mardi , 20 août 2019
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Maréchal Haftar : Un criminel soutenu par la France

Pour le chef du gouvernement italien Giuseppe Conte, « la situation de chaos et de violence augmentait fortement le risque d’une résurgence du phénomène terroriste, toujours présent en Libye ». « Le combat contre le terrorisme et le flux de combattants étrangers reste donc l’un des principaux défis pour le pays et toute la communauté internationale », a-t-il dit devant les députés italiens. Pour M. Salamé, des « divisions internationales » ont « encouragé » le maréchal Haftar à lancer l’assaut. « L’unité de la communauté internationale sur la Libye était une unité superficielle et de circonstances », a-t-il déclaré, pointant les intérêts économiques dans ce pays pétrolier. « Il y a des pays qui ont auparavant investi dans M. Haftar comme un champion de la lutte antiterroriste et il est vrai que M. Haftar a été actif à leurs yeux et a réussi à Benghazi, Derna (est), ou plus récemment dans le Sud à neutraliser des cellules terroristes. Ils ne vont pas le lâcher maintenant, même s’ils ne sont pas d’accord avec son attaque sur Tripoli », a-t-il dit sans nommer de pays. A Tripoli, le ministre de l’Intérieur du GNA Fathi Bach Agha a accusé pour la première fois directement la France de soutenir M. Haftar. Il a ordonné « la suspension de tout lien » de son ministère « avec la partie française dans le cadre des accords sécuritaires bilatéraux (…) à cause de la position du gouvernement français soutenant le criminel Haftar ».

L’émissaire de l’ONU en Libye, Ghassan Salamé, a mis en garde contre un « embrasement généralisé » en Libye après le lancement par le maréchal Khalifa Haftar d’une offensive sur Tripoli, « encouragée » selon lui par les divisions internationales.

Dans un entretien exclusif à l’AFP à Tripoli, M. Salamé a estimé jeudi que l’offensive lancée le 4 avril par l’Armée nationale libyenne (ANL, autoproclamée) contre la capitale, siège du gouvernement d’union nationale (GNA) de Fayez al-Sarraj, reconnu par la communauté internationale, avait abouti à une « impasse ».

Preuve de cette impasse, le procureur général militaire du GNA a émis un mandat d’arrêt contre M. Haftar, en réponse à un mandat d’arrêt émis par l’ANL contre M. Sarraj. Le GNA « oeuvre pour le lancement d’un mandat d’arrêt international par la Cour pénale internationale (CPI) » à l’encontre de M. Haftar, accusé de « crimes de guerre », selon un porte-parole du GNA.

A New York et à la demande de la présidence allemande, le Conseil de sécurité de l’ONU s’est réuni jeudi sur la Libye mais, divisé, n’a pas établi de stratégie claire pour réclamer rapidement un cessez-le-feu aux belligérants.

Lors d’une liaison vidéo, M. Salamé a dit aux 15 membres du Conseil qu’il était « très inquiet » à la perspective d’un embrasement ce weekend, a indiqué une source diplomatique. Les combats « se rapprochent de zones résidentielles » et « il y a des témoignages sur des renforts arrivant des deux côtés », a ajouté un autre diplomate.

Les Etats-Unis et la Russie s’opposent à un projet de résolution présenté depuis lundi par le Royaume-Uni, et réclamant un cessez-le-feu et un accès humanitaire inconditionnel aux zones de combats près de Tripoli.

Depuis la chute en 2011 du régime du dictateur Mouammar Kadhafi après une révolte populaire, la Libye est plongée dans le chaos avec de nombreuses milices qui font la loi et une lutte de pouvoir depuis 2016 entre le GNA et l’ANL de M. Haftar, l’homme fort de l’est libyen.

La reprise des hostilités risque de plonger le pays dans la guerre civile. Les combats continuent à faire rage au sud de Tripoli, les lignes de front se situant entre 12 et 50 km de la capitale libyenne, selon des journalistes de l’AFP sur place et des sources de sécurité. Les deux camps proclament quotidiennement des « avancées ».

« Il y a une possibilité d’embrasement généralisé », a déclaré M. Salamé. Selon plusieurs sources, il a réclamé jeudi soir au Conseil de sécurité qu’il prenne une position forte sur les violations de l’embargo sur les armes.

Accusations contre la France

Le chef du gouvernement italien Giuseppe Conte a, lui, estimé que « la situation de chaos et de violence augmentait fortement le risque d’une résurgence du phénomène terroriste, toujours présent en Libye ». « Le combat contre le terrorisme et le flux de combattants étrangers reste donc l’un des principaux défis pour le pays et toute la communauté internationale », a-t-il dit devant les députés italiens.

Pour M. Salamé, des « divisions internationales » ont « encouragé » le maréchal Haftar à lancer l’assaut. « L’unité de la communauté internationale sur la Libye était une unité superficielle et de circonstances », a-t-il déclaré, pointant les intérêts économiques dans ce pays pétrolier.

« Il y a des pays qui ont auparavant investi dans M. Haftar comme un champion de la lutte antiterroriste et il est vrai que M. Haftar a été actif à leurs yeux et a réussi à Benghazi, Derna (est), ou plus récemment dans le Sud à neutraliser des cellules terroristes. Ils ne vont pas le lâcher maintenant, même s’ils ne sont pas d’accord avec son attaque sur Tripoli », a-t-il dit sans nommer de pays.

A Tripoli, le ministre de l’Intérieur du GNA Fathi Bach Agha a accusé pour la première fois directement la France de soutenir M. Haftar. Il a ordonné « la suspension de tout lien » de son ministère « avec la partie française dans le cadre des accords sécuritaires bilatéraux (…) à cause de la position du gouvernement français soutenant le criminel Haftar ».

La France a réfuté ces accusations « complètement infondées ». « La France soutient le gouvernement légitime du Premier Ministre Fayez al-Sarraj et la médiation de l’ONU pour une solution politique inclusive en Libye », a déclaré la présidence française.

« En fumée »

Depuis le 4 avril et le début de l’assaut, 205 personnes ont péri 913 ont été blessées, dont des civils, selon un dernier bilan de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a fait état de 25.000 déplacés en deux semaines.

Par ailleurs, quatre combattants de l’ANL ont été tués dans une attaque menée jeudi par « un groupe terroriste » et les affrontements qui s’en sont suivis sur la base de Tamenhant (centre), selon un porte-parole de cette armée qui contrôle le secteur.

Jusqu’à présent, le maréchal Haftar ne veut pas entendre parler d’une suspension de l’offensive contre Tripoli. Et Fayez al-Sarraj refuse tout processus politique en l’absence d’un cessez-le-feu et d’un retrait sur les lignes d’avant le 4 avril.

« Nous avons travaillé pendant un an entier à la préparation de quelque chose qui n’a pas de précédent en Libye, c’est-à-dire une conférence nationale réunissant tout le monde (…) Et voilà que ces efforts partent en fumée », a regretté M. Salamé. Une conférence pour dresser une feuille de route pour sortir le pays du chaos a été annulée après l’assaut.

SOUTIEN AMÉRICAIN À HAFTAR

L’annonce tardive d’un contact direct entre Donald Trump et le maréchal Khalifa Haftar pendant son offensive sur Tripoli clarifie un jeu international dans lequel Washington et Moscou apparaissent sur un même bord, au risque de marginaliser l’ONU en Libye.

Alors que Londres soumettait lundi au Conseil de sécurité une résolution pour un cessez-le-feu critiquant l’attaque sur la capitale, le président américain parlait le même jour au téléphone avec le maréchal « d’une vision commune » pour un avenir démocratique en Libye, a révélé vendredi la Maison Blanche.

Ce clair soutien américain à l’homme fort de l’est libyen, aux dépens de Fayez al-Sarraj pourtant reconnu comme la seule autorité légitime en Libye par la communauté internationale, s’est accompagné de l’éloge du « rôle significatif du maréchal Haftar dans la lutte contre le terrorisme et la sécurisation des ressources pétrolières de Libye », selon un communiqué de la présidence américaine.

L’appui clair et net des Etats-Unis permet de mieux comprendre pourquoi « Haftar est dans une logique où il veut aller jusqu’au bout », selon les termes d’un diplomate s’exprimant sous couvert d’anonymat. Malgré ses difficultés militaires et un front qui s’est enlisé, il continue d’estimer qu’il « peut l’emporter » 15 jours après le début de son offensive, selon plusieurs diplomates.

Le soutien américain exprimé vendredi, note l’une de ces sources, « clarifie les choses » aussi à l’ONU, où le Royaume-Uni s’escrime en vain depuis cinq jours, avec le soutien de l’Allemagne et la France, à essayer de faire approuver une résolution réclamant un cessez-le-feu et un accès humanitaire inconditionnel aux zones de combat.

Dans les négociations, curieusement, Etats-Unis et Russie s’étaient retrouvés sur une même ligne pour réclamer « du temps » ou dire qu’ils n’étaient « pas prêts » pour une résolution, sans vraiment expliquer à leurs partenaires pourquoi. Alors que sur le terrain l’émissaire de l’ONU, Ghassan Salamé, multipliait les mises en garde alarmistes sur un « embrasement généralisé » et réclamait une réaction urgente.

Camouflet pour l’ONU

Mercredi, les trois pays africains au Conseil de sécurité (Afrique du Sud, Côte d’Ivoire et Guinée équatoriale) ont ajouté leurs voix aux réticences américaines et russes en bloquant le processus de discussions. Avec des demandes qui n’avaient « aucun sens », selon un spécialiste du dossier qui n’exclut pas que leur obstruction ait été « téléguidée » par des grandes puissances ou le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, « très pro-Haftar » et proche de Donald Trump.

L’Egypte exerce actuellement la présidence de l’Union africaine, qui impose souvent ses vues aux membres africains du Conseil de sécurité.

Dans le rapport de forces entre le maréchal Haftar et Fayez al-Sarraj, le premier bénéficie du soutien de l’Egypte, de l’Arabie saoudite, des Emirats arabes unis, de la Russie et des Etats-Unis, ouvertement depuis vendredi. Le second, à l’autonomie « très faible » à l’égard des milices armées tenant Tripoli, selon les Occidentaux qui ont une piètre opinion de ses qualités de dirigeant, est soutenu par le Qatar et la Turquie.

Selon diplomates et experts, l’offensive du maréchal Haftar n’a pas pu être déclenchée sans un feu vert de ses soutiens et la sortie de « l’impasse » actuelle dépendra beaucoup d’eux.

A l’ONU, le Royaume-Uni a remisé son projet de résolution, même si certains pays comme l’Allemagne, qui a exprimé sa « frustration », veulent toujours croire à une adoption la semaine prochaine.

Quel que soit l’avenir de ce texte, l’évolution du jeu diplomatique autour de la Libye apparaît de moins en moins à l’avantage de l’ONU. L’offensive des troupes de l’est a été un véritable « camouflet » pour le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, alors qu’il effectuait une rare visite dans ce pays afin de pousser à la tenue d’une conférence de réconciliation nationale.

Ghassan Salamé, qualifié de « courageux » et « droit » par nombre de diplomates, a été contraint d’annuler dans la précipitation cette conférence.

Cette semaine, il a eu des mots très durs à l’égard du maréchal Haftar, allant jusqu’à qualifier son offensive militaire de « coup d’Etat ». Au risque de fragiliser sa position et celle de l’ONU en Libye si l’homme fort de l’est libyen parvient à en prendre le contrôle total.

TRAFIC AÉRIEN SUSPENDU À TRIPOLI

Le trafic aérien a été suspendu durant quelques heures à Tripoli dans la nuit de samedi à dimanche, pour des « raisons de sécurité », a annoncé l’aéroport de Mitiga, le seul fonctionnel dans la capitale libyenne, mais les vols ont repris.

Des explosions dont l’origine est inconnue ont été entendues dans la nuit depuis le centre de la ville, certains témoins faisant état de raids aériens.

Interrogé par l’AFP, un porte-parole des forces du Gouvernement d’union nationale (GNA) basé à Tripoli, n’était pas en mesure dans l’immédiat de confirmer des frappes aériennes.

Au moins deux vols ont été déroutés vers l’aéroport de Misrata, à 200 km plus à l’est, selon la page officielle de l’aéroport sur Facebook qui a annoncé tôt dans la matinée la reprise des vols.

L’aéroport de Mitiga, situé à l’est de Tripoli, avait été la cible le 8 avril d’un raid aérien revendiqué par l’Armée nationale libyenne (ANL), la force du maréchal Khalifa Haftar, le rival du GNA. Depuis, il est ouvert seulement pour les vols nocturnes (de 15H00 à 6H00 GMT).

L’ANL, autoproclamée par le maréchal Haftar, homme fort de l’est libyen, mène depuis le 4 avril une offensive en vue de s’emparer de Tripoli, siège du GNA de Fayez al-Sarraj, reconnu par la communauté internationale.

Mais après une progression rapide, l’ANL piétine depuis plusieurs jours aux portes de la capitale, où elle fait face à une résistance farouche des forces du GNA, confortées par des renforts venus d’autres villes de l’ouest de la Libye.

En plus des combats au sol, les deux camps mènent quotidiennement des raids aériens et s’accusent mutuellement de viser des civils.

Mitiga est une ancienne plateforme militaire utilisée pour le trafic civil en substitution à l’aéroport international de Tripoli, gravement endommagé en 2014 par des combats.

Depuis, seules les compagnies aériennes libyennes opèrent dans le pays, assurant des vols intérieurs et des liaisons régulières avec quelques pays, dont la Tunisie et la Turquie.

(avec Afp)

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