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Cathédrale Notre-Dame de Paris en feu, le 15 Avril 2019.
Cathédrale Notre-Dame de Paris en feu, le 15 Avril 2019.

Notre-Dame : Les inégalités sociales en France exposés

Dernière mise à jour, le 20 avril 2019 à 11:44

Un concours international d’architectes, un soutien fiscal aux dons et un projet de loi pour une souscription nationale : le Premier ministre a annoncé mercredi une série de mesures pour tenir le « défi immense » de reconstruire Notre-Dame de Paris en cinq ans lancé la veille par Emmanuel Macron. « C’est un défi immense, une responsabilité historique, le chantier de notre génération et pour les générations qui nous succèderont », a déclaré Édouard Philippe à l’issue d’un Conseil des ministres entièrement dédié à la reconstruction de Notre-Dame ravagée par un incendie lundi soir, et pour laquelle toutes les cathédrales de France ont sonné à 18H50. Devant l’afflux vertigineux des dons pour reconstruire Notre-Dame, des voix dénoncent une générosité sélective, alors que les « gilets jaunes » réclament depuis des mois dans la rue une hausse de leur pouvoir d’achat et que l’aide aux plus démunis est en baisse. « En un clic, 200 millions, 100 millions, ça montre aussi les inégalités, ce que nous dénonçons régulièrement, les inégalités dans ce pays », a critiqué le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez sur Franceinfo. Ils les font pour obtenir des allègements fiscaux. C’est une HONTE… pour les richissimes français !

Marquées par cet incendie intervenu au début de la Semaine sainte qui mène à Pâques, principale fête chrétienne, des centaines de personnes, dont le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, Brigitte Macron et la maire de Paris Anne Hidalgo, ont assisté dans la soirée en l’Eglise Saint-Sulpice à une messe retransmise également sur grand écran à l’extérieur.

« Le monde entier est avec nous » (…) C’est le symbole de tout ce qui nous unit », a déclaré l’épouse du président, se disant persuadée qu’elle « va revivre encore mieux, peut-être plus haut (…) Je ne sais pas pas dans combien d’années mais elle va être là », a-t-elle ajouté devant la presse.

Le chef de l’Etat a lui réuni mercredi plusieurs ministres et personnalités pour le « lancement de la reconstruction » qu’il veut voir achevée en cinq ans, un délai jugé « réalisable » par plusieurs participants, même s’il est considéré comme trop courts par certains experts extérieurs.

Cet objectif marque « la volonté de porter un projet ambitieux pour montrer que cette reconstruction est un impératif collectif », a justifié Edouard Philippe alors qu’on lui faisait remarquer que la date visée coïncide avec l’échéance des Jeux Olympiques de 2024.

Le Premier ministre a annoncé un projet de loi pour donner un « cadre légal » à ces dons, avec en particulier une réduction fiscale dérogatoire de 75% pour ceux de particuliers jusqu’à 1.000 euros, contre 66% au-delà de cette somme, tandis que « les entreprises bénéficieront des réductions d’impôts, dites de mécénat, dans les conditions actuelles ».

Flèche ? ou pas

Emmanuel Macron a déclaré lors de la réunion que la question était « ouverte » sur la manière de remplacer la flèche effondrée, a rapporté Stéphane Bern, chargé de mission sur le patrimoine auprès du président.

Un concours international d’architectes sera lancé. Il devra « trancher la question de savoir s’il faut reconstruire une flèche, s’il faut la reconstruire dans les mêmes conditions, à l’identique » de celle imaginée par Eugène Viollet-le-Duc au 19e siècle, « ou s’il faut (…) se doter d’une nouvelle flèche adaptée aux techniques et enjeux de notre époque », a dit Edouard Philippe.

Mais reconstruire la cathédrale sans sa flèche serait « l’amputer », a estimé l’arrière-arrière petit-fils de l’architecte.

Connaît-on le coût total du chantier de reconstruction du monument historique le plus visité en Europe (12 millions de touristes en 2017) ? « Non », a laconiquement répondu Edouard Philippe.

Déjà les contributions ont afflué en masse, d’Apple à la Banque centrale européenne en passant par des milliers d’anonymes, dépassant les 800 millions d’euros mercredi.

Le géant pétrolier Total a offert 100 millions, comme la famille Pinault ; le groupe LVMH et la famille Arnault, première fortune de France, 200 millions, de même que la famille Bettencourt-Meyers et le groupe L’Oréal.

Mais la mobilisation éclair de milliardaires et de grands groupes est critiquée par des responsables politiques et syndicaux ainsi que des « gilets jaunes » déplorant leur implication bien moindre contre « la misère sociale ». Face au tollé, la famille Pinault a renoncé à sa réduction d’impôts.

« Nous devons nous réjouir de ce que des personnes physiques très nombreuses et parfois très modestes, que des personnes physiques moins nombreuses et parfois très riches, que des entreprises souhaitent participer à l’effort de reconstruction », a répondu Édouard Philippe.

Polémique « minable »

Loin de la « trêve » dans la bataille politique voulue par certains partis, Manon Aubry, tête de liste La France insoumise pour les élections européennes, a estimé que « le plus simple (pour ces entreprises) serait déjà de payer leurs impôts, plutôt que de médiatiser des dons défiscalisés à 60% ».

« Qu’ils arrêtent de nous dire qu’il n’y a pas d’argent pour satisfaire l’urgence sociale », a lancé le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez. Polémique « minable », a rétorqué le patron du Medef Geoffroy Roux de Bézieux.

Le chantier dans ce bijou de l’art gothique, qui faisait l’objet d’importants travaux depuis plusieurs mois, s’annonce titanesque. Après 15 heures de mobilisation de quelque 400 pompiers, les portes ouvertes de Notre-Dame ont dévoilé mardi une scène de désolation: en s’effondrant, le toit, la charpente et la flèche ont jonché l’intérieur de la cathédrale de monceaux de débris calcinés.

Les deux tours emblématiques de la façade ouest ont en revanche été épargnées, et le coq de la flèche a été retrouvé. La couronne d’épines et la tunique de Saint Louis, deux objets extrêmement importants pour les catholiques, ont pu être sauvées.

Une soixantaine de pompiers sont encore déployés sur le site et ont pour mission de « surveiller l’édifice, notamment au niveau des points chauds qui peuvent subsister au niveau des charpentes et de l’échafaudage », a annoncé devant la presse le lieutenant-colonel Gabriel Plus, porte-parole des Pompiers de Paris. Il s’agit « d’être sûr que le feu ne reprenne pas » dans les endroits « où il a été le plus virulent ».

Des poutres ont également été acheminées sur le site et doivent aider à consolider certains points de l’édifice, pendant que les experts évaluent les besoins pour sécuriser totalement la cathédrale avant de la reconstruire. Les pompiers s’occupent également « de finaliser la sauvegarde des œuvres » de la cathédrale, en évacuant les dernières pièces de valeur du bâtiment.

Semaine sainte

« La piste accidentelle est toujours privilégiée », a précisé le parquet, après que des experts ont pu « commencer leurs constatations ». Une trentaine de témoins – des ouvriers présents lundi et des employés chargés de la sécurité de l’édifice – ont déjà été entendus. Les auditions vont se poursuivre et avec de nouveaux témoins ou certains qui seront de nouveau entendus.

De Donald Trump à Vladimir Poutine en passant par le président chinois Xi Jinping, le drame a provoqué une vive émotion sur le globe. Le président américain a twitté avoir offert au pape, comme à Emmanuel Macron, l’aide de « grands experts » américains.

Le bâtiment est mondialement connu pour son architecture mais aussi grâce au chef-d’œuvre de Victor Hugo, « Notre-Dame de Paris », roman maintes fois adapté au cinéma, notamment par les studios Disney, ou en comédie musicale.

Jeudi, Emmanuel Macron recevra à midi les sapeurs-pompiers intervenus pour éteindre l’incendie et une cérémonie d’hommage à « celles et ceux qui ont contribué à sauver » Notre-Dame sera organisée quatre heures plus tard sur le parvis de l’Hôtel de Ville, à quelques centaines de mètres de la cathédrale.

Le chef de l’Etat a reporté en catastrophe, en raison de l’incendie, son intervention en réponse à la crise des « gilets jaunes » et au grand débat, désormais attendue après Pâques.

LES INÉGALITÉS SOCIALES EN FRANCE EXPOSÉS

Devant l’afflux vertigineux des dons pour reconstruire Notre-Dame, des voix dénoncent une générosité sélective, alors que les « gilets jaunes » réclament depuis des mois dans la rue une hausse de leur pouvoir d’achat et que l’aide aux plus démunis est en baisse.

« En un clic, 200 millions, 100 millions, ça montre aussi les inégalités, ce que nous dénonçons régulièrement, les inégalités dans ce pays », a critiqué le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez sur Franceinfo.

De grandes fortunes et des groupes ont mis au pot depuis lundi: la famille Pinault a promis 100 millions d’euros, suivie par le groupe LVMH et la famille Arnault, première fortune de France, qui ont annoncé un don de 200 millions, puis la famille Bettencourt-Meyers et le groupe L’Oréal (200 millions). Total a annoncé 100 millions.

« S’ils sont capables de donner des dizaines de millions pour reconstruire Notre-Dame, qu’ils arrêtent de nous dire qu’il n’y a pas d’argent pour satisfaire l’urgence sociale », a insisté le dirigeant syndical.

Ingrid Levavasseur, une des figures des « gilets jaunes », a souhaité sur BFMTV « qu’on revienne à la réalité » et dénoncé « l’inertie des grands groupes face à la misère sociale alors qu’ils prouvent leur capacité à mobiliser en une seule nuit +un pognon de dingue+ pour Notre-Dame ».

« Que l’oligarchie donne pour Notre-Dame, c’est bien. L’exemplarité fiscale serait encore mieux. La bonne conscience ne cache pas la misère et l’austérité », a dénoncé sur Twitter Benjamin Cauchy, autre « gilet jaune », présent sur la liste de Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France).

De fait, la générosité des donateurs est en partie assumée par l’Etat car la loi Aillagon de 2003 prévoit que les entreprises qui investissent dans la culture peuvent déduire 60% de leurs dépenses en faveur du mécénat (66% de réduction d’impôt sur le revenu pour les particuliers).

Cette réduction sera portée à 75% jusqu’à 1.000 euros (66% au-delà) pour les dons des particuliers en faveur du chantier de Notre-Dame, a annoncé le Premier ministre Edouard Philippe à l’issue du Conseil des ministres.

« Course à l’échalote »

Manon Aubry, tête de liste de La France insoumise aux élections européennes, a dénoncé une « course à l’échalote de l’entreprise qui donnerait le plus tout en revendiquant l’exonération d’impôt ».

Devant la polémique montante, François-Henri Pinault, patron du groupe de luxe Kering, a décidé de renoncer à cet avantage fiscal.

De nombreuses voix soulignent que l’élan de générosité pour Notre-Dame intervient à un moment où les associations de lutte contre la pauvreté font face à une baisse des dons.

Sur Twitter, l’essayiste catholique Erwan Le Morhedec a appelé ceux qui jugeraient leur don « dérisoire » face au ruissellement d’argent des entreprises sur une cathédrale toujours debout à « le convertir au profit des associations qui soignent les +temples vivants+ et dont les dons se sont, eux, écroulés ».

La sénatrice EELV Esther Benbassa a également tweeté en rêvant d' »un élan aussi spontané et massif en faveur des associations et structures prenant en charge l’extrême pauvreté, l’exclusion sociale, les sans-abri ».

« 400 millions pour Notre-Dame, merci Kering, Total et LVMH pour votre générosité: nous sommes très attachés au lieu des funérailles de l’abbé Pierre », a tweeté la Fondation Abbé Pierre. « Mais nous sommes également très attachés à son combat. Si vous pouviez abonder 1% pour les démunis, nous serions comblés ».

Les dons aux associations ont baissé en 2018 de 4,2%, selon une enquête de France Générosités auprès d’un panel de 22 organisations caritatives. Une baisse imputée en grande partie à la hausse de la CSG qui a touché les retraités, traditionnellement généreux, ainsi qu’à la suppression de l’ISF car les assujettis donnaient volontiers pour réduire leur facture fiscale.

Interrogé à l’issue du Conseil des ministres, Edouard Philippe a balayé toute idée de polémique sur ce sujet. « Nous devons nous réjouir de ce que des personnes physiques très nombreuses et parfois très modestes, que des personnes physiques moins nombreuses et parfois très riches, que des entreprises souhaitent participer à l’effort de reconstruction », a-t-il observé. En faisant valoir que Notre-Dame « n’est pas seulement un bâtiment » mais est « au coeur de la France, au coeur de notre histoire ».

LES GRANDES FORTUNES ACCUSÉES DE MENER UNE « OPÉRATION DE COMMUNICATION »

Plusieurs partis ont dénoncé mercredi « l’opération de communication » de grandes entreprises et grosses fortunes qui annoncent des dons très importants pour la reconstruction de Notre-Dame de Paris.

« On ne peut pas faire de la préservation de notre patrimoine une grande opération de communication comme certains sont en train de faire », a accusé sur LCI Manon Aubry, tête de liste de la France Insoumise (LFI) aux élections européennes, dénonçant « une espèce de course à l’échalote de l’entreprise qui donnerait le plus tout en revendiquant l’exonération d’impôt ».

« J’ai impression d’avoir le classement des entreprises présentes et des personnes présentes dans les paradis fiscaux », a-t-elle ironisé.

« Le plus simple, ce serait déjà qu’ils commencent par payer leurs impôts, ils ne peuvent pas se payer une opération de communication en mettant leur nom potentiellement sur une pierre de Notre-Dame et de l’autre côté, ne pas payer leurs impôts », a-t-elle critiqué.

Face à un chantier qui s’annonce colossal, plusieurs grandes fortunes françaises ont sorti leur carnet de chèques depuis lundi: la famille Pinault a promis 100 millions d’euros, suivie par le groupe LVMH et la famille Arnault, première fortune de France, qui a annoncé un don de 200 millions, puis la famille Bettencourt-Meyers et le groupe L’Oréal (200 millions).

« Cathédrale humaine »

La famille Pinault a toutefois annoncé dans un communiqué mercredi renoncer à sa réduction d’impôt.

Depuis une loi de 2003, les entreprises qui investissent dans la culture peuvent déduire 60% de leurs dépenses en faveur du mécénat (66% de réduction d’impôt sur le revenu pour les particuliers).

« Que l’oligarchie donne pour Notre-Dame, c’est bien. L’exemplarité fiscale serait encore mieux. La bonne conscience ne cache pas la misère et l’austérité », a dénoncé sur Twitter Benjamin Cauchy, figure des « gilets jaunes » sur la liste de Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France).

« Les milliardaires vont passer pour des héros. Ils feraient mieux de renoncer à l’évasion et à l’optimisation fiscales », a critiqué sur Twitter la sénatrice EELV Esther Benbassa, rêvant d' »un élan aussi spontané et massif en faveur des associations et structures prenant en charge l’extrême pauvreté, l’exclusion sociale, les sans-abris ».

Le Premier secrétaire Olivier Faure a lui salué « une formidable mobilisation pour Notre-Dame-de-Paris ». « Mais j’aimerais qu’il y ait maintenant une mobilisation équivalente pour ces millions de femmes, d’hommes, d’enfants, de familles qui sont à eux tous une cathédrale humaine qu’il faut aussi protéger », a-t-il dit.

Le premier vice-président de LR Guillaume Peltier a balayé la polémique d’un revers de main. « Si on pouvait dans ces moments importants cesser les vaines querelles. On a besoin de tout le monde », a-t-il souligné.

Le maire LR de Nice Christian Estrosi a également pris la défense, sur Cnews, des grands donateurs. « Je ne veux pas qu’on montre du doigt les grands, comme certains le font, car vous noterez que les grands, ce sont aussi des capitaines d’industrie, des chefs d’entreprises, des créateurs de milliers d’emplois dans notre pays », a-t-il plaidé.

(avec Afp)

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