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Jean-Marc Kabund-A-Kabund, president ai de l'UDPS/Tshisekedi et Vice-president de l'Assemblee nationale de la RDC.
Jean-Marc Kabund-A-Kabund, president ai de l'UDPS/Tshisekedi et Vice-president de l'Assemblee nationale de la RDC.

RDC : Une Assemblée nationale faible politiquement

Dernière mise à jour, le 30 avril 2019 à 11:41

Avec la mise en place du bureau définitif devenue effective depuis cet après-midi, selon la volonté de la coalition au pouvoir, l’opposition parlementaire risque de ne plus siéger. Si cette menace est mise à exécution, il faut craindre qu’on débouche sur une assemblée nationale totalement monocolore. Ce qui laisse sous-entendre une assemblée transformée en une caisse de résonance, mieux un club d’applaudisseurs pour entériner les décisions de la coalition au pouvoir. La démocratie, c’est, bien sûr, la voix de la majorité mais elle suppose aussi la protection des minoritaires. Ivre de son pouvoir, la coalition CACH-FCC touche même aux principes sacro-saints d’une vraie démocratie. A force de ne regarder qu’à ses intérêts, la 3è législature de la 3ème République a accouché d’une assemblée nationale qui sera trop faible politiquement. Monocolore dans sa composition, cette assemblée offrira aux Congolais un débat très insipide et au rabais.

Jeanine Mabunda Lioko Mudiayi a été élue présidente de l’Assemblée nationale lors de la plénière d’hier mercredi 24 avril 2019, consacrée exclusivement à l’élection et à l’installation  des membres du bureau définitif de cette institution. L’élue de Bumba pour le compte du PPRD a été votée à une majorité écrasante de 375 voix sur 383. Elle succède ainsi à Aubin Minaku, un autre membre du PPRD, qui avait eu à occuper ce fauteuil pendant 7 ans, soit de 2011 à 2018. Jeanine Mabunda la seconde femme à piloter le bureau de l’Assemblée Nationale, après Philomène Omatuku, nommée au perchoir de l’Assemblée constituante, sous le mandat de Laurent Désiré Kabila. La désormais ancienne conseillère du président sortant, Joseph Kabila, en matière de la lutte contre les violences sexuelles, sera secondée par Jean-Marc Kabund, député national élu sous le label de l’UDPS, et Boniface Balamage, respectivement élus 1er et 2er vice-présidents. Le poste de Rapporteur est revenu à Musao Kalombo Célestin tandis que celui de Rapporteur-adjoint est resté vacant, suite à l’invalidation de Fabrice Puela et au refus de l’opposition de siéger au bureau de la chambre basse du Parlement.

Dans son premier discours d’investiture, Jeanine Mabunda a rappelé que le jour de son élection coïncidait avec la commémoration du 29me anniversaire du multipartisme décidé par feu le maréchal Mobutu Sese Seko dans l’ex-Zaïre, le 24 avril 1990, après 32 années de dictature caractérisées par l’institutionnalisation du MPR (Mouvement Populaire de la Révolution) comme Parti-Etat. La nouvelle présidente de l’Assemblée Nationale a promis de faire de la chambre basse du Parlement le temple de la démocratie, et d’oeuvrer pour la bonne gouvernance. Elle a rappelé que l’une des missions urgentes de l’Assemblée était l’approbation du programme du futur Premier ministre et l’investiture de son gouvernement. Par conséquent, il appartient au Président de la République de faire diligence pour passer rapidement à cette étape avant la fin de la session en cours.

On signale que quelques opposants ont pris part au vote du bureau définitif, en dépit du mot d’ordre de boycott décrété par leur famille politique via Christophe Lutundula. Il s’agit de Fabrice Puela de la Dynamique de l’Opposition et de Claudel Lubaya de l’AMK, groupe parlementaire katumbiste, tous deux membres de la plateforme Lamuka.

Il y a lieu de signaler aussi que des militants des partis membres de la coalition FCC –CACH étaient présents dans la salle pour soutenir le ticket Mabunda/ Kabund.

Pendant que le scrutin se déroulait au Palais du Peuple, une frange de l’opposition, avec Christophe Lutundula en tête, est allée déposer une requête au Conseil d’Etat pour solliciter l’annulation de l’élection du bureau définitif de l’Assemblée Nationale. Ces opposants accusent la plénière d’avoir violé la Constitution, en refusant d’accorder deux postes à l’Opposition après l’augmentation du nombre des députés, au terme de la validation des élus des territoires de Yumbi, Beni et Butembo.

Notons que Jeanine Mabunda et ses collègues membres du bureau ont été officiellement installés aussitôt après leur élection.

Un bureau définitif sans l’opposition

« La loi du plus fort est toujours la meilleure », a écrit Jean de La Fontaine. A l’Assemblée nationale, la majorité parlementaire (FCC, UDPS et UNC) l’a démontré en s’imposant dans l’élection du bureau définitif de la Chambre basse du Parlement : six postes, contre un seul, laissé du reste vacant, pour le compte de l’opposition. Jeanine Mabunda (PPRD) prend les commandes, assistée de Jean-Marc Kabund (UDPS) et Balamage Nkolo (AAB). 

Au regard du rififi qui a précédé ce scrutin, l’Assemblée nationale pourrait afficher un bureau sans l’opposition. Une entorse qui ne manquera pas d’influer négativement sur la marche de la troisième législature de la troisième République. 

« Le Parlement congolais est constitué à près de 90% des élus de la coalition CACH-FCC ». A la Chambre basse de ce Parlement, la situation est particulièrement dramatique. La répartition des sièges au bureau définitif a donné lieu à des épisodes rocambolesques. Sur les sept sièges à pourvoir au niveau du bureau, la coalition CACH-FCC s’est adjugée 6 postes pour ne laisser à l’opposition que le fauteuil de rapporteur adjoint. Partage en tout point de vue inégal, au nom de la répartition des quotas des députés à mandats préalablement validés avant la tenue de l’élection partielle dans les circonscriptions de Beni, Butembo et Yumbi. 

Au nom de la justice distributive, les élus de l’opposition parlementaire ont réclamé en vain la validation des mandats de 15 autres députés issus de cette élection partielle. Selon le calcul, aux 103 députés estampillés opposition s’ajouteraient quelque 10 autres. Ce qui porterait le quota de l’opposition à 113 et donnerait lieu à deux postes au bureau de l’Assemblée nationale. Habituée à des raccourcis, la coalition CACH-FCC a fait un passage en force en dictant sa cadence.

Conséquence, l’opposition a claqué la porte. Elle conditionne son retour dans l’hémicycle à la prise en compte de ses desiderata. En face, la coalition CACH-FCC, sûre de ses stratégies politiques, s’est cabrée sur sa position, confinant l’opposition dans les extrêmes.

Avec la mise en place du bureau définitif devenue effective depuis cet après-midi, selon la volonté de la coalition au pouvoir, l’opposition parlementaire risque de ne plus siéger. Si cette menace est mise à exécution, il faut craindre qu’on débouche sur une assemblée nationale totalement monocolore. Ce qui laisse sous-entendre une assemblée transformée en une caisse de résonance, mieux un club d’applaudisseurs pour entériner les décisions de la coalition au pouvoir.

La démocratie, c’est, bien sûr, la voix de la majorité mais elle suppose aussi la protection des minoritaires. Ivre de son pouvoir, la coalition CACH-FCC touche même aux principes sacro-saints d’une vraie démocratie. A force de ne regarder qu’à ses intérêts, la 3è législature de la 3ème République a accouché d’une assemblée nationale qui sera trop faible politiquement. Monocolore dans sa composition, cette assemblée offrira aux Congolais un débat très insipide et au rabais.

(avec Eric WEMBA et lePotentiel)

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