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Rassemblement des partisans d'Omar El-Béchir à Khartoum, 09 Janvier 2019.
Rassemblement des partisans d'Omar El-Béchir à Khartoum, 09 Janvier 2019.

Soudan : Béchir en prison ?

Dernière mise à jour, le 24 avril 2019 à 01:16

Les manifestants réclamant un pouvoir civil au Soudan sont restés fortement mobilisés mercredi, malgré le transfert en prison du président déchu Omar el-Béchir, principale cible de leur colère avant sa destitution par l’armée la semaine dernière. Un proche de M. Béchir, 75 ans, a indiqué à l’AFP que ce dernier, jusque-là détenu dans un lieu inconnu, avait été transféré dans la nuit dans une prison du nord de la capitale Khartoum. En soirée, le Conseil militaire de transition qui a succédé à M. Béchir a annoncé l’arrestation de deux des cinq frères du président déchu, Abdallah et Abbas. Hommes d’affaires, les deux frères de M. Béchir n’ont pas de fonction officielle.

M. Béchir a vu ses trois décennies de règne s’achever le 11 avril avec sa déposition par les militaires après quatre mois de contestation populaire inédite. Il est par ailleurs sous le coup de deux mandats d’arrêt de la Cour pénale internationale, notamment pour « génocide » et « crimes contre l’humanité » dans la province du Darfour (ouest), mais son extradition reste très incertaine.

Dans la capitale, des milliers de personnes sont toujours rassemblées pour le 12e jour consécutif devant le QG de l’armée.

Déclenchées le 19 décembre pour protester contre le triplement du prix du pain en plein marasme économique, les manifestations se sont rapidement transformées en contestation contre M. Béchir. Aujourd’hui, les manifestants réclament la dissolution du Conseil militaire de transition qui a succédé à M. Béchir et l’instauration d’un pouvoir civil.

Beaucoup à Faire

Au moins 65 personnes sont mortes depuis le début de la contestation, selon un bilan officiel. « Quand je pense à ceux qui ont été tués, cela me donne de l’énergie pour continuer », a dit Ossama Hussein, un manifestant, devant le QG de l’armée.

Des docteurs, des journalistes et des étudiants se sont joints mercredi au sit-in. De même que de nombreuses femmes -médecins, enseignantes et avocates- se faisant appeler « le réseau d’information de la révolution ». A leur arrivée au rassemblement, ils ont été accueillis avec des danses et de la musique africaine.

Les manifestants débattent de tout, « des droits de l’Homme, de démocratie », a indiqué un témoin. Et d’autres estiment que beaucoup reste encore à faire. « C’est vrai, on a eu Béchir, mais nous devons encore nous débarrasser du régime », a déclaré Khaled Mohamed, un médecin. « On a peur qu’on nous vole notre révolution, c’est pourquoi nous restons sur place, et nous ne partirons pas avant d’obtenir satisfaction », a dit de son côté Fadia Khalaf, une manifestante.

Le Conseil militaire de transition, dirigé par le général Abdel Fattah al-Burhane, a déjà fait des gestes envers les manifestants en libérant des protestataires, limogeant des figures controversées du nouveau pouvoir, et en promettant un gouvernement civil, sans ingérence des militaires.

L’Association des professionnels soudanais (SPA), fer de lance du mouvement, exige elle la dissolution du Conseil militaire et la mise sur pied d’un conseil civil, comprenant des représentants de l’armée.

Samedi, le général Burhane a promis « d’éliminer les racines » du régime Béchir, alors que le Conseil militaire qu’il dirige compte parmi ses dix membres des piliers du pouvoir sortant.

Extradition

Parmi les autres mesures annoncées par le Conseil militaire figure un cessez-le-feu à travers ce pays en proie à diverses rébellions.

Mercredi, Abdelaziz Al-Hilou, chef du Mouvement populaire de libération du Soudan-Nord (SPLM-N, rebelle), a ordonné la suspension des hostilités jusqu’à fin juillet dans les Etats méridionaux du Nil Bleu et du Kordofan-Sud, où ses hommes sont engagés dans des combats contre les forces gouvernementales.

Il a parlé d’un « gage de bonne volonté pour donner une chance à un transfert immédiat du pouvoir aux civils ».

Concernant le sort d’Omar el-Béchir, visé par des mandats d’arrêt de la CPI, le pouvoir militaire a d’abord affirmé qu’il refuserait de l’extrader. Puis un membre du Conseil militaire, le général Jalaluddine Cheikh, a indiqué que la décision serait « prise par un gouvernement élu et non par le Conseil militaire ».

Pour Amnesty International, Omar El-Béchir « doit être immédiatement remis à la CPI ».

A l’étranger, les Etats-Unis ont indiqué être prêts à retirer le Soudan de leur liste des pays accusés de soutenir le « terrorisme » si le Conseil militaire engageait un « changement fondamental » de gouvernance.

Selon un responsable du département d’Etat, Washington a poussé le Conseil militaire à « agir rapidement » pour inclure des civils dans un gouvernement provisoire et organiser des élections.

BÉCHIR TRANSFÉRÉ DANS UNE PRISON DE KHARTOUM

Le président soudanais déchu Omar el-Béchir a été transféré dans la nuit dans une prison de Khartoum, a indiqué mercredi à l’AFP un proche de l’ancien chef de l’Etat renversé par l’armée le 11 avril sous la pression de la rue.

M. « Béchir a été transféré la nuit dernière dans la prison de Kober à Khartoum », a indiqué ce membre de la famille, s’exprimant sous le couvert de l’anonymat pour des raisons de sécurité.

M. Béchir, 75 ans, était jusque-là détenu par les militaires dans un lieu inconnu, depuis son arrestation à la suite de sa destitution par l’armée au terme de quatre mois d’un mouvement de contestation.

Selon des témoins, le secteur de cette prison du nord de Khartoum connaissait mercredi un important déploiement de soldats et de membres de groupes paramilitaires. « Il y a des troupes dans des véhicules chargés de mitrailleuses près de la prison », a indiqué un témoin à l’AFP.

Les manifestants soudanais, mobilisés depuis décembre 2018 contre le régime, ont réclamé le jugement de l’ancien président, resté 30 ans au pouvoir.

Amnesty International a de son côté appelé l’armée à remettre le président déchu à la Cour pénale internationale (CPI), qui a émis contre lui il y a près de 10 ans des mandats d’arrêt pour « crimes de guerre » et « crimes contre l’humanité » puis pour « génocide » au Darfour (ouest).

L’Ouganda a lui fait savoir mardi qu’il pourrait « examiner » une demande d’asile de M. Béchir s’il était « approché » à ce sujet.

Samedi, le général Abdel Fattah Buhrane, à la tête du Conseil militaire de transition au Soudan, a promis « d’éliminer les racines » du régime d’Omar el-Béchir.

Le Conseil militaire compte toutefois parmi ses dix membres des piliers de ce régime.

Après avoir affirmé vendredi dernier qu’il refuserait d’extrader M. Béchir, ce nouveau pouvoir a indiqué lundi, par la voix du général Jalaluddine Cheikh, que la décision serait « prise par un gouvernement populaire élu et non par le Conseil militaire ».

DES DISCUSSIONS AVEC LES MILITAIRES SUR UN TRANSFERT DE POUVOIR

Les discussions entre les dirigeants militaires et les leaders de la contestation au Soudan sur un transfert du pouvoir à une autorité civile vont se poursuivre, a annoncé samedi soir un chef de l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC).

« Nous avons clarifié notre demande principale, qui est le transfert du pouvoir à des autorités civiles », a expliqué à la télévision publique Siddiq Youssef, un responsable de l’ALC, à l’issue d’une rencontre avec le Conseil militaire de transition au pouvoir.

« Il s’agit de la principale revendication du mouvement populaire (…) Nous avons convenu de poursuivre les négociations pour parvenir à une solution qui satisfasse les deux parties, de façon que le transfert du pouvoir se déroule de façon pacifique », a souligné M. Youssef. L’ALC regroupe plusieurs partis politiques et groupes de la société civile qui mènent la contestation.

La rencontre de samedi soir a eu lieu à la veille de l’annonce prévue par le mouvement de contestation de la formation d’un « Conseil civil chargé des affaires du pays » qui remplacerait le Conseil militaire de transition, au pouvoir depuis le renversement, le 11 avril dernier, du président Omar el-Béchir sous la pression de la rue.

Elle a réuni cinq représentants de l’Alliance et des membres du Conseil militaire « pour discuter du transfert du pouvoir à une autorité civile » a précisé à l’AFP Ahmed al-Rabia, un responsable de l’Association des professionnels soudanais, groupe en première ligne de la contestation qui secoue le Soudan depuis le 19 décembre.

Si les dirigeants militaires refusent de remettre le pouvoir, les leaders de la contestation annonceront dimanche un « Conseil civil souverain », avait-il expliqué avant la réunion de samedi.

« S’ils souhaitent négocier, l’annonce prévue pour demain pourrait être alors reportée », avait-il ajouté.

M. Youssef lui n’a pas précisé si le projet d’annoncer dimanche un « Conseil civil » était toujours d’actualité.

« Calendrier pour le transfert du pouvoir »

« Nous réclamons (au Conseil militaire ndlr) un calendrier pour le transfert du pouvoir, afin que les choses ne traînent pas », a encore dit M. Rabia.

Il a en outre révélé que depuis le renversement d’Omar el-Béchir le Conseil militaire avait tenu deux séries de discussions avec les leaders de la contestation.

« Durant ces pourparlers, nous avons senti que le Conseil militaire ne souhaitait pas remettre le pouvoir », a encore dit Ahmed al-Rabia, ajoutant que la pression croissante de la rue et de la communauté internationale devrait pousser le Conseil militaire à remettre le pouvoir d’ici « deux à trois semaines ».

Vendredi, la SPA avait annoncé que « les noms des membres d’un Conseil civil chargé des affaires du pays seraient annoncés lors d’une conférence de presse dimanche à 19H00 locales (17H00 GMT) » devant le QG de l’armée, où se rassemblent des milliers de Soudanais dans le centre de la capitale Khartoum depuis deux semaines.

Selon des responsables, ce Conseil civil sera chargé de former un gouvernement de transition dont le mandat durera quatre ans et sera suivi d’élections.

« Tout ce que nous espérons c’est que le pays soit gouverné par des civils et qu’il soit débarrassé du pouvoir militaire », a affirmé samedi soir un manifestant devant le QG de l’armée où de nombreux Soudanais campent, en dansant et en chantant des airs révolutionnaires

Arrivé au pouvoir par un coup d’Etat soutenu par les islamistes le 30 juin 1989, Omar el-Béchir a dirigé d’une main de fer un pays en proie à des rébellions dans plusieurs régions et est accusé de violations des droits humains.

Renversé le 11 avril par l’armée, il a été arrêté, et est actuellement détenu dans une prison de Khartoum.

Tâche « difficile »

Galvanisés par les concessions obtenues avec le départ de M. Béchir et d’autres responsables militaires, les manifestants apparaissent plus déterminés que jamais et maintiennent la pression sur le Conseil militaire de transition.

Mais sur la constitution d’un Conseil civil, les dirigeants de la contestation sont confrontés à une tâche « difficile », souligne le journaliste soudanais Khalid Tijani.

« S’ils ne sont pas prêts avec des noms, cela enverra un signal négatif, et ne sera pas dans l’intérêt de la révolution », explique le rédacteur en chef de l’hebdomadaire économique Elaff.

Sur le plan judiciaire, le nouveau Procureur général soudanais a levé samedi l’immunité de plusieurs membres des services de sécurité soupçonnés d’être impliqués dans la mort d’un détenu, arrêté en raison de ses liens avec les manifestations qui secouent le pays depuis quatre mois, selon l’agence officielle Suna.

Les Etats-Unis, qui maintiennent le Soudan sur leur liste noire des « Etats soutenant le terrorisme », ont appelé les dirigeants militaires à une transition répondant aux voeux des Soudanais.

La responsable du département d’Etat chargée de l’Afrique de l’Est, Makila James, « se rendra au Soudan ce week-end », a annoncé jeudi un haut responsable américain, sans autres précisions.

« Les Etats-Unis soutiennent une transition vers un Soudan pacifique et démocratique dirigé par des civils qui représentent la diversité de la société soudanaise », avait pour sa part déclaré la porte-parole de la diplomatie américaine, Morgan Ortagus.

(avec Afp)

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