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Gouvernement civil : Accord entre militaires et leaders de la contestation au Soudan

Dernière mise à jour, le 1 mai 2019 à 09:14

Au son de chants révolutionnaires, une foule immense déferle jeudi à Khartoum à l’appel des leaders de la contestation à une « marche du million » pour que l’armée cède le pouvoir à une autorité civile. Un Conseil militaire de transition dirige le Soudan depuis le renversement par l’armée du président Omar el-Béchir le 11 avril après des mois de manifestations populaires. Un responsable américain avait indiqué plus tôt en avril que les Etats-Unis étaient prêts à retirer le Soudan de leur liste des pays accusés de soutenir le terrorisme si le Conseil militaire engageait un « changement fondamental » de gouvernance. Plusieurs pays africains réunis mardi chez le voisin égyptien sous la houlette de son président Abdel Fattah al-Sissi ont décidé mardi d’accorder trois mois au Conseil militaire pour assurer une « transition pacifique et démocratique ». Le Conseil militaire au pouvoir au Soudan a annoncé sans le préciser « un accord sur la plupart des exigences » présentées par les leaders de la contestation lors d’une réunion mercredi, qui s’est achevée avec la démission de trois membres de ce Conseil. « Nous avons un accord avec la plupart des exigences présentées dans un document de l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC) », a indiqué à la presse le général Shamseddine Kabbashi, porte-parole du Conseil militaire de transition, à l’issue d’une réunion entre les militaires et l’opposition, qui réclame un transfert du pouvoir à une autorité civile.

« Nous voulons le départ du Conseil militaire, nous voulons un gouvernement civil », explique Adam Ahmed, un étudiant en médecine qui comme de nombreux Soudanais a convergé jeudi devant le siège de l’armée, où a lieu un sit-in permanent depuis le 6 avril.

« Oeil pour oeil, dent pour dent, nous n’accepterons pas les compensations » proposées par les militaires jusqu’à présent, chantent les manifestants, qui réclament la condamnation des responsables du régime d’Omar el-Béchir durant ses quelque 30 ans au pouvoir.

La veille, trois généraux contestés sur les 10 membres du Conseil militaire avaient démissionné.

« Tous ceux qui sont responsables de conflits au Soudan doivent être jugés », estime un des manifestants, Ismail Jadallah.

Pour la première fois des juges, drapés dans leur robe, ont défilé jeudi depuis la Cour constitutionnelle pour réclamer « l’indépendance » du système judiciaire et rejeter toute « intervention politique », a affirmé l’un d’entre eux à des journalistes.

Mais à leur arrivée devant le QG de l’armée, certains manifestants les ont accueillis avec colère en leur reprochant d’avoir rendu des verdicts favorables au régime du président Béchir dans le passé.

Des manifestants venus des Etats de Jazira (centre) et du Nil Bleu (sud-est), ainsi que du village natal du président déchu, étaient également présents à Khartoum.

Des groupes de femmes, particulièrement actives depuis le début de la contestation le 19 décembre, ont brandi des drapeaux soudanais en chantant.

Des rassemblements ont été signalés dans cinq autres Etats du pays, dont un dans la région en conflit du Darfour (ouest), chacun répondant à sa façon à l’appel à participer à la « marche du million » lancé par l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC), qui regroupe les principales formations du mouvement de protestation.

Face à une contestation qui va crescendo, le Conseil militaire a annoncé mercredi avoir conclu un « accord » avec l’ALC « sur la plupart des exigences présentées » par cette coalition, sans donner plus de détails ni de calendrier pour le transfert du pouvoir à une autorité civile.

« Comité conjoint »

Dans un communiqué sur Twitter, l’Association des professionnels soudanais (SPA), fer de lance de la contestation qui fait partie de l’ALC, a vu dans la réunion de mercredi une étape vers un « renforcement de la confiance » entre les deux parties et annoncé la mise en place d’un « comité conjoint » pour « discuter des problèmes en suspens ».

« Les discussions entre la SPA et le Conseil militaire avancent, nous espérons que c’est pour le mieux », se réjouit une manifestante à l’entrée du sit-in, Weam Abdel Azim.

« Mais cela ne veut pas dire qu’on va partir », insiste Ahmed Najdi, un manifestant en ajoutant espérer « un conseil souverain militaro-civil ».

L’un des leaders de la contestation, Siddiq Farouk, avait brandi mercredi la menace d’une « grève générale » à travers le pays si le Conseil militaire n’accédait pas aux revendications des manifestants.

La contestation, déclenchée le 19 décembre par la décision du gouvernement Béchir de tripler le prix du pain, avait rapidement mué en dénonciation du président Béchir et du système en place.

Le mouvement a reçu cette semaine le soutien de Washington qui a dit appuyer « la demande légitime » des Soudanais d’un gouvernement dirigé par des civils.

Pressions américaines

Un responsable américain avait indiqué plus tôt en avril que les Etats-Unis étaient prêts à retirer le Soudan de leur liste des pays accusés de soutenir le terrorisme si le Conseil militaire engageait un « changement fondamental » de gouvernance.

Plusieurs pays africains réunis mardi chez le voisin égyptien sous la houlette de son président Abdel Fattah al-Sissi ont décidé mardi d’accorder trois mois au Conseil militaire pour assurer une « transition pacifique et démocratique ».

L’Union africaine avait menacé le 15 avril de suspendre Khartoum si l’armée ne quittait pas le pouvoir d’ici 15 jours au profit d’une « autorité politique civile ».

Réagissant à la déclaration du Caire, des Soudanais ont protesté jeudi devant le consulat et l’ambassade d’Egypte à Khartoum, arborant des banderoles sur lesquelles était écrit: « Sissi (…) pas d’ingérence dans nos affaires ».

Arrivé au pouvoir par un coup d’Etat en 1989, M. Béchir a dirigé d’une main de fer un pays miné par une situation économique désastreuse et par des rébellions dans plusieurs régions. La Cour pénale internationale (CPI) a lancé des mandats d’arrêt contre lui pour « crimes de guerre » et « génocide » dans la région du Darfour (ouest).

« ACCORD » ENTRE MILITAIRES ET CIVILS

Le Conseil militaire au pouvoir au Soudan a annoncé sans le préciser « un accord sur la plupart des exigences » présentées par les leaders de la contestation lors d’une réunion mercredi, qui s’est achevée avec la démission de trois membres de ce Conseil.

« Nous avons un accord avec la plupart des exigences présentées dans un document de l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC) », a indiqué à la presse le général Shamseddine Kabbashi, porte-parole du Conseil militaire de transition, à l’issue d’une réunion entre les militaires et l’opposition, qui réclame un transfert du pouvoir à une autorité civile.

Un des leaders de la contestation présents à la réunion, Ahmed al-Rabia, a ajouté que les deux parties avaient également convenu de former un conseil conjoint, sans développer.

Quelques minutes après, dans un communiqué, le Conseil militaire a annoncé la démission de trois de ses membres, les lieutenants-généraux Omar Zain al-Abdin, Jalaluddin Al-Sheikh et Al-Tayieb Babikir.

A cette réunion participaient les militaires et les leaders de l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC), qui regroupe les principales formations de la contestation. Elle s’est tenue en soirée au palais présidentiel, selon un vidéaste de l’AFP.

Ce Conseil militaire de transition est au pouvoir au Soudan depuis le renversement par l’armée du président Omar el-Béchir le 11 avril sous la pression de la rue.

Depuis, les relations entre militaires et manifestants ont connu des soubresauts. Les responsables du mouvement de contestation avaient annoncé dimanche la suspension des discussions avec le Conseil militaire, en raison de son refus de transférer le pouvoir immédiatement à une autorité civile.

Dans la journée de mercredi, lors d’une conférence de presse, un haut responsable de l’opposition, Omar el-Digeir, avait déclaré que les leaders de la contestation étaient prêts à parler directement avec le chef du Conseil militaire, le général Abdel Fattah al-Burhane. La réunion s’est déroulée ensuite.

Depuis le 6 avril, des manifestants sont rassemblés jour et nuit devant le quartier général de l’armée à Khartoum. Après avoir demandé dans un premier temps le départ du président, ils réclament désormais que les militaires abandonnent le pouvoir.

Mercredi, des centaines de personnes venues de la ville de Madani (centre) ont rejoint les manifestants dans la capitale en scandant « nous sommes venus de Madani et nous réclamons le pouvoir civil », selon des témoins.

Interrogé avant la réunion lors d’une conférence de presse sur les actions prévues en cas de refus du Conseil militaire d’accéder aux revendications des manifestants, l’un des leaders de la contestation, Siddiq Farouk, a menacé d’une « escalade ». « Nous nous préparons à une grève générale » à travers le pays, a-t-il affirmé.

Ahmed al-Rabia, figure de l’Association des professionnels soudanais (SPA), fer de lance de la contestation, a lui appelé à une « marche d’un million de personnes pour jeudi ».

Ayman Ali Mohamed, un manifestant, a indiqué mercredi qu’il prendrait part à cette marche. « Nous avons peur que le Conseil militaire nous vole la révolution, donc nous devons participer (aux manifestations) jusqu’à ce que que le transfert à un pouvoir civil soit achevé », a-t-il dit.

Pour la première fois, des juges devraient rejoindre les manifestants. Ils se mobiliseront « pour soutenir le changement et pour (réclamer) un système judiciaire indépendant », selon un communiqué diffusé mercredi par une association professionnelle de juges.

Dimanche, le général Burhane avait promis que l’armée répondrait dans la semaine aux demandes des manifestants.

La contestation au Soudan, déclenchée le 19 décembre après la décision du gouvernement Béchir de tripler le prix du pain, s’est rapidement transformée en contestation inédite du président aujourd’hui déchu et emprisonné, et plus largement du système en place.

« Demande légitime »

Le mouvement a reçu le soutien de Washington qui a dit appuyer « la demande légitime » des Soudanais d’un gouvernement dirigé par des civils.

« Nous sommes ici pour encourager les parties à oeuvrer ensemble afin de faire avancer ce projet au plus tôt », a déclaré mardi à l’AFP Makila James, responsable du département d’Etat américain chargée de l’Afrique de l’Est en visite à Khartoum.

« Le peuple du Soudan a formulé clairement sa demande », a-t-elle souligné. « Nous voulons le soutenir dans cela, c’est la meilleure voie pour aller vers une société respectueuse des droits humains ».

Un responsable américain avait indiqué plus tôt en avril que les Etats-Unis étaient prêts à retirer le Soudan de leur liste des pays accusés de soutenir le terrorisme si le Conseil militaire engageait un « changement fondamental » de gouvernance.

Arrivé au pouvoir par un coup d’Etat en 1989, M. Béchir a dirigé d’une main de fer un pays miné par une situation économique désastreuse et par des rébellions dans plusieurs régions. La Cour pénale internationale (CPI) a lancé des mandats d’arrêt contre lui pour « crimes de guerre » et « génocide » dans la région du Darfour (ouest).

Plusieurs pays africains réunis sous la houlette de l’Egypte ont appelé mardi à une « transition pacifique et démocratique » d’ici trois mois au Soudan, un délai plus long que les 15 jours accordés récemment par l’Union africaine (UA) aux militaires pour céder le pouvoir.

(avec Afp)

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