour que ceux qui ont perdu la vie ce jour-là vivent une vie éternelle à travers le Seigneur et pour que les blessés guérissent bientôt ».

« De la même manière, nous prions pour que règne la paix et la co-existence, la compréhension mutuelle sans divisions », a-t-il ajouté.

Nouvelles arrestations

Les autorités ont imputé la responsabilité du massacre à un groupe islamiste local affilié à l’organisation jihadiste Etat islamique, laquelle a revendiqué le bain de sang.

L’armée sri-lankaise traquait toujours des jihadistes soupçonnés d’être impliqués et d’importantes mesures de sécurité sont en vigueur.

A Saint-Antoine, les dizaines de personnes présentes devant l’édifice visé par les attaques ont cessé de chanter des hymnes à 8H45 précises tandis que les cloches tintaient. Les aiguilles de l’horloge de l’église restent bloquées sur l’heure fatidique.

« Je viens tous les dimanches dans cette église, on dirait ma deuxième maison », explique Dharshika Fernando, 19 ans, retenant ses larmes. « C’est comme si on avait fait exploser ma propre maison ».

Des dizaines de soldats étaient déployés dans les rues, devant les mosquées et les églises pour marquer la semaine écoulée depuis la tragédie.

Les forces de sécurité ont également procédé à de nouvelles arrestations au lendemain de la mort d’au moins 15 personnes dans une opération contre une cache jihadiste présumée.

Deux suspects majeurs, Mohamed Saadik Abdul Haq et Mohamed Saahid Abdul Haq, ont été arrêtés samedi dans la région centrale de Nawalapitiya, a annoncé la police. Ils figuraient sur une liste de six suspects « les plus recherchés » publiée par les autorités jeudi.

Ces interpellations portent à plus de 100 le nombre d’arrestations.

Ecoles fermées

Le président Sirisena avait déclaré vendredi qu’environ 140 partisans de l’EI étaient toujours recherchés à travers le pays. « Nous allons les éradiquer tous très bientôt », avait-il dit.

Lors du raid mené par la police samedi, trois femmes et six enfants ont été tués par trois kamikazes qui se sont fait exploser après des échanges de tirs avec les forces de sécurité.

Trois autres jihadistes ont été abattus par les forces de sécurité tandis qu’un civil a également péri dans la fusillade.

Cette opération s’est déroulée près de Kalmunai, ville de la côte est majoritairement peuplée de musulmans et située dans la province d’origine de l’islamiste Zahran Hashim, soupçonné d’avoir organisé les attaques de Pâques.

Le groupe EI a affirmé que les trois kamikazes de Kalmunai faisaient également partie de ses rangs par la voix de son agence de propagande Amaq.

La veuve de Hashim et leur fille de 4 ans ont été blessées dans ce raid et sont soignées dans un hôpital, a annoncé la police à l’AFP. Des tests ADN tentent de déterminer si le père d’Hashim était parmi ceux qui ont été tués.

Les tensions restent vives dans cette ancienne colonie britannique du sous-continent indien, peuplée de 21 millions d’habitants majoritairement bouddhistes.

Le président Sirisena a interdit le National Thowheeth Jama’ath (NTJ), le mouvement islamiste local accusé d’avoir perpétré les tueries, ainsi qu’un groupe satellite, le Jamathei Millathu Ibraheem (JMI).

La réouverture des écoles, initialement prévue pour lundi, a été reportée d’une semaine. Un couvre-feu nocturne est également en place.

L’EI CONFIRME AVOIR ÉTÉ VISÉ PAR L’ASSAUT DE LA POLICE

Le groupe Etat islamique a confirmé avoir été visé par l’assaut de la police du Sri Lanka contre une de ses caches, lors duquel trois jihadistes se sont fait exploser et 13 autres personnes ont péri. Les forces de l’ordre avaient lancé vendredi soir un raid sur une maison de Kalmunai, une ville de la côte est de l’île, sur la foi de renseignements la désignant comme une cache de responsables des attentats de Pâques, qui ont fait 253 morts et 500 blessés.

L’agence de propagande de l’EI, Amaq, a indiqué samedi que les trois kamikazes étaient membres de l’organisation. Ces hommes ont affronté la police « avec des armes automatiques et, après avoir épuisé leurs munitions, ont fait détoner leurs ceintures explosives », selon elle.

A l’issue de cette opération, qui a donné lieu à plus d’une heure d’échange de coups de feu, la police avait dénombré 16 morts: outre ces trois kamikazes, trois femmes et six enfants tués par les explosions, trois autres hommes abattus par les forces de l’ordre, et un civil victime de la fusillade.

Les autorités du Sri Lanka, qui ont dû s’excuser d’avoir sous-estimé la menace des jihadistes, ont promis la plus grande fermeté dans la répression.

Kalmunai est une ville peuplée majoritairement de musulmans, dans la province d’origine de l’islamiste Zahran Hashim, soupçonné d’avoir organisé les attaques suicides.

(avec Afp)

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