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Notre-Dame de Paris ravagée par un incendie, le 15 Avril 2019.
Notre-Dame de Paris ravagée par un incendie, le 15 Avril 2019.

Notre-Dame : Une page de l’histoire qui se tourne en France ?

La cathédrale parisienne frappée lundi par un vaste incendie, est aussi connue dans le monde entier grâce au chef-d’œuvre de Victor Hugo, « Notre-Dame de Paris », roman maintes fois adapté au cinéma notamment par les studios Disney ou en comédie musicale. C’est pour sauver le monument, fort dégradé, que l’écrivain indigné entrepris, en 1831, l’écriture de cet ouvrage. Dans le chapitre intitulé « Notre-Dame », Hugo écrit: « Sans doute, c’est encore aujourd’hui un majestueux et sublime édifice que l’église de Notre-Dame de Paris ». Mais, ajoute-t-il, « si belle qu’elle se soit conservée en vieillissant, il est difficile de ne pas soupirer, de ne pas s’indigner devant des dégradations, des mutilations sans nombre que simultanément le temps et les hommes ont fait subir au vénérable monument, sans respect pour Charlemagne qui avait posé la première pierre, pour Philippe-Auguste qui en avait posé la dernière ». Dans la préface de son roman, Hugo se plaignait sans ambages du sort réservé « depuis tantôt deux cents ans avec les merveilleuses églises du Moyen Âge ». « Les mutilations leur viennent de toutes parts, du dedans comme du dehors », déplorait-il. « L’église elle-même s’effacera bientôt peut-être de la terre », prophétisait l’écrivain. La publication du livre attira l’attention générale sur l’état « inadmissible » du monument.

Le mouvement d’opinion aboutit à la décision d’établir un concours auquel participèrent de nombreux architectes dont Lassus et Viollet-le-Duc dont le projet de réhabilitation du monument fut retenu en 1844. En juillet 1845, une loi fut votée pour la restauration de la cathédrale. Le but de Victor Hugo était enfin atteint.

Hugo a-t-il sauvé Notre-Dame? Sans aucun doute. Depuis la parution du chef-d’œuvre d’Hugo, tout un chacun de par le monde rêve que la cathédrale est hantée par les fantômes d’Esmeralda, Quasimodo ou Frollo.

Dans la note rédigée par le romancier à l’occasion de la parution de l’édition définitive de son roman (1832), il prenait soin de rappeler que son livre était un cri contre « la décadence actuelle de l’architecture et sur la mort ».

« +Notre-Dame de Paris+ a peut-être ouvert quelques perspectives vraies sur l’art du Moyen Âge, sur cet art merveilleux jusqu’à présent inconnu des uns, et ce qui est pis encore, méconnu des autres », écrivait Hugo.

« Mais l’auteur est bien loin de considérer comme accomplie la tâche qu’il s’est volontairement imposée », poursuivait l’écrivain. « Il a déjà plaidé dans plus d’une occasion la cause de notre vieille architecture, il a déjà dénoncé à haute voix bien des profanations, bien des démolitions, bien des impiétés. Il ne se lassera pas ».

NOTRE-DAME DE PARIS DANS LES FLAMMES

« On est en train de perdre Notre-Dame! » Il est près de 20H00, la flèche de Notre-Dame s’effondre et un cri d’horreur s’élève de la foule massée lundi le long des quais de Seine qui assiste, pétrifiée, à la disparition d’une partie de la mythique cathédrale, engloutie par les flammes.

« Quand je pense qu’on est passés devant il y a une heure. On a fait des photos, il y avait encore la tour », soupire Stéphane, touriste de 46 ans venu de Grenoble.

Par la porte principale, dans la nef plongée dans l’ombre, des braises rougeoyantes tombent sur le sol. Le parvis est vide, bouclé par des camions de pompiers qui ont dressé une grande échelle devant la rosace.

« C’est dramatique. On est en train de perdre Notre-Dame », raconte un jeune homme à son interlocuteur au téléphone. « On n’a pas des Canadair ? », lance un autre. « J’espère que c’est pas un attentat », lâche une dame, inquiète.

Sur l’esplanade de l’Hôtel de Ville, sur les bateaux-mouches, tout le long des quais de Seine, Parisiens et touristes du monde entier ont arrêté leur course, médusés par l’épais panache jaunâtre et les flammes qui grignotent à toute vitesse la toiture du mythique édifice. Les flammes progressent à vue d’oeil.

« Notre-Dame est en feu ?! », interroge en anglais une touriste japonaise, comme pour se convaincre de ce qui se passe sous ses yeux. « Notre-Dame est un symbole dans le monde entier. C’est terrible », dit Jane, une Britannique originaire de Londres.

Beaucoup filment ou font des photos avec leur téléphone, certains sont trop choqués pour le faire. D’autres s’étreignent ou essuient une larme.

Certains se sont agenouillés et se sont mis à prier. Dans le ciel, des drones survolent le monument en feu.

« La physionomie de Paris va changer, c’est terrible », dit Marie, retraitée parisienne qui vit à quelques rues de la Seine. « Paris ne sera plus vraiment pareille. La France, même, ne sera plus vraiment pareille », renchérit Jacques Soufflant, 64 ans.

« Je ne verrai jamais Notre-Dame »

Célien Palcy est tremblant. Cet étudiant en histoire de l’art à l’école du Louvre est venu dès qu’il a entendu la nouvelle.

« Ca fait mal », glisse-t-il, des sanglots dans la voix. « On ne la récupèrera pas. Il n’y a plus grand-chose à faire », ajoute-t-il, sans décoller ses yeux des flammes qui progressent vers les deux célèbres tours.

La flèche était l’objet de travaux de restauration. « Les feux d’échafaudage, c’est ce qu’on craint le plus dans ces cas-là. C’est un risque connu. Je pense que c’est là que ça s’est passé », explique le jeune homme de 25 ans.

Les sirènes des camions de police et de pompiers résonnent de manière ininterrompue. L’île de la Cité a été évacuée et est bouclée par militaires et policiers. « A cause des retombées de cendres », explique laconiquement un policier.

« On est passé, il y avait une fumée grise, l’odeur était bizarre. On nous a évacué au bout de la rue, puis au bout du pont. C’est incroyable », raconte Stéphane, le touriste Grenoblois.

« On était en poste vers Châtelet, on a vu un peu de fumée au loin, on s’est dit que c’était de la poussière à cause des travaux », glisse un policier qui boucle le périmètre.

« Je ne verrai jamais Notre-Dame », se désole William, touriste américain venu avec sa femme visiter la capitale française. « On devait la visiter demain. Quelle tristesse. C’est un emblème de la France, tout le monde connaît Notre-Dame, Quasimodo… La France a perdu un de ses joyaux, elle a perdu un peu de son histoire. Comment cela a-t-il pu arriver ? »

MACRON ANNULE SON ALLOCUTION

Tout était prêt à l’Elysée pour l’allocution tant attendue du chef de l’Etat. Mais au vu des terribles images de Notre-Dame de Paris dévastée par les flammes, vingt minutes avant l’heure prévue, Emmanuel Macron a dû tout annuler pour se rendre sur place.

« Notre-Dame de Paris en proie aux flammes. Émotion de toute une nation. Pensée pour tous les catholiques et pour tous les Français. Comme tous nos compatriotes, je suis triste ce soir de voir brûler cette part de nous », a twitté le chef de l’Etat.

« Une tristesse au-delà des mots », a aussi twitté Edouard Philippe tandis que le secrétaire d’Etat à l’Intérieur affirmait peu avant 22H00 que sauver Notre-Dame n’était « pas acquis ».

Il était 19H40 quand l’Elysée a annoncé le report de cette allocution attendue depuis trois mois, où le président devait enfin livrer ses réponses à la crise des « gilets jaunes » et au grand débat, avec des mesures concrètes et de grands chantiers.

Une allocution décisive, censée lancer « l’acte II » du quinquennat et que le chef de l’Etat venait d’enregistrer avec de gros moyens de réalisation.

A la même heure, les chaînes d’info en continu interrompaient leurs émissions spéciales sur l’intervention présidentielle pour montrer de premières images impressionnantes de la cathédrale en feu.

L’air très grave, le président et son Premier ministre Edouard Philippe sont arrivés vers 20h35, aux côtés de la maire de Paris Anne Hidalgo. Ils ont été rejoints par de nombreux ministres, comme Bruno Le Maire, Laurent Nunez ou Florence Parly, ainsi que Richard Ferrand, le président de l’Assemblée Nationale. Un peu en retrait, Brigitte Macron, très émue était elle aussi sur place.

Tous sont restés une vingtaine de minutes sur le parvis, après avoir écouté un responsable des pompiers de Paris leur faire un point de situation. Ils sont ensuite rentrés dans la préfecture de police située juste en face, hors presse.

Fluctuat nec mergitur

La présidence n’a pas indiqué si l’allocution se déroulerait mardi et si la conférence de presse prévue mercredi à l’Elysée était maintenue.

La classe politique dans son ensemble a fait part de son « immense tristesse ». Pour le président de l’Assemblée nationale Richard Ferrand, qui s’est également rendu sur place, c’est « le cœur et l’histoire de Paris (qui) brûlent sous nos yeux ».

La maire de Paris Anne Hidalgo a dit ne pas avoir « de mot assez fort pour exprimer la douleur » qu’elle ressent. « Ce soir, tous les Parisiens et Français pleurent cet emblème de notre Histoire commune. De notre devise, nous tirerons la force de nous relever. Fluctuat nec mergitur. »

Au-delà des frontières, l’incendie du monument le plus visité d’Europe a bouleversé à travers le monde, jusqu’à la Maison Blanche où le président Donald Trump a jugé « terrible » d’assister au brasier. « Il faut agir vite », a tweeté le président américain Donald Trump, alors que les principales chaînes de télévision américaines ont modifié leurs programmes pour diffuser en direct les images du brasier.

La chancelière allemande Angela Merkel a été frappée par « ces horribles images de Notre-Dame en feu font mal. Notre-Dame est un symbole de la France et de notre culture européenne », a twitté le porte-parole de la chancelière Steffen Seibert.

Emmanuel Macron devait apparaître sur les écrans pour une « adresse aux Français » durant laquelle il devait annoncer « les chantiers d’action prioritaires et les premières mesures concrètes », selon l’Elysée.

« Lundi, à 20H00, je vous réponds », avait-il assuré dans une courte vidéo postée dimanche soir avec des images de ses échanges durant le grand débat.

Selon le programme initial, le chef de l’Etat devait faire de « nouvelles annonces » mercredi et détailler ses grands chantiers, au cours d’une conférence de presse dans la salle des fêtes de l’Elysée. Sa toute première en France depuis le début de son quinquennat en mai 2017.

Parmi les multiples mesures évoquées durant le grand débat, lesquelles le président a-t-il retenu in fine? Il en a seulement exclu certaines d’avance, comme le retour de l’ISF dont la suppression lui a valu d’être taxé de « président des riches ».

Des sondages ont montré que les « gilets jaunes » – qui se sont déjà donné rendez-vous pour un 23e samedi de mobilisation à Paris – comme une majorité de Français, ne s’attendent à des annonces « cosmétiques » qui ne résoudront pas la crise de leur pouvoir d’achat.

ÉMOTION INTERNATIONALE

Un violent incendie à l’origine encore inconnue ravageait lundi soir la cathédrale Notre-Dame de Paris et dévorait la toiture du bâtiment.

L’emblématique flèche de la cathédrale s’est effondrée, suscitant une vague d’émotion internationale et poussant Emmanuel Macron à reporter son allocution télévisée post-grand débat.

Le président, qui se rendait sur place accompagné du Premier ministre Édouard Philippe, a dit dans un tweet, partager l' »émotion de toute une nation ». Au-delà des frontières, plusieurs responsables étrangers ont aussi fait part de leur émotion, Donald Trump évoquant des « images terribles à voir » et Angela Merkel « un symbole de la France et de notre culture européenne ».

Selon des journalistes de l’AFP, l’épaisse fumée aux teintes jaunâtres qui se dégageait de l’édifice était moins dense vers 20h30, mais badauds et touristes se pressaient toujours aux alentours du périmètre de sécurité établi par les secours.

« Je n’arrive pas à y croire, j’ai envie de pleurer, tout le toit brûle », a déclaré à l’AFP Nathalie, 50 ans, une Française expatriée à Londres.

Une partie de l’île de la cité a été évacuée, dont les urgences de l’hôtel-Dieu, voisin de la cathédrale, a expliqué un médecin sur place.

L’incendie, qui s’est propagée extrêmement rapidement, a pris dans les combles de la cathédrale, ont indiqué les pompiers, évoquant « un feu difficile ». Il semble être parti au niveau d’échafaudages installés sur le toit de l’édifice, construit entre le XIIe et le XIVe siècle.

« Tout est en train de brûler. La charpente, qui date du XIXe siècle d’un côté et du XIIIe de l’autre, il n’en restera plus rien », a indiqué à l’AFP André Finot, le porte-parole de Notre-Dame. Selon lui, le feu s’est déclaré aux alentours de 18H50.

« Il faut voir si la voûte, qui protège la cathédrale, va être touchée ou pas », a-t-il ajouté, « les objets sacrés sont préservés dans la sacristie, normalement il n’y a pas de risque que des choses soient brûlées ».

« Un haut-lieu de la foi catholique est en train de brûler », a déploré auprès de l’AFP le porte-parole des évêques de France.

« Mes collègues vont sans doute privilégier d’aller à l’intérieur mais le but est de ne pas perdre des hommes », a indiqué à l’AFP un pompier. Il existe aussi la possibilité d' »utiliser des grandes échelles avec des bras élévateurs articulés, avec une nacelle au bout », a-t-il ajouté.

Le parquet de Paris a annoncé l’ouverture d’une enquête sur les causes d’un sinistre qui a semé la stupeur dans la capitale.

Le long des quais et sur les ponts qui mènent à l’île de la cité, une foule de badauds est arrêtée et prend des photos, de l’immense panache de fumée.

« Notre Dame is on fire?! » (« Notre Dame est en feu ? ») interroge incrédule une touriste japonaise. « J’espère que c’est pas un attentat », ajoute quelqu’un d’autre en français.

12 millions de touristes

Le chef de l’État qui devait dévoiler à 20H00 ses mesures de synthèse du grand débat national a décidé de reporter son allocution télévisée à une date qui n’a pas été précisée, a-t-on appris de l’Élysée.

En 2017, 12 millions de touristes ont visité ce bijou de l’architecture gothique, situé au cœur de la capitale française. D’importants travaux y ont lieu depuis plusieurs mois, notamment pour nettoyer l’édifice, noirci par la pollution.

Très prisée des touristes, cette cathédrale, qui est aussi un sanctuaire marial élevé au rang de basilique, continue d’assurer ses fonctions d’édifice religieux: cinq offices y sont célébrés quotidiennement, et sept les dimanches. Avec les fêtes et célébrations exceptionnelles, ce sont plus de 2.000 offices qui résonnent chaque année sous ses voûtes.

La flèche de la cathédrale, dressée sur les quatre piliers du transept, était un des symboles de la capitale française.

Les touristes d’outre-Atlantique sont notamment particulièrement attachés à Quasimodo et aux autres personnages — immortalisés par le cinéma et la comédie musicale — sortis de l’imaginaire de Victor Hugo, dont le roman « Notre-Dame de Paris » (1831) a amplifié le mouvement en faveur de la restauration de la cathédrale au XIXe siècle.

Cet incendie intervient au premier jour des célébrations de la Semaine sainte qui mène à Pâques, principale fête chrétienne.

(avec Afp)

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