mardi , 20 août 2019
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Joseph Kabila [gauche] et Fatshi [droite], président de la RDC, après une réunion.
Joseph Kabila [gauche] et Fatshi [droite], président de la RDC, après une réunion.

Fatshi – « Kabila » : Entretien à huis clos

Dernière mise à jour, le 1 mai 2019 à 09:07

Le déplacement de Kabila de Kingakati, dans la banlieue Est de Kinshasa, vers la Cité de l’Union Africaine, à l’Ouest de la ville, pourrait s’inscrire, indique-t-on, dans le cadre des derniers réglages en vue du choix du futur Premier ministre et du format de l’équipe ministérielle qui devrait l’accompagner dans sa lourde charge de coordination de l’exécutif. Selon une source du FCC, Joseph Kabila aurait rappelé Fatshi a l’ordre concernant les propos qu’il a tenus aux Etats-Unis – déboulonné le système dictatorial.

L’ancien Chef de l’Etat, Joseph Kabila Kabange, était l’hôte, hier lundi 22 avril 2019 à la Cité de l’Union Africaine, de son successeur au poste, Félix-Antoine Tshilombo Tshisekedi dit Fatshi. Selon des sources proches de la présidence de la République, leur entretien s’est déroulé à huis clos. Par ces temps où les rumeurs courent dans tous les sens au sujet de la nomination d’un Formateur du gouvernement, dont le candidat devrait être proposé par Kabila, en sa qualité d’autorité morale du FCC (Front Commun pour le Congo), la plate-forme numériquement majoritaire au Parlement, on pense que leurs échanges ont porté sur le profil de cet oiseau rare, mais aussi sur les modalités de partage des portefeuilles ministériels.

Le déplacement de Kabila de Kingakati, dans la banlieue Est de Kinshasa, vers la Cité de l’Union Africaine, à l’Ouest de la ville, pourrait s’inscrire, indique-t-on, dans le cadre des derniers réglages en vue du choix du futur Premier ministre et du format de l’équipe ministérielle qui devrait l’accompagner dans sa lourde charge de coordination de l’exécutif.

On imagine aussi que les deux personnalités n’ont pas manqué d’évoquer l’épineuse question de la mise en place du Bureau définitif de l’Assemblée Nationale, dont le processus est plombé par la gué-guerre entre la coalition FCC/CACH et l’Opposition au sujet des sièges à attribuer à chaque composante. Il faut signaler que la « Majorité » refuse de céder un second siège à l’Opposition.

On ignore jusqu’à présent l’option levée par Félix Tshisekedi et Joseph Kabila à propos de la configuration définitive du Bureau de l’Assemblée Nationale. Mais à considérer l’élimination de Henri Lokondo et Fabrice Puela ainsi que le rejet du projet de candidature du député national Mohindo élu fraichement au Nord-Kivu, la porte d’un second siège semble hermétiquement fermée à l’Opposition.

UN RÉGIME SEMI-PRÉSIDENTIEL

Après plus de deux mois au pouvoir, le Président Félix Tshisekedi Tshilombo n’a toujours pas de gouvernement. C’est un fait ! Pourtant, la population, de son côté, attend sans doute que les nouveaux animateurs du Gouvernement soient désignés. A l’allure d’une trêve, il n’y a aucun signal fort jusque-là. Chose qui inquiète. Selon Me Yoko, juriste et analyste politique, la trêve actuelle s’explique par le fait que l’élection de Félix Tshisekedi ait été un coup de tonnerre dans le chef de tout ce qui s’attendait à un chaos, en considérant, d’une manière abusive, que l’ancien président, Joseph Kabila, pouvait grésiller le processus même de l’alternance pacifique au sommet de l’État. C’est d’ailleurs le contraire qui s’est réalisé et tout s’est déroulé démocratiquement, salue-t-il. En revanche, juste après, poursuit Yoko Yakembe, les forces sociales se sont mises à manifester pour faire connaître leurs multiples doléances. Lesquelles doléances ou revendications étaient en quelques sortes une façon de saluer l’avènement de nouvelles institutions et d’espérer des solutions significatives qui allaient être annoncées pour accompagner le changement de régime, estime-t-il. Le fait qu’aujourd’hui tout le monde ait l’impression qu’il y aurait achoppement quelque part ou trêve serait comparable à un ‘’trompe œil’’ car, d’après lui, personne n’est en retard mais il y a juste changement dans le fonctionnement du système politique du pays.

Pourquoi la trêve ?

« L’explication à donner à cette trêve est qu’elle est liée au changement de politique menée dans le pays. Nous sommes dans le même système, le même régime politique mais qui change dans son fonctionnement au niveau des acteurs », a commenté Me Yoko. Et de poursuivre : « D’après la Constitution congolaise, notre pays pratique pour le moment un régime semi-présidentiel et aussi semi-parlementaire, qui stipule que le président et le parlement partagent le pouvoir ». Ce régime, signale-t-il, a fonctionné depuis son instauration en 2006 jusqu’à ce jour, avec des institutions dont les animateurs appartenaient à une même famille politique. Le Président de la République et le Parlement étaient tous le produit d’une même famille politique. Une grande majorité de telle sorte que, dans le fonctionnement, le peuple congolais ne voyait pas en quoi ce régime était semi-présidentiel, semi-parlementaire. « Tout fonctionnait comme si le régime était présidentiel. Comme si, toutes les grandes décisions engageant l’avenir du pays et le fonctionnement des institutions dépendaient exclusivement du Président de la République. Il suffisait que lui veuille ou oriente pour que les choses aillent dans le sens annoncé par lui ou attendu de lui », souligne-t-il.

Retard non intentionnel

Aujourd’hui, nuance-t-il, la donne a changé d’autant plus que les acteurs politiques à la tête du pays ont changé. Et selon la Constitution, c’est de la majorité parlementaire que doit sortir le Chef du gouvernement.  « Et donc, il devait y avoir normalement, dans la recherche de la paix et l’harmonie dans le pays, des tractations entre le Président sortant qui regorge d’une majorité dans son regroupement politique, et le Président entrant, qui a tout aussi sa propre famille politique, pour trouver un premier ministre que l’Autorité morale du parti majoritaire doit proposer au Chef de l’Etat », explicite-t-il. A en croire le Patriarche Yoko, ce retard n’est pas lié à la volonté du Chef de l’État Félix Tshisekedi, ni aux forces politiques en présence, mais normalement lié au fonctionnement matériel des institutions en vue de la matérialisation du système politique congolais qui sépare le pouvoir du Président au pouvoir du Parlement et qui doit petit à petit être visible avec les nouvelles institutions.

Il faut se concerter 

Par ailleurs, Me Yoko Yakembe Placide révèle que dès mardi, date de l’installation du bureau définitif de l’Assemblée nationale, la nomination du Premier Ministre deviendra impérative et le Président de la République doit d’office présenter le Chef du gouvernement qui sera investi à l’Assemblée nationale dirigée, dès lors, par un bureau définitif. Déjà, Yoko Yakembe, sous-tend que des couacs ne se poseraient pas trop dans la désignation du futur locataire de la Primature dans la mesure où les deux animateurs, Tshisekedi et Kabila, se concertent si souvent dans le sens de trouver la bonne tête qui va servir l’intérêt du pays et celui de chacun d’eux. Par-dessus tout, le Patriarche appelle les deux protagonistes à favoriser l’intérêt suprême qui est celui de la nation. « Le problème du pays ne devra se régler qu’entre les peuples congolais et particulièrement entre FCC-CACH, par le biais de leurs représentants. Les étrangers ne peuvent rien amener de bon, si ce n’est de vouloir saucissonner le pays dans leur propres intérêts », a-t-il conseillé.

PÉTITION POUR UN PREMIER MINISTRE SANS TÂCHE !

Le Coordonnateur Général de la Société Civile de la République Démocratique du Congo, Christopher Ngoy, a lancé hier mercredi 24 avril 2019, au siège du    Syndicat National des Ecoles Conventionnées Catholiques, situé au quartier Kimbangu, dans la commune de Kalamu, une campagne de collecte des signatures pour une pétition en rapport avec la nomination imminente d’un Premier ministre. Son profil devrait, selon quelques critères définis par les pétitionnaires, être intègre, sans antécédents politiques, judiciaires ou économiques et accepté par la population.

La pétition a été élaborée dans le cadre de concertations réunissant des personnalités et organisations telles que des syndicats, des corporations professionnelles, des églises, des étudiants, des réseaux thématiques, des mouvements citoyens, des structures des femmes, des réseaux de défense des droits humains. 

En effet, l’initiative de la Société civile de la RDC se veut l’expression de la volonté du souverain primaire de ne pas voir ceux qui sont impliqués dans des crimes politiques et économiques faire partie de la future équipe gouvernementale. Selon ces membres de la Société civile de la RDC, des corrupteurs et corrompus, réputés pilleurs des ressources nationales hier, sont revenus aux affaires contre la volonté du souverain primaire, à la tête des Assemblées provinciales, des gouvernorats des provinces, au Sénat et à l’Assemblée nationale.

Christopher Ngoy a fait savoir que ce n’est pas la première fois que sa structure initie une pétition. Il a rappelé celles initiées en son temps contre les anciens Présidents de la Commission Electorale Nationale Indépendante (Ceni), le Pasteur Ngoy Mulunda (2012) et l’Abbé Apollinaire Malumalu (2013).  Et de souligner que l’actuel président de la centrale électorale, Corneille Nangaa, est visé également dans ladite pétition. Répondant à une question de la presse, il a fait savoir que la pétition est un indicateur social qui n’appelle pas débat, surtout qu’elle relève du souverain primaire, qui ne se retrouve pas parmi les animateurs actuels des institutions de la République dominées, par ceux qui sont impliqués dans la descente aux enfers de la RDC, sur tous les plans.

Pour Jean-Bosco Puna, Secrétaire permanent, qui a lu la pétition, c’est une façon de permettre au souverain primaire de se prononcer sur les futurs membres du gouvernement, appelés à travailler pour son intérêt. Il a relevé que le Chef de l’Etat Félix Antoine Tshisekedi ne cesse de déclarer, lors des sorties publiques, que les futurs animateurs des institutions publiques devraient être des esclaves du peuple.

Il sied d’indiquer que des activistes de la Société Civile sont déjà déployés sur le terrain pour récolter des signatures. C’est à l’issue de cette opération que ladite pétition sera envoyée au Chef de l’Etat.     

LA MONUSCO SE PRONONCE SUR LES PREMIERS PAS DE FATSHI

La Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations-Unies en RDC, Leïla Zerrougui appelle à soutenir le chef de l’Etat congolais, Félix Tshisekediainsi que toute son équipe. Elle trouve qu’il y a de la bonne volonté chez Fatshi et ceux qui cheminent avec lui. Leïla Zerrougui estime que les bonnes intentions du nouveau pouvoir doivent bénéficier de l’appui de tous.

Elle l’a dit hier lundi 22 avril au cours d’une vidéo-conférence à laquelle a pris part la presse congolaise à Kinshasa ainsi que celle de Goma et Bukavu

« Je pense qu’il y a de la bonne volonté chez le Président et son équipe. Ils ont envie de faire quelque chose de positif. Il faut les aider. Ça ne suffit pas d’avoir de bonnes intentions, encore faut-il avoir les moyens, la volonté et le soutien populaires pour légitimer l’action et avancer. Et je pense que, on doit tous s’inscrire dans cette démarche », a déclaré Leïla Zerrougui.

Selon la Représentante du SG de l’ONU, la population rd congolaise attend beaucoup de ses dirigeants qu’ilne faut la décevoir.

« Nous n’avons pas le droit de trahir ceux qui sont en attente aujourd’hui et qui espèrent. Ceux qui souffrent et qui n’arrivent pas à donner à manger à leurs enfants, ceux qui ont été chassés de leurs villes, ceux qui ont perdu les leurs, on doit leur donner l’espoir qu’en RDC, il y a aussi de la place pour eux et qu’on peut avancer et qu’on peut construire un Congo plus beau qu’avant. C’est ce que vous dites dans votre hymne national », a recommandé Zerrougui.

S’agissant du sort de la radio Okapi dont certaines antennes sont fermées, la patronne de la Monusco a fait savoir que cet instrument est très important pour les Congolais et qu’il constitue un lien entre l’ONU et les populations congolaises. Par conséquent, « nous ferons tout ce que nous pouvons pour garder ce lien », a-t-elle souligné.

La MONUSCO prend au sérieux les affirmations sur la présence de l’etat islamique à l’Est de la RDC

Mme Leila Zerrougui, cheffe de la mission de l’ONU pour la stabilisation en RDC (Monusco) s’est dite lundi choquée par la mort du médecin camerounais en charge de lutte contre l’épidémie à virus Ebola, dans le territoire de Beni, ajoutant que ce genre d’incidents n’a aucune légitimité pour des gens qui apportent un soulagement à des centaines de malades. Elle a saisi cette occasion pour souhaiter prompt rétablissement aux deux blessés et chauffeurs.

Réaction à l’appel du Président Tshisekedi

En réaction à l’appel du chef de l’Etat, le président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, Mme Leila Zerrougui a dit travailler sur le terrain pour essayer de sensibiliser la population et les groupes armés pour mettre fin à ce phénomène.

Elle a encouragé la réinsertion des membres des groupes armés dans leurs communautés, notamment en Ituri, dans le Tangayika, au Kasai, dans le cadre d’une vision globale qui permet la stabilisation à long terme. Il y a aussi des réformes liées à la stabilité des terres. La stabilisation, selon elle, implique le fait de travailler avec le programme de DDRRR sur les causes profondes des conflits, les identifier et proposer des programmes structurants au gouvernement.

Il faudra aussi renforcer les fonctions régaliennes de l’Etat pour régler les conflits entre populations, sécuriser les frontières. Pour cela, la Monusco a travaillé pour que la justice ou une chaine pénale mobile fonctionne dans toutes les zones de conflit.

Par ailleurs, en réponse à une question sur la présence de l’Etat islamique à l’Est du pays, la représentante spéciale du secrétaire général de l’ONU a dit prendre au sérieux cette menace.

(avec lePhare, ForumDesAs et ACP)

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